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Un nouveau blog sur Wefrag le blog de Zorglomme.

Grâce à ma dulcinée, j’ai eu l’opportunité de faire une dizaine de tours sur un circuit en banlieue lyonnaise au volant d’une Porsche Cayman S et d’une Nissan GT-R, une expérience délicieusement beauf sur laquelle je me posais de nombreuses questions avant d’y participer. Du genre “est-ce que c’est pas un peu à chier”, “est-ce qu’on attend longtemps”, “est-ce qu’on roule comme on veut ?”. En effet, les retours sur ces “stages de pilotage” (proposés par de nombreuses sociétés qui louent les circuits le temps d’un week-end ou qui sont carrément propriétaires de circuits) sur le net sont globalement très négatifs, et pourtant je me suis bien amusé. Alors si jamais on vous a offert ce type de cadeau ou que vous comptez vous le faire offrir, je vous propose un petit débriefing afin de maximiser vos chances d’être satisfait.

“Stages de pilotage”

C’est le point qui soulève beaucoup de rage sur le net : votre session de conduite ressemble plus à une sortie avec votre moniteur d’auto-école qu’à un “stage de pilotage”, qui est la formule marketing employée sur toutes les brochures des sociétés proposant ces prestations. Et en effet, je confirme que vos tours de circuits s’effectuent sous le contrôle total du moniteur sur le siège passager, sachant que tout le circuit est balisé pour que vous sachiez exactement où et quand freiner, tourner puis accélérer. Ces balisages sont bien foutus et permettent vraiment de conduire de la meilleure façon, c’est à dire en accélérant au maximum comme un abruti et en freinant à fond avant le virage, car ces “stages” n’ont d’autre but que de vous assoir au volant d’une voiture que vous ne pourrez jamais vous payer juste pour faire rugir le moteur. N’espérez donc pas faire des dérapages ou autres fantaisies. Cela semble d’ailleurs évident qu’une société ne laisse pas n’importe quel gus qui conduit au mieux une Golf de 160cv au quotidien faire le kéké avec une Lamborghini de 540cv, d’autant que ce sont les moniteurs (et leur assurance ainsi que la vôtre) qui sont responsables du véhicule. C’est pourquoi il est important de tout de suite mettre en confiance le moniteur en lui montrant bien que vous n’êtes pas un jacky qui se prend pour un pilote : ainsi il vous fera confiance et vous laissera tranquille pendant que vous conduisez. A titre personnel, mes 2 moniteurs m’ont laissé conduire comme je voulais et m’ont laisse choisir mon mode de transmission, à l’inverse d’un autre conducteur qui se prenait pour un pilote et qui s’est fait sévèrement rabrouer devant tout le monde en sortant de sa voiture, tout simplement parce qu’il ne respectait pas les distances de freinage et mettait en danger tout le monde.

Sur le circuit

Car sur le circuit, vous ne serez pas seul. Vos compagnons de beauferie tourneront avec vous (nous étions à 6 voitures simultanées sur un circuit de 1,7km, plus la voiture de baptême de vitesse, conduite par un vrai pilote), normalement vous ne serez pas amenés à doubler car les voitures roulent toutes au même rythme. Le fait d’être plusieurs sur le circuit pose simplement problème si vous entamez votre PEL pour vous payer le baptême de vitesse : ça fout les boules que le pilote qui vous conduit ne puisse pas prendre cette épingle au frein à main au 2ème tour parce qu’un type en GT 500 bouche sa trajectoire.

Combien de tours ?

Tout est une question de budget, mais il faut un tour pour prendre ses marques, et un deuxième tour pour se sentir à l’aise. Autrement dit, si vous optez pour une formule 3 tours, la balade vous paraîtra affreusement courte. Je vous conseille donc d’opter pour les formules 5 tours, et sur deux voitures afin bien sûr de prolonger le plaisir mais aussi que le moniteur de la seconde voiture soit rassuré : vous vous êtes bien comporté dans la première voiture, il peut donc vous lâcher la bride.

Optimisez votre choix de circuit, de date et d’heure

Lorsque vous achetez ces stages, vous pouvez, outre la/les voiture(s), choisir votre circuit, votre date de passage et une fourchette de passage, voire même votre heure précise de passage si vous rallongez ENCORE de la thune. Pour le circuit, sachez qu’opter pour un circuit avec peu de virages et de grandes lignes droite de signifie pas que vous pourrez rouler plus vite que sur un circuit tout plein de virages comme celui de Saint-Laurent-de-Mûre. En effet, les organisateurs, afin de respecter les normes anti-bruit vis-à-vis du voisinage, doivent “briser” les lignes droites trop longues avec des cônes. La longue ligne droite qui vous faisait fantasmer sur les photos aériennes du circuit de vos rêves n’en sera donc pas une. Choisissez donc le circuit le plus proche de chez vous.

Pour la date, vous pouvez joindre le circuit de votre choix et demander quelles sont les périodes d’affluence, mais apparemment tous les week-end de l’année sont blindés, les pires mois étant juillet et surtout août. Réservez donc assez tôt une date en mai ou juin afin d’être sûr de profiter du beau temps (car en cas de piste mouillée, les sessions ne sont pas annulées et vous vous retrouverez à rouler comme un veau, l’idéal pour gâcher votre week-end.).

L’heure, enfin. Si vous avez de la chance, vous serez automatiquement assigné à l’heure d’ouverture (du matin ou du midi), vous aurez donc la chance de faire partie du premier groupe à conduire (chaque groupe étant composé d’une trentaine de personnes). En revanche, si vous êtes assigné à une heure de passage plus tardive, vous passerez un certain temps à faire la queue. Si vous êtes un bourgeois et/ou impatient, payez pour choisir votre heure de passage. Sinon, vous survivrez mais ça sera plus chiant.

Bilan

C’est complètement con donc c’est génial.

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Les coulisses

J’ai posé quelques questions aux moniteurs présents sur le fonctionnement de ces stages, et j’ai obtenu quelques réponses.

Les moniteurs ont tous un brevet de pilote et sont occasionnellement débauchés pour animer ces stages. Sinon, ils travaillent pour des concessionnaires, des marques de voiture ou dans un tout autre domaine, mais sont régulièrement sollicité pour participer à des démonstration pour divers constructeurs.

