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Un nouveau blog sur Wefrag le blog de Zorglomme.

Comment jeuxvideo.com tente d’assurer sa survie

Vendredi 24 avril 2015 à 10:46

2014 fut une année particulièrement difficile pour les sites de jeux vidéo dans le monde. En France, les trois plus gros sites ont été rachetés en l’espace de quelques mois :

- Gameblog “5 sur 5 en indépendance” par Eborealis, une boîte de pub portugaise, qui s’est offert 70% de GB pour la somme ridicule de 280 000€. Pas cher pour faire du placement publicitaire en interne. Le  rachat permet une fois de plus à l’équipe GB d’étaler son 5 sur 5 en intelligence sur la place publique.

- CBS France, propriétaire de Gamekult, est racheté par ses dirigeants hexagonaux, qui souhaitent préserver leurs emplois car CBS pourrait se décider de trancher le membre malade tant les résultats sont catastrophiques. Gamekult appartient donc toujours à CBS France, mais cette société change de mains.

-Jeuxvideo.com est racheté par Webédia pour 90 millions d’euroflouzes tandis que son audience chute inexorablement. Webédia est une belle saloperie, et je vous invite à regarder cette émission de 5 minutes afin de comprendre pourquoi. Le rachat par Webédia va entraîner de nombreux changement sur le site, et a déjà changé la vie des salariés en les forçant à aller vivre comme des clochards à Paris (voir rue89.com/2015-apps/longforms/jeuxvideopointcom/dist/index__static.html, un article passionnant). Car ce n’est pas avec le salaire de merde que percevaient les salariés qu’ils pourront conserver un niveau de vie décent à la capitale, contrairement à Aurillac, où certains étaient propriétaires de leur maison avant même d’avoir 30 ans (et sans être endetté pour 20 ans).

La principale cause de la chute des revenus de ces sites ayant entraîné leur rachat est la diminution drastique du prix de la publicité sur internet. En cause, l’explosion des youtubers et du streaming. De la même manière que les budgets pub ont diminué dans la presse papier jeux vidéo suite à l’arrivée d’internet, provoquant sa quasi-extinction, les sites français se retrouvent en difficulté face à la dilution des budgets publicitaires.

Si l’audience de GB et GK, ridicule par rapport à celle de JVC, les a poussé à créer un modèle premium depuis longtemps, ce n’est pas le cas du mastodonte français, qui espère toujours que la manne publicitaire sera suffisante pour être rentable. Seulement pour cela, il faut trouver une solution pour faire exploser le nombre de clics et de pages vues. Voyons ici quelles ont été leurs tentatives.

Peu avant le déménagement de la rédaction à Paris, les nouveaux patrons de JVC avaient promis de ne pas déplacer jeuxvideo.com. Des gens honnêtes.

- Les chroniques vidéo pour concurrencer les Youtubers. On peut dire qu’à l’époque, JVC a eu du nez, car dès 2011, le site ouvre une rubrique de chroniques vidéo afin de lutter frontalement contre les youtubers, en faisant tout simplement venir sur leur site les plus bankables du moment : DiabloX9 (depuis tombé en disgrâce auprès de sa communauté après avoir vendu son cul à EA, ses vidéos passant de plusieurs millions de vus à  à peine 100 000) et Fanta & Bob. Le succès est immédiat, la communauté adhère et le nombre de vues est énorme. Pourtant, le pari n’est qu’à moitié gagné. En effet, si JVC est parvenu à lancer sa rubrique Chroniques grâce à ces têtes connues, le nombre de vues reste très inférieur à celui de ces mêmes videomakers sur Youtube : 280 000 par vidéo au grand maximum, contre plusieurs millions sur leur plate-forme vidéo d’origine. Par ailleurs, les visionneurs semblent beaucoup plus attachés à leur youtuber préféré et au contenu qu’il produit qu’à JVC lui-même : les visionneurs de DX9 et de F&B ne se reporteront jamais sur les contenus vidéos qui feront suite à leur départ toujours en 2011, et dès que DX9 fait autre chose que du CoD (Dirt 3, BF…), son audience s’effondre drastiquement.

JVC tentera par la suite de jouer la carte de la qualité avec Usul, une belle réussite en terme d’amélioration de l’image de marque du site mais moins en termes d’audience. On remerciera toutefois JVC d’avoir permis l’essor du Nesblog en accueillant Speed Game, Karim Debbache avec Crossed, et aujourd’hui Merci Dorian et Pause Process. Le problème de JVC avec ses chroniques est qu’il tente de conquérir tous les publics, ce qui, on l’apprend en marketing, est MAL. Résultat, des chroniques de qualité comme celles d’Usul, de Karim Debbache ou aujourd’hui se Dorian se retrouvent en collision avec des Top 10 merdiques pour faire du clic.

- Le lancement de Gaming Live pour concurrencer le streaming. En mai 2014, JVC lance sa WebTV baptisée Gaming Live afin de concurrencer l’Ennemi, celui qui lui vole ses revenus publicitaires : le streaming. L’échec est total, comme en attestent les audiences ridicules des casteurs (généralement moins de 500 viewers) et je me demande jusqu’à quand Gaming Live va survivre. Les raisons de cet échec sont multiples. D’abord, la qualité n’est pas au rendez-vous, car les streamers de JVC, contrairement aux chroniqueurs vidéo, ne sont pas rémunérés à l’émission mais au nombre de vues, ce qui les poussent à enchaîner les émissions de qualité médiocre sur des jeux “qui marchent” du type Pokémon, plutôt que sur des jeux permettant de fidéliser une communauté (comme les jeux de baston). Ensuite, la plate-forme de stream choisie est merdique puisqu’il s’agit de Dailymotion, plutôt que Twitch. Pourquoi ? Parce qu’au lancement de Gaming Live Dailymotion proposait de meilleurs prix par viewers que la célèbre plate-forme de stream. Enfin parce qu’en lançant une WebTV, jeuxvideo.com a oublié deux choses : son audience est largement composée d’enfants et d’ados qui, la journée sont tout simplement à l’école et donc ne peuvent pas regarder leurs émissions de chie; reproduire sur internet l’un des gros défaut de la TV à savoir qu’il faut être présent devant son écran à heure fixe pour regarder une émission n’était pas une bonne idée. Ce dernier défaut peut s’appliquer à tous les streameurs, mais il a beaucoup plus d’impact sur des émissions qui streament du Pokémon à la chaîne plutôt que sur la diffusion d’un évènement fédérateur comme la finale de CS GO. Par exemple.

- Le lancement des contributions lecteurs pour concurrencer Internet. Un matin, Cédric Mallet, le directeur de JVC, s’est réveillé en comprenant que le problème quand on essaye de gagner de l’argent en produisant des contenus sur Internet, c’est Internet. Enfin, la concurrence d’internet. Comment continuer à faire de la page vue et du clic alors que n’importe quelle personne, qu’il s’agisse d’un tocard ou d’un génie, peut créer sa chaîne Youtube, son Twitch, son blog, son site, son wiki, tout ? Et donc que n’importe qui est en mesure de capter de l’audience à la place de JVC ? Un problème qui semble insoluble, car comment lutter contre un fan de Skyrim ou de Pokémon, prêt à passer des centaines d’heures gratuitement à recenser et essayer les meilleurs mods/pokémon, par exemple ? Quoi que l’on tente de mettre sur un site professionnel sur internet (sous-entendu un site avec des salariés, rien à voir avec la qualité des contenus), la chance est non-nulle que quelqu’un, quelque part dans le monde, l’ai fait sur son temps libre et beaucoup mieux, car il s’agira d’un passionné du sujet traité. C’est alors que Cédric Mallet eut une idée : les contributions des lecteurs. L’idée : permettre aux lecteurs de soumettre tout azimut news, tests, astuces, wiki… avec pour récompense d’être mis en avant si le contenu est de qualité. Autrement dit, “viendez faire votre contenu sur JVC plutôt que sur votre blog/site.” Si essayer de se sortir d’une ornière est tout à fait légitime, le faire de cette manière est beaucoup plus discutable, comme nous allons le voir maintenant.

Les commentaires ci-contre soulèvent deux problèmes justes : faire produire du contenu de qualité par les lecteurs permet de se passer des services de pigistes déjà payés comme des merdes. De plus, cela dégrade la “valeur” du travail des rédacteurs du site, dont les contenus seront mis en face de celui produit par leurs lecteurs.

Évidemment, la réponse de Superpanda (ancien rédac chef et nouvellement responsable communauté) est complètement à côté de la plaque : il ne répond pas aux lecteurs et se contente d’asséner que JVC fera une belle vitrine pour eux. Mais le plus intéressant reste le paragraphe sur la passion (la fameuse “passion” si chère aux journalistes indépendants 5 sur 5).

