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[Test] Immortal Redneck, Ziggurat en mieux

Samedi 20 mai 2017 à 7:07

Immortal Redneck est sorti dans l’indifférence la plus totale il y a près d’un mois. Il s’agit d’un FPS-roguelite dans lequel on incarne un redneck capturé et momifié par des dieux lors d’un run en buggy au milieu des dunes égyptiennes devant traverser 6 étages dans 3 pyramides. Un prétexte pour, au début de chaque run, permettre au joueur de choisir entre trois dieux aléatoires parmi 9, ce qui aura un impact sur le pouvoir actif, passif et évidemment sur les armes de départ. Par ailleurs, Immortal Redneck, qui a tout d’un dur (mort permanente, perte de tout l’inventaire, obtention de pouvoirs aléatoires en cours de partie qui peuvent foutre l’air votre run…) propose ce qui manque dans beaucoup de roguelike pour les noobs en la matière comme moi : de la progression qui ne se perd pas entre chaque mort. En l’occurrence, chaque tentative de vaincre une pyramide est l’occasion de récupérer un maximum d’or pour acquérir de nombreuses compétences passives et permanentes : plus de vie, plus de défense, double saut, meilleure efficacité des soins etc… Ainsi, le jeu propose un vrai sentiment de progression au joueur autrement que par l’amélioration de son skill “naturel” à force de se faire poutrer par le jeu. Contrairement à un autre FPS-roguelite, Ziggurat. En fait, j’ai même l’impression que les développeurs d’Immortal Redneck ont simplement transposé Ziggurat en Egypte après l’avoir analysé pour en corriger tous les vilains défauts qui faisaient qu’on se lassait très vite de ce jeu pourtant sympa.

Choisissez votre classe de personnage et traversez les pyramides.

La classe de votre personnage, que vous pouvez changer entre chaque mort, détermine vos pouvoirs et vos armes de départ.

On tire des balles

Premier changement par rapport à Ziggurat : dans IR, on tire DES BALLES. La quasi-totalité des 50 armes du jeu propose de tirer des balles dans la tronche des saloperies que les pyramides nous envoient dans la face, contrairement à Ziggurat, qui proposait au joueur seulement des baguettes magiques qui font pioupiou. Pas besoin d’expliquer, su Nofrag, ce que cela change. Si les armes d’IR ont un certain recul, parfois assez fort, leur bruitage est toutefois assez naze, donnant l’impression de tirer avec des répliques d’airsoft plutôt qu’avec des GROS GUNS. Cela reste toutefois préférable à Ziggurat, dans lequel on avait vraiment l’impression de jeter des confettis sur des mannequins en mousse.

Les armes puissantes sont aussi pénalisantes. Par exemple, lexcellent fusil dassaut supprime le crosshair au profit dun laser, pour compliquer la visée.

Les armes puissantes sont aussi pénalisantes. Par exemple, l'excellent fusil d'assaut supprime le crossair au profit d'un laser, pour compliquer la visée.

On progresse

Comme expliqué dans l’introduction, on peut dépenser l’argent gagné dans des compétences permanentes. Toutefois, les développeurs ont été malins. D’abord, impossible d’économiser pour se payer une compétence hors de prix, car à chaque nouvelle tentative, vous perdez tout l’or non-dépensé. De plus, chaque achat de compétence augmente mécaniquement le prix de toutes les autres. Un bon moyen de compenser la puissance que cette compétence vous apporte : le jeu considère que les compétences achetées vont vous permettre d’aller plus loins dans les étages, donc de récolter plus d’or, donc il augmente les tarifs à chaque achat pour maintenir le ratio tentative/possibilité d’achat. Une excellente idée qui pousse à relancer sans cesse une partie et qui modère la frustration ressentie lorsque vous entamez le boss final avec 3hp et donc que la défaite est certaine : au moins, vous n’avez pas fait tout ça pour rien. Contrairement à Ziggurat, une fois encore.

L'arbre de compétence, ici incomplet, instaure un vrai sentiment de progression dans le jeu.

Le hasard pénalise moins

Ziggurat avait ceci d’injuste que les armes de départ étaient systématiquement nulles à chier et que tomber sur certaines salles particulièrement difficiles à un moment inopportun pouvait gâcher votre run. Bien que la génération aléatoire soit aussi de mise dans Immortal Redneck, les développeurs ont réfléchi pour rendre le hasard moins injuste (et donc moins frustrant). D’abord, les 3 (ou 4) armes avec lesquels vous débutez une pyramide sont toujours au minimum correctes, voire très performantes. Votre réussite ne dépend donc pas des armes aléatoires que vous allez trouver dans le donjon : même si vous trouvez seulement des armes de merde, vous pouvez progresser avec vos armes du départ. Contrairement à Ziggurat, dans lequel tout votre run était foutu si la première arme que vous trouviez était une sombre merde. Et justement, même s’il existe des armes moins performantes que d’autres dans IR, toutes sont efficaces dans certaines situations. Et comme vous pouvez en porter 3 ou 4 à la fois, vous ne vous retrouverez jamais à poil dans une situation donnée. Il arrive parfois de tomber sur un bonus qui vous fait perdre toutes vos armes sauf une, mais qui boost la puissance de cette dernière, et même dans ce cas là, il est possible de progresser. Le jeu est donc très bien équilibré, ce qui n’était pas le cas de Ziggurat.

Ces salles-pièges sont toujours évitables, et permettent aux aventuriers téméraires de récupérer un trésor sils franchissent les pièges sans prendre de dégâts.

On s’épuise moins

Ziggurat avait ceci de particulier qu’il était é-pui-sant. Je m’en étais rendu compte lorsque, persuadé de jouer depuis deux heures, je quittais rageusement le jeu pour m’apercevoir que cela faisait seulement 45mn. En effet, Zigurrat vous envoyait des tonnes et des tonnes d’ennemis ultra-agressifs dans les dents, chaque salles prenait un certain temps à être nettoyée et le backtracking était incessant. Dans Immortal Redneck, les salles contiennent généralement peu d’ennemis, mais ils font beaucoup de dégât et leurs attaques sont particulièrement vicieuses puisque calculées sur vos déplacements. De plus, les salles sont souvent étroites et pleines d’obstacles, en cela le jeu s’éloigne de Ziggurat et de Serious Sam auquel beaucoup le compare alors qu’il n’a rien à voir : ici les ennemis ne se jettent pas sur vous et de toute façon reculer en tirant dans le tas ne fonctionne pas, vos armes sont trop imprécises et les ennemis anticipent vos trajectoires. Le rythme d’Immortal Redneck est donc plus posé, moins épuisant. Quant au retour sur vos pas, vous en ferez nécessairement si vous souhaitez tout explorer, mais les déplacements sont ULTRA-RAPIDES (parfois trop lorsque vous obtenez un boost de vitesse) donc il est rare de se dire “meeeerde, je vais devoir tout retraverser pour explorer cette salle.”

Oui, le lance-roquette de Quake III Arena est de la partie. Et il est rare.

Oui, le lance-roquette de Quake III Arena est de la partie. Et il est rare.

Mais alors, c’est parfait ?

Si Immortal Redneck corrige les défauts de son grand frère illégitime, il n’est pas exempt de défauts. Tout d’abord, comme mentionné plus haut, les bruitages des pétoires à notre disposition sont globalement assez merdiques, malgré des exceptions comme l’AK-47. Ensuite, certains ennemis sont VRAIMENT relous et cassent parfois le rythme du jeu (coucou les magiciens qui se téléportent à travers les murs et donc après lesquels il faut courir quand une salle est nettoyée…). Enfin, il faut bien avoir conscience que le jeu n’est pas frénétique, il ne s’adresse pas aux amateurs de Serious Sam qui pensent y trouver des hordes d’ennemis à exploser. Une pyramide entière, si vous explorer toutes les salles, ne comporte pas plus de 400 ennemis, dont beaucoup se tuent en une ou deux balles. Une qualité pour moi, qui sera un défaut pour d’autres.

Vous comprenez pourquoi Immortal Redneck ne se joue pas comme un Serious Sam ?

Vous comprenez pourquoi Immortal Redneck ne se joue pas comme un Serious Sam ?

Le FPS-roguelite pour les nuls

Immortal Redneck me semble être pour l’instant le meilleur jeu dans sa catégorie plutôt fermée (ses concurrents sont le rapidement lassant Ziggurat, le fun mais très vide Tower of Gun, et… c’est tout ?). Gameplay sympa, équilibrage parfait, graphismes mignons comme tout, et des flingues, des flingues et encore des flingues pour exterminer la vermine démoniaque égyptienne ! Toutefois, étant d’ordinaire peu friand de roguelike car détestant la frustration liée au hasard, Immortal Redneck est peut-être tout simplement LE FPS-roguelite pour les nuls. En tout cas, c’est un putain de bon jeu, et c’est pas cher.

Après le témoignage de Paul, richissime homme d’affaire à la retraite, et Damien, secrétaire de rédaction dans la PQR, je vous propre celui de Houria, contractuelle en charge de la communication dans un célèbre hôpital Français.

- Parle-nous un peu de toi, Houria, tu veux bien ?

- Bien sûr ! J’ai 31 ans, un enfant, et j’ai travaillé pendant 7 ans comme chargée de communication contractuelle (puis en CDI à la fin) au sein d’un gros hôpital français dont je tairais le nom. Je viens de quitter ce poste pour rejoindre une agence privée. Et retrouver ma santé mentale, je l’espère [Rire].

- Raconte-nous tes débuts à l’hôpital.

- C’était fantastique. Bon, il faut savoir une chose, c’est que je suis issue de la bourgeoisie algérienne et qu’à l’époque, j’étais en couple avec un trader. L’argent n’était donc pas un problème, et je cherchais avant tout un métier dans lequel je serais socialement utile. Autant dire que dans la com’, c’était pas gagné, car ce sont vraiment des professions de parasites. Et puis j’ai trouvé l’hôpital. Le poste était payé 1400€ nets pour 35h, ce qui faisait un salaire plutôt minable par rapport au coût de la vie de l’endroit, et surtout par rapport au nombre d’heures effectivement travaillées, généralement entre 45 et 50 heures. Mais bon, je pouvais me le permettre, je rendais audible la voix des malades, j’arrivais à faire venir des stars de la chanson gratuitement pour donner des concerts… Bref, c’était gratifiant.

- C’est vrai que ça avait l’air cool. Au point que c’est louche, d’ailleurs !

- [Rires] Ouiiii ! Car évidemment, outre le fait que je n’avais plus de vie en dehors du travail, il y avait un revers de la médaille DANS le travail : ma chef. Une arriviste de première bourre et une incapable comme on en voit peu. Elle avait été placée là grâce à son mari, qui connaissait bien le directeur de l’hôpital. Elle émargeait à 3200€ nets par mois, et je peux te dire que elle, elle s’y tenait, à ses 35h. Mais le pire, c’est qu’elle s’appropriait tout notre travail (le service était composé d’un graphiste, une photographe de de moi-même) et faisait croire à tout le monde que toutes les réussites de com’ étaient de son fait. C’était assez dur à vivre car du coup, tout le monde me regardait comme un cancrelat quand j’allais dans les services interviewer un médecin, par exemple.

- Raconte-nous comment fonctionne la hiérarchie d’un hôpital, ça m’a l’air intéressant.

