nowai.jpeg

Un nouveau blog sur Wefrag le blog de Zorglomme.

Témoignage : contractuelle administrative dans la fonction publique hospitalière

Après le témoignage de Paul, richissime homme d’affaire à la retraite, et Damien, secrétaire de rédaction dans la PQR, je vous propre celui de Houria, contractuelle en charge de la communication dans un célèbre hôpital Français.

- Parle-nous un peu de toi, Houria, tu veux bien ?

- Bien sûr ! J’ai 31 ans, un enfant, et j’ai travaillé pendant 7 ans comme chargée de communication contractuelle (puis en CDI à la fin) au sein d’un gros hôpital français dont je tairais le nom. Je viens de quitter ce poste pour rejoindre une agence privée. Et retrouver ma santé mentale, je l’espère [Rire].

- Raconte-nous tes débuts à l’hôpital.

- C’était fantastique. Bon, il faut savoir une chose, c’est que je suis issue de la bourgeoisie algérienne et qu’à l’époque, j’étais en couple avec un trader. L’argent n’était donc pas un problème, et je cherchais avant tout un métier dans lequel je serais socialement utile. Autant dire que dans la com’, c’était pas gagné, car ce sont vraiment des professions de parasites. Et puis j’ai trouvé l’hôpital. Le poste était payé 1400€ nets pour 35h, ce qui faisait un salaire plutôt minable par rapport au coût de la vie de l’endroit, et surtout par rapport au nombre d’heures effectivement travaillées, généralement entre 45 et 50 heures. Mais bon, je pouvais me le permettre, je rendais audible la voix des malades, j’arrivais à faire venir des stars de la chanson gratuitement pour donner des concerts… Bref, c’était gratifiant.

- C’est vrai que ça avait l’air cool. Au point que c’est louche, d’ailleurs !

- [Rires] Ouiiii ! Car évidemment, outre le fait que je n’avais plus de vie en dehors du travail, il y avait un revers de la médaille DANS le travail : ma chef. Une arriviste de première bourre et une incapable comme on en voit peu. Elle avait été placée là grâce à son mari, qui connaissait bien le directeur de l’hôpital. Elle émargeait à 3200€ nets par mois, et je peux te dire que elle, elle s’y tenait, à ses 35h. Mais le pire, c’est qu’elle s’appropriait tout notre travail (le service était composé d’un graphiste, une photographe de de moi-même) et faisait croire à tout le monde que toutes les réussites de com’ étaient de son fait. C’était assez dur à vivre car du coup, tout le monde me regardait comme un cancrelat quand j’allais dans les services interviewer un médecin, par exemple.

- Raconte-nous comment fonctionne la hiérarchie d’un hôpital, ça m’a l’air intéressant.

- Alors il y a la hiérarchie officielle, et la hiérarchie officieuse. Les deux sont également merdiques, pour les raisons que je vais t’expliquer. D’abord, la hiérarchie officielle, c’est le directeur qui coiffe les chefs de services qui coiffent les médecins-chercheurs qui coiffent les médecins qui coiffent les internes qui coiffent les infirmières qui coiffent les aides-soignantes qui coiffent les grouillots qui restent, genre les brancardiers. Sur la hiérarchie officielle, et c’est l’époque qui veut ça j’imagine, il peut arriver que le dirlo de l’hôpital ne soit pas un médecin/ex-médecin mais un pur gestionnaire, une tête d’oeuf dont le seul souci est la rentabilité de l’hôpital. C’est en soit un problème.

- La rentabilité ? Mais tu étais bien dans un hôpital public, non ?

- Oui, mais comme il faut à tout prix faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’hôpital parce que l’Etat diminue les crédits années après années, il faut trouver des palliatifs. Et je peux te dire qu’ils ont été trouvés. Le premier truc, ça a été de permettre à des émirs de privatiser un étage entier de l’hôpital, parfois pendant plusieurs jours, à 50 000€ la journée en moyenne. Autrement dit, tu prives des dizaines de patients de soins ou tu les envois se faire soigner à 70kms pour le prix d’une chimiothérapie. C’est donc rentable sur le moment mais complètement con à long terme. Enfin bref. Le deuxième truc qu’ils ont trouvé, c’est tout simple de faire payer tout ce qui n’est pas médical. Autrement dit, puisqu’on ne peut pas se faire de marge sur les soins car ils sont encadrés, on va en faire sur ce qui ne l’est pas. Les femmes enceintes, les cancéreux, les amputés et les enfants avec la maladie des os de verre seront donc ravis de devoir payer rubis sur l’ongle les draps, les oreillers, les serviettes de bain, les repas, TOUT ce qui n’est pas médical. Et ça douille : 9€ le drap de lit à la journée.