En effet, vous savez peut-être que les professionnels de l’information sur les jeux vidéo défèquent allégrement sur les videomakers, voyant en eux de la concurrence déloyale et surtout “des fils de pute qui font ça par passion, alors pourquoi vouloir se faire rémunérer ?” (Georges Grouard dit Jay, ancien journaliste). Ce dernier argument, qui revient souvent dans les discussions entre journalistes sur les youtubeurs, me fait particulièrement voir rouge. Car ce sont les mêmes journalistes qui ont commencé dans le métier “par passion”. Sans doute que leur passion à eux mérite un salaire, mais pas celle des videomakers. Ce sont les mêmes journalistes qui se plaignent d’adblock, de la volonté des lecteurs de ne rien payer aux sites qu’ils visitent… Et donc il faudrait qu’il en soit de même pour tous les producteurs de contenu ! C’est d’une stupidité confondante. Il y a une demande pour les contenus vidéo, il est donc logique que les créateurs soient rémunérés, ou alors il fallait voter communiste. Par ailleurs, la rémunération des créateurs rend possible des émissions d’une qualité qu’aucun site professionnel n’avait atteint jusqu’alors, cf la plupart des émissions produites par Nesblog. Alors certes, 95% des contenus produits par les videomakers sont à chier, mais vouloir priver de revenu tous les youtubers revient à priver aussi de revenu ceux qui font du travail de qualité. Si on applique le même raisonnement à la presse papier et en ligne, on peut lui dire adieu.

C’est pourquoi je trouve l’attitude de Superpanda et des sites de jeux vidéo pro très cynique et détestable : on déteste ces enculés de youtubers et nos connards de lecteurs qui produisent du contenu gratuit sur internet mais bon il faut faire appel à eux sinon on va crever. Je vous invite à nouveau à regarder cette autre vidéo d’Un drop dans la mare sur les journalistes JV, très intéressante.

Mauvaise foi puissance mille sur cette réponse du responsable communauté, qui compare son site, censé être rémunéré par la publicité en échange de production de contenus, à des réseaux sociaux, dont le produit d’appel n’est pas le contenu mais la mise en relation. De plus, le business model avoué des réseaux sociaux est la revente d’informations personnelles, ce qui n’est pas le cas de JVC.

Quant à la question des “éditeurs qui auraient un accès libre” au site, Superpanda fait mine de ne pas comprendre. Et on le comprends : dernièrement, JVC a permis à des éditeurs de poster des news publicitaires illégales car leur caractère publicitaire n’était pas mentionné. Seulement une petite mention du type “Sony France” dans la signature. Depuis, les news publicitaires sont marquée “Officielles”, ce qui reste flou pour les neuneus. Et surtout, qu’est-ce qui empêcherait les community managers de soumettre des news et autres “débats et opinions” (nouvelle catégorie de news sur JVC) publicitaires sous couvert d’information ?

Bref, JVC tente légitimement de survivre face aux évolutions des usages du net par les joueurs. Le site tâtonne, essaye des choses, ce qui est louable, mais cela l’est moins lorsque cela va à l’encontre de ce que pensent le milieu des journalistes en off (ce qui sous entend que évidemment tous les journalistes ne sont pas du même avis).

Une petite liste des émissions (en français) qui valent le détour (selon vos goûts évidemment) et qui n’auraient jamais pu être produites sur un site professionnelles pour des raisons de temps, d’organisation, de moyens et d’idéologie :

- Pour la petite histoire

- Antoine Daniel

- 3615 Usul

- Crossed

- Un drop dans la mare

Et beaucoup plus encore sur le Nesblog.

La seule émission produite par un site pro digne d’intérêt (et encore) dont j’ai connaissance évidemment :

- I see what you did there (Gamekult)

Rainbow Six Siege : un après-midi de merde

Mercredi 8 avril 2015 à 15:47

L’alpha du prochain Rainbow Six est disponible depuis hier, et après une souffrance de 40 minutes sur le jeu soit deux parties (oui, seulement, car c’est abominable à jouer), le premier diagnostic fait peur.

Le jeu oppose deux équipes de 5 joueurs : l’une attaque, l’autre défend son otage. En début de partie, les attaquants ont 30 secondes pour explorer la carte avec des petits drones tandis que les défenseurs barricadent les portes, dressent des boucliers et entravent les couloirs avec des barbelés. Ce sont là les seuls possibilités tactiques offertes par le jeu, espérons que d’autres seront proposées dans la version finale.

Premier élément perturbant lorsqu’on lance R6 Siege, les deux équipes ont, pour l’instant en tout cas, des skins anti-terroristes. Cela peut paraître un détail, mais dans le feu de l’action cela m’a fait hésiter quelques millisecondes à ouvrir le feu tant alliés et équipiers se ressemblent ! Deuxièmes élément perturbant, alors que les trailers montraient d’intenses scènes de destruction, le bruitage des armes est absolument ridicule, et on se croit plutôt dans un jeu d’airsoft que dans une intervention du SWAT. Oui, les armes font un bruit de réplique électrique. On peut certes détruire les murs et barricades, mais les effets visuels font, en l’état, pitiés, et le côté sonore est vraiment mauvais. Notons que dans cette Alpha, les graphismes du jeu sont bloqués en “low”, il est donc plus moche encore de R6 Raven Shield, sorti en 2003. Ce qui ne l’empêche pas de sucer 3Go de RAM.

Sur les deux maps testées (l’avion et la maison, déjà dévoilés dans des vidéos de gameplay par Ubisoft), on peut redouter des soucis d’équilibrage. En effet, si les attaquants peuvent choisir leur point d’entrée (ce qui semble pour l’instant très accessoire tant les maps sont petites), les défenseurs peuvent choisir l’emplacement de l’otage, et certains coins semblent beaucoup plus faciles à défendre que d’autres. Pourquoi garder l’otage dans une pièce possédant 2 fenêtres et 3 portes, autant de points d’entrée possibles, alors qu’il est possible de planquer l’otage dans le garage ?

Autre problème à mon sens : on meurt beaucoup trop vite. Si vous êtes attaqué dans le dos, vous n’avez pas le temps de réagir, idem si un ennemi vous attends à l’angle d’un couloir. Résultat, les parties sont hyper statiques car les défenseurs campent comme des cochons et ne bougent pas d’un poil avant d’avoir un net avantage (5 v 3 par exemple). Il aurait été plus amusant de proposer des personnages plus résistants et/ou disposants de medkits, afin de prolonger les affrontements, provoquer des déplacements sur la cartes et des escarmouches. Car en l’état, chaque rencontre se solde par un mort, le vainqueur étant celui qui a vu l’autre le premier. C’est assez nul.

J’attendais R6 Siege comme un cochon, mais en l’état, le jeu est très inquiétant : aspect sonore minable, level design générique, équilibrage douteux, très répétitif et à la fois peu tactique… et peu bourrin ! Le cul totalement entre deux chaises. Peut-être est-il amusant si on joue entre potes avec micro, mais avec des randoms sur le net, c’est chiant comme la mort. Par ailleurs, je m’interroge sur la pertinence de cette alpha d’un point de vu commercial : c’est graphiquement affreux, le matchmaking est foireux et lent au possible, on passe autant de temps dans les menus qu’ingame, presque toutes les options sont indisponibles… Bref, c’est une vraie alpha, et donc c’est de la merde, ce qui risque de dégoûter les joueurs. Qui auront perdu entre 2 et 3 heures à télécharger le jeu sur cette merde d’Uplay.

Survarium, enfin un bon FPS F2P ?

Vendredi 27 mars 2015 à 22:49

Edit du 02/04/15 : le lien referal en bas de l’article est HS car l’opération est terminée, merci à la quinzaine de nofragés ayant utilisé mon lien !

Survarium est un FPS F2P développé par Vostok Games dans lequel deux équipes de 8 joueurs chacune s’opposent dans trois modes de jeux : TDM, Capture de point et un mode bizarre dans lequel les deux équipes doivent chacune ramener des balises dans leur camp. Le jeu propose actuellement huit maps mais de nouvelles maps sont prévues ainsi qu’un mode coopératif et, semble-t-il, un mode de survie.

Si vous avez déjà joué à d’autres FPS F2P, attendez-vous à être dépaysé, car Survarium ne prend pas le joueur par la main. Vous êtes directement propulsé dans la peau d’un avatar en survêtement Champion aussi charismatique qu’une huître sur des champs de bataille vastes et hostiles (que vous rejoindrez grâce à un matchmaking très fonctionnel). En effet, les maps de Survarium sont constituées de lieux urbains où la végétation a repris ses droits et dans lesquels les anomalies radioactives sont présentes. Le jeu requiert une grande concentration afin de détecter vos adversaire au milieu des hautes herbes et autres éboulis de bâtiments tout en optimisant vos trajets pour éviter les anomalies mortelles. On comprend rapidement en jouant à Survarium que s’il était sorti à une autre époque, il aurait été un jeu payant, car il n’adopte aucune mécanique merdique de F2P visant à vous faire passer à la caisse : les armes premium ne sont pas plus puissantes, la personnalisation du personnage et des armes est presque inexistante, la frustration est due au skill de vos adversaires et non à un game design conçu comme tel pour vous faire banquer. Ce qui pourrait faire craindre une fin prématurée comme Tribes Ascend, qui n’adoptait pas non plus les mécaniques habituelles des F2P.