- Alors il y a la hiérarchie officielle, et la hiérarchie officieuse. Les deux sont également merdiques, pour les raisons que je vais t’expliquer. D’abord, la hiérarchie officielle, c’est le directeur qui coiffe les chefs de services qui coiffent les médecins-chercheurs qui coiffent les médecins qui coiffent les internes qui coiffent les infirmières qui coiffent les aides-soignantes qui coiffent les grouillots qui restent, genre les brancardiers. Sur la hiérarchie officielle, et c’est l’époque qui veut ça j’imagine, il peut arriver que le dirlo de l’hôpital ne soit pas un médecin/ex-médecin mais un pur gestionnaire, une tête d’oeuf dont le seul souci est la rentabilité de l’hôpital. C’est en soit un problème.

- La rentabilité ? Mais tu étais bien dans un hôpital public, non ?

- Oui, mais comme il faut à tout prix faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’hôpital parce que l’Etat diminue les crédits années après années, il faut trouver des palliatifs. Et je peux te dire qu’ils ont été trouvés. Le premier truc, ça a été de permettre à des émirs de privatiser un étage entier de l’hôpital, parfois pendant plusieurs jours, à 50 000€ la journée en moyenne. Autrement dit, tu prives des dizaines de patients de soins ou tu les envois se faire soigner à 70kms pour le prix d’une chimiothérapie. C’est donc rentable sur le moment mais complètement con à long terme. Enfin bref. Le deuxième truc qu’ils ont trouvé, c’est tout simple de faire payer tout ce qui n’est pas médical. Autrement dit, puisqu’on ne peut pas se faire de marge sur les soins car ils sont encadrés, on va en faire sur ce qui ne l’est pas. Les femmes enceintes, les cancéreux, les amputés et les enfants avec la maladie des os de verre seront donc ravis de devoir payer rubis sur l’ongle les draps, les oreillers, les serviettes de bain, les repas, TOUT ce qui n’est pas médical. Et ça douille : 9€ le drap de lit à la journée.

- Donc en fait, l’américanisation de notre système de santé est déjà bien entamée…

- Oui, et personne n’en parle. On préfère communiquer sur une nouvelle aile de l’hôpital qui a coûté 3 fois trop cher pour le résultat final. Mais avant d’en venir à ça, je voudrais parler de la hiérarchie officieuse qui règne au sein de l’hôpital. En gros, dis-toi que dans la médecine, les chirurgiens, c’est les stars. C’est eux qui roulent en Ferrari, qui harcèlent les infirmières et surtout qui pourraient gagner 4 à 10 fois plus de fric s’ils travaillaient dans une clinique privée. Pourtant, il y en a un paquet qui travaillent dans la fonction publique, pour diverses raisons que voici : soit ils ont un vrai goût pour aider les gens; soit ils sont prêt à faire un “sacrifice” financier pour faire des opérations intéressantes, car dans le privé ils font des opérations nulles à la chaîne, genre appendicite; soit ils ont un goût pour la recherche, qu’il ne pourront assouvir dans le privé qui n’en fait pas, donc ils restent dans le public. Dans tous les cas, les chirurgiens, et surtout les chercheurs (car ils ramènent des subventions et de la notoriété), sont chouchoutés par la direction. Ils sont protégés. Ils sont invincibles. Ils font du directeur un béni-oui-oui. Résultat, tous ceux qui sont en dessous des chirurgiens, ils n’ont pas un chef en la personne du directeur, non, ils en ont des dizaines : les chirurgiens de tous les services, qui ont évidemment tous leurs manies et leurs caprices. Je te laisse imaginer l’ambiance.

- Avant cet échange, tu me parlais des jeux d’influence…

- Oui, bon, c’est un bien grand mot pour parler de piston. Disons que vu la notoriété de l’hôpital, quand un ou une pistonnée débarque, c’est généralement par un ministre, un ami du ministre ou un dircab. Donc non seulement le pistonné arrive sans avoir galéré, mais en plus il est ultra-protégé. Et devine quoi, c’était le cas de ma chef. Donc elle faisait des trucs de fou. Je vais t’en raconter deux, parce que je crois que je les oublierai jamais tellement j’étais outrée et honteuse. Le premier, c’est qu’un jour, un célèbre couturier a donné pour plus de 10 000€ de robes pour petites filles à l’hôpital. Pour qu’on puisse les offrir à Noël, par exemple. Eh bien, une personne de notre service, qui était revenu un dimanche au bureau pour récupérer un truc perso oublié dans un tiroir, a surpris notre chère directrice en train de voler, tout simplement voler, les robes. Avec son mari. Ils ont chargé ça dans leur voiture et sont partis. C’est odieux. Non seulement ils ont volé des dons destinés à des enfants, mais en plus, à eux deux, ils gagnaient plus de 10 000€ par mois ! Ca sert à quoi de faire ça !?

- Et il ne lui est rien arrivé ?

- Évidemment que non ! Mon collègue n’a jamais osé en parler à quiconque, elle était bien trop protégée, il se serait fait démonter. Aucun responsable n’aurait pris le risque de désavouer ma cheffe. Donc voilà, impunité totale. L’autre truc qui s’est passé, des années plus tard, est tout aussi honteux. Notamment parce que c’est toujours en rapport avec les dons. Dans l’hôpital où je travaillais, on stockait des tonnes et des tonnes de dons de particuliers mais aussi de professionnels, destinés aux enfants et aux ados : jouets, poupées, BD, mangas, CD, jeux de société… 80m² de dons ! Sauf que c’était insupportable pour notre cheffe de se dire que des enfants allaient avoir des jouets GRATUITEMENT. “Quelle horreur, vous vous rendez-compte !” Alors on les donnait au compte goûte. Du genre, quand on avait des séries de BD de 6 tomes, ben on donnait que le premier tome. Du coup tous les autres tomes étaient foutus.

- Tu ne pouvais rien faire ?

- Mon énergie était déjà complètement aspirée par le reste, à l’époque je commençais à faire des malaises et à saigner subitement du nez n’importe où et n’importe quand à cause du boulot… Heureusement, à l’époque, un stagiaire est arrivé pour quelques mois (non-rémunéré, c’était illégal, mais bon…) et il a été tellement écœuré de voir tous ces jouets qui prenaient la poussière et qui déteignaient au soleil qu’il a pris le risque, sans en parler à la directrice du service, d’augmenter massivement les distributions. Heureusement, personne ne s’en est rendu compte. Cela n’a pas empêché la honte suprême d’arriver : un soir, la cheffe nous apprend que deux grandes poubelles “industrielles” vont être apportées par deux gars des services techniques dans notre couloir, après les heures de bureau. Objectif : jeter plus de 50% des dons, désormais impossible à distribuer car déteints, abîmés… Tout cela devait se faire à l’abri des regards, sinon ça aurait jasé. Nous sommes donc restés un soir et nous avons rempli deux gigantesques poubelles de jouets… Je n’ai jamais eu aussi honte de ma vie, je crois.

- Plus tôt, tu as commencé à parler d’un nouveau bâtiment hors de prix construit par l’hôpital…

- Oui, revenons là-dessus. L’hôpital a donc mis des centaines de millions d’euros sur la table pour construire un nouveau bâtiment de la taille d’un hôpital de province, environs 400 lits. Intérieur “design”, accueil “concept” et tout ce bullshit. Ça, c’est le discours officiel. Officieusement, les décideurs ont laissé l’architecte partir dans ses délires sans ce soucier une seconde ni de la praticité quotidienne, ni du personnel, ni de la réglementation en vigueur (et je te parle même pas des patients, eux on s’en fout, déjà qu’on les soignes !). 3 exemple : primo, tout un service était situé en sous-sol. Les personnels travaillaient donc comme des taupes, car l’architecte avait eu la bonne idée de choisir des ampoules ultra-basse consommation. Tout ce service était donc plongé en permanence dans une semi-pénombre et une lumière jaune dégueulasse que ne renierait pas une aire d’autoroute. Secundo, les plafonds étaient composés de dalles colorées, chacune de taille différente. Je répète : cha-que-dalle-de-ce-pu-tain-de-pla-fond était d’une taille unique. Dans un bâtiment public de 7 niveaux. DONC à chaque fois qu’une dalle est endommagée pour X ou Y raison, il faut commander la dalle en question à l’unité à un prestataire situé au Portugal, pour une somme évidemment astronomique. Tertio, l’architecte avait eu la bonne idée de ceindre tout le hall d’accueil avec des plantes exotiques. Arrosées chaque jour par un système automatique. De l’humidité. Dans un hôpital. Évidemment, c’est une fois les travaux effectué que quelqu’un de sain d’esprit a tiré la sonnette d’alarme. Il a donc fallu repasser à la caisse pour isoler cette magnifique forêt tropicale du reste de l’hôpital. Et je ne te parle pas du fait que la façade de ce nouveau bâtiment était recouverte d’un matériau extrêmement fragile, matériau qui a été posé EN PREMIER lors du chantier, donc l’hôpital a dû à nouveau dépenser des dizaines de milliers d’euros pour remplacer les parties abimées avant l’inauguration. Bref, le premier qui me parle d’économies et de gérer l’argent public “en bon père de famille”, je lui retourne un high kick.

- Comment s’est terminée ton aventure dans cet établissement ?

- Eh bien, l’incompétence de ma cheffe a finalement été remarquée. Mais, protégée comme elle l’était, le directeur de l’hôpital ne pouvait pas la licencier ou simplement ne pas renouveler son CDD. Elle a donc été sanctionnée… par une promotion. Encore plus de responsabilité et de gens sous ses ordres, et le salaire qui va avec. Mais dans un autre établissement. Tant mieux pour nous, dommage pour ses nouvelles victimes… Bref, elle a été remplacée… par sa copie conforme. Là, je me suis vraiment effondrée. Surtout qu’au même moment, le directeur de l’hôpital a été remplacé par un pur gestionnaire, qui rendait l’ambiance encore plus pesante. J’ai donc commencé à chercher un autre job, d’autant que dans ma vie personnelle c’était la catastrophe, je me suis retrouvée seule avec mon enfant. Et là j’ai découvert la brutalité de la vie. Entre mes “amies” qui me conseillaient de me prostituer auprès de mon ex pour qu’il me laisse habiter chez lui, et ma famille qui me suggérait de trouver un bon parti, je suis tombée de haut. Et j’ai aussi découvert ce que ça fait d’être arabe avec un enfant et 1400€ pour trouver un logement à Paris… Je me suis retrouvée dans un 28m² insalubre, c’était terrible… C’est une autre histoire. Bref, tout est parti en sucette au même moment, j’ai donc décidé de quitter ce boulot de merde et j’ai réussi à trouver ailleurs. Et pour l’instant, ça se passe bien.

Titanslow 2

Mardi 31 janvier 2017 à 15:08

Le premier Titanfall avait été une grosse claque dans ma bouche lors de sa sortie en 2014. Peu amateur des FPS élitistes de type ArmA, j’attendais déjà à l’époque, désespérément, la sortie d’un FPS bas du front, accessible mais avec une certaine marge de progression, fun mais pas nul tant il prend son joueur pour une quiche. Or, il se trouve que les trois premiers critères sont rarement compatibles avec le dernier dans le jeu vidéo moderne. Et puis, Titanfall est sorti. Du wallrun, des sauts de folie, des gunfights nerveux jouables sans ironsight, et des putains de robots géants de l’espace que l’on peut contrôler pour se battre contre d’autres robots géants de l’espace, pendant que les joueurs à pieds continuent de s’écharper joyeusement comme des mouches autour de notre cockpit. Bref, c’était GE-NIAL. D’autant que pour une fois on ne se foutait pas de notre gueule pour un jeu exclusivement multijoueur, avec pas moins de 15 maps à la sortie du jeu, toutes de qualité. A l’époque, trois défauts majeurs : l’ergonomie atroce des menus, un temps d’attente entre les parties de 90 putains de secondes et un nombre d’armes rachitique. Des problèmes pas difficiles à corriger par un éventuel successeur, donc.