Au niveau des véhicules, j’ai eu deux sons de cloche. Un moniteur m’a dit que certaines voitures sont achetées par la société, d’autres sont louées à des concessionnaires et enfin d’autres sont louées à des propriétaires privés. Une explication plutôt crédible car le jour-J, j’ai constaté que certaines voitures étaient marquées Sprint Racing (l’organisateur du week-end) voire sans plaque d’immatriculation, tandis que d’autres étaient “normales”, c’est à dire simplement immatriculées, sans marquage ni plaque spéciale aux couleurs du prestataire. Un autre moniteur m’a pourtant assuré que TOUTES les voitures étaient propriété de Sprint Racing. Une version difficile à croire pour plusieurs raisons. D’abord, plusieurs sociétés vendent ces stages sur les mêmes circuits, il serait étrange que chacune se ramène à chaque fois avec toute sa flotte de véhicules (qui sont souvent identiques d’une société à l’autre). Et surtout, la société PPK (Sprint Racing) est capitalisée à seulement 122 000€ pour un CA 2014 de 5M€, je ne vois donc pas comment elle pourrait assurer simultanément sur chaque circuit presque chaque week-end, la présence de dizaines de voitures de luxe allant de 40 000€ à 200 000€ l’unité. Plus les salaires des pilotes, la location des circuits…

Stardew Valley, la surprise

Lundi 11 avril 2016 à 11:13

Stardew Valley est un jeu “de gestion” de ferme et de vie du type Harvest Moon. Créé par un seul développeur, le jeu n’a bénéficié d’aucune communication et c’est le bouche à oreille qui lui a permis de réaliser un carton, avec à ce jour plus de 500 000 copies vendues et pas loins de 12 000 reviews positives sur Steam. Si j’en parle ici aujourd’hui, c’est parce qu’à titre personnel je suis allergique à la 2D et je n’avais jamais touché à ce type de jeu auparavant, et pourtant je suis tombé en plein dedans (70h de jeu au compteur), donc j’imagine que certain-e-s pourraient avoir loupé ce jeu pourtant susceptible de leur plaire. Passons le pourquoi du comment en revue.

Dans Stardew Valley, vous incarnez un-e paysan-ne qui  vient d’hériter de la ferme (abandonnée) de son oncle défunt dans la petite bourgade de Stardew Valley. Vous débutez avec un petit pécule en poche et comprenez rapidement les trois piliers du jeu, entre lesquels vous allez devoir répartir comme vous le souhaitez votre temps et votre argent :
- Remettre la ferme d’aplomb en construisant des bâtiments d’élevage, en agrandissant votre maison et en plantant de nombreuses variétés de fruits et légumes qui vous rapporterons de l’argent lors de leur revente.
- Choisir votre camp entre le maire qui vous propose de retaper le centre communal pour restaurer l’esprit d’antan (en accomplissant de nombreux défis) et le directeur du supermarché nouvellement implanté, dont les défis consistent simplement à amasser un maximum d’argent.
- Vous lier d’amitié avec les habitant-e-s de Stardew Valley, d’abord afin d’obtenir de nouvelles recettes, puis des cadeaux et enfin de pouvoir vous marier et avoir des gosses (les relations homosexuelles sont disponibles).

Accomplir ces trois tâches nécessiteront organisation et rigueur. En effet, les journées sont soigneusement découpées dans Stardew Valley. Le temps passe rapidement, chaque personnage a son emploi du temps (et sa date d’anniversaire !), chaque boutique ses horaires et son jour de fermeture… Le jeu se transforme rapidement en course contre la montre et fera de vous un-e as de l’optimisation. A noter toutefois un défaut qui m’a bien emmerdé dès la deuxième année d’exploitation (chaque année est découpée en 4 saisons, qui chacune permet diverses actions et en interdit d’autres) : l’hiver est relativement ennuyeux car vous ne pouvez strictement rien planter. Vous devrez donc vous consacrer uniquement à l’entretien de vos relations sociales, de votre matériel (qui se dégrade) et à l’exploration de donjon (oui !). Or, dès la deuxième année, ces tâches étaient loin de remplir ma journée, j’allais donc parfois mettre mon personnage au lit dès 14h (ce qui permet de passer à la journée suivante), et là le roleplay en prend un coup. Un petit problème d’équilibrage, donc. En dehors de ça, se balader dans Stardew Valley est un véritable plaisir. Outre une ambiance sonore reposante, les graphismes du jeu sont tout croquignounetmeugnons et la maniabilité parfaitement pensée. Heureusement, car chaque jour vous devrez effectuer des actions répétitives et pourtant plaisantes, notamment la récolte de votre dur labeur.

Le centre ville de Stardew Valley. Je ne vous spoile pas les autres lieux car leur découverte fait partie intégrante du plaisir de jeu.

Le centre ville de Stardew Valley. Je ne vous spoile pas les autres lieux car leur découverte fait partie intégrante du plaisir de jeu.

Gérer une ferme et se faire des amis virtuels, la belle affaire. Où réside le plaisir dans Stardew Valley ? Essentiellement dans la découverte. Car le jeu regorge, déborde, dégueule de contenu. De contenu visible : des dizaines de plantations possibles, centaines de dialogues, évènements, dizaines de quêtes, combats (basiques), minijeux, crafting, housing… Mais aussi de contenus cachés. De contenus qui vous narguent en montrant leur existence sans pour autant se révéler (une porte fermée à clé par exemple). Impossible pour moi de vous en dire plus sans gâcher le plaisir de la découverte, mais ces lieux déblocables sont la carotte qui vous font avancer avec plaisir et sans voir le temps passé dans le jeu. C’est pourquoi si le jeu vous tente je vous invite à ne surtout pas aller vous spoiler sur internet.

Toutefois, Stardew Valley n’est pas un jeu parfait, mais on met du temps à s’en rendre compte. Outre l’hiver déjà évoqué plus haut, il faut avoir énormément de temps à consacrer au jeu pour profiter de ce qu’il a à offrir, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Mais surtout, à long terme, on a un peu l’impression de s’être fait flouer sur la marchandise. Je ne peux malheureusement pas développer là encore pour ne pas spoiler, mais je considère que ce que l’on pourrait qualifier de “contenu high level” (ce qui est le plus dur à obtenir/débloquer) est en fait très décevant. Et on fini par se dire “putain j’ai galéré sa race juste pour débloquer ça… Tristesse.” Bref, Stardew Valley, c’est un excellent jeu que l’on dévore sans s’arrêter, et puis un jour on s’aperçoit qu’on est au bout, que la “fin” est un peu décevante bien que gratifiante et donc qu’après 70h de jeu, on le le relancera sans doute plus jamais. Pour 14€, c’est une offre plus qu’honnête. Alors si vous êtes curieux-se, foncez.