Le gameplay de Survarium est extrêmement basique, et donc est permettra aux vieux de la vieille de retrouver les sensations “à l’ancienne”. Ici, pas de killstreak, pas de prone, zéro fioriture : une arme principale, un flingue et des grenades, point barre. Il n’y a pas d’auto-regen (sauf si vous avez la chance de looter un item offrant 1% de régénération en fin de partie), mais vous pouvez acheter (avec de l’argent virtuel) des kits de soin en boutique et les utiliser instantanément en jeu (pas d’animation à la con pour administrer la bonne médecine). Bref, Survarium, malgré la taille des maps et leur nature encombrée, est un jeu rapide et violent : les affrontements ont lieu partout même si chaque map est dotée de un ou plusieurs points chauds et les armes sont plutôt équilibrée. Si on pouvait craindre une surpuissance des snipers sur des maps aussi grande avec tant de possibilité de camouflage, il n’en est rien : leur cadence de tir est très faible et le visage des personnages se voit dans la végétation comme une ampoule dans la nuit. Une transition moisie pour signaler que chaque map est jouable avec trois conditions météos différentes : pleine journée, couchant et pluvieux. Ca ne sert à rien, mais c’est le genre de petit plus qui fait plaisir. En fin de partie, vous gagnez deux types d’expérience : l’une fait grimper de niveau votre personnage afin d’être “matchmaké” avec des joueurs de votre rang. L’autre fait grimper votre réputation au sein de votre faction (3 factions, dont vous pouvez changer à chaque instant en conservant votre progression), vous permettant de débloquer les armes et armures y étant associées. Attention, la montée en niveau est assez lente, et chaque niveau de faction franchit ne débloque pas forcément une nouvelle arme, attendez-vous donc à jouer longtemps avec la même arme.

Venons-en aux huit maps du jeu. Toutes bien construites, elles permettent aussi bien d’engager à longue ou moyenne distance et au corps à corps. Elles comportent chacune des chemins de traverse permettant de prendre l’ennemi à revers, offrant ainsi au joueur sadique d’intenses moments de plaisir lorsqu’il surprend plusieurs campouses ennemis dans le dos (cf image ci-dessous). Un petit bémol toutefois : si toutes les maps sont de qualité (aucune n’est merdique), aucune n’est “exceptionnelle”. Par ailleurs, chaque camp dispose de trois points de spawn différents, mais lorsqu’une équipe est vraiment dominante, la partie tourne généralement au spawnkill massif, ce qui est regrettable.

Techniquement, le jeu tient clairement la dragée haute aux autres FPS F2P, à l’exception de Warface. Bien que techniquement dépassé, le jeu offre des niveaux recouverts de végétation luxuriante de toute beauté et d’une météo fort bien rendue. L’optimisation n’est toutefois pas le fort de Survarium, et vous avez intérêt à être doté d’une machine de combat pour dépasser les 60 FPS avec les détails au maximum. Mon PC, vieux de 3 ans et doté d’une ATI 5870, atteint tout juste les 60 FPS en medium -.

Concluons en abordant le modèle économique. Vous gagnez à chaque partie de l’argent virtuel qui vous permettra d’acheter armes et équipements et de les réparer. Les réparations durent de 6 à 24h, vous forçant à bien choisir le moment de lancer les réparations ou à acheter une autre arme durant les réparations. Dans tous les cas, l’argent virtuel coule littéralement à flot (actuellement je suis niveau 25/20-30h de jeu et je dispose de 200 000 kopeck alors qu’une kqlqsh coûte 20 000 et une réparation coûte entre 600 et 5000.). Tous est achetable avec ledit argent virtuel, sauf les skins d’armes et d’armures, autrement dit les élément cosmétiques. A noter que comme dans Tribes Ascend et contrairement à la majorité des F2P, tout achat réalisé en argent réel est définitif, les objets achetés ne se “périment” pas. Malgré tout, les prix sont largement prohibitifs : pour une skin de kqlqsh que personne ne verra car pas de killcam (heureusement), comptez 12$, et il s’agit du prix le moins cher du shop. N’importe quoi.

Survarium est donc une excellente surprise que je n’attendais personnellement pas du tout. Après en avoir discuté avec Drloser j’avais peur de tomber sur un simili-Red Orchestra à base de free aim et de gameplay chiant, mais pas du tout : le gameplay est rapide, les maps très bien construites, que demander de plus ?

Si le jeu vous tente, soyez sympa et inscrivez-vous en passant par ce lien affilié : vous gagnerez automatiquement 15 jours de premium et si vous jouez assez longtemps je gagnerais des merdes virtuelles. Bisous.

Depuis hier, le 26 mars, le nouveau jeu des tâcherons à l’origine de The War Z (pardon, Infestation Survivor Stories) est disponible en Alpha pour les possesseurs de War Z. Aftermath est présenté comme un nouveau jeu, le studio de dev’ Hammerhead continuant de travailler sur War Z par ailleurs. Dans les faits, Aftermath est plutôt “War Z tel qu’il aurait dû être à sa sortie”. Pour le meilleur mais aussi pour le pire, on retrouve d’ailleurs la tendance à l’escroquerie intellectuelle du studio dès le titre : Romero’s Aftermath. George Romero ? Non, George Cameron Romero, son fils.

On reprend depuis le début : Aftermath est un jeu de survie, vous apparaissez donc sur la carte à poil, littéralement avec votre bite et votre couteau. Comme d’habitude, vous devrez récolter nourriture, eau et flingues pour survivre. Alors quelles sont les nouveautés par rapport à War Z ? D’abord le jeu est plus joli surtout au niveau des effets de lumière, et mieux optimisé (même si ça reste globalement moche). Les environnements semblent toujours situés dans l’ouest américain, donc c’est toujours assez sympa à parcourir. Les développeurs promettent une map beaucoup plus grande que celle de War Z. Impossible à vérifier pour l’instant, en revanche je note une nette amélioration de la construction de la map : terminées les grandes sessions de randonnées entre les principaux points d’intérêts, ici on trouve toujours des tentes, des caravanes ou des hangars à piller partout sur la carte.Enfin, les safe zones (qui permettent de stocker du matériel en sécurité) sont beaucoup plus nombreuses et réparties de manière plus équitable, mais séparées selon que vous êtes bandit ou justicier.

L’autre seule grande nouveauté est la présence du craft, assez poussé. Au moins une centaine d’items sont craftables : armes, soins, armures, aliments… et surtout de quoi se constituer un camp retranché ! Cette dernière possibilité risque de constituer le seul point fort du jeu, surtout pour jouer avec des potes : la collecte d’éléments sur la carte au péril de votre vie vous permettra de construire murs, tours de guet, pièges, obstacles, point de spawn, culture de carotte… Bref, de quoi se construire un petit havre de paix. Difficile de juger si cela fonctionne au niveau du game design (j’ai quelque doute, surtout sur des serveurs de 100 joueurs, c’est beaucoup trop), mais c’est en tout cas une bonne idée.

En résumé, Aftermath, c’est War Z mais en beaucoup mieux, bien qu’il garde ses effroyables côtés cheapos : animations des zombies à chier, bruitages horribles, textures à vomir… Si vous avez détesté le premier, il en ira de même avec Aftermath. Si vous l’avez apprécié, alors c’est une occasion de s’y remettre.

L’alpha est pour l’instant ouverte uniquement au possesseur de War Z en cliquant ici.

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Un petit paragraphe sur l’éthique : l’existence d’Aftermath est un véritable foutage de gueule, tant il ressemble à son aîné. Il s’agit d’une pitoyable tentative de convaincre de nouveaux joueurs de mettre la main à la poche (il s’agit néanmoins d’un F2P) après la très mauvaise presse ayant eu lieu autour de War Z. L’excuse avancée par Hammerpoint pour cette “ressortie” est l’impossibilité d’intégrer les nouvelles fonctionnalités d’Aftermath à War Z à cause de l’éditeur de ce dernier. Une excuse peu crédible, le seul nouvel élément d’Aftermath étant… du craft.