Et puis là, patatra, Titanfall 2 est sorti. Premier constat : les développeurs ont cédé face à la relative modernité qui veut qu’on ne peut plus sortir un jeu sans mode solo. Titanfall 2 propose donc une aventure scénarisée assez nulle (je ne comprends pas les avis dithyrambiques sur cette campagne, j’ai dû louper quelque chose, si quelqu’un parmis vous l’a appréciée, je veux qu’on m’explique. Vraiment.), qui a pour effet immédiat d’amputer le multi d’un nombre conséquent de maps. Le coeur du jeu, le online, ne propose plus que 9 maps en lieu et place des 15 du premier. Fantastique. Deuxième constat, on attends toujours beaucoup trop entre les parties, et ça, ça devient INSUPPORTABLE BORDEL, d’où vient ce délire des FPS modernes de renvoyer les joueurs dans un lobby entre deux parties plutôt que d’enchaîner les maps ? Rien que de l’écrire ça me rend dingue, alors de penser que des types peuvent décider ça en réunion et le programmer sans que personne n’intervienne en disant “non mais attends Josh, ça va faire chier tout l’monde ça !”… Dernier constat : le jeu a beau proposer plus d’armes que son aîné, ça reste peu et elles sont terriblement génériques.

Les maps de Titanfall 2 : de grands espaces vides qui anéantissent tout le fun du gameplay des pilotes.

Les maps de Titanfall 2 : de grands espaces vides qui anéantissent tout le fun du gameplay des pilotes.

Les maps, quant à elles, sont en net retrait par rapport à Titanfall premier du nom. Les développeurs ont en effet changé leur fusil d’épaule, probablement afin de favoriser les combats entre les joueurs en titan et les joueurs à pieds - ce qui en est bien le cas en l’occurrence, mais ce n’est pas pour autant amusant. Contrairement au premier épisode où la plupart des cartes proposaient des points chauds où se concentraient les combats de pilotes à pieds et de vastes zones ouvertes aux mechas (et plutôt hostiles aux pilotes puisque sans abris ou murs pour courir), Titanfall 2 propose uniquement des maps composées de larges couloirs (pour les robots) entourés de petits couloirs (pour les pilotes). Or, il se trouve que les “couloirs à mechas” sont généralement trop larges pour que les pilotes puissent courir de murs en murs ! On passe donc d’un gameplay assez fou où l’on pouvait parcourir tout la carte sans toucher le sol à un gameplay asthmatique (bien que 10 fois plus rapide que la moyenne des FPS du marché, restons lucides) où on est sans cesse ramené au sol par l’absence de spot où courir. Enfin, la direction artistique des maps laisse franchement à désirer par rapport à Titanfall premier du nom : base, usine, base, usine… On a même droit à une map “camp d’entraînement” comme dans n’importe quel free-to-play coréen de chie. Ce n’est pas compliqué, j’ai arrêté de jouer au jeu il y a deux mois et j’ai dû aller voir sur le wiki pour me rappeler des maps, alors que je me souviens encore des maps (même les moins bonnes) du 1er Titanfall auquel je n’ai plus joué depuis 2014.

Les maps de Titanfall 2 sont tellement nulles quEA en est réduit à sortir gratuitement les maps du 1er épisode, ici Angel City. La honte.

Les maps de Titanfall 2 sont tellement nulles qu'EA se met la misère tout seul en ressortant les maps du 1er.

Vous l’aurez compris, le game design des maps est mauvais. Restent les gunfights. Eh bien, c’est toujours cool. C’est moins nerveux que par le passé, j’ai l’impression que l’on meurt plus vite (et je n’aime pas ça), la courbe de progression est encore plus faible, mais ça SUPER COOL DE COURIR SUR UN MUR, BUTER UN TYPE SUR UN TOIT A 50 METRES SANS IRONSIGHT PUIS D’ATTERRIR DANS LE COCKPIT DE SON TITAN, DE PIÉTINER UN AUTRE JOUEUR ET ENFIN D’EXECUTER UN DERNIER EN BROYANT SON ROBOT COMME DU PAPIER. Même sur des maps nulles avec des armes génériques. Et c’est pour ça que j’ai passé une centaine d’heures sur le jeu avant de m’en lasser (140h sur le 1er).

En résumé, Titanfall 2, c’est comme le 1er mais en moins bien, c’est donc une très grosse déception par rapport aux énormes attentes que je plaçais sur lui. Reste qu’il est assez seul sur son secteur, Tribes Ascend étant pour ainsi dire décédé. Néanmoins, le nombre de joueurs étant en chute libre, je ne peux vous le recommander à plein tarif. Espérons qu’EA procède rapidement à une baisse drastique du prix afin d’attirer de nouveaux joueurs (car ce n’est pas en offrant une map gratuite tous les trimestres que la communauté va se renouveler, apparemment Killing Floor 1 et 2 n’ont toujours pas fait d’émules), mais j’ai quelques doutes…

Voyage dans Shadow Warrior 2

Lundi 24 octobre 2016 à 18:04

Shadow Warrior 2, bien qu’inférieur à son aîné pour cause de “fucking lack of level design”, reste le FPS indispensable de cette fin d’année. Et le jeu est une putain de baffe graphique qui met la misère à la plupart des FPS actuels. D’ailleurs, le développeurs le savent, ils ont donc intégré directement dans le jeu un mode Photo pour screener dans tous les sens. C’est pourquoi je vous propose quelques screens (et encore plus directement sur Flickr) non-retouchés, comme je l’avais fait pour Alien Isolation à l’époque.

Home sweet home

Leaves path

Neverending path

The Forest

Patrol

Heading to the bridge

The Library (alt. ver.)

The secret way

The Creature

Préambule : qu’est-ce que le confusionnisme ? [définition donnée par Confusionnisme.info]
Le confusionnisme politique est ce phénomène qui conduit sur certains sujets des groupes et individus appartenant à des spectres a priori opposés du champ politique à s’allier pour des raisons opportunistes mais aussi parce qu’ils parviennent sur ces sujets précis à se trouver et à développer des bases idéologiques communes. Les thématiques touchées par le confusionnisme couvrent à peu près l’ensemble des débats politiques possibles : relations internationales et question européenne, santé, écologie et même luttes sociales, cette liste n’étant pas exhaustive. Le confusionnisme politique peut relever d’une stratégie mûrement réfléchie (c’est notamment souvent le cas à l’extrême droite) comme il peut aussi être le fruit de l’ignorance ou de la naïveté de certains militants (notamment à gauche).

C’est une bonne définition, à laquelle je rajouterais que plus simplement, le confusionnisme n’implique pas forcément une alliance entre personnes de spectres opposés (en fait, c’est même assez rare), mais implique toujours la récupération d’idées du camp d’en face. Une spécialité presque exclusive à l’extrême-droite (et qui ne date pas d’hier). Le confusionnisme n’est pas une invention récente, il existe depuis plusieurs siècle dans les pays occidentaux, et en France notamment depuis le milieu du XIXème siècle, lorsque le parti des Royalistes, majoritaire à la Chambre des Députés, se nomma lui-même le “Centre-gauche.”
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Si vous êtes un-e habitué-e des sphères les plus politisées/militantes de l’intarweb, alors peut-être avez-vous déjà été redirigé-e vers le site Confusionnisme.info. Un site qui semble géré par des militants d’obédience anarchiste et antifasciste s’étant donné pour mission de démasquer les confusionnistes de notre temps. Problème : le site utilise lui-même des méthodes confusionnistes et de propagande pour “démasquer” ses adversaires, ce qui, loin de clarifier une situation politique floue, la rend encore plus opaque.

Je m’appuierais sur deux exemples. Le premier sera assez rapide car il est mineur mais montre un certain manque de rigueur intellectuelle que le site ne cesse pourtant de reprocher à des acteurs politiques et ou militants qui sont pourtant de son bord. Il s’agit de la dernière phrase de la définition donnée par Confusionnisme.info du confusionnisme : “Le confusionnisme politique peut relever d’une stratégie mûrement réfléchie (c’est notamment souvent le cas à l’extrême droite) comme il peut aussi être le fruit de l’ignorance ou de la naïveté de certains militants (notamment à gauche).” Or, il se trouve que “l’ignorance” et la “naïveté” des militants de gauche sont des critiques qui reviennent sans cesse dans la bouche des militants de droite… et d’extrême droite [1] ! De l’autre côté, attribuer la récupération d’idées de gauche par la droite (plus ou moins extrême) à une “stratégie mûrement réfléchie” est donner une intelligence machiavélique à des personnages qui ont souvent réagit à des événements simplement par instinct de survie. En effet, s’il est aujourd’hui impossible de nier que le FN ou encore un Alain Soral volent volontairement des idées à la gauche pour des raisons de business (électorale ou de pognon), il n’en a pas toujours été ainsi. Il suffit pour cela de regarder l’Histoire des luttes sociales à travers les âges et dans la plupart (pour ne pas dire tous) des pays occidentaux [2] pour constater que lorsque la droite a récupéré des idées de gauche, c’était sous la pression populaire, généralement violente et durable, afin d’assurer sa survie et son maintien au pouvoir. Pas du tout une stratégie réfléchie à l’avance, donc.

Le second exemple est bien plus grave car il y est symptomatique de cette gauche qui, à force de se vouloir plus radicale que les radicaux, se coupe de tous ses soutiens. Ainsi, dans un article du 23 avril 2016, Confusionnisme.info atteint des sommets de… confusionnisme. Et ça commence dès l’image d’en-tête, qui met sur un pieds d’égalité Marine Le Pen (FN), Jean-Luc Mélenchon (PG), Etienne Chouard (militant de gauche passé à l’extrême droite), Frédéric Lordon (chercheur d’extrême gauche), Bernard Friot (chercheur retraité, communiste), Pierre Rabhi (écolo conservateur), François Ruffin (journaliste communiste), Pierre Carles (réalisateur d’extrême gauche)… Ce procédé consistant à amalgamer tout et son contraire est bien connu des médias mainstreams et du dessinateur Plantu, qui s’en est fait fait une spécialité [3]. Il en résulte un confusionnisme total car il ne reste du plus aucun acteur politique/militant vers lequel se tourner, tant le spectre politique des acteurs désignés par le site est large : si soutenir Mélenchon c’est soutenir Le Pen, c’est regarder un documentaire de Pierre Carles c’est souscrire aux soutiens de Chouard, alors qu’est-ce qu’on fait ? Rien ?

Non mais attends, qu’est-ce qui nous dit que Pierre Carles et compagnie c’est pas des confusionnistes ? Hein ? Hein ?“[4] Parce qu’il suffit de regarder/lire leur production pour constater que ce n’est pas le cas. Pour parvenir à démontrer que ces acteurs résolument engagés à gauche sont des “confusionnistes” ou des “rouges-bruns”, Confusionnisme.info multiplie donc les contorsions intellectuelles, les phrases sorties de leur contexte, les insultes gratuites et surtout recourt massivement à l’argument de l’épouvantail et à l’association frauduleuse.