Votre lopin de terre lors de votre arrivée à Stardew Valley. Il y a du boulot.

Votre lopin de terre lors de votre arrivée à Stardew Valley. Il y a du boulot.

Votre ferme lorsque vous aurez réussi car vous aurez un Rolex avant 50 ans.

Votre ferme lorsque vous aurez réussi car vous aurez une Rolex avant 50 ans.

Over the shoulder ou la preuve parfaite

Jeudi 7 avril 2016 à 9:17

Comme l’on parfaitement montré cet article de NF et les commentaires informés qui l’accompagne, comprendre ce qu’est l’égalité de traitement homme/femme dans les représentations n’est pas si facile. Heureusement, FemFreq a mâché le travail.

YouTube Preview Image

De rien. Comme on l’aura remarqué, il n’est pas question de supprimer les fesses ou tout autre débilité, on parle là simplement d’égalité de traitement. Autrement dit, les développeurs peuvent tout à fait montrer un cul féminin moulé, mais il doit en aller de même pour les mâles virils. Or :

On pourrait aller plus loin en rappelant ce concept éminemment bourdieusien : pour rétablir une égalité dans une situation inégalitaire, il faut (dans un premier temps) être inégal. Dans la situation qui nous intéresse, cela veut dire qu’il ne suffirait pas d’un seul personnage masculin au cul moulé pour dire “ah non mais c’est bon c’est pas sexiste.” Non, cela signifie que pour un personnage féminin au cul moulé, il en faudrait 2 masculins au cul moulé (ou plus). Le temps de changer les mentalité. On pourrait aussi parler de la représentation pensée POUR les hommes (pour annuler le “non mais y’a aussi des hommes torses nus é too”). Mais ce serait trop tôt.

Pour celles et ceux que le sujet intéresse, je vous invite à consulter cette liste de ressources personnelles. Et à ne pas oublier que tout le monde s’est déjà trompé dans la vie, le reconnaître et changer d’avis n’est pas une castration.

Voir, lire, écouter : ressources

Samedi 6 février 2016 à 18:05

Les amateurs de contenus politiques/économiques/sociaux enrichissants trouveront ci-dessous ma petite sélection de trucs à voir et surtout à écouter. Des contenus de vulgarisation uniquement, mais qui ne sacrifient pas la profondeur, l’idéal pour les néophytes. N’hésitez pas à partager vos propres sources d’informations et d’anarcho-gauchisme dans les commentaires.

Vidéos :

Horizon-gull
Des vidéos centrées sur les manipulations des masses démontrées scientifiquement par des expériences de psychologie sociale. Les auteurs sont professeurs de philosophie. Très agréable à regarder ou à écouter. Le vidéo la plus connue : Le syndrome du grand méchant monde, ou comment la télévision parvient à faire augmenter le sentiment d’insécurité.

Osons causer
Sur le ton de la conversation, Osons causer explique et démonte certains phénomènes de société et d’actualité.

Mes chers contemporains
Usul a eu le courage de quitter JV.com et de refuser de nombreuses offres commerciales pour lancer son émission politique. MCC consiste à présenter des personnalités d’aujourd’hui et à vulgariser leur pensée ou à analyser leur absence de pensée.

Feminist Frequency (VO STFR pour la plupart des vidéos)
Animé par Anita Sarkeesian, le site Feminist Frenquency s’est fait connaître par ses vidéos Tropes vs Women in video games, mais propose plus généralement de passionnantes analyses du sexisme ordinaire dans la culture populaire et la vie quotidienne.

Le Parti des Indigènes de la République
Le PIR a publié quelques vidéos intéressantes, surtout pour les blancs bien d’chez nous, qui ont souvent du mal à éprouver de l’empathie pour les personnes de couleur. Histoire de l’indépendance de l’Algérie, histoire de la Palestine… De nombreuses idées reçues sont battues en brèches. Je vous conseille en priorité cette vidéo et celle-ci.

Dany Caligula
Youtuber philo, Dany Caligula s’intéresse aussi à des sujets comme la démocratie, les attentats, la peur etc…

Benjamin Bayart
Fondateur de FDN et ingénieur, Benjamin Bayart est spécialiste des questions de libertés fondamentales sur internet. Ses conférences sont passionnantes et essentielles pour comprendre les enjeux autour du net. Si vous ne devez en voir que 2, je vous suggère celle-ci et celle-là.

Autour du Monde Diplomatique
Le Monde Diplomatique dispose de sa propre chaîne Youtube, sur laquelle vous trouverez de nombreuses vidéos passionnantes des collaborateurs du Monde Diplo, notamment Serge Halimi.

Pierre Carles
Les films de ce réalisateur engagé sont disponibles sur son site ou sur Youtube. Ancien journaliste, Carles s’est spécialisé dans la démonstration de l’impact des médias sur la société.

Frédéric Lordon
Directeur de recherche au CNRS, philosophe et économiste hétérodoxe, Frédéric Lordon propose de nombreuses analyses de la crise et des solutions intéressantes. Trois vidéos à voir : celle-ci, celle-là et encore là.

Bernard Friot
Économiste d’obédience communiste, Bernard Friot est défenseur du revenu universel. Vous pouvez regarder cette vidéo, avec Frédéric Lordon, mais beaucoup d’autres permettent de saisir sa pensée.

Franck Lepage
Ancien petit soldat du ministère de la Culture, Franck Lepage est le créateur des Conférences Gesticulées : de longs spectacles à la fois informatifs et humoristiques géniaux sur la culture, l’éducation et le travail.

Pierre Bourdieu
Rares ont été les apparitions télévisuelles de feu Pierre Bourdieu, l’un des derniers intellectuels majeurs de notre pays. L’une de ses rares apparition à la télé, à voir absolument. A voir aussi le documentaire de Pierre Carles La sociologie est un sport de combat.