En attendant Killing Floor 2

Samedi 21 mars 2015 à 11:35

Bonjour aux  nofragés ! Si comme moi vous vous ennuyez en attendant la sortie d’un bon FPS (au hasard Killing Floor 2), voici une sélection des jeux à prix plus ou moins abordables sur lesquels passer le temps. Au programme : flingues, bagarre, et encore des flingues.

Door Kickers - Jeu d’interventions tactiques

Un jeu d’intervention tactique en vue top down avec un graphisme “dessiné” plutôt sympathique. Le jeu propose une centaine de missions (ainsi qu’un générateur de missions et un éditeur) et 4 campagnes parfois abominablement difficiles. Si vous attendez désespérément une suite à SWAT 4 ou à Rainbow Six Raven Shield, ne passez pas à côté de Door Kickers, dont le gameplay ressemble fortement à une phase de planification d’un jeu Rainbow : définissez des waypoints, des actions, des go-codes et passez à l’action. En cas de problème, vous pouvez utiliser la pause active pour modifier votre plan, ou recommencer instantanément façon Super Meat Boy.

Enfin, Door Kickers a l’apparence d’un petit jeu mais le contenu est pléthorique : en plus de la centaine de mission, des dizaines et des dizaines d’armes, de grenades et de boucliers, qui permettent autant de façon de jouer, sont présentes.

19€ sur Steam, indispensable.

Breach & Clear - Jeu d’interventions tactiques

Un autre jeu d’intervention tactique, en 3D cette fois, avec une vue isométrique. En comparaison avec Door Kickers, B&C, portage d’un jeu mobile, fait pâle figure : graphisme abominables et interface affreusement désagréable. Néanmoins, une fois l’interface maîtrisée, on prend quand même du plaisir à se balader dans les labos/fôrets/villes/villas pour les nettoyer de leurs méchants terroristes. Notez que si le jeu propose de nombreux modes de jeu, chacun d’entre eux utilise les mêmes maps, seuls les objectifs changent. La durée de vie est néanmoins très correcte, mais nettement inférieure à celle de Door Kickers (36h pour compléter DK à 100% contre 25h pour B&C). Le contenu en termes de personnalisation est aussi en retrait.

15€ sur Steam, uniquement si vous n’êtes pas rassasié par Door Kickers.

Paranautical Activity - FPS

De retour sur Steam après avoir été banni pour cause de menaces de mort proférées par le créateur du jeu à l’encontre du Gaben, Paranautical Activity est un FPS rogue-like particulièrement addictif. Vous devez parcourir 8 étages, dont la disposition et la quantité change à chaque run. Pour vous aider à lutter contre les hordes d’ennemis particulièrement agressifs, vous pourrez obtenir des items de la part des boss ou dans les magasins disposés à chaque étage.

Le jeu est extrêmement difficile car tous les ennemis doivent s’esquiver de manière différente, il n’existe donc pas de technique d’esquive efficace avec tous les monstres, or chaque pièce est peuplée de plusieurs types de monstres. Il faut donc être extrêmement concentré malgré la frénésie de l’action, et chaque run est physiquement épuisante. Pour autant, pas question de s’oublier en tombant dans la “zone”, car le jeu requiert énormément de stratégie afin de tenter d’obtenir les bons items au bon moment.

Paranautical Activity n’est toutefois pas exempt de défauts : d’abord le hasard y occupe une trop grande place (certains items sont INDISPENSABLES pour terminer le jeu, donc si vous ne trouvez pas, le jeu sera trop difficile et vous n’arriverez pas à la fin), enfin c’est un “faux” rogue like, car seul l’emplacement des salles est aléatoire (les salles elles-mêmes suivent toujours des schémas identiques).

9€ sur Steam, indispensable.

Dragon Ball Xenoverse - Faux jeu de bagarre/Faux MMORPG

Dragon Ball Xenoverse est un peu le rêve mouillé des fans de DBZ n’ayant pas de console : créez votre personnage parmi 5 races (Humain, Sayen, Maijin, Namek ou race de Freezer) et rejoignez le hub du jeu, la (minuscule) ville de Tokitoki. Tout au long du jeu, vous pourrez y acheter items, costumes et techniques de combat.

Afin de nous faire revivre une énième fois les grands moments de la saga, les développeurs ont opté pour une solution que je trouve plutôt sympa : les grands méchants du jeu s’amusent à modifier l’Histoire en favorisant les antagonistes de Son Goku lors de chaque combat clé de Dragon Ball Z. A vous d’intervenir face à Freezer, Cell et Buu afin d’empêcher l’Histoire d’être modifiée. Comptez une vingtaine d’heures pour finir la trame principale, mais beaucoup plus si vous faites les 55 quêtes secondaires permettant de prendre du level et de débloquer tenues et attaques. Par ailleurs, le jeu propose un système de “maîtres” plutôt cool : devenez ami avec Goku, Cell et de nombreux autres personnages, combattez à leurs côtés et ils vous apprendront leurs techniques cultes : Kamehameha, les fameux Super Beignets Enchaînés de Gotenks etc…

Les combats sont extrêmement violents, classes et dynamiques, vous opposant parfois à 30 adversaires. Vous pourrez aussi jouer dans la peau d’une trentaine de persos de la saga (oui c’est peu par rapport aux Budokai Tenkaïchi l’intérêt du jeu réside dans la création de votre avatar). Toutefois, la difficulté du jeu est parfois mal dosée, et la difficulté augmente parfois brutalement, nécessitant de faire un peu de leveling avant de pouvoir progresser. Et surtout, le jeu est totalement le cul entre deux chaises : d’un côté, la face MMORPG est ultra-light (interactions faibles avec les autres joueurs, interface en ligne leeeeeente, peu de costumes au final…). De l’autre, la baston est aussi légère : le peu de coups et de combos, bien que visuellement différents d’une classe à l’autre, s’exécute de la même manière pour chaque classe ! Le jeu est donc ULTRA ULTRA ULTRA répétitif. Attendez une baisse de prix.

50€ sur Steam, 35€ sur les sites de clés légaux, un jeu génial si vous êtes amateur de Dragon Ball et que vous n’avez pas de console, mais de toute façon un peu cher.

Full Mojo Rampage - Rogue like

FMR est un rogue-like tout mignon en 3D prenant place dans un univers vaudou tout mignon avec des bruitages tout mignon. C’est le premier (et le seul) rogue like auquel j’ai joué, et l’une de ses nombreuses qualité est son accessibilité : le jeu commence par être très facile, pour finir avec des modes de difficulté abominable, où le moindre contact avec l’ennemi vous one-shot. Le jeu propose un excellent contenu et vous y passerez pas mal de temps si vous accrochez à son univers. De plus, il propose un mode multi en PVP (désert) mais surtout un mode coopératif.

Un petit bémol toutefois, le fait qu’au delà d’une certaine difficulté chaque tir ennemi vous tue n’est pas vraiment une bonne idée car beaucoup trop frustrant et rend le hasard de la génération de niveau et d’ennemis beaucoup trop important dans la réussite de l’aventure, au détriment du skill.

12€ sur Steam, un très bon jeu.

Dirty Bomb - FPS (en beta)

Dirty Bomb n’a pas grand chose pour lui : il s’agit d’une copie de Brink sans personnalité et amputé des fonctionnalités de parkour que proposait le précédent jeu de Splash Damage. Brink est mort trop tôt et c’était une injustice car le jeu était excellent, Dirty Bomb est en train de mourir dès sa beta. Reste que le jeu est gratuit, donc si vous êtes vraiment en manque de FPS, il pourra vous occuper quelques soirées.

Pour ceux qui n’ont pas joué à Brink, Dirty Bomb propose à deux équipes de s’affronter sur des maps comportant des objectifs à capturer, détruire, réparer ou escorter, la map s’agrandissant à chaque objectif accomplit.

Gratuit, sous-Brink. Pourquoi développer une pâle copie à un jeu ayant déjà échoué ? Mystère…

Dust An Elysian Tail - Action/Plateforme

Je m’aperçois que je n’ai jamais parlé ici de Dust, et comme le jeu n’est pas très cher il rentre bien dans cette sélection. Vous incarnez Dust, un justicier amnésique (sans blague) et vous luttez contre des méchants qui embêtent des gentils dans un univers intégralement dessiné à la main par le seul créateur du jeu.  Le jeu est un pur moment d’enchantement visuel et auditif tant on en prend plein les yeux et les oreilles. Le gameplay est lui aussi excellent, vous permettant de comboter avec votre épée ou avec l’aide de Fidget, l’animal kawaï de service qui vous accompagne.

Comptez une quinzaine d’heures pour finir Dust An Elysian Tail à 100%.

14€ sur Steam, jeu fantastique.