  • Ainsi, Bernard Friot est traité de “crapule Stalinienne” désireuse de faire de chaque citoyen un “fonctionnaire” et de ne pas vouloir abolir le salariat mais de simplement “vouloir le repeindre en rouge.” Une triplette de mensonges, puisque dans ses livres comme dans ses conférences, Bernard Friot ne cesse de marteler exactement le contraire : il faut “abolir le salariat”, et faire que les salariés ne soient pas plus rémunérés par l’Etat que par les entreprises, mais par des caisses auxquelles ces dernières cotiseront. Quant au stalinisme supposé de Bernard Friot, je ne trouve rien dans son œuvre qui ne corresponde à la définition du mode de gouvernance du dictateur soviétique. Enfin, le site tente de décrédibiliser Bernard Friot en affirmant que son système le favoriserait lui avant tous les autres, ce qui est faux puisque chacun commencerait à un même niveau de salaire. Et Confusionnisme.info d’enfoncer le clou (croit-il) : “Ces niveaux de qualifications seraient attribués par des sortes de commissions bureaucratiques, qui de fait auraient le pouvoir énorme de classer la population en une des 4 catégories. Du coup, dans ce système, il suffit d’avoir des diplômes pour gagner 3 ou 4 fois plus qu’un prolo de base, et en général les plus diplômés ne sont pas les fils de cantonniers ou les filles de mineurs, mais plutôt issus des couches supérieures les plus riches et diplômées.” Sauf que ce n’est pas ce que dit Friot ! Ces niveaux de qualification ne seront pas “attribués” mais “définis” par la loi, et non par d’obscurs “commissions bureaucratiques” comme l’affirme le site. Quant aux diplômes, le site semble faire ici un amalgame entre les diplômes universitaires et les diplômes décernés par ces examens qui permettraient de monter dans l’échelle des salaires… Examens auxquels on peut se présenter sans aucun diplôme. On nage donc ici en plein… confusionnisme, en mentant à la chaîne et en associant un penseur communiste à Staline. Chapeau !
  • François Ruffin en prend lui aussi pour son grade : jugé “nationaliste de gauche, anti-féministe, patron avant-tout“, il semble bon pour périr dans les enfers du confusionnisme. Pour le coup, Confusionnisme.info apporte un bon paquet d’éléments pour étayer sa thèse, mais oublie au passage que l’on peut très bien retenir CERTAINES idées d’un personnage public tout en n’adhérant pas à ses autres prises de positions. Mais manifestement, il est trop fatiguant pour le militant moyen d’opérer une sélection : il faut que ce soit tout blanc ou tout noir. En résumé, le site semble avoir un problème pour le coup classique chez les militants de tout bord : la recherche de la pureté absolue. Et d’oublier qu’on a tous dit des conneries, qu’on en dit tous et qu’on en dira à nouveau. Et que plus on est un personnage public, plus on parle, plus on risque proportionnellement de dire des conneries, et il n’y a pas de raison d’être blacklisté parce qu’une fois on a dit une connerie dans une conférence il y a 5 ans. Il faut faire du cas par cas (et oui, c’est lourd). Typiquement, on peut effectivement qualifier Emmanuel Todd de girouette, tant le bonhomme a retourné sa veste au fil des années selon les opportunités du moment pour vendre des bouquins. Autant ranger un Ruffin dans le rang des confusionnistes est totalement absurde : comme si être un macho sexiste était impossible pour un homme de gauche, faisant de lui instantanément un confusionniste parce que voyez-vous, le sexisme c’est réservé à la droite… Tel semble être le raisonnement de Confusionnisme.info, et cela traduit un gros manque de connaissance sur le sujet du sexisme, en l’occurrence.
  • Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS, se fait copieusement avoiner : il “vit dans un confortable appartement emmitouflé dans l’une des villes les plus riches de France, est tout sauf un prolo.” Le site, qui se veut donc anti-fasciste et anti-confusionnisme apporte ici de l’eau au moulin droitier qui veut qu’on ne peut être de gauche qu’en étant un prolo, sinon on est forcément un faux-nez. Et d’en profiter pour taper sur Michael Moore, “business-man démagogue [5].” Et le site de tenter de faire passer Lordon pour un affreux droitard en citant l’une de ses interviews sur France Culture : « C’était au milieu des années 1980. J’avais fort intention de devenir un ‘winner’ et de gagner plein d’argent. » Sans linker vers l’interview en question, qui se trouve ici. Et on comprend pourquoi : lorsque Lordon évoque ce passage de sa vie, c’est pour se tourner en dérision et montrer comment il a pu être un jeune con dans le passé. Ce n’est donc pas du tout du premier degré comme le laisse sous-entendre Confusionnisme.info. Le site enchaîne sur une nouvelle association frauduleuse : rendez vous compte, Lordon et des économistes atterrés ont donné une conférence “dans une grande école de commerce“. Sous-entendu : on ne peut pas faire de conférence dans un lieu du Mal sans être soit même inféodé au Mal. Message transmis aux féministes qui animent des conférences dans des écoles dirigées par des hommes machistes, aux intervenants de droite qui donnent des cours à des étudiants de gauche etc… Confusionnisme.info semble totalement ignorer que ce type de conférence est généralement organisé à l’initiative d’associations d’étudiants militants, et il se trouve que oui, même dans les écoles de commerce il y a des étudiants de gauche. Le site lui reproche ensuite d’avoir usé du verbe “chouiner” pour qualifier les manifs entre République et Nation, ce qui permettrait d’assimiler Lordon aux médias mainstreams qui n’ont de cesse de dénoncer “la grogne” des salariés. Manque de bol à nouveau, Lordon n’a pas utilisé le verbe “chouiner” pour réduire les manifestations à des actes ridicules et passéistes (comme le font les médias mainstreams), mais au contraire pour faire remarquer que manifester précisément entre République et Nation est totalement inutile puisqu’il ne se trouve aucun ministère sur le trajet, le niveau d’emmerdement des gouvernants étant donc proche de zéro lors de ces manifs. Manifs auxquelles il participe par ailleurs. Le reste des critiques à l’encontre de Lordon est à l’avenant : à côté de la plaque.
  • A noter que pour décrédibiliser à la fois François Ruffin et Frédéric Lordon, Confusionnisme.info n’hésite pas à sombrer dans le conspirationnisme le plus total, affirmant carrément que “la Nuit Debout, qui est présentée comme un mouvement spontané, a en fait été organisée par une une poignée de militants réformistes après un meeting de Fakir le 23 février à la Bourse du Travail de Paris,” et est une “opération promotionnelle pour le film Merci patron !” Une théorie appuyée par le fait que la personne ayant déposé les autorisations de manif en préfecture était présente au meeting de Fakir cité. Problème, ce récit des événements ne tient pas compte du fait que le film Merci Patron est sorti en salle le 24 février 2016 soit plus d’un mois avant la manifestation qui débouchera sur Nuit Debout. Et que Nuit Debout a commencé comme un mouvement d’occupation illégale de l’espace public, les manifestants refusant de rentrer chez eux après la manif, malgré le départ des syndicats. Laisser penser qu’un mouvement de colère de plusieurs mois, répandu dans 9 pays, est à l’origine pensé et organisé par une quinzaine de clampins dans un bistrot, on ne fait pas plus conspi. Mais il faudrait être un affreux confusionniste pour imaginer que Ruffin a simplement fait preuve d’opportunisme (assez dégoûtant il est vrai, en tout cas c’est mon avis) en profitant de Nuit Debout pour faire la promo de son film.
  • De nombreux termes importants pour les luttes sociales sont démolis par Confusionnisme.info, ce qui est un bon moyen pour priver tout le monde des mots nécessaires pour exprimer sa colère. En vrac :

- n’utilisez pas le mot “oligarchie“, il est sale. Pourquoi ? Parce que “utilisé par l’extrême droite.
- La sociologie dans son entier ? “La science des truismes“. Carrément. Circulez.
- Les “1% contre les 99%” ? Lorsque vous voulez exprimer les injustices, n’utilisez pas cette formule simple et préférez écrire une thèse de 100 pages (mais pas sociologique, cf. le point au dessus) pour la nuancer, car c’est “une vision illuminée du capitalisme.
- Le terme “Bankster” ? A bannir, car inventé (semble-t-il) par Léon Degrelle et repris par JM Le Pen.

La liste des absurdités proférées par Confusionnisme.info, qui ne peuvent que pousser la gauche radicale au silence (puisque ce sont tous des nazis, des profiteurs, des faux-nez, des hypocrites…), pourrait continuer longtemps. Et puis on se rend compte que ce n’est pas n’importe quelle militante “anti-fasciste” qui administre ce site : il s’agit d’Ornella Guyet, une journaliste freelance par ailleurs adhérente de l’association Acrimed (qui l’a désavouée). Une militante qui n’hésite pas à descendre des personnalités de gauche radicale, de Mélenchon à Lordon en passant par Michel Collon. Dommage, pour une journaliste se prétendant “communiste libertaire“, de se retrouver à utiliser les méthodes qu’elle dénonce pour flinguer des personnalités de son bord. Une attitude typique de l’extrême droite, ce qui n’a pas échappé à des sites d’extrême gauche comme Le Grand Soir ou Anticons, qui ont très bien décrypté les agissements d’Ornella Guyet, je vous invite donc à lire leurs articles pour en savoir plus sur cette… confusionniste de premier choix !

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[1] Lire “Le système Soral - Enquête sur un facho business”, Calmann-Lévy, 2015, Robin d’Angelo et Mathieu Molard.  Les deux journalistes ont établis que c’est le chef de la section “Wikipédia” d’Egalité & Réconciliation (le site d’Alain Soral) qui a modifié la fiche Wikipédia de l’antifascisme, ajoutant la mention qu’aujourd’hui, “les antifascistes sont soit naïfs, soit stupides.”

[2] Lire “Une histoire populaire des Etats-Unis”, La Découverte, 2003, Howard Zinn. On y apprend que durant tout le XIXème siècle, les USA ont été sous la coupe de gouvernements conservateurs, qui n’ont consentie à des baisses des heures de travail (à l’époque, une femme pouvait travailler jusqu’à 16h/jour pour 25 cents par semaine), c’est à dire à récupérer des idées de gauche, qu’à l’occasion de centaines d’émeutes ouvrières que l’armée et les milices ne parvenaient plus à réprimer.

[3] Voir ce célèbre dessin du non moins célèbre caricaturiste conservateur.

[4] Précision : il ne sera pas question dans cet article de critiquer les propositions politiques des personnes, mais de critiquer la critique de Confusionnisme.info à leur encontre.

[5] Michael Moore est à la tête d’une fortune estimée à 90 millions de dollars (on retrouve à nouveau ici l’idée droitière qu’on ne peut pas être riche et de gauche). On pourrait donc trouver courageux qu’ils continue à réaliser des films ouvertement gauchistes (allant même jusqu’à promouvoir le socialisme dans son film Capitalism A Love Story. Vous imaginez, promouvoir le socialisme aux USA ?) allant à l’encontre de ses intérêts de classe, mais non, Confusionnisme.info préfère le qualifier de business-man. Mais si vous êtes répugné par le côté bling bling et démago de Moore, n’allez pas vous tourner vers ses équivalents fauchés français ! Ruffin est un sale nationaliste et Pierre Carles un nazi qui s’ignore. Euh, bon, alors qu’est-ce qu’on regarde comme docu militant ?