François Ruffin
Journaliste et fondateur du journal Fakir, François Ruffin parle essentiellement du travail et de l’Europe.

Mar_Lard
Son désormais célèbre article sur le sexisme spécifique au milieu vidéoludique l’a projetée comme figure de proue française du féminisme geek. Étant systématiquement harcelée, Mar_Lard ne fait que peu d’interventions mais celles-ci sont toujours intéressantes.

Serge Halimi
Directeur du Monde Diplomatique, peu d’interventions de Serge Halimi sont disponibles sur le net, mais elles valent le détour. Celle-ci est INDISPENSABLE.

Pour les plus jeunes :

Le Fil d’Actu, un court JT politisé.

Livres (parce que parfois, on est en panne d’internet. Ou aux chiottes.)

Enquête

Le système Soral, enquête sur un facho business, Robin d’Angelo & Mathieu Molard
Deux journalistes de l’excellent site Street Press ont fait un vrai travail d’investigation pour démonter la machine rouge-brune d’Alain Soral. Un peu cher pour peu de pages, mais bon, le vrai taf de journaliste, c’est rare donc ça se paye.

Tentative d’évasion (fiscale), Monique Pinçon-Charlot & Michel Pinçon
Les deux sociologues enquêtent sur les mécanismes de l’évasion fiscale, depuis les guichets des banques jusqu’aux plus hauts sommets de l’Etat. Comme souvent avec le couple de sociologue, le livre est très militant. Celui-ci manque parfois un peu de rigueur mais on apprend pas mal de choses et surtout il confirme des soupçons.

Sociologie

La misère du monde, Pierre Bourdieu, livre collectif
Bien que paru dans les années 90, La misère du monde reste un livre cruellement d’actualité qui prend parfois aux tripes. Un collectif de sociologues part à la rencontre des pauvres, les vrais pauvres. Ceux qui vivent dans une caravane sur le parking de leur entreprise. Ouvrier arabe, chômeurs, petits patrons fachos… Le livre offre une série de courtes interviews (1200 pages d’interviews tout de même) poignantes.

Le nouvel esprit du capitalisme, Eve Chiapello & Luc Boltanski
Les deux sociologues retracent les diverses mutations contemporaines du capitalimze. Attention, livre plutôt technique, pas nécessairement réservé aux universitaires mais tout de même aux lecteurs/trices averti(e)s.

La violence des riches, Monique Pinçon-Charlot & Michel Pinçon
A la fois militant et rigoureux, ce livre aurait très bien pu être titré Pierre Bourdieu, The Tribute. Les violences réelles et symboliques commises par les riches et les puissants à l’encontre des pauvres et des faibles y sont décortiquées. Ca se lit tout seul.

Politique internationale

La stratégie du chaos, Michel Collon
Le livre retrace les nombreux conflits qui jalonnent l’histoire récente des Etats-Unis. Bien que défendant régulièrement les faibles, Michel Collon tend de plus en plus vers le conspirationnisme avéré ces derniers mois, c’est pourquoi je ne vous conseille pas ses vidéos et son site, même si certaines infos sont parfois intéressantes. Le livre est cool à lire, mais le cerveau bien allumé.

Les 7 péchés d’Hugo Chavez, Michel Collon
Bien que manquant cruellement de sources et donc à prendre avec des pincettes, ce livre donne un bon aperçu de la révolution entamée par Chavez au Venezuela.

Divers

Robespierre (biographie), Hervé Leuwers
Une passionnante biographie de l’Incorruptible. La démarche du biographe est excellente : disposant de documents inédits et considérant, à juste titre, que le personnage est trop polémique pour se baser sur les nombreuses précédentes bio, il a repris tout le travail d’enquête depuis le début, comme si jamais rien n’était paru sur Robespierre. Il en résulte un livre passionnant.

Omerta sur la viande, Pierre Hinard
Aujourd’hui agriculteur, Pierre Hinard a été pendant 10 ans contrôleur qualité dans diverses sociétés d’abattage et découpe. Il raconte dans ce livre de nombreuses dérives du secteur dont certaines sont actuellement en justice : kilos d’asticots dans la viande, viande décongelée à même le sol sur le trottoir devant l’entreprise, viande vieille de deux ans et non-congelée (oui !) vendue à Flunch… Préparez les sacs à vomi.

“Militer sur internet, ça sert à rien.”

Lundi 18 janvier 2016 à 7:17

C’est bien connu.

Shiro Ishii, le Mengele japonais

Mardi 29 décembre 2015 à 15:40

Général Shiro Ishii

Général Shiro Ishii

On a beaucoup lu, vu et entendu sur Josef Mengele, le tortionnaire allemand amateur d’expérimentations atroces pratiquées en grande partie sur des jumeaux à Auschwitz. Mais connaissez-vous Shiro Ishii, son pendant japonais à côté duquel Mengele passerait pour un enfant de coeur ? Retour en 1932 dans l’actuelle Mandchourie.

Un véritable musée des horreurs

De 1932 au 14 août 1945, le général Shiro Ishii fut le directeur de l’Unité 731, un centre recherche inauguré en Mandchourie occupée après deux ans de travaux. Bien qu’étant officiellement un simple centre de recherche, l’Unité 731 est en réalité une véritable base secrète dans laquelle scientifiques et médecins japonais vont se livrer durant plus de 13 ans, sur des prisonniers chinois et coréens, à des expériences dont l’atrocité dépasse l’entendement :

- Prisonniers laissés dans le froid par -40° puis réchauffés et disséqués vivants pour étude de leurs nécroses
- Prisonniers victimes de vivisections. Les “scientifiques” japonais commençaient d’abord par leur couper les mains, puis les bras, les pieds et et enfin les jambes, tout en maintenant le supplicié en vie.
- Toutes les formes de supplices bactériologiques sont infligés aux prisonniers sous prétexte d’étude : gangrène, typhus, peste bubonique… Ces expériences, d’abord menées au sein de 731, donneront naissance à des bombes bactériologiques qui seront larguées sur des prisonniers enchaînés dans les plaines alentours. Certains de ces prisonniers parviendront à s’échapper, avant d’être rattrapés par des soldats japonais et achevés à coup de camions leur roulant dessus.
- Des greffes de membres d’animaux sur des prisonniers auraient été tentées.
- Certains prisonniers étaient enfermés dans des centrifugeuses jusqu’à ce que leurs poumons explosent.
- D’autres étaient littéralement bouillis vivants dans de grandes marmites portées à ébullition.
- D’autres encore furent exposés à de grosses doses de rayons X, toujours pour en observer l’effet (pourtant déjà bien connu à l’époque) sur le corps humain.
- Les japonais tentèrent des transfusions sanguines complètement folles (comme les allemands le feront pendant la seconde GM) : injection de sang de cheval et d’eau de mer dans le sang de prisonniers conscients.
- Des prisonniers servirent de cibles de test pour des lance-flammes.
- D’autres furent affamés et privés d’eau jusqu’à leur décès dans d’atroces souffrances.