- Donc en fait, l’américanisation de notre système de santé est déjà bien entamée…

- Oui, et personne n’en parle. On préfère communiquer sur une nouvelle aile de l’hôpital qui a coûté 3 fois trop cher pour le résultat final. Mais avant d’en venir à ça, je voudrais parler de la hiérarchie officieuse qui règne au sein de l’hôpital. En gros, dis-toi que dans la médecine, les chirurgiens, c’est les stars. C’est eux qui roulent en Ferrari, qui harcèlent les infirmières et surtout qui pourraient gagner 4 à 10 fois plus de fric s’ils travaillaient dans une clinique privée. Pourtant, il y en a un paquet qui travaillent dans la fonction publique, pour diverses raisons que voici : soit ils ont un vrai goût pour aider les gens; soit ils sont prêt à faire un “sacrifice” financier pour faire des opérations intéressantes, car dans le privé ils font des opérations nulles à la chaîne, genre appendicite; soit ils ont un goût pour la recherche, qu’il ne pourront assouvir dans le privé qui n’en fait pas, donc ils restent dans le public. Dans tous les cas, les chirurgiens, et surtout les chercheurs (car ils ramènent des subventions et de la notoriété), sont chouchoutés par la direction. Ils sont protégés. Ils sont invincibles. Ils font du directeur un béni-oui-oui. Résultat, tous ceux qui sont en dessous des chirurgiens, ils n’ont pas un chef en la personne du directeur, non, ils en ont des dizaines : les chirurgiens de tous les services, qui ont évidemment tous leurs manies et leurs caprices. Je te laisse imaginer l’ambiance.

- Avant cet échange, tu me parlais des jeux d’influence…

- Oui, bon, c’est un bien grand mot pour parler de piston. Disons que vu la notoriété de l’hôpital, quand un ou une pistonnée débarque, c’est généralement par un ministre, un ami du ministre ou un dircab. Donc non seulement le pistonné arrive sans avoir galéré, mais en plus il est ultra-protégé. Et devine quoi, c’était le cas de ma chef. Donc elle faisait des trucs de fou. Je vais t’en raconter deux, parce que je crois que je les oublierai jamais tellement j’étais outrée et honteuse. Le premier, c’est qu’un jour, un célèbre couturier a donné pour plus de 10 000€ de robes pour petites filles à l’hôpital. Pour qu’on puisse les offrir à Noël, par exemple. Eh bien, une personne de notre service, qui était revenu un dimanche au bureau pour récupérer un truc perso oublié dans un tiroir, a surpris notre chère directrice en train de voler, tout simplement voler, les robes. Avec son mari. Ils ont chargé ça dans leur voiture et sont partis. C’est odieux. Non seulement ils ont volé des dons destinés à des enfants, mais en plus, à eux deux, ils gagnaient plus de 10 000€ par mois ! Ca sert à quoi de faire ça !?

- Et il ne lui est rien arrivé ?

- Évidemment que non ! Mon collègue n’a jamais osé en parler à quiconque, elle était bien trop protégée, il se serait fait démonter. Aucun responsable n’aurait pris le risque de désavouer ma cheffe. Donc voilà, impunité totale. L’autre truc qui s’est passé, des années plus tard, est tout aussi honteux. Notamment parce que c’est toujours en rapport avec les dons. Dans l’hôpital où je travaillais, on stockait des tonnes et des tonnes de dons de particuliers mais aussi de professionnels, destinés aux enfants et aux ados : jouets, poupées, BD, mangas, CD, jeux de société… 80m² de dons ! Sauf que c’était insupportable pour notre cheffe de se dire que des enfants allaient avoir des jouets GRATUITEMENT. “Quelle horreur, vous vous rendez-compte !” Alors on les donnait au compte goûte. Du genre, quand on avait des séries de BD de 6 tomes, ben on donnait que le premier tome. Du coup tous les autres tomes étaient foutus.