Et sinon, il reste toujours des jeux que vous avez peut-être manqués et qui valent le coût comme Hard Reset, Shadow Warrior, Alien Isolation, Sanctum, Sanctum 2, Sonic Generations, Trine 1 et 2…

N’hésitez pas à votre tour à me proposer des jeux pas chers, parce que là j’arrive au bout de ce que j’ai pu remarquer sur Steam.

Quelques jours après la parution du très instructif article de Mar_Lard sur le sexisme geek, Usul l’a reçue dans son émission RadioUsul (malheureusement aujourd’hui indisponible). La lecture des commentaires sur des articles comme celui-ci ou encore celui-là montre que la majorité des personnes qui s’expriment sur le sujet du sexisme sont ignorants des tenants et des aboutissants du féminisme. Cette interview de 2h30 est un véritable dictionnaire du féminisme et du sexisme “geek”. J’ai donc décidé de la retranscrire par écrit, car la lecture est plus propice à la réflexion que l’écoute. Par ailleurs, j’ai établis un sommaire un peu arbitraire pour faciliter la lecture, mais je recommande la lecture intégrale. N’hésitez pas à me signaler les nombreuses fautes d’orthographe qui doivent traîner partout. Bonne lecture !

Sommaire :

Sur le féminisme - définition

Sur le féminisme - agressivité

Sur le féminisme - la distinction entre sexe et genre

Sur le féminisme - le privilège masculin

Sur le féminisme - la misandrie

Sur le féminisme - Pourquoi « féminisme » ?

Sur le féminisme - lassitude et responsabilité des victimes

Sur le féminisme - le patriarcat est mort

Sur le féminisme - décrédibilisassions du féminisme

Sur le féminisme - les solutions

Sur la misogynie des milieux geeks - représentation de la femme

Sur la misogynie des milieux geeks -  on suit la pente

Sur la misogynie des milieux geeks - le cœur du sujet

Sur la misogynie des milieux geeks - l’humour

Sur la misogynie des milieux geeks - les réponses à l’article de Mar_Lard

Usul : Y’a des choses qui reviennent comme “oui, c’est bon, les femmes, elles ont l’égalité des droits. Le féminisme, c’était bien avant quand y’avait pas l’égalité des droits.” Qu’est-ce que ça veut dire être féministe en 2013, en somme ?

Mar_lard : Ok. Bon c’est…

Usul : [rire] Oui c’est la base.

Mar_lard : Non mais c’est très très bien parce qu’on entend énormément de choses, tout et son contraire, sur le féminisme. Être féministe, de base, c’est tout simplement considérer que les humains sont égaux, peu importe ce qu’ils ont entre les jambes, voilà, ça c’est la base, c’est une simple idéologie. Et après, bien sûr, c’est un mouvement très très vaste, vous l’avez vu l’idée est vaste, donc y’a des formes différentes, des mouvements différents, et des façons différentes de d’exprimer ou de combattre pour l’idée. Bien sûr c’est pas un mouvement fixe, on est pas un bloc. On est pas toutes des soeurs unies dans une même idée, d’ailleurs y’a plein de mecs féministes aussi, je précise parce que c’est pas toujours évident. Enfin, c’est très simple : si vous pensez que les hommes et les femmes, enfin les personnes, sont égales, peu importe ce qu’elles ont entre les jambes, vous êtes féministe, quelque part.

Usul : Oui alors je vais lire un message que j’ai mis de côté à cet égard, par rapport à l’image du féminisme. “J’aimerai maintenant faire une remarque sur le féminisme et surtout sur l’image qu’il véhicule. A chaque fois que j’en ai entendu parler, c’était dans le genre de cas contestation violente, agressive, on sent que l’auteur est tout sauf objectif par rapport au sujet qu’il traite, ce qui lui donne une image un peu hystérique, comme vous pouvez le voir dans les réactions de vos détracteurs. Vous semblez aussi promouvoir une image de la femme qui ne semble pas être acceptée par toutes les femmes, justement…”

[Mar_lard coupe] Ah tout à fait ! En fait c’est intéressant de dire qu’on promeut UNE image de la femme alors que justement je pense qu’on fait le contraire, c’est à dire qu’on essaye d’exploser les images de la femme et de l’homme aussi, d’ailleurs. On essaye d’exploser les limites genrées.

Usul : C’est ce singulier qui est gênant dans le “UNE image de la femme.”

Mar_lard : Par contre je disais tout à fait sur le fait que y’a beaucoup de femmes qui sont pas d’accord avec le féminisme et c’est… voilà évidemment, on est pas dans une guerre des sexes, et ça c’est aussi un poncif qu’il faut déconstruire. Le féminisme c’est un mouvement qui vise la libération des genres, et donc c’est un mouvement qui a vocation à être positif pour les hommes comme pour les femmes, et ça c’est quelque chose qui n’est généralement pas compris. C’est à dire que dire que y’a pas d’essence à la féminité ou à la virilité, c’est libérer les individus. L’idée c’est que chacun soit libre d’être ce qu’il est, indépendamment de ses organes sexuels.

Usul : Mais [l'auditeur qui pose la question] poursuit : “En général vous me donnez l’impression d’être très frustrées et un peu folles. C’est l’image que je perçois de vous et que beaucoup de gens perçoivent. J’irai même plus loin en disant que c’est l’image que vous renvoyez à la société. Cette image n’est pas propre à défendre une cause avec crédibilité. Vos intentions sont louables, sans aucun doute, mais je pense que vous devriez revoir votre communication. Je tiens à préciser que je vous fais cette remarque sans avoir fait de recherche sur le féminisme, [rires de Mar_lard] et en me contentant de ce que j’ai lu/entendu dans les médias les plus courants (radio, internet, presse écrite). Je suis donc, je pense, représentatif de la plupart des citoyens, je critique sans savoir et c’est à partir de ça qu’on se fait une image.” En gros, voilà comment peut être perçu le féminisme par quelqu’un qui ne s’y est pas penché plus que ça.

[...]

Mar_lard : Ok eh ben c’est une super question, parce que sur l’agressivité des féministes, c’est une question sur laquelle je voulais vraiment revenir ce soir, parce que c’est l’un des reproches qu’on a le plus fait un mon dossier, le ton agressif. Je pense que y’a un sujet intéressant à aborder, c’est la perception de l’agression. Et surtout la relativité de la perception de l’agression. [...] Je pense que mon dossier a été lu par pas mal d’auditeurs ici, donc on a vu les faits que je raconte. On voit des violences réelles et des violences symboliques. On a du harcèlement, on a des représentations, des insultes, et une misogynie ordinaire qui s’exprime de différentes façons. Donc on réagit à ça, et on est priées de le faire poliment, gentiment, sans… En fait, à chaque fois qu’on réagit ou qu’on critique quelque chose de façon féministe, on va avoir, toujours toujours toujours, des gens pour nous percevoir comme agressives. Et c’est intéressant, parce que… euh… excuse-moi je suis un peu stressée, je pense que ça s’entend.

Usul : C’est rien, c’est tout à fait compréhensible. C’est ta première tribune depuis la parution de ton dernier article…

Mar_lard : Ouais… Je suis un peu attendue au tournant. En tout cas, sur l’agressivité, on est sommées, toujours, de dénoncer les violences qu’on nous fait, de façon polie, de façon à pas trop déranger, pas trop secouer le cocotier. S’il-vous-plaît, mesdames, indignez-vous, mais en silence, si possible avec des petites fleurs etc… Et c’est intéressant [de voir que] dès qu’on parle de sexisme, les hommes se sentent attaqués. Et… c’est dommage.

Usul : C’est à dire que… on parlait de violences symboliques. On peut faire un parallèle avec la violence avec laquelle certains perçoivent l’analyse sociologique critique, par exemple, qui suscite elle aussi des réactions de réticence et d’agressivité. Dès lors qu’il s’agit de mettre à jour des trucs qui sont inconscients, des trucs qui sont de l’ordre de l’infra-conscient, de l’ordre du symbolique etc, les gens se sentent bousculés jusque, j’ai l’impression, dans leur libre-arbitre, dans leur déterminisme, dans ces choses-là. Et j’ai l’impression que c’est un point sensible, un point qui fait souvent mal, et qu’on tient là le vrai lieu de la vexation, aussi. Au delà de la question des sexes.

Mar_lard : Mais c’est tout à fait normal en fait. Parce que… alors là je vais dire un gros mot, attention ! C’est parce qu’on vit dans une société patriarcale. C’est à dire qu’on vit tous et toutes dans une société… on baigne tous dans une société qui est foncièrement sexiste. On est tous dedans, c’est pas possible de s’en détacher, on ne peut pas contrôler la façon dont on est perçu socialement. Le fait est que dans la société, un homme est perçu différemment d’une femme, y’a des perceptions différentes, des attentes différentes. Donc on est tous victimes de ça, on le subit tous et on peut pas s’en sortir. C’est une situation dans laquelle on a tous grandit, qui nous a tous nourris et donc qui est parfaitement normale [comprendre : qui paraît normale], c’est à dire qu’on est dans un système. Et à partir du moment où on va pointer le système, on va indiquer un problème intrinsèque à ce système, c’est très inconfortable, car ça correspond vraiment à craqueler les bases sur lesquelles se construisent les individus.