Sans compter ce que l’on ne saura peut-être jamais, étant donné que suite à la reddition du Japon le 14 août 1945, l’Unité 731, qui pouvait accueillir jusqu’à 200 cobayes simultanément, fut évacuée de son personnel et presque totalement détruite. Les prisonniers restants furent gazés dans leur cellule puis brûlés. Aucun ne survivra pour témoigner. Sur ordre de ses supérieurs, Shiro Ishii fait détruire toutes les photos et vidéos qui permettraient de prouver l’existence de l’Unité 731. Existence qui ne fut d’ailleurs pas reconnue officiellement par le Japon, toujours très nationaliste et au sein duquel les historiens révisionnistes ont pignon sur rue, avant 1982.

Qui étaient les cobayes de l’Unité 731 ?

Les “prisonniers” internés à l’Unité 731 ne bénéficiaient pas du statut de prisonniers de guerre (un statut que le Japon ne reconnais d’ailleurs que rarement, comme en témoigne l’effroyable carnage de Nankin qui aura lieu en 1937 au cours duquel près de 400 000 civils et militaires désarmés seront massacrés en 6 semaines). Certains étaient des combattants chinois, coréens et les historiens soupçonnent la présence de captifs américains. Les civils que le régime de Tokyo soupçonnent d’être des espions soviétiques sont expédiés directement à l’Unité 731. Mais on retrouve aussi au sein de ce “laboratoire” de nombreux “sujets” internés sans autre raison que de correspondre à un profil bien particulier réclamé par les “scientifiques” pour mener leurs “recherches” : tel sexe, tel âge, tel poids… Les arrestations arbitraires se multiplient aux abords de l’Unité 731.

Contrairement aux goulags soviétiques ou aux camps de concentration allemands, AUCUN prisonnier n’a survécu à l’Unité 731, les seuls témoignages provenant d’anciens bourreaux japonais, généralement recrutés très jeunes (parfois 14 ans !). A noter que les bourreaux eux-mêmes étaient sur la sellette : si l’un d’eux contractait une maladie, il passait directement du statut de tortionnaire à celui de cobaye.

Combien de morts ?

Même si les débats font rage entre experts chinois et experts japonais, les historiens estiment à 10 000 le nombre de cobayes décédés à l’Unité 731. A ce chiffre, il faut rajouter les 20 000 chinois qui seront contaminés et tués par la peste qui se répandit dans la région lorsque les japonais firent exploser le centre. Enfin, il faut compter entre 300 000 et 500 000 victimes civiles supplémentaires infectées lors des largages de bombes bactériologiques dans les plaines.

Quelle punition pour les responsables ?

Aucune ! Strictement personne, depuis les petites mains jusqu’aux plus hauts responsables (dont l’Empereur Hirohito lui-même), ne dut répondre des atrocités commises à l’Unité 731. En effet, le pays des braves offrit le pardon inconditionnel à tous les coupables en échange… des résultats de leurs expériences de bouchers. Deal with it. Il y aurait pourtant eu matières à ouvrir une instruction, puisque lors du Procès de Tokyo (comme Nuremberg, mais pour les crimes de guerre Japonais), un déserteur de l’Armée Impériale mentionna l’existence d’expériences sur des cobayes humains… sans suites.

De 1931 à 1945, l’effroyable barbarie japonaise

Il faut croire que le nationalisme exacerbé des japonais et de leurs dirigeants mais aussi de leurs historiens révisionnistes porte ses fruits : aujourd’hui, peu de japonais ont connaissance des exactions commises par l’armée impériale durant la guerre coloniale japonaise en Asie puis la 2nd GM. Il en va de même en occident. Si on raconte volontiers les atrocités commises par les soviétiques, il ne faut pas oublier que le Japon fit lui aussi preuve d’une incroyable barbarie. Outre l’Unité 731, les chinois furent allègrement massacrés durant plusieurs années, massacre dont le point culminant fut atteint lors du carnage de Nankin évoqué plus haut. Enfin, pour comparer l’URSS et le Japon, nous pouvons parler des nombreuses réquisitions de prisonniers effectuées par les deux dictatures. Par exemple, lors de la construction de 700km de voix ferrée en conditions difficiles, l’URSS mena à la mort “quelques milliers de prisonniers”, ce qui est déjà terrible. Mais ce n’est rien en comparaison de la ligne Siam-Birmanie initiée par les japonais, longue de “seulement” 450km mais qui causa la mort de pas moins de 106 000 civils et prisonniers de guerre (soit un mort pour 4 mètres de voie), non seulement chinois mais aussi américains, australiens… En résumé, la barbarie japonaise, en plus d’être similaire à celle de tout régime totalitaire, fut exacerbée par le fascisme du gouvernement, qui croyait en la supériorité du Japonais sur les blancs mais SURTOUT sur tous les autres peuples asiatiques.

C’est la guerre, ça arrive

Certains historiens et hommes politiques n’hésitent pas à affirmer que les exactions japonaises à l’encontre des prisonniers de guerre et surtout des populations civiles chinoises, sont inévitables en temps de guerre, car les soldats ont peur, sont fatigués, subissent beaucoup de pression, sont en état de choc etc… Les massacres ne seraient donc que des “dérapages” dû à l’état de guerre. Cette vision est pourtant remise en cause par de nombreux faits, dont les plus probants sont ceux-ci :
- Si les exactions sont des “dérapages”, alors pourquoi, lors du massacre de Nankin, les “soldats terrifiés et sous pression” de l’Armée Impériale n’ont violé que des femmes et des enfants chinois, et exécuté des centaines de milliers de chinois… et AUCUN occidental présent sur place ? Des dérapages fort sélectifs…
- Si les exactions sont des “dérapages”, alors pourquoi l’Ordre 575, dit des “Trois tout” (”Tue tout, brûle tout, pille tout”), fut-il rédigé et appliqué en Chine du Nord, entraînant la mort de 2,7 millions de civils ?