- Tu ne pouvais rien faire ?

- Mon énergie était déjà complètement aspirée par le reste, à l’époque je commençais à faire des malaises et à saigner subitement du nez n’importe où et n’importe quand à cause du boulot… Heureusement, à l’époque, un stagiaire est arrivé pour quelques mois (non-rémunéré, c’était illégal, mais bon…) et il a été tellement écœuré de voir tous ces jouets qui prenaient la poussière et qui déteignaient au soleil qu’il a pris le risque, sans en parler à la directrice du service, d’augmenter massivement les distributions. Heureusement, personne ne s’en est rendu compte. Cela n’a pas empêché la honte suprême d’arriver : un soir, la cheffe nous apprend que deux grandes poubelles “industrielles” vont être apportées par deux gars des services techniques dans notre couloir, après les heures de bureau. Objectif : jeter plus de 50% des dons, désormais impossible à distribuer car déteints, abîmés… Tout cela devait se faire à l’abri des regards, sinon ça aurait jasé. Nous sommes donc restés un soir et nous avons rempli deux gigantesques poubelles de jouets… Je n’ai jamais eu aussi honte de ma vie, je crois.

- Plus tôt, tu as commencé à parler d’un nouveau bâtiment hors de prix construit par l’hôpital…

- Oui, revenons là-dessus. L’hôpital a donc mis des centaines de millions d’euros sur la table pour construire un nouveau bâtiment de la taille d’un hôpital de province, environs 400 lits. Intérieur “design”, accueil “concept” et tout ce bullshit. Ça, c’est le discours officiel. Officieusement, les décideurs ont laissé l’architecte partir dans ses délires sans ce soucier une seconde ni de la praticité quotidienne, ni du personnel, ni de la réglementation en vigueur (et je te parle même pas des patients, eux on s’en fout, déjà qu’on les soignes !). 3 exemple : primo, tout un service était situé en sous-sol. Les personnels travaillaient donc comme des taupes, car l’architecte avait eu la bonne idée de choisir des ampoules ultra-basse consommation. Tout ce service était donc plongé en permanence dans une semi-pénombre et une lumière jaune dégueulasse que ne renierait pas une aire d’autoroute. Secundo, les plafonds étaient composés de dalles colorées, chacune de taille différente. Je répète : cha-que-dalle-de-ce-pu-tain-de-pla-fond était d’une taille unique. Dans un bâtiment public de 7 niveaux. DONC à chaque fois qu’une dalle est endommagée pour X ou Y raison, il faut commander la dalle en question à l’unité à un prestataire situé au Portugal, pour une somme évidemment astronomique. Tertio, l’architecte avait eu la bonne idée de ceindre tout le hall d’accueil avec des plantes exotiques. Arrosées chaque jour par un système automatique. De l’humidité. Dans un hôpital. Évidemment, c’est une fois les travaux effectué que quelqu’un de sain d’esprit a tiré la sonnette d’alarme. Il a donc fallu repasser à la caisse pour isoler cette magnifique forêt tropicale du reste de l’hôpital. Et je ne te parle pas du fait que la façade de ce nouveau bâtiment était recouverte d’un matériau extrêmement fragile, matériau qui a été posé EN PREMIER lors du chantier, donc l’hôpital a dû à nouveau dépenser des dizaines de milliers d’euros pour remplacer les parties abimées avant l’inauguration. Bref, le premier qui me parle d’économies et de gérer l’argent public “en bon père de famille”, je lui retourne un high kick.

- Comment s’est terminée ton aventure dans cet établissement ?