[...]

Mar_lard : J’ai oublié la question, je suis partie en digression du coup [rires] !

Usul : On était sur la patriarcat, en somme. Sur les structures qui nous amènent à figurer une certaine idée du genre. Tiens, est-ce que tu peux revenir sur la distinction entre sexe et genre.

Mar_lard : [...] Alors, la distinction entre sexe et genre. Le sexe, c’est tout simplement l’organe biologique, c’est les caractères biologiques, c’est ce qu’on a entre les jambes. Les caractères vraiment sexués, biologiques. Les seins, les organes sexuels etc… Et le genre, c’est une construction sociale, c’est des attentes sociales qu’on associe à ces organes. Donc à ces organes biologiques on associe un certain nombre d’attente, c’est la féminité et la virilité. Et qui sont, et là ce n’est pas du féminisme donc je veux vraiment insister dessus, des constructions sociales. C’est à dire que c’est des choses qui varient dans le temps et dans le monde… Et la position contraire, qui consiste à dire que les femmes seraient, par exemple, intrinsèquement plus douces ou plus portées vers la littérature, ça c’est de l’essentialisme. Et donc l’étude des genres s’oppose à l’essentialisme pour expliquer que ce sont des constructions. C’est culturel. Et donc en gros, on va éduquer les petites filles à se porter plus vers le rose et les poupées, et les garçons vers les voitures et les jeux violents. Donc le féminisme c’est une position importante qui vise à expliquer que [ces comportements ne sont] pas du tout innés.

Usul : Chez nous, depuis un certain temps, il y a deux genres, le genre masculin et le genre féminin. Mais il y a des sociétés dans lesquels il y a d’autres genres qui sont acceptés.

Mar_lard : Absolument. La binarité homme-femme c’est quelque chose qui est acquis dans notre société occidentale, mais c’est pas du tout une réalité absolue. On a des sociétés aujourd’hui dans le monde et dans l’histoire qui ont accepté le plus de genres possibles.

Dorian : Ca discute beaucoup sur le chat, beaucoup de discussion sur la sémantique, om ils trouvaient très étrange de tenir des discours anti-sexistes avec des termes très genrés comme “féminisme” et “patriarcat”.

Mar_lard : D’accord. La question c’est “pourquoi on appelle ça “féminisme”, si on est pour l’égalité ? C’est ça ?

Usul & Dorian : Oui, c’est ça.

Mar_lard : C’est un truc qui revient très souvent. Attention, là je vais dire des choses qui risquent de choquer un petit peu. Il existe quelque chose qu’on appelle le “privilège masculin”. C’est pour ça qu’on parle de “patriarcat”. Parce qu’en fait on est dans une société où, en gros, (là on parle dans en termes de classe sociale), on considère que les hommes exercent une oppression, une domination… en groupe hein, pas individuellement, en termes de classe sociale… [ils] exercent une domination sur la classe sociale des femmes. On a énormément d’exemples : les violences genrés, [qui comprennent] les violences symboliques, les représentations, l’exploitation du corps des femmes, le harcèlement, et l’éducation à la féminité comme quelque chose d’un peu doux, d’un peu soumis.  Ca, c’est l’expression de ce qu’on appelle le privilège masculin.

Usul : Y’a la répartition des rôles sociaux, qui est liée aussi à la question du genre. Les professions sont pas également réparties entre les genres etc…  Et il se trouve que les plus avantageuses sont en général occupées par des hommes.

Mar_lard : Oui voilà, ça se voit dans le travail… Ca se voit dans les relations sociales, tout simplement. On a… comment dire… Ah bon sang je suis vraiment stressée [rires].

Dorian : [rires] Détends-toi, y’a pas de problème, on a tout notre temps.

Usul : Alors y’a quelque chose qu’on nous a fait remarquer, c’est qu’il y a des stéréotypes de femme, mais il y a aussi des stéréotypes d’homme.

Mar_lard : Absolument ! Les stéréotypes genrés s’appliquent aux deux genres, y’a pas de  problème là-dessus. Le truc, c’est qu’ils [les problèmes] se traduisent pas de la même façon, y’a pas les mêmes effets. L’exemple le plus simple, c’est ce qu’on appelle la culture du viol. C’est le fait, c’est très simple, qu’il y a un biais genré dans la violence du viol. On a pas le même nombre de femmes qui violent des hommes que d’hommes qui violent des femmes, ça je pense que c’est une évidence pour tout le monde. Donc évidemment il y a des hommes violés et c’est très grave et c’est des victimes et on en parle. Déconstruire les genres c’est aussi indiquer qu’un homme peut être une victime, on en parle aussi. MAIS il est important d’observer que le viol est un crime qui a un biais genré, et qu’on a 95% des victimes qui sont des femmes, et 99% des violeurs qui sont des hommes, donc on a un biais genré [pour ce] crime. Et c’est intéressant, parce que dès qu’on va en parler, on va avoir une levée de bouclier comme quoi ce serait stigmatiser les hommes que de dire ça. On explique qu’une femme sur cinq dans le monde vivra un viol ou une tentative de viol, on explique ça, et tout de suite les mecs se sentent stigmatisés. C’est assez intéressant.

Usul : Alors là on est sur les violences physiques, les violences sexuelles, et pour ce qui est des violences symboliques, c’est encore plus facile puisqu’il suffit de les nier. [Auditeur] nous dit “qu’il faut éviter les dérives en voyant du sexisme là où il n’y en a pas.” Y’a beaucoup de gens qui disent que tu vois, que les féministes voient du sexisme là où y’en a pas !

Mar_lard : Alors la réponse standard qu’on donne dans ce cas là c’est “le problème c’est pas que je vois du sexisme partout, c’est que toi tu ne le vois pas.” Après, tout est une question de perception.

Usul : C’est pour ça que je voulais parler un peu de cette cécité.

Mar_lard : Alors ça [cette cécité], c’est aussi un effet du patriarcat (le fait qu’on soit éduqué-e-s dans une société sexiste) et que c’est normalisé. Mais en gros, y’a un moyen très très très simple de détecter le sexisme : vous prenez une situation, et vous inversez les genres ! Dans les représentations, sur la façon dont quelqu’un traite quelqu’un d’autre etc… Et si [le traitement n'est pas le même], ben c’est que y’a du sexisme. C’est tout simplement ça ! C’est un traitement différent selon le genre.

Usul : [Continuant la lecture du message de l'auditeur] “J’ai l’impression qu’il faut justifier tout élément lorsqu’on représente une femme un peu trop féminine, érotisée ou autre.” En gros, je crois que ce qu’il veut dire, c’est que vous blâmiez systématiquement qu’il y ait des traits caractéristiques pour les femmes.

Mar_lard : Oui, c’est l’idée classique que les féministes seraient puritaines, qu’on aimerait pas le sexy etc… Donc on va déconstruire tout de suite : non, au contraire, le sexy c’est super cool, on est comme tout le monde, l’érotisme c’est super chouette. Le truc, c’est que y’a trois problèmes à ce niveau là : le 1er, c’est le côté systématique, qui se voit très bien chez les gamers… C’est que c’est à peu près la SEULE représentation possible des femmes. Et qu’on aimerait bien avoir un peu autre chose. Le problème c’est pas foncièrement que les femmes soient sexys ou représentées de façon sexy, c’est qu’on voit à peu près QUE CA. C’est l’unique représentation disponible dans les jeux vidéo notamment. Et ça se retrouve beaucoup dans la fiction. C’est un rôle très très volontiers donné au femme [la bombe sexy]. Le deuxième problème, c’est que c’est unilatéral. C’est à dire que ça touche de façon unilatérale les femmes. Les hommes sont généralement très peu sexualisés, très peu érotisés. Or, quelque part c’est dommage parce que… y’a cette notion que l’érotisme, la sensualité, c’est pas du tout masculin, or c’est faux ! [rire] Et beaucoup de femmes vous le diront ! Y’a une vraie reconstruction à faire de ce qu’est la sensualité et le sexy au masculin. Et le troisième truc sur “le sexy c’est chouette”… c’est que la sexualisation… des fois. Enfin, souvent… Elle va au point d’objectifier la personne. C’est à dire qu’on a plus une personne, on a plus un être humain, on a un objet. Et ça, ça se voit très bien dans la publicité pour la PS Vita.