Après un premier article sur la vie de riche de Paul, je vous propose de partir à la rencontre de Damien, secrétaire de rédaction dans une feuille de chou locale. L’article sera un peu différent cette fois-ci, en mode “conversation de bistrot”. Et tout comme le premier article :

Tout comme la poule et l’œuf, il est difficile de savoir qui des élus locaux ou de la presse locale (ou PQR, Presse Quotidienne Régionale, mais il existe aussi des hebdos locaux, par exemple) fut à l’origine du médiocre chauvinisme local qui constitue la base de la politique des premiers et les pages de la seconde. Toujours est-il que feuilleter un journal de la PQR, c’est généralement plonger dans des abysses de médiocrité, à base de “Le gagnant de Qui veut prendre sa place est un Rennais” pour un journal de Rennes et autres “Crash aérien : 257 morts dont 1 Dijonnais” etc… Si bien que l’on en vient à se demander s’il y a bien des êtres humains derrière ces productions journalistiques bien tristes, ou si ces paragraphes tous similaires d’un journal à l’autre sur les clubs sportifs locaux et autres championnat régional de boules ne seraient pas rédigés par un robot devenu fou. Et pourtant, ce sont bien des journalistes (et surtout une armée de pigistes) qui se cachent derrière ces journaux. Allons à la rencontre de l’un d’entre eux, Damien.

Damien a trente ans. Il travaille dans la presse depuis 6 ans (six années entrecoupées par 2 ans de chômage), d’abord comme journaliste puis, décidant qu’après tout il est tout de même bien agréable de pouvoir payer son loyer et d’avoir un jour l’opportunité de signer un CDI plutôt qu’un 47ème CDD le jour de ses 50 ans, il parviendra à se faire embaucher comme secrétaire de rédaction. Au sein de son journal, il doit donc assurer la relecture et la correction des articles ainsi que le maquettage. Les horaires de travail sont plutôt anarchiques et changent régulièrement, le travail de nuit est la norme. Damien ne s’en plaint guère : bien que jeune SR dans une feuille de chou confidentielle, il gagne près de 2200€ nets par mois. Non, le vrai problème de Damien, c’est que son milieu, celui de la presse locale, c’est de la merde.

Pourtant, il ne s’est jamais fait d’illusions. Bien avant la fin de son cursus universitaire, il était affligé de constater les illusions de ses pédants coreligionnaires, dépourvus de la plus élémentaire culture politique, qui se voyaient déjà travailler au sein des plus prestigieux journaux de PQN ou du Canard Enchaîné. Tous ou presque ont terminé pigistes [1], précaires ou ont changé de branche. Damien n’a malheureusement pas eu la chance de profiter de ces illusions, sont seul moteur fut simplement son amour de l’écriture et de l’histoire, et la presse fut le seul débouché professionnel qu’il trouva pour gagner sa vie grâce à ces deux compétences.

Je savais bien que je ne pourrais jamais écrire ce que je voulais sur les sujets intéressants. Mais bon, entre un article sur le tournage de Jacquie & Michel au camping du village et un autre sur le désanuseur de singes du pays de Gex, j’avais l’espoir de pouvoir écrire un article historique sur une bataille de la première guerre, par exemple… Bon, ça arrive que je puisse le faire, quand il y a une expo dans le coin sur un sujet historique, je peux essayer de le tirer à moi en consacrant seulement quelques lignes à l’inauguration de l’expo par les élus du coin et le reste au sujet de l’expo. Mais c’est chaud, la hiérarchie n’aime pas ça, elle préfère qu’on mettre la binette des élus partout, pour nous mettre bien avec eux.

- Mais c’est quoi l’intérêt pour un journal de PQR d’être bien avec les élus locaux ?

- Alors ça, c’est particulièrement rigolo parce que l’on pense souvent (et à juste titre) que la PQR est cul et chemise avec les élus locaux pour des questions politiques (parce que le maire est du même bord politique que le chef d’agence par exemple) ou économiques (parce que la mairie peut retirer toutes ses pubs du journal). Sauf que parfois, cette entente plus que cordiale entre deux partis qui devraient se considérer avec une défiance mutuelle est totalement inexplicable. Sauf par une sorte de désir lâche de ‘ne surtout pas faire de vague”, de façon inexplicable. Comme si faire des vagues était mal, par principe. J’ai déjà eu plusieurs chefs d’agence qui ont refusé des papiers tout à fait innocents juste parce que le journaliste rapportait une petite phrase prononcée par le maire et qui soulignait la médiocrité de ce dernier. Par contre, une fois, j’ai eu un chef qui avait ce que je considère comme une bonne mentalité de journaleux. Un jour il m’a dit : ‘Quand un journaliste entend quelque chose, il doit toujours être CONTRE, par principe. Comme ça, ça le force à adopter une posture de vérification, d’analyse. Qu’on adopte pas forcément quand on est pour, ou d’accord, avec quelque chose.

Après deux ans à enchaîner les chiens écrasés au sein d’une petite rédaction, le CDD de Damien n’est pas renouvelé. C’est le début d’une longue période de chômage. Retour chez papa/maman. Rapidement, son oncle, un célèbre écrivain habitué des plateaux télé, propose de le pistonner. Damien refuse, par conviction. Un luxe auquel il finira par renoncer à la fin de ses deux années de chômage. En effet, n’étant plus indemnisé par Pôle Emploi et bien que logé par ses parents, ses économies ne sont pas au beau fixe. En plus, il cherche à étoffer son CV, espérant ainsi retrouver un emploi. C’est pourquoi il finira par accepter une proposition de son oncle : devenir son nègre pour un ouvrage historique commandé par une grosse maison d’édition. Le milieu de l’édition étant ce qu’il est et sa situation lui semblant dans une impasse, Damien accepte. Il retrouvera (enfin) un poste deux mois plus tard, en tant que secrétaire de rédaction, fort bien rémunéré comme nous l’avons vu plus haut. Le livre finira par sortir et Damien sera reconnu comme co-auteur.

Aujourd’hui, Damien fait partie des rares gagnants du jeu journalistique : il est en CDI, gagne confortablement sa vie et a mis un pied dans le monde de l’édition grâce à un piston. Pour autant, il n’est pas devenu aveugle à la catastrophe intellectuelle que constitue la PQR. Une catastrophe multifactorielle bien trop longue à expliquer ici (Acrimed bosse là-dessus depuis 20 ans, alors c’est pas dans un billet de blog qu’on va pouvoir aborder le sujet), mais à laquelle il ajoute un élément que l’on oublie parfois : la simple qualité des journalistes recrutés. “Franchement, je travaille avec des cadors. Y’a un type là, un journaliste hein, pas un correspondant, il est basé à Bordeaux. Bon, eh ben le gars, il passe son temps à se faire inviter au restau et à des dégustation par des vignerons, et donc TOUS ses putains d’articles ne parlent QUE de vin et de restaurant, on dirait une blague quoi ! Et le chef d’agence il dit rien parce que c’est le neveu d’un pote à lui… Et tu as aussi ce journaliste, qui bosse au siège quand même, c’est un fêlé. Il a la quarantaine, il écrit sur des sujets de société, sauf qu’il est complotiste au dernier degré : il croit aux hommes-lézards, aux chemtrails empoisonnés, au lobby juif international etc… Et bien entendu macho et raciste comme pas deux.

- Ok c’est des tocards mais bon, ça pourrait être des exceptions, non ?

- Bien que j’ai croisé le même type de lascars dans les 3 rédactions où j’ai bossé, c’est vrai que ça pourrait être des exceptions. Mais ce qu’il faut retenir de ces exemples c’est que les journalistes (et là c’est valable pour la PQN comme pour la PQR) sont des êtres humains comme tout le monde. Ils sont donc aussi susceptibles d’être des gros cons incultes, des fans d’Alain Soral, des racistes etc… Ce n’est pas pour autant que cela se ressent frontalement dans leurs articles, c’est juste que des gens qui ont peu ou pas de culture générale, encore moins politique, ne sont pas en mesure de produire des articles intéressants et de qualité. C’est tout. Bon, d’un autre côté, vu l’organisation du travail journalistique aujourd’hui, même le plus brillant des journalistes aurait du mal à produire un article intéressant.

- Justement, on parle souvent des pressions économiques et politiques, de l’obligation que s’imposent les chefferies éditoriales de traiter uniquement ‘l’actu’… Mais est-ce que finalement ce n’est pas le rythme de parution qui pourrait aussi être mis en cause ?

- Clairement. Pour moi, le rythme de parution quotidien est condamné. Et même s’il ne disparait pas, je considère qu’il n’a plus lieu d’être car il est totalement incapable de produire des informations de qualité. Pour des raisons strictement matériels : un quotidien se doit (aujourd’hui en tout cas) de traiter l’actualité. Or, il ne se passe pas des choses intéressantes TOUS les jours. Pourtant, le journal quotidien doit chaque jour comporter le même nombre de pages. Ce n’est évidemment pas la seule cause de la qualité lamentable des journaux, mais le rythme de parution porte à mon sens une certaine responsabilité dans le traitement parfois si superficiel qu’il en devient involontairement mensonger sur de nombreux sujets. Je pense qu’il est déjà arrivé à tous les lecteurs de journaux de lire un article qui se voulait profond sur un sujet que le lecteur connaissait 10 fois mieux que le journaliste (et qui donc lui paraît plutôt simple, sauf si le lecteur est un chercheur du CNRS). Et là, le lecteur se dit ‘Ok, le journaliste raconte ces conneries avec une assurance pas croyable sur un sujet pourtant simple, alors qu’est-ce qu’il peut me raconter comme conneries sur les sujets compliqués ?‘.

- [Rire] Oui, ça me fait penser à cette anecdote que j’ai entendue dans un podcast, où l’intervenant raconte qu’il a vu un reportage au JT de France 2 où le journaliste présente des enfants jouant à la Wii avec des manettes de PS2 dans la main. Et le type du podcast a eu exactement la réaction que tu décris : ‘Putain ! S’ils se gourent sur des trucs aussi ÉVIDENTS, alors à quel point ils se gourent sur le reste ?

- Voilà. Et d’ailleurs, je pense que ce que je dis est vérifié par la réalité : le meilleurs journal, aujourd’hui, eh ben c’est pas un quotidien. C’est un mensuel, il n’y a pas QUE des journalistes qui écrivent dedans mais aussi des spécialistes qui ont le temps de vulgariser correctement leurs sujets sans prendre le lecteur pour un con… C’est le Monde Diplomatique. Il y a une expérience que j’adore faire, c’est faire lire pour la première fois le Monde Diplo à quelqu’un qui ne l’a jamais lu, et souvent c’est rigolo parce que ce qui en ressort, c’est des trucs comme ‘la vache mais c’est un truc de ouf les analyses !‘ Et c’est assez déprimant de constater que ceux qui font le meilleur travail de journalisme ne sont pas des journalistes : ce sont des sociologues, des chercheurs, des militants… Et pourquoi ? Parce qu’ils ont le temps. Parce qu’ils ne s’expriment pas sur TOUS les sujets mais sur LEUR sujet. Parce que le Monde Diplo c’est 28 pages tous les mois et pas 60 pages PAR JOUR comme le fond beaucoup de journaux de la PQR. Il est impossible de remplir chaque jour 60 pages avec des sujets intéressants. Et ça n’empêche pas de traiter des sujets d’actualité, ça les traite juste avec le recul. Ce qui devrait être la BASE du travail journalistique.