Les massacres n’étaient donc pas le fruit du hasard ou d’une “perte de contrôle” des officiers sur leurs troupes (d’ailleurs, il était courant que les officiers participent eux-mêmes aux viols collectifs et aux massacres, à l’image de ce terrible concours de décapitations, et les punitions envers les soldats massacreurs étaient rare, tandis que les punitions envers les soldats manquant de respect à l’étiquette militaire étaient, eux, sévèrement punis) mais d’une stratégie de terreur et de terre brûlée. Toutefois, les travaux des historiens semblent montrer que l’Empereur n’avait aucune velléité de génocide. Les chinois étaient simplement considérés comme des “choses”, du “bétail” qui barrait le chemin vers les richesses de la Mandchourie. D’ailleurs, les internés de l’Unité 731 étaient nommés… les “bûches”.

Killing Floor 2, le FPS tel qu’il doit être

Vendredi 18 décembre 2015 à 18:00

Cet article a auparavant été publié sur Mindgame.

Après une preview enthousiaste, voici à présent le test de Killing Floor 2, toujours en early access mais à présent doté de plus de contenu que son illustre aîné.

Killing Floor 2 : la simplicité au service du fun

Pour celles et ceux d’entre vous qui n’ont pas joué au premier épisode sorti en 2009 et dont la qualité n’est plus à démontrer, Killing Floor est un FPS coopératif proposant à six joueurs de lutter contre dix vagues de zombies (les Zeds) de plus en plus puissants et vicieux, la partie se concluant par un combat de boss nécessitant endurance et teamplay sans faille.

Comme nous le signalions dans la preview, le jeu comporte à présent sept classes de personnages, offrant autant de façons de jouer radicalement différentes :

- Support, le spécialiste des fusils à pompe et du soudage de portes
- Berserker, l’as du corps à corps, rapide et résistant
- Medic, celui qui sauve la vie de toute l’équipe en soignant les blessures à distance
- Firebug, le maître du lance-flamme, idéal pour infliger des dégâts à long terme aux plus gros zeds
- Demolition, le fou furieux qui déblai le passage à coup de grenades et autres roquettes
- Commando, le spécialiste des fusils d’assaut qui tue les plus petits zeds pour faciliter la vie de ses coéquipiers
- Gunslinger, le cowbow qui maîtrise le dual-wielding

Grosse nouveauté par rapport au premier Killing Floor, le jeu compte désormais 25 niveaux par personnage, et chaque palier de 5 niveau débloque une capacité (à choisir entre deux et interchangeable entre chaque vague d’assaut)) permettant d’orienter réellement la manière de jouer. Généralement, le choix est à faire entre une capacité égoïste (recharger plus vite) ou communautaire (permettre à vos coéquipiers de recharger plus vite… mais pas vous). Dans les faits, cela fonctionne très bien, et c’est en grimpant en difficulté que l’on s’aperçoit de la nécessité de partager ces compétences.

Aucune concession

Cela paraît incroyable à notre époque, mais les développeurs de Tripwire n’ont fait aucune concession quant à la difficulté de leur titre. Si l’accessibilité est maximum (on se contente de bouger, tirer et soigner) en mode de difficulté Normal, le jeu devient rapidement d’une difficulté abominable (4 niveaux de sadisme sont proposés). Le teamplay est plus que jamais de mise et même le meilleur des joueurs n’a aucune chance de survie s’il se déplace seul, ne serait-ce que parce que les zeds ont dorénavant une vitesse de déplacement bien supérieure à celle des héros. De plus, les zeds spéciaux sont désormais bien plus agressifs et même les zombies les plus basiques sont à présent redoutables (voir encadré ci-dessous). Le résultat ? Du plaisir à foison durant les parties et un sentiment de satisfaction rarement atteint dans un jeu lorsque l’on parvient à battre le boss final. N’est-ce pas là ce que l’on attend en priorité d’un jeu vidéo ? Et le tout sans afficher de “mega-kill-master-sergent-shooter” au milieu de l’écran à chaque frag, s’il-vous-plaît.

Zeds : du neuf avec du vieux

Les habitués ne seront pas déboussolés par les zeds de Killing Floor 2 : on retrouve exactement les mêmes monstruosités que dans KF premier du nom. A savoir plusieurs “petits” zeds médiocres et de grosses brutes sanguinaires. Le Scrake et sa tronçonneuse ainsi que le Fleshpound et sa fureur font leur grand retour. Néanmoins, les joueurs chevronnés de Killing Floor auront une petite surprise : il n’est désormais plus possible de fuir ces horreurs plus de quelques secondes. Même sans leur tirer dessus, le Scrake et le Fleshpound se mettront à vous poursuivre en hurlant. Ce simple détail suffit à rendre le jeu encore plus difficile. Notez aussi que les Stalkers, ces femmes invisibles, sont désormais plus rapides et surtout réellement invisibles, ce qui les rend particulièrement pénible à éliminer.

Avalanche de contenu… passée et à venir

Comme indiqué en préambule, bien que toujours en early access, Killing Floor 2 propose aujourd’hui plus de contenu que son aîné à sa sortie. Vous pouvez compter sur une trentaine d’armes pour vous étriper sur les sept maps disponibles, toutes plus variées les unes que les autres. Par ailleurs, le jeu est Steamworks, ce qui permet aux mappeurs de s’en livrer à coeur joie : on compte déjà des centaines de maps disponibles, et nombreuses sont celles de qualité. Les maps officielles sont toute de grande qualité, généralement gigantesques et grouillant de détails savoureux. A ce propos, le jeu est techniquement une bonne baffe, malgré l’utilisation du vieux moteur UE3. La primeur en revient à des effets de lumière saisissants et à des effets de gore particulièrement hardcore et bien réalisés (sang permanent qui recouvre le niveau, démembrement ultra-poussé). Par ailleurs, le son a bénéficié d’une attention particulière, et même si la spatialisation laisse pour le moment à désirer, le bruitage des armes est particulièrement réussi. Il en va de même pour les animations des alliés, des zeds et des rechargements, poussées à un niveau de détail confinant à la maniaquerie. D’ailleurs, cela ne va pas sans poser problème puisqu’il arrive parfois que certaines animations des zeds, sans doute trop complexes, “sautent” à l’occasion d’un petit coup de lag, ce est parfois rageant lors que cela le fait sortir de notre ligne de mire. Enfin, n’oublions pas que jusqu’à aujourd’hui, le premier Killing Floor a fait l’objet de constantes mises à jour gratuites de contenu, jusqu’à atteindre aujourd’hui la somme délirante de 26 maps officielles et 50 pétoires en tout genre. Une politique qui permet au jeu de connaître toujours le succès aujourd’hui (1200 joueurs en soirée sur KF premier du nom, soit ), gageons donc que Tripwire poursuivra ce business model avec son Killing Floor 2.