Usul : J’ai eu des réactions par rapport à cette publicité, que vous avez peut-être pu voir sur l’article de Mar_lard. Il s’agit d’une publicité où on voit une femme qui a une paire de seins devant et dans le dos, qui n’a pas de tête, et qui est censée représenter la PS Vita avec ses nouvelles gâchettes ou je sais pas quoi. Et donc y’a [un auditeur] qui me disait “c’est pragmatique de la part des éditeurs de faire une pub comme ça, qui en appelle au plaisir masculin, à l’imaginaire type masculin, une femme sans tête, une double-poitrine etc…

Mar_lard : Ca implique vraiment un imaginaire masculin une femme sans tête ? Tu me permettras d’émettre un doute.

Usul : Ouais ouais ouais ! [Tout à fait d'accord]

Mar_lard : On a là un bon exemple : c’est même plus une femme, c’est un buste, c’est un objet, c’est la PS Vita. C’est vraiment dommage parce que… l’être humain c’est quelque chose de sexy, c’est plus sexy qu’un bout de viande avec quatre seins ! Y’a moyen de construire des personnages… Ce qui est dommage en fait, c’est que dans les jeux vidéo on va construire des personnages féminins qui sont là que pour ça ! Dont l’unique utilité est de faire plaisir au joueur qui est supposé être un homme hétéro, à qui c’est censé plaire d’avoir cette femme qui n’est pas une personne, c’est à dire qui n’a pas de personnalité, qui est entièrement dédiée à son plaisir et qui n’est là que pour ça. Et l’argument marketing, comme quoi ça serait “pragmatique”… Alors là dessus y’a plusieurs choses. Déjà, c’est l’idée qu’il n’y a que les hommes hétéros qui jouent aux jeux vidéo, ou dans n’importe quel cadre où on a des publicités comme ça, très répandues. Je vais rester sur les jeux vidéo ici puisque c’est ce que je connais le mieux. Donc déjà c’est faux, évidemment. Et ensuite, c’est un peu le serpent qui se mord la queue, comme argument. C’est à dire que évidemment, si on cherche à attirer que les hommes hétéros, et après qu’on va pleurer qu’il n’y a pas de femmes… C’est intéressant, comme position. Et enfin, c’est aussi présumer, et c’est un peu insultant pour le public masculin, que les hommes sont des queutards assez cons pour être complètement en chien devant une pub avec une femme qui a quatre seins. Et ça, c’est carrément insultant pour les mecs hétéros ! C’est ça qui est extraordinaire ! On accuse sans arrêt les féministes…

Usul : [Coupe] Je vais lire un message qu’on a reçu qui va dans ce sens d’ailleurs : “Je voulais m’adresser particulièrement à ces joueurs qui ne sont pas touchés par ces notions de respect mutuel. J’espère au moins qu’ils auront réfléchi à ceci : comment pensez-vous que les éditeurs, commerciaux, producteurs etc… vous considèrent-ils ? On vous a gavés d’image sexuelles dans les jeux, dans les pubs, dans le seul but de vous vendre de la merde. On vous considère comme des phallus qui, lorsqu’ils sont flattés, frétillent de bonheur et achètent compulsivement, et le pire c’est que ça marche ! On s’extasie sur les seins de Lara, on débat dessus, on est gavés de photos de babes publicitaires, le sexe pour faire parler, le sexe pour faire vendre. Après tout pourquoi pas si ça ne vous dérange pas d’être considérés comme des hommes qui réfléchissent sous la ceinture. Au final les femmes sont oubliées par ces campagnes, mais les hommes sont dégradés, il n’y a rien de plus frustrant que d’être assimilé à une masse frustrée qui pense avec son pénis, vous ne pensez pas ? Vous détériorez VOTRE image en participant à ce sexisme.”

Mar_lard : Mais c’est clair ! C’est en ça que le patriarcat est limitatif pour tout le monde, pour les hommes aussi. Et c’est en ça que le féminisme se veut aussi être une libération pour les hommes. On pense justement que l’humain vaut mieux, et on veut pas réduire les hommes à des queutards obsédés. On pense vraiment que ce n’est pas une réalité, et on a cette éducation patriarcale, qui dit que les hommes seraient dirigés par leur bite, en gros… C’est l’idée qui est dans la culture du viol d’ailleurs, l’idée qu’ils seraient incapables de se retenir. Voilà, c’est beaucoup de choses comme ça, qui sont vraiment abêtissantes.

Usul : Et qui peuvent être vues comme des excuses, aussi, pour laisser libre court à ces comportements.

Mar_lard : Mais c’est ça ! Et ce qui est dramatique, c’est que c’est entretenu par les mecs eux-mêmes ! Je vois pas le chat là, mais je suis sûr que y’en a qui disent “mais si, les mecs c’est comme ça, ils sont en chien et tout !”. Les mecs sont les premiers à entretenir cette vision bestiale, parce que ça légitime des comportements comme le harcèlement etc… Et c’est triste, enfin, c’est une excuse facile ppour dire “j’peux pas me retenir quoi !” Enfin, croyez un peu en vous les mecs quoi ! Vous valez mieux que ça !

Dorian : Ca réagit [sur le chat] en disant que c’est pas tant un problème de sexisme qu’un problème de consumérisme. Et on a aussi quelques marxistes qui faisaient des réactions beaucoup plus violentes tout à l’heure, en disant notamment que le féminisme, en essentialisant la lutte, était un frein à la lutte des classes.

Mar_Lard : Oh là là, ça on l’entend saaaans arrêt ! C’est toujours la même chose [rires] !

Usul : J’ai eu des mails qui demandaient en effet s’il y avait une convergence des luttes.

Mar_Lard : La convergence des luttes c’est encore autre chose. En fait y’a un phénomène qui est très très très classique dans les milieux gauchistes, anarchistes, tout ça. Tout ce qui est marxiste etc… C’est l’idée que la lutte des classes passe d’abord et résoudra tout, et que l’égalité se fera comme ça. C’est dramatique et c’est une position qui vient du privilège masculin. Parce que y’a du sexisme dans les milieux gauchistes et anarchistes aussi. Et on est vilipendées quand on en parle, parce que ça serait un frein à la lutte des classes, camarade, qui passe d’abord. En gros, on est priées de pas parler des violences spécifiques qui touchent les femmes, pour permettre au groupe, qui est dirigé par des mecs… En gros, ça les emmerde bien qu’on parle de problèmes qui se répliquent aussi chez eux.

Usul : Et dans les mails, il est arrivé que je vois des accusations de sexisme inversé. Vous [les féministes] pratiqueriez le sexisme inversé.

Mar_lard : La misandrie, voilà ! [rires] Ca fait 15 minutes que je dis « mais si les mecs, vous êtes géniaux, croyez en vous », mais bon voilà. Dire qu’il existe un privilège masculin… « Privilège » n’est pas une insulte. On va faire un parallèle : je suis blanche, et donc je bénéficie du privilège blanc. C’est-à-dire qu’on est dans une société qui s’est longtemps et qui continue malheureusement à se baser sur le racisme, et donc j’aurais plus de facilité à trouver un emploi, et mes interlocuteurs… Je serais mieux considérée socialement parce que je suis blanche. On a quelque chose qui est tout à fait parallèle ici avec le privilège masculin, qui fait que par exemple je serais moins bien payée en tant que femme, etc… Et donc dire ça, ce n’est pas faire de la misandrie ! Là on parle d’études sociologiques, de faits sociaux. Et ce qui est intéressant c’est que souvent, ce qui est perçu comme de la misandrie, c’est un reflet de la misogynie. C’est-à-dire que c’est pas une haine des hommes en soit, c’est que les hommes auraient pas le droit d’être des femmes [note du Zorglomme : n'auraient pas le droit d'avoir des caractéristiques ordinairement associées aux femmes], parce qu’être une femme serait la pire chose qui soit. Je vais prendre un exemple, un exemple qu’on a souvent en termes de misandrie, c’est que [nous les femmes] on douterait de la capacité des hommes à s’occuper des enfants. Et ça voilà, c’est parce que le rôle « s’occuper des enfants » [dans la tête des gens], c’est quelque chose qui est limité aux femmes, qui seraient bonnes qu’à rester à la maison s’occuper des bébés. Et que du coup, on décourage les hommes, parce que c’est un truc DE GONZESSE ! Et donc ça, [ils] appellent ça de la misandrie, mais c’est pas basé sur une haine en soi du genre masculin, c’est basé sur l’idée qu’un homme doit surtout pas être une femme ! Et dans l’homophobie, ça se voit très bien aussi, c’est-à-dire qu’on a l’expression des mêmes idées : dans l’esprit de l’homophobe, le gay c’est celui qui s’effémine, donc là on a une sorte de combo homophobie-misogynie.

Usul : On va se faire une petite pause musicale, mais d’abord un dernier point sur le chat, Dorian ?