- On te rétorquera que ce n’est pas à toi de décider ce qui est intéressant ou non pour les gens.

- Certes, mais dans les faits il y a déjà quelqu’un qui le fait, c’est le rédacteur en chef. C’est une question complexe mais…

- Je pense qu’on peut la résumer en une phrase, qui vient justement du Monde Diplo [Serge Halimi, son directeur], ‘le travail du journaliste devrait être de rendre intéressant ce qui est important, et non de rendre important ce qui est intéressant.

- …que l’on pourrait compléter par ‘les faits divers font diversion‘ de ton pote Bourdieu. Si on voulait essayer de définir un peu objectivement ce qui est important, on pourrait déjà supprimer tous les faits divers, qui représentent une part considérable des pages des journaux (et on ne parle même pas de la télé). Le reste serait nécessairement plus important, car les faits divers ne nous apprennent rien sur rien.

- En fait il faudrait produire uniquement des analyses, non ?

- Ouais. Je pense que ça paraîtra élitiste, branlette intellectuelle etc (comme toute cette conversation de comptoir à la con d’ailleurs)… mais oui, je pense qu’il faudrait arrêter de relater des tonnes et des tonnes de faits, qui ne nous apprennent rien sur la société. La belle affaire de savoir que machin a été tué en voulant défendre son porte-feuille ou que bidule est le 4ème motard à se tuer sur ce tronçon de route. Ca apporte quoi au lecteur ? Alors que sur chaque sujet possible et imaginable on dispose de kilotonnes de bibliographie, de spécialistes et de statistiques qui permettent de mener un débat éclairé… Ce qu’on recherche tous, au final, c’est la Vérité non ? Enfin bref, je m’énerve là.”

Aujourd’hui, Damien a rejoint la légion de travailleurs qui ne croient absolument pas en leur travail (soit 95% des salariés d’après une enquête dont nous pouvons douter de la fiabilité, mais il suffit de tendre l’oreille autour de soi pour le confirmer). Heureusement, il est plus facile de continuer sa route avec 2200€ par mois dans une ville de province qu’avec 1400€ en région parisienne, comme nous le verrons dans un prochain témoignage.

[1] Les pigistes constituent une véritable armée de précaires, dont le nombre (et la proportion, très variable selon que l’on parle de PQN ou de PQR) est camouflé par les chiffres d’attribution de carte de presse. En effet, en 2010, on recensait 7449 pigistes pour 28000 journalistes… Sauf que de très nombreux pigistes ne demandent pas la carte de presse, soit parce qu’il ne le peuvent pas (moins de 50% de leur revenu ne provient pas d’une activité journalistique) soit parce qu’il n’en n’ont strictement rien à faire, et c’est typiquement le cas pour les pigistes, aussi appelés correspondants, de la PQR.

J’ai souvent lu et entendu que si les gens ne se révoltent pas contre leurs maîtres, c’est parce qu’ils ignorent tout ou presque de la vie des riches. Et en effet, à moins d’en lire beaucoup sur le sujet ou d’en connaître un soi-même, on ne peut qu’imaginer à quoi cela ressemble, la vie de quelqu’un qui gagne 25 000€/mois. Est-ce la raison majeure de la docilité des travailleurs ordinaires ? Probablement pas. Est-ce une raison mineure de leur docilité ? Sans aucun doute. Je vous propose une petite plongée dans le monde merveilleux des riches.

Paul est content : après 40 ans de carrière à se bousiller la santé en travaillant 50 à 80 heures par semaine, il peut enfin profiter d’une retraire bien méritée. Enfin, d’une semi-retraite, car son dernier contrat en tant que DG d’une multinationale des vêtements pour enfants ne s’est pas très bien terminé : témoin de malversations comptables (euphémisme désignant un détournement de fond pur et simple de plusieurs millions d’euros par le fondateur de la société), Paul a claqué la porte à 3 ans de la retraite et a décidé que s’en était fini du monde du travail pour lui. Heureusement, il a quitté la société avec un golden parachute équivalent à 15 ans de travail au SMIC. Cela devrait l’aider à assurer ses vieux jours. Oh, rassurez-vous, outre son pécule mis à gauche durant toute sa carrière, Paul touchera quand même une retraite cinq fois supérieure au salaire moyen des français.

Avec le temps qui passe, Paul se rappelle de son parcours. De ce qui fait sa fierté d’abord : fils d’un petit épicier de province (néanmoins diplômé d’une célèbre école de commerce) dont le commerce fut tué par l’implantation d’un centre Leclerc, il est parti de rien et a même connu la faim durant son enfance. Puis il a grimpé les échelons un à un jusqu’à arriver (rapidement) au sommet : tenir la Direction Générale de plusieurs multinationales. Et puis, il se rappelle de ce qui le rend moins fier : pour payer ses études, il a bien sûr travaillé chaque été, mais ses parents se sont aussi ruinés pour lui, seul garçon d’une famille de cinq enfants, si bien que sa plus jeune sœur a dû se contenter d’études universitaires classiques. Etudes pendant lesquelles elle a travaillé chaque jour au restau U afin de se payer de quoi vivre. Bref, pour la réussite de l’un, il faut bien que quelqu’un d’autre réussisse moins bien.

Et cela va se reproduire tout au long de la carrière de Paul : pour avoir de l’argent, il faut que quelqu’un en ait moins. Pour réussir, il faut quelqu’un qui échoue. Quand on est un truandeur, il y a forcément un truandé. Et le plus souvent, pour ne pas dire tout le temps, c’est injuste. Par exemple, il y a cette escroquerie classique mais qui rapporte, effectuée par le directeur du Service achat : l’entreprise lui demande d’acheter 200 000 paires de chaussettes au prix maximum d’un euro pièce. Pas de problème, le bonhomme pressure son fournisseur chinois, le fait baisser à 0,80 cts pièce, et empoche à titre personnel la différence, ni vu ni connu. Sur le dos de l’entreprise et donc des salariés. Il y a aussi ces licenciements dont l’organisation “scientifique” laisse songeuse : “Paul, il faut qu’on licencie 2000 salariés. - Pourquoi ? La boîte ne s’est jamais aussi bien portée ! - Oui mais les actionnaires [dont font partie les plus hauts cadres de l'entreprise] veulent encaisser plus. T’embêtes pas, tu prends la liste des salariés par ordre alphabétique et tu dégages les 2000 premiers.” Paul a beau être le boss, il a quand même les pontes du groupe auquel appartient la société au dessus de lui, il se doit d’obéir. Il tente bien d’effectuer une sélection parmi les futurs chômeurs, notamment en mettant à la porte en priorité les jeunes, car ils auront moins de difficulté à retrouver un emploi que les vieux. Ce n’est pas ça qui permettra à Paul de retrouver le sommeil. Pas plus que d’avoir réussi à prendre le moins de stock-options possibles : il n’a pas eu le choix, refuser les saloperies que sont les stock-options, c’était prêter le flan à la critique, à son “manque d’esprit d’entreprise” (alors que rien n’est plus nuisible pour une entreprise que les stock options), et donc nuire à sa carrière. Et qui voudrait sciemment nuire à sa carrière ?

Évoluer dans les hautes sphères, c’est aussi savoir apprécier la vision politique très XIXème siècle des grands bourgeois, qu’ils livrent d’autant plus crûment qu’ils sont dans leur entre-soi : “Payer une stagiaire ? Pourquoi payer une stagiaire ? C’est elle qui devrait nous payer ! D’ailleurs tous les salariés devraient nous payer, on leur donne du boulot non ?

Vous l’aurez compris, Paul a parfois le moral dans les chaussettes, car il a le malheur d’être doté d’une certaine conscience, contrairement à une grande majorité de ses collègues. Heureusement, la vie quotidienne est souriante avec les plus aisés d’entre nous. Se prendre la tête à payer des assurances (merdiques), des études (ruineuses), des voitures (gouffre à fric), tout ça, c’est bon pour le populo à 1500€ par mois. Quand on gagne 25 000€ par mois, on a l’esprit d’autant plus libre que c’est l’entreprise qui assure l’essentiel des dépenses quotidiennes privées. La voiture personnelle luxueuse de 280ch ? Prêtée et assurée par l’entreprise. L’assurance vie à plusieurs millions d’euros ? Prise en charge par l’entreprise. Les études des enfants dans les meilleurs établissement ? Financées à 100% par l’entreprise. Non seulement on ne prête qu’aux riches, mais on leur donne d’autant plus qu’ils n’en n’ont pas l’utilité. Dernier exemple en date : Liliane Bettencourt, exonérée de 100% de son ISF, soit 26M d’euros, soit 5 fois le budget annuel d’une commune de 7000 habitants. Lors de votre prochaine déclaration, ayez une pensée pour Liliane. Lors de votre prochain plein d’essence, lorsque votre voiture tombera en panne, lorsque votre conjoint décédera et que vous toucherez 1000€ par mois*,  ayez une pensée pour Paul et ses potes, qui vous font la leçon sur les sacrifices nécessaires et les charges sociales qui pèsent trop lourdement sur les sociétés, tout en entretenant soigneusement l’amalgame entre un buraliste, une PME et une multinationale qui, si elle payait les impôts qu’elle doit plutôt que les 3% qu’elle négocie avec le Fisc, pourrait à elle seule résorber le trou de la Sécu qui a mis 60 ans à se creuser. Sur ce point, le petit monde auquel appartient Paul se scinde en trois groupes, dont la différence relève plus de la prise de conscience que des actes, à l’image du reste de la population. Il y a ceux qui ont conscience que chaque année, la fraude fiscale est évaluée à 60 milliards d’euros en France (estimation basse 2012), et qu’ils y participent.  Il y a ceux qui se rappellent  le “trou” de la sécu est de 12,8 milliard en 2016 après 60 ans d’existence. Et enfin il y a ceux qui savent réduire le “trou” de la Sécu en détruisant les protections sociales n’aura aucun impact sur Paul et ses potes. Mais que par contre, cela mettra le reste de la population aux abois, et qu’une population aux abois, c’est bon pour le business, la sécurité des fortunes et la préservation du statu quo.

Outre les nombreux avantages quotidiens octroyés par son statut, le logement de Paul est clairement plus approprié qu’un F2 à Aubervilliers pour se retaper le week-end (quand il n’est pas en déplacement à l’étranger, certes). Ici, pas de voisins bruyants ou de bruit de circulation malgré sa position en hypercentre d’une grande ville européenne, mais plutôt le silence et la verdure procurés par la position du luxueux duplex au dernier étage d’un immeuble non moins luxueux, et sa terrasse privée de 90m² arborée. Dans ce gigantesque duplex de 160m² en marbre de Carrare, entretenu quotidiennement par un laotien en situation illégale et donc longtemps payé au noir, le moindre bibelot est une pièce unique à 3000€, acheté avec la même facilité qu’un paquet de cacahouètes. Paul a beau se rappeler d’où il vient et reconnaître que sa réussite n’est pas due qu’à son mérite mais aussi à la chance (le hasard des bonnes rencontres au bon moment notamment), après avoir vécu pendant des décennies dans un tel luxe, après avoir pris l’habitude de poser ses pieds sur une table basse valant trois SMIC, il perd un peu de vue la réalité du monde telle qu’elle s’impose à la très large majorité de la population. Oh, pas au point de penser qu’il est facile pour tout un chacun de changer de voiture comme on change de chaussettes, mais tout de même, “c’est à la porté de tous de pouvoir économiser, non ?