Le FPS tel qui devrait être

Killing Floor 2 constitue le FPS tel qu’il devrait toujours être : à la fois rapide et satisfaisant pour le néophyte (une partie en Normal se temrine 30 minutes), jouissif et haletant pour les joueurs confirmés (les parties les plus hardcores peuvent durer jusqu’à 2 heures !). Il est même possible de régler le niveau de gore ou de le désactiver. Les classes se jouent de manières réellement différentes, chacun trouvera donc botte à son pied (d’ailleurs, les parties sont TOUJOURS équilibrée, il est rarissime qu’une équipe ne compote pas de médic ou de berserker, deux classes vitales). Le contenu est déjà au rendez-vous et continuera à l’être gratuitement. Le jeu est techniquement magnifique et artistiquement varié et soigné. Les développeurs sont réglos, le jeu propose un serveur browser au poil. Bref, Killing Floor 2, c’est la perfection même.

Work in progress

Le jeu étant toujours en développement, les développeurs ajustent régulièrement le gameplay. Par exemple, à l’heure où ce test est rédigé, la difficulté est totalement pétée, et même une équipe constituée de six joueurs au niveau maximum parvient difficilement à terminer une map au troisième niveau de difficulté, et le quatrième niveau est tout simplement impossible à terminer.

Parce qu’il faut bien souffler entre deux parties de KF2 en suicidal foutues en l’air par un lvl 0 qui arrive à la vague 10, et parce que j’en avais marre de me faire bourrer le mou sur Robespierre (”buveur de sang !”), j’ai jeté mon dévolu sur la dernière biographie en date de l’Incorruptible, par Hervé Leuwers.

L’ouvrage vaut chaque euro des 25 qu’il coûte. Il se lit presque comme un roman et s’avère être un véritable travail d’historien, et non une prose militante pour/contre Robespierre, buveur de sang pour les uns, ami du peuple pour les autres. Comme il l’explique dans son livre et plus en détail dans cette passionnante interview, Hervé Leuwers a non seulement découvert de nombreux nouveaux documents d’époque, mais a aussi repris de zéro les recherches concernant Robespierre. En effet, le biographe s’est rapidement rendu compte que les nombreuses biographies du Constituant souffraient soit d’un manque de preuves factuelles (et ce dès 1795, date de la parution de la première biographie de Robespierre), soit reprenaient toutes des éléments cités dans de précédentes biographies, alors que ceux-ci étaient démentis par les documents d’époque, des erreurs de date ou d’interprétations obscurcies par une analyse basée uniquement sur la Terreur…

C’est d’ailleurs sur ce dernier point que le livre de Leuwers se distingue de nombreux ouvrages concernant les personnalités “sensibles” : l’auteur se concentre sur les FAITS et uniquement sur les FAITS. Il ne se livre à aucune interprétation ou supposition et ne tire aucune conclusion qui ne soit appuyée d’un document d’époque. Il en résulte un vrai plaisir de lecture, car c’est au lecteur de se livrer à ses propres suppositions : Robespierre était-il un carriériste calculateur et opportuniste ? Son parcours d’avocat à Arras le laisse supposer, mais de nombreux autres points de sa vie peuvent permettre d’en douter. Etait-il progressiste vis-à-vis des femmes ? Oui et non, car s’il prônait l’intégration de celles-ci dans les cercles intellectuels et académiques, il défendit le suffrage universel uniquement pour les hommes. Et en même temps, se prononcer pour l’intégration des femmes suffit à lui attirer les foudres de ses collègues avocats. Bref, la biographie d’Hervé Leuwers permet de se plonger facilement dans l’ambiance de cette époque et de laisser à chacun la libre interprétation des évènements, l’auteur se contentant de pointer le doigt dans la bonne direction lorsqu’il s’agit de démolir un mythe ou une idée reçue sur l’époque comme sur le personnage.

Seul petit regret à mon sens, les (nombreuses) notes et références figurent à la fin du bouquin, ce qui a le dont de me gonfler (c’est tellement plus simple de se reporter en bas de page), et lesdites notes sont généralement détaillées au minimum, évitant d’avoir à se procurer les ouvrages cités mais trop incomplètes à mon goût (j’aime bien les notes qui citent carrément tout le passage du bouquin de référence, par exemple). Enfin, c’est toujours mieux que le bouquin Les mythes de la 2nd Guerre Mondiale, un sombre torchon dont les références sont si faibles qu’on se demande si les auteurs ne se moquent pas de nous.

Bref, lisez ce bouquin.

Comment lire un article de presse ?

Lundi 30 novembre 2015 à 14:50

Je me rends régulièrement compte que beaucoup de personnes, parfois même grosses consommatrices “d’info”, ne savent pas réellement lire un article de presse et n’ont pas conscience de l’importance des mots employés, qui ne sont pas le fruit du hasard (surtout de la part de journalistes, dont le métier est justement l’écriture). C’est pourquoi je vais ici procéder au décorticage d’un court article du Point, paru aujourd’hui (30/11/2015). L’article concerne le controversé Tariq Ramadan. Il ne s’agit pas ici de critiquer ou non le personnage (d’ailleurs, je ne l’aime pas particulièrement, c’est dit), mais d’analyser cet article de Baudouin Eschapasse, que j’ai choisi car il est particulièrement blindé de sous-entendus peu flatteurs mais habilement dissimulés pour l’oeil non-averti. Notons au passage que ce M. Eschapasse est membre de la rédaction du magazine de la LICRA, ce qui ravira les complotistes amateurs de complot judéo-maçonnique qui a remplacé les saucisses de la cantine du petit Dylan par de la viande casher.