- Eh bien, l’incompétence de ma cheffe a finalement été remarquée. Mais, protégée comme elle l’était, le directeur de l’hôpital ne pouvait pas la licencier ou simplement ne pas renouveler son CDD. Elle a donc été sanctionnée… par une promotion. Encore plus de responsabilité et de gens sous ses ordres, et le salaire qui va avec. Mais dans un autre établissement. Tant mieux pour nous, dommage pour ses nouvelles victimes… Bref, elle a été remplacée… par sa copie conforme. Là, je me suis vraiment effondrée. Surtout qu’au même moment, le directeur de l’hôpital a été remplacé par un pur gestionnaire, qui rendait l’ambiance encore plus pesante. J’ai donc commencé à chercher un autre job, d’autant que dans ma vie personnelle c’était la catastrophe, je me suis retrouvée seule avec mon enfant. Et là j’ai découvert la brutalité de la vie. Entre mes “amies” qui me conseillaient de me prostituer auprès de mon ex pour qu’il me laisse habiter chez lui, et ma famille qui me suggérait de trouver un bon parti, je suis tombée de haut. Et j’ai aussi découvert ce que ça fait d’être arabe avec un enfant et 1400€ pour trouver un logement à Paris… Je me suis retrouvée dans un 28m² insalubre, c’était terrible… C’est une autre histoire. Bref, tout est parti en sucette au même moment, j’ai donc décidé de quitter ce boulot de merde et j’ai réussi à trouver ailleurs. Et pour l’instant, ça se passe bien.

9 commentaires pour “Témoignage : contractuelle administrative dans la fonction publique hospitalière”

  1. neFAST dit :

    C’est quoi le principe, c’est une fan-fiction tirée d’un JT de Pernaut ?

  2. Zorglomme dit :

    Hein ? J’aurais dû être plus explicite je crois : c’est une histoire vraie.

  3. Caroline dit :

    Je n’étais pas trop sûr non plus si c’était vrai ou si c’était une fiction “based on a true story” tu le vois au début de plein de films qui s’inspirent très vaguement d’une réalité, ou alors qui au contraire sont des fictions à 100%.

    Sinon pour moi ça coince comme témoignage. Je ne te connais pas IRL, on est sur un blog wefrag (donc je ne sais quel crédit accorder à l’article), du coup j’ai de la peine à contextualiser ce témoignage. Ce que j’y lis me semble terrible, mais en même temps c’est la vision d’une personne qui, pour autant que je sache, peut tout à faire être une bonne partie du problème.
    (100% de mes collègues boulets affirment que le problème c’est la hiérarchie).

    Bref, ce n’est pas inintéressant à lire mais je ne sais pas trop quoi en faire.

    Dans le témoignage de Damien, tu introduisais un peu plus le personnage, ça m’avait moins dérangé du coup.

  4. Zorglomme dit :

    Je peux garantir la véracité de l’intégralité de ce témoignage, malheureusement je ne peux pas en dire plus pour des raisons évidentes de confidentialités, pour moi comme pour la personne qui témoigne.
    Pour ce qui est de la personne qui témoigne, j’ai un peu contextualisé son milieu social au début, mais je peux rajouter que c’était une personne brillante. Je ne vois pas trop quoi rajouter, mais si tu veux tu peux poser d’autres questions et je verrais si je peux y répondre :)

  5. NzX_ dit :

    Bordel de merde. La notion d’argent est définitivement perdue …

  6. neFAST dit :

    J’avais bien compris que tu le présentais comme une histoire vrai. Franchement la tournure des phrases, le registre de langage, le contenu … tout me donne l’impression d’être un faux témoignage (mal) inventé de toutes pièces. Mais ce n’est que mon ressenti.

  7. Zorglomme dit :

    Et pourtant, c’est vrai :) Ce n’est pas seulement le fruit de plusieurs échanges mais j’ai aussi été témoin direct.

  8. Pellegrino_San dit :

    “D’abord, la hiérarchie officielle, c’est le directeur qui coiffe les chefs de services qui coiffent les médecins-chercheurs qui coiffent les médecins qui coiffent les internes qui coiffent les infirmières qui coiffent les aides-soignantes qui coiffent les grouillots qui restent, genre les brancardiers”.

    C’est tellement faux que j’ai arrêté d’y croire là personnellement. C’est un peu difficile de donner du credit à ton histoire ensuite du coup :) Pour le ton ça se rapproche un peu des fausses interviews de bimbos à l’époque d’Entrevue je trouve.

  9. Zorglomme dit :

    C’est peut-être mal dit. Je pense qu’il faut comprendre qu’un médecin sans street-cred ne va pas se risquer à aller au conflit avec un médecin chercheur auquel l’hôpital tient comme à la prunelle de ses yeux.
    Et tu peux croire à ce que tu veux, si ça te rassure, je comprends tout à fait.

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté avec votre compte Wefrag pour publier un commentaire.