S’il n’est pas facile d’économiser le moindre euro quand un ménage doit vivre sur un seul salaire ou même sur deux salaires avec des enfants à charge, ou encore en début de carrière quand on est trimbalé de CDD en CDD d’un bout à l’autre de la France avec les frais que cela engendre, il est certain qu’il est bien plus aisé d’économiser quand on est les enfants de Paul. Bien que s’assurant un revenu proche de celui de la moyenne nationale, ses deux enfants profitent d’un luxe peu commun à leurs collègues de travail : celui d’avoir fêté leur entrée dans le monde du travail en se faisant offrir par leur père un appartement chacun. Quand on sait que la part du salaire consacrée au logement oscille entre 18 et 40%**, on comprend mieux pourquoi les enfants de Paul, malgré leur salaire moyen, parviennent à économiser rapidement. Par contre, cela ne les aident pas, eux, à comprendre pourquoi leurs collègues se plaignent sans cesse de leur salaire.

Même s’il ne s’est jamais plaint de ses impôts, Paul, avec le recul qui sied aux retraités, me confie : “Franchement, j’ai toujours payé mes impôts dans deux pays à la fois [en France, son pays d'origine, et dans le pays où il travaille] et je ne me suis jamais privé de rien dans la vie. Il faut vraiment n’avoir aucun respect de rien ni personne pour chercher à frauder en permanence, au point de payer des avocats et des comptables pour le faire en plus !” Il m’explique ensuite qu’il ne voit pas vraiment de solution pour lutter contre la fraude fiscale massive pratiquée par les hauts dirigeants, si ce n’est une reprise en main autoritaire de l’application de la loi déjà existante, par exemple en mettant sur pieds une armée de contrôleurs fiscaux plutôt que la parodie de contrôle actuelle***. Une reprise en main difficile à mettre en place car outre la mauvaise volonté de nos dirigeants, elle devrait s’accompagner d’un paquet de mesures supplémentaires pour empêcher la fuite des capitaux et des personnes à l’étranger.

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*Notez que le décès de votre conjoint-e aura généralement comme effet de vous rendre plus pauvre, mais ce n’est pas le cas chez les plus riches d’entre nous, car outre les assurances avantageuses dont ils disposent, ils peuvent compter sur l’employeur du conjoint décédé pour leur donner un coup de pouce. Comme par exemple régler à leur place 1,5 millions d’euros de remboursement de leur crédit immobilier.

**La part du salaire consacrée au logement a plus que doublé entre 1970 et 2006 d’après l’INSEE. Elle est de 18,5% en moyenne en 2010, mais peut grimper jusqu’à 40% pour les ménages les plus modestes. Ce rapport du Commissariat général à l’environnement et au développement durable montre que les locataires, à l’inverse des propriétaires, se sont drastiquement paupérisés depuis 1970 à cause de leur loyer.

***La répression de la fraude fiscale en France est assurée par trois organismes chapeautés par la Direction Nationale du Contrôle Fiscal (DNCF) :

- la Direction des vérifications nationales et internationales (DVNI), qui a pour mission de contrôler les comptes des plus grosses entreprises basées en France (jusqu’à 95 000) et qui compte misérablement 480 agents. En 2009, ils ont traité 1350 dossiers qui se sont soldés par la récupération de 3,5 milliards d’euros. Imaginez si on doublait simplement le nombre d’agents contrôleurs.

- la Direction nationale des vérifications des situations fiscales (DVNSF), au sein de laquelle 250 agents contrôlent des ménages aux revenus ou patrimoines les plus élevés. Elle a traité 900 dossiers et a récupéré 255 millions et 66 millions de pénalités en 2010. Méditons quelques instants sur ces chiffres de fraude perpétrée par seulement 900 foyers, mes soeurs et mes frères.

- la Direction nationale des enquêtes fiscales (DNEF), au sein de laquelle 390 agents œuvrent pour la recherche et les enquêtes (en France et à l’étranger) sur les systèmes de fraude. Elle a traité 460 dossiers et a récupéré 390 millions en 2010. Une vaste blague quand on sait les milliards qui transitent de la France vers des paradis fiscaux ne serait-ce qu’européens (coucou Airbnb qui paye 70 000€ d’impôts en France pour une valorisation de 30 milliards de dollars).

Et au niveau local, les contrôles fiscaux sont assurés par les Directions régionales de contrôle fiscal, soit 13 000 agents. Au total, ce sont donc 14 100 agents qui traquent les fraudeurs chaque année et qui parviennent à récupérer, en 2008 par exemple, 9,6 milliards d’euros grâce à 52 000 contrôles. Or, il faut savoir que seuls 0,011% des foyers fiscaux (36 millions de foyers fiscaux en France) sont contrôlés chaque années par des agents du fisc. 2% sont contrôlés par de simples recoupements de pièces à disposition de l’administration fiscale. Il reste donc une masse absolument énorme de foyers fiscaux et entreprises non-contrôlés alors qu’il est de notoriété publique que le travail au noir y est monnaie courante voire une règle d’or : professions libérales, artisans, commerçants, agriculteurs…

Comme on parle pas mal de milliers, de millions et de milliards dans cet article tout comme dans les actualités quotidiennes, je pense important de rappeler ici que le salaire moyen des Français (en incluant les 5% les plus riches, sinon il baisse drastiquement) s’élève à 1695€ net/mois. Soit 49 ans de travail pour atteindre le million d’euro.

Subterrain a tout du petit jeu (petit prix, vue top-down, 2D pas très belle, sortie discrète sur Steam) et pourtant c’est peut-être le meilleur survival du moment. Parce que le jeu est complet et équilibré, contrairement à 90% des jeux de survie qui polluent Steam de leur early access, mais pas que.

Vous incarnez le Dr West, prisonnier d’un vaste complexe scientifique martien au sein duquel il était lui-même chercheur. Comme de bien entendu, vous vous réveillez un matin dans votre cellule pour découvrir que la base toute entière est en proie au chaos : le personnel s’est transformé en mutants et de peu ragoûtantes bestioles arpentent les couloirs de la station. Pour ne rien arranger, tout le complexe est plongé dans le noir, sauf le centre de commande. Votre nouveau chez vous.

C’est au centre de commande que vous pourrez réparer vos armes, crafter de nombreux items et surtout que vous serez en sécurité, car l’endroit est vide de monstres. C’est aussi depuis ce lieu que vous assurerez la maintenance de toute la base. En effet, le complexe martien laissé à l’abandon tombe en ruine : l’électricité est coupée dans tous les secteurs, ainsi que les régulateurs d’oxygène et de température. Vous devrez donc en premier lieu explorer ces secteurs équipés d’une combinaison et d’une bouteille à oxygène, jusqu’à ce que vous soyez en mesure de réparer les nombreux générateurs d’O². Une tâche de longue haleine, d’autant que Subterrain est loin de vous noyer sous les explications de son gameplay. Le jeu vous explique à quoi sert telle machine… sans pour autant clarifier l’utilité finale de son usage. Par exemple, “Cette machine sert à crafter des pièces détachées.” Ok, et à quoi servent les pièces détachées ? A vous de le découvrir. Certains apprécieront, d’autres moins. A titre personnel, cela m’a un peu saoulé dans la mesure où le jeu est basé sur les allers-retours, et ne pas comprendre tout de suite certaines mécaniques augmente encore plus les allers-retours à effectuer.

Le champ de vision est terriblement réduit et demande un petit temps dadaptation.

Le champ de vision est terriblement réduit et demande un petit temps d'adaptation.

En dehors de ce problème de “je te jette dans le grand bain et tu te démerde”, Subterrain se révèle un quasi-sans faute. pour qui aime passer des heures à explorer de sombres couloirs générés aléatoirement et ouvrir tous les meubles qu’il croise pour ramasser tout et n’importe quoi afin de maintenir la base en état et peut-être même… s’échapper. L’ambiance du jeu est plutôt oppressante, car vous évoluez en permanence dans des espaces clos et réduits, et vous ne VOYEZ PAS DERRIERE VOUS ! Eh oui, l’une des particularités de Subterrain, c’est le champ visuel réduit de votre personnage. Vous disposez d’une vision à 120° devant vous, et tout le reste est plongé dans le noir. Vous êtes donc régulièrement attaqué dans le dos, notamment lorsque vous êtes déjà aux prises avec un mutant et que vous reculez en tirant, pour me vous retrouver dans les mandibules d’une araignée géante. L’exploration de chaque nouvelle zone est donc une véritable aventure que vous devez organiser au mieux (d’autant que vous devez gérer vos besoins : faim, soif, sommeil, pisser, chier et enfin soigner l’infection qui vous corrompt au fur et à mesure), en sécurisant méthodiquement chaque pièce… tout en sachant que tôt ou tard la zone sera de nouveau infectée, le seul moyen de retarder le retour des mutants étant de rétablir le courant et la température. Sauf que chaque item se dégrade, y compris les générateurs de lumière et de température. Autrement dit, le jeu se résume à une course contre le temps de plusieurs dizaines d’heures : réussirez-vous à vous échapper de Mars avant que la base soit trop en ruine pour que vous puissiez y survivre ?

Subterrain n’est pas un grand jeu, d’autant qu’il est affublé des mêmes tares que la plupart des jeux de survie (nombreux allers-retours, actions répétitives). Cependant, son ambiance, son contenu et son gameplay basé sur la course contre la dégradation inévitable des installations martiennes en font un très bon passe-temps. C’est tout ce qu’on demande à un jeu.

Grâce à ma dulcinée, j’ai eu l’opportunité de faire une dizaine de tours sur un circuit en banlieue lyonnaise au volant d’une Porsche Cayman S et d’une Nissan GT-R, une expérience délicieusement beauf sur laquelle je me posais de nombreuses questions avant d’y participer. Du genre “est-ce que c’est pas un peu à chier”, “est-ce qu’on attend longtemps”, “est-ce qu’on roule comme on veut ?”. En effet, les retours sur ces “stages de pilotage” (proposés par de nombreuses sociétés qui louent les circuits le temps d’un week-end ou qui sont carrément propriétaires de circuits) sur le net sont globalement très négatifs, et pourtant je me suis bien amusé. Alors si jamais on vous a offert ce type de cadeau ou que vous comptez vous le faire offrir, je vous propose un petit débriefing afin de maximiser vos chances d’être satisfait.

“Stages de pilotage”

C’est le point qui soulève beaucoup de rage sur le net : votre session de conduite ressemble plus à une sortie avec votre moniteur d’auto-école qu’à un “stage de pilotage”, qui est la formule marketing employée sur toutes les brochures des sociétés proposant ces prestations. Et en effet, je confirme que vos tours de circuits s’effectuent sous le contrôle total du moniteur sur le siège passager, sachant que tout le circuit est balisé pour que vous sachiez exactement où et quand freiner, tourner puis accélérer. Ces balisages sont bien foutus et permettent vraiment de conduire de la meilleure façon, c’est à dire en accélérant au maximum comme un abruti et en freinant à fond avant le virage, car ces “stages” n’ont d’autre but que de vous assoir au volant d’une voiture que vous ne pourrez jamais vous payer juste pour faire rugir le moteur. N’espérez donc pas faire des dérapages ou autres fantaisies. Cela semble d’ailleurs évident qu’une société ne laisse pas n’importe quel gus qui conduit au mieux une Golf de 160cv au quotidien faire le kéké avec une Lamborghini de 540cv, d’autant que ce sont les moniteurs (et leur assurance ainsi que la vôtre) qui sont responsables du véhicule. C’est pourquoi il est important de tout de suite mettre en confiance le moniteur en lui montrant bien que vous n’êtes pas un jacky qui se prend pour un pilote : ainsi il vous fera confiance et vous laissera tranquille pendant que vous conduisez. A titre personnel, mes 2 moniteurs m’ont laissé conduire comme je voulais et m’ont laisse choisir mon mode de transmission, à l’inverse d’un autre conducteur qui se prenait pour un pilote et qui s’est fait sévèrement rabrouer devant tout le monde en sortant de sa voiture, tout simplement parce qu’il ne respectait pas les distances de freinage et mettait en danger tout le monde.