“Il a attendu quatre jours avant de réagir. S’imposant une inhabituelle cure de silence, Tariq Ramadan n’a enregistré une première vidéo concernant les attaques contre Paris que le 17 novembre. Condamnant les actes terroristes et exprimant son empathie avec les blessés et familles de tués, le directeur du centre qatari de recherche sur la législation islamique avait vite dévié sur son sujet de prédilection : la dénonciation d’un discours islamophobe qui se nourrit des événements récents. Cette vidéo, vue plus d’un million de fois en quelques heures, a été suivie par de nombreuses autres depuis. Le président du think tank European Muslim Network a, de fait, repris le rythme habituel de ses publications sur les réseaux sociaux : entre deux et trois interventions par jour.”

L’introduction de cet article contient son pesant de sous-entendus méprisants à l’encontre de Tariq Ramadan. Baudoin Eschapasse se permet-il de parler de “cure de silence” à propos de Manuel Valls, par exemple ? Pourtant, celui-ci ne se lasse pas de multiplier les déclarations tonitruantes depuis les attentats du 13 novembre. On note donc déjà ici une hiérarchisation entre les personnes qui s’expriment (je souligne à nouveau que le but ici n’est pas de savoir si cette hiérarchisation est juste ou non, mais simplement de la constater). Le journaliste, après avoir annoncé la condamnation des actes terroristes par M. Ramadan, énonce un jugement de valeur : il considère que dénoncer l’islamophobie “qui se nourrit des évènements récents” est… une déviance (”le directeur du centre qatari de recherche sur la législation islamique avait vite dévié sur son sujet de prédilection)” ! Enfin, un esprit mal tourné pourrait voir dans la suite du paragraphe une moquerie concernant le nombre de vidéo publiées par Tariq Ramadan, mais gageons que M. Eschapasse en aurait fait de même à l’encontre des partisans du tout-sécuritaire s’il en avait eu connaissance.

“Il y approfondit le discours ébauché les 17 et 18 novembre. Justifiant son silence par un refus de céder à des “réactions émotives”, mais aussi aux “injonctions des médias” qui pousseraient, selon lui, à un discours binaire, confinant les musulmans à deux positions : soit celle de “l’altérité absolue”, soit celle d’une “dissolution totale” de leur identité. L’universitaire suisse y répète que la principale clef de lecture, à ses yeux, des attaques du 13 novembre serait la politique étrangère de la France. “On a dit que c’est un acte de guerre contre des civils innocents, mais la France est en guerre en Syrie et au Mali. Elle y bombarde aussi des civils innocents”, explique-t-il.”

Là encore, on note une différence de traitement entre Tariq Ramadan et les personnalités en vue du monde politique. Prenons par exemple cet article, qui se contente de rapporter les propos de Jean-Vincent Placé, député UDE, tout comme ce paragraphe le fait avec Ramadan. Etrangement, le journaliste ayant rédigé la brève concernant M. Placé ne se distancie par du tout des propos tenus : pas d’usage du conditionnel et citations plus longues. Dans le paragraphe ci-dessus, le conditionnel est présent (”qui pousseraient, selon lui“) et le journaliste marque plus loin à nouveau la distance avec les propos de Ramadan (”la principale clef de lecture, à ses yeux“). S’il est normal qu’un journaliste prenne de la distance avec l’auteur des propos et les propos eux-mêmes, il est regrettable que cela ne soit pas le cas systématiquement, quel que soit l’auteur des propos et le journaliste qui les retranscrits.

“Invitant ses coreligionnaires à un “djihad” de la conscience (cette notion coranique étant avant tout, selon lui, un ”combat” intérieur), il les appelle depuis plusieurs jours à une manifestation silencieuse dénonçant ce qui se passe “ici et là-bas” : comprenez en France comme au Proche-Orient.”

On note à nouveau une distanciation (un “selon lui” qui en plus pourrait laisser entendre que Tariq Ramadan prône “le djihad tout court” plutôt que “le djihad des consciences”) et des propos retranscrits de façon de plus en plus hachée, au point que le journaliste doit lui-même expliciter ce que Ramadan a voulu dire.

“Ces paroles d’apaisement ont vite buté sur d’autres formules. Comme cette prise de position, sans équivoque, sur sa page Facebook, dimanche 29 novembre. Ni Charlie, ni Paris, Tariq Ramadan s’y définit comme “perquisitionnable”, allusion à la multiplication des perquisitions contre des individus considérés comme “radicalisés” et qui ont donné lieu à quelques bavures.”

L’emploie du mot “buté” vise ici à annuler tous les propos précédemment cités de M. Ramadan, en laissant à penser que le fait de ne pas se sentir Charlie ou Paris mais Perquisitionnable empêche aussi de ressentir de la peine et de l’empathie pour les victimes des terroristes. Notons que le journaliste effectue à nouveau un jugement de valeur en estimant que les centaines de bavures liées à l’état d’urgence ne sont que “quelques bavures”, alors qu’on ne note que 143 GAV pour près de 2000 perquisitions effectuées sans l’autorisation d’un juge à ce jour. Soit un taux de réussite de 7% environs. Pour 93% de bavures ?

“Une publication qui rappelle ses prises de position ambiguës après l’attentat contre Charlie.”

Écrire cela revient à discréditer Tariq Ramadan en le faisant passer, en gros, pour un méchant. Pourquoi ne pas rappeler les propos tenus sur Charlie, plutôt que de dire qu’ils étaient “ambiguës” ? Les lecteurs se feront ainsi leur propre opinion. Et d’ailleurs, les propos étaient “ambiguës” par rapport à qui, à quoi ?

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Vous l’aurez compris, il est important de faire attention à l’usage des mots employés dans un article de presse, quel que soit le journaliste et quel que soit son sujet. Car les mots renvoient systématiquement à des sous-entendus, des on-dits, des non-dits ancrés dans l’imaginaire collectif et qu’il convient souvent de combattre. Je vous laisse vous régaler avec ces quelques détournements.

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Les deux précédentes vidéos de cette série sont ici :
- La mobilité sociale
- Pierre Bourdieu