Sur le circuit

Car sur le circuit, vous ne serez pas seul. Vos compagnons de beauferie tourneront avec vous (nous étions à 6 voitures simultanées sur un circuit de 1,7km, plus la voiture de baptême de vitesse, conduite par un vrai pilote), normalement vous ne serez pas amenés à doubler car les voitures roulent toutes au même rythme. Le fait d’être plusieurs sur le circuit pose simplement problème si vous entamez votre PEL pour vous payer le baptême de vitesse : ça fout les boules que le pilote qui vous conduit ne puisse pas prendre cette épingle au frein à main au 2ème tour parce qu’un type en GT 500 bouche sa trajectoire.

Combien de tours ?

Tout est une question de budget, mais il faut un tour pour prendre ses marques, et un deuxième tour pour se sentir à l’aise. Autrement dit, si vous optez pour une formule 3 tours, la balade vous paraîtra affreusement courte. Je vous conseille donc d’opter pour les formules 5 tours, et sur deux voitures afin bien sûr de prolonger le plaisir mais aussi que le moniteur de la seconde voiture soit rassuré : vous vous êtes bien comporté dans la première voiture, il peut donc vous lâcher la bride.

Optimisez votre choix de circuit, de date et d’heure

Lorsque vous achetez ces stages, vous pouvez, outre la/les voiture(s), choisir votre circuit, votre date de passage et une fourchette de passage, voire même votre heure précise de passage si vous rallongez ENCORE de la thune. Pour le circuit, sachez qu’opter pour un circuit avec peu de virages et de grandes lignes droite de signifie pas que vous pourrez rouler plus vite que sur un circuit tout plein de virages comme celui de Saint-Laurent-de-Mûre. En effet, les organisateurs, afin de respecter les normes anti-bruit vis-à-vis du voisinage, doivent “briser” les lignes droites trop longues avec des cônes. La longue ligne droite qui vous faisait fantasmer sur les photos aériennes du circuit de vos rêves n’en sera donc pas une. Choisissez donc le circuit le plus proche de chez vous.

Pour la date, vous pouvez joindre le circuit de votre choix et demander quelles sont les périodes d’affluence, mais apparemment tous les week-end de l’année sont blindés, les pires mois étant juillet et surtout août. Réservez donc assez tôt une date en mai ou juin afin d’être sûr de profiter du beau temps (car en cas de piste mouillée, les sessions ne sont pas annulées et vous vous retrouverez à rouler comme un veau, l’idéal pour gâcher votre week-end.).

L’heure, enfin. Si vous avez de la chance, vous serez automatiquement assigné à l’heure d’ouverture (du matin ou du midi), vous aurez donc la chance de faire partie du premier groupe à conduire (chaque groupe étant composé d’une trentaine de personnes). En revanche, si vous êtes assigné à une heure de passage plus tardive, vous passerez un certain temps à faire la queue. Si vous êtes un bourgeois et/ou impatient, payez pour choisir votre heure de passage. Sinon, vous survivrez mais ça sera plus chiant.

Bilan

C’est complètement con donc c’est génial.

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Les coulisses

J’ai posé quelques questions aux moniteurs présents sur le fonctionnement de ces stages, et j’ai obtenu quelques réponses.

Les moniteurs ont tous un brevet de pilote et sont occasionnellement débauchés pour animer ces stages. Sinon, ils travaillent pour des concessionnaires, des marques de voiture ou dans un tout autre domaine, mais sont régulièrement sollicité pour participer à des démonstration pour divers constructeurs.

Au niveau des véhicules, j’ai eu deux sons de cloche. Un moniteur m’a dit que certaines voitures sont achetées par la société, d’autres sont louées à des concessionnaires et enfin d’autres sont louées à des propriétaires privés. Une explication plutôt crédible car le jour-J, j’ai constaté que certaines voitures étaient marquées Sprint Racing (l’organisateur du week-end) voire sans plaque d’immatriculation, tandis que d’autres étaient “normales”, c’est à dire simplement immatriculées, sans marquage ni plaque spéciale aux couleurs du prestataire. Un autre moniteur m’a pourtant assuré que TOUTES les voitures étaient propriété de Sprint Racing. Une version difficile à croire pour plusieurs raisons. D’abord, plusieurs sociétés vendent ces stages sur les mêmes circuits, il serait étrange que chacune se ramène à chaque fois avec toute sa flotte de véhicules (qui sont souvent identiques d’une société à l’autre). Et surtout, la société PPK (Sprint Racing) est capitalisée à seulement 122 000€ pour un CA 2014 de 5M€, je ne vois donc pas comment elle pourrait assurer simultanément sur chaque circuit presque chaque week-end, la présence de dizaines de voitures de luxe allant de 40 000€ à 200 000€ l’unité. Plus les salaires des pilotes, la location des circuits…

Stardew Valley, la surprise

Lundi 11 avril 2016 à 11:13

Stardew Valley est un jeu “de gestion” de ferme et de vie du type Harvest Moon. Créé par un seul développeur, le jeu n’a bénéficié d’aucune communication et c’est le bouche à oreille qui lui a permis de réaliser un carton, avec à ce jour plus de 500 000 copies vendues et pas loins de 12 000 reviews positives sur Steam. Si j’en parle ici aujourd’hui, c’est parce qu’à titre personnel je suis allergique à la 2D et je n’avais jamais touché à ce type de jeu auparavant, et pourtant je suis tombé en plein dedans (70h de jeu au compteur), donc j’imagine que certain-e-s pourraient avoir loupé ce jeu pourtant susceptible de leur plaire. Passons le pourquoi du comment en revue.

Dans Stardew Valley, vous incarnez un-e paysan-ne qui  vient d’hériter de la ferme (abandonnée) de son oncle défunt dans la petite bourgade de Stardew Valley. Vous débutez avec un petit pécule en poche et comprenez rapidement les trois piliers du jeu, entre lesquels vous allez devoir répartir comme vous le souhaitez votre temps et votre argent :
- Remettre la ferme d’aplomb en construisant des bâtiments d’élevage, en agrandissant votre maison et en plantant de nombreuses variétés de fruits et légumes qui vous rapporterons de l’argent lors de leur revente.
- Choisir votre camp entre le maire qui vous propose de retaper le centre communal pour restaurer l’esprit d’antan (en accomplissant de nombreux défis) et le directeur du supermarché nouvellement implanté, dont les défis consistent simplement à amasser un maximum d’argent.
- Vous lier d’amitié avec les habitant-e-s de Stardew Valley, d’abord afin d’obtenir de nouvelles recettes, puis des cadeaux et enfin de pouvoir vous marier et avoir des gosses (les relations homosexuelles sont disponibles).

Accomplir ces trois tâches nécessiteront organisation et rigueur. En effet, les journées sont soigneusement découpées dans Stardew Valley. Le temps passe rapidement, chaque personnage a son emploi du temps (et sa date d’anniversaire !), chaque boutique ses horaires et son jour de fermeture… Le jeu se transforme rapidement en course contre la montre et fera de vous un-e as de l’optimisation. A noter toutefois un défaut qui m’a bien emmerdé dès la deuxième année d’exploitation (chaque année est découpée en 4 saisons, qui chacune permet diverses actions et en interdit d’autres) : l’hiver est relativement ennuyeux car vous ne pouvez strictement rien planter. Vous devrez donc vous consacrer uniquement à l’entretien de vos relations sociales, de votre matériel (qui se dégrade) et à l’exploration de donjon (oui !). Or, dès la deuxième année, ces tâches étaient loin de remplir ma journée, j’allais donc parfois mettre mon personnage au lit dès 14h (ce qui permet de passer à la journée suivante), et là le roleplay en prend un coup. Un petit problème d’équilibrage, donc. En dehors de ça, se balader dans Stardew Valley est un véritable plaisir. Outre une ambiance sonore reposante, les graphismes du jeu sont tout croquignounetmeugnons et la maniabilité parfaitement pensée. Heureusement, car chaque jour vous devrez effectuer des actions répétitives et pourtant plaisantes, notamment la récolte de votre dur labeur.

Le centre ville de Stardew Valley. Je ne vous spoile pas les autres lieux car leur découverte fait partie intégrante du plaisir de jeu.

Le centre ville de Stardew Valley. Je ne vous spoile pas les autres lieux car leur découverte fait partie intégrante du plaisir de jeu.

Gérer une ferme et se faire des amis virtuels, la belle affaire. Où réside le plaisir dans Stardew Valley ? Essentiellement dans la découverte. Car le jeu regorge, déborde, dégueule de contenu. De contenu visible : des dizaines de plantations possibles, centaines de dialogues, évènements, dizaines de quêtes, combats (basiques), minijeux, crafting, housing… Mais aussi de contenus cachés. De contenus qui vous narguent en montrant leur existence sans pour autant se révéler (une porte fermée à clé par exemple). Impossible pour moi de vous en dire plus sans gâcher le plaisir de la découverte, mais ces lieux déblocables sont la carotte qui vous font avancer avec plaisir et sans voir le temps passé dans le jeu. C’est pourquoi si le jeu vous tente je vous invite à ne surtout pas aller vous spoiler sur internet.

Toutefois, Stardew Valley n’est pas un jeu parfait, mais on met du temps à s’en rendre compte. Outre l’hiver déjà évoqué plus haut, il faut avoir énormément de temps à consacrer au jeu pour profiter de ce qu’il a à offrir, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Mais surtout, à long terme, on a un peu l’impression de s’être fait flouer sur la marchandise. Je ne peux malheureusement pas développer là encore pour ne pas spoiler, mais je considère que ce que l’on pourrait qualifier de “contenu high level” (ce qui est le plus dur à obtenir/débloquer) est en fait très décevant. Et on fini par se dire “putain j’ai galéré sa race juste pour débloquer ça… Tristesse.” Bref, Stardew Valley, c’est un excellent jeu que l’on dévore sans s’arrêter, et puis un jour on s’aperçoit qu’on est au bout, que la “fin” est un peu décevante bien que gratifiante et donc qu’après 70h de jeu, on le le relancera sans doute plus jamais. Pour 14€, c’est une offre plus qu’honnête. Alors si vous êtes curieux-se, foncez.

Votre lopin de terre lors de votre arrivée à Stardew Valley. Il y a du boulot.

Votre lopin de terre lors de votre arrivée à Stardew Valley. Il y a du boulot.

Votre ferme lorsque vous aurez réussi car vous aurez un Rolex avant 50 ans.

Votre ferme lorsque vous aurez réussi car vous aurez une Rolex avant 50 ans.