Dorian : Oui, ils disent encore que « vous appelez ça un débat mais c’est pas un débat de forme contradictoire ». Le fait est que la contradiction ça freine dans le développement d’un propos pour atteindre la limite technique. Le débat contradictoire lui-même n’est intéressant qu’une fois la limite technique atteinte. Là on fait un peu de la pédagogie aussi, vous voyez bien qu’on repart de la base. Sur la définition du féminisme et tout ça. Donc on a pas encore besoin de contradiction.

Usul : D’autant que depuis le début de l’émission j’ai donné des éléments qu’on m’avait envoyé qui n’allaient pas nécessairement dans le sens de Mar, tout de même ! On se retrouve après la pause pour parler plus spécifiquement du milieu geek.

[Pause]

[Lecture d'un mail d'auditeur, travaillant dans le monde du jeu vidéo depuis 8 ans et ayant pris conscience du sexisme qui anime la communauté « geek » grâce aux papiers de Mar_Lard]

Usul : Ce mail nous dit qu’il se passe quelque chose de particulier, qu’il y a même une pente, pour lui. Je sais pas si tu confirmeras Mar_Lard, mais que ce serait de pire en pire depuis une dizaine d’année.

Mar_Lard : Alors c’est pas qu’avec le sexisme, mais on a un emballement, une cristallisation, une exacerbation des codes, on va vers toujours plus, les seins sont toujours plus gros… Y’avait un exemple très parlant, dans Soul Calibur : le personnage de Ivy, qui gagne un bonnet de soutien-gorge à chaque jeu. Donc on est de plus en plus dans l’exacerbé, l’outrancier. A ce niveau là d’ailleurs, Lara Croft c’est un changement agréable, on essaye d’arriver à quelque chose de plus raisonnable parce qu’à force c’était devenu tellement ridicule que voilà… Mais on a aussi une exacerbation de l’hyper violence hein. C’était à l’E3 dernier qu’on a eu la mise en scène réaliste d’un meurtre et que tous les journalistes avaient applaudi, ça avait beaucoup choqué à l’extérieur. On a toujours cette surenchère, c’est ça le mot que je cherchais. Cette surenchère perpétuelle au niveau de l’hyper violence, de la sexualisation etc… Et c’est volonté de faire du jeu « mature ». Et ça, ça me fait toujours un peu rigoler parce qu’on a ces jeux qui se veulent matures en faisant dans l’ultra gore, l’ultra violence, l’ultra sexualisation… Et ça, c’est pas de la maturité, c’est au mieux de l’adolescence. Et pour moi le jeu vidéo c’est encore un média qui est très adolescent, qui est dans les extrêmes comme ça, dans l’exacerbation des codes. Et encore une fois je pense qu’on peut faire mieux en tant que média, qu’on peut aller dans des choses plus profondes que l’exacerbation de stéréotypes revus et revus et remâchés.

Dorian : On a eu des réactions par rapport à cette distribution discriminante des rôles en fonction des sexes dans le jeu vidéo, qui serait dû à l’accès à l’emploi des femmes dans le jeu vidéo, en disant que y’a peu de codeuses, développeuses, peu de créatrices de jeux vidéo…

Mar_Lard : Ah ben, c’est lié. En fait tout ça, c’est lié, c’est pour ça qu’on parle de système. Ca s’auto-entretien et c’est pour ça que dans mon dossier j’ai parlé de l’industrie, de la presse, parce que c’est le serpent qui se mord la queue. C’est une industrie faite par des mecs hétéros, qui va produire des contenus hétéros, donc qui va produire des contenus qui vont être reçus, mâchés par des mecs hétéros. Donc ça s’entretien, ça se cristallise. Et comme on a ce phénomène où on pense qu’on peut pas intéresser les femmes, qu’on veut pas des femmes, qu’on va pas chercher à les faire venir, on va même les dégoûter par l’ambiance, la misogynie, l’objectification etc… Et du coup voilà, on tombe, on suit la pente, sans qu’il y est grand-chose pour la freiner. Alors quand même ça évolue, ça change, mais c’est pas pour rien que y’a eu cette année sur Twitter cette opération qui s’est montée, ce hashtag #onereasonwhy. Une raison pour laquelle y’a pas plus de femmes dans le jeu vidéo. Ca a eu un succès énorme et les témoignages sont édifiants, parce que y’a mille et unes raisons pour lesquelles les femmes sont dégoûtées, en faite boycottent. Et on peut pas en faire porter la faute sur les femmes dégoûtées du milieu. Parce qu’elles ont mille raisons d’être dégoûtées du milieu.

[Remarque d'Usul sur le fait que maintenant les jeux se jouent beaucoup en multijoueurs sur internet qu'auparavant]

Mar_Lard : Exactement, et c’est d’autant plus facile d’infliger des violences à ce niveau là. Le harcèlement en ligne c’est quelque chose de terrible, de systématique, et quand on est gameuse en ligne, on a TOUTES nos collections de photos de pénis, de messages obscènes… Et c’est intéressant, parce que c’est tellement normalisé, qui est perçu comme inévitable, qu’on se retrouve entre gameuses et on en rigole. Et après on montre ça à des non-gameuses, et elles disent « mais enfin, c’est super violent ! » On est dans un milieu qui nous est, en gros, hostile, pour plein de raisons. Mais comme on kiffe le jeu vidéo, on est là pour y rester et du coup on s’adapte et ça devient normalisé, comme l’être humain s’habitue à tout… On fini, ben voilà, par intégrer cette violence et par la considérer comme normale. Moi-même, j’ai été comme ça pendant super longtemps. J’étais en mode « bon ben c’est inévitable ». Mais à force… Ca m’a aussi fait venir au féminisme, de me demander, c’est quand même bizarre…

Usul : Ca vient de là, de confrontations en ligne ?

Mar_Lard : Ben pas que, mais ça a aidé. C’est-à-dire que le jeu vidéo c’est mon truc depuis que je suis toute petite, mais à force d’entendre que c’est pas fait pour moi, que je suis une imposteur dans ce milieu, je me suis dit « y’a quand même un truc là, y’a un système ». Je me serais intéressée au féminisme je pense, de toute façon, mais ça a précipité. Parce que le sexisme, [tu y es confrontée] de manière extrême quand t’arrives dans un milieu qui est codé au masculin. Et donc tu te poses des questions.

Usul : [...] Y’a beaucoup de gens qui m’ont dit « ouais mais quand tu dis geek, tu frappes de plein fouet toute une communauté ». Ca a été perçu comme une violence, on t’a même associée à cette vieille folle là, Claire Gallois.

Dorian : Oui, en disant que le sexisme c’est le nouvel angle d’attaque contre les jeux vidéo maintenant que la violence ça prenait plus.

Mar_Lard : Alors ça c’est extraordinaire. Bon, chez les gamers ça peut se comprendre parce que ça a longtemps été une communauté qui a été suspecte, vilipendée, marginalisée par la société. Du coup y’a une côté très défensif, « on veut défendre notre média ». Mais du coup, on arrive à une situation où il est impossible de poser des questions, d’interroger notre média. Et c’est vraiment dommage, parce qu’encore une fois on l’hyper violence, le sexisme et tout, et dès que quelqu’un, même qui est dans le milieu, passionné, qui va en parler, il ou elle est considéré-e comme un TRAÎTRE ! Et du coup ça bloque tout de suite la discussion. C’est vraiment triste, parce qu’encore une fois, en tant que média on manque d’ambition et on peut faire mieux. C’est pour ça que je suis dans l’industrie d’ailleurs.

Usul : Ceux qui ceux sentaient insultés disent « oui mais geek ça veut plus rien dire, ça avait un sens y’a 10 ans mais maintenant tout le monde est geek ». Est-ce que c’est pas au contraire encore plus important maintenant que tout le monde partage ce que l’on appelle la culture populaire ? La culture populaire japonaise, américaine, les jeux vidéo, tout ce package ? Est-ce que c’est pas plus important maintenant que cette culture est plus répandue, avec ses objets, ses œuvres ? Je viens de répondre à la question moi-même en fait [rires] !

Mar_Lard : Le fait que cette culture se soit répandue ne veut pas dire qu’elle n’existe plus. Et d’ailleurs c’est intéressant que tu parles du « package », parce que c’est vraiment ça. On a tous une notion, une définition de ce que ça veut dire être geek. Et c’est ça qui est extraordinaire dans ce reproche qu’on a beaucoup fait à mon article, cette idée que la communauté geek n’existerait pas, que tout le monde peut être geek etc… Et en même temps, les mecs qui disent ça, c’est pour dire « un tel exemple que t’as donné, c’est pas geek ! » Et c’est intéressant, ça veut dire que y’a bien une limite qui est perçue à ce que c’est qu’être geek. Si y’a une limite, ben c’est que y’a un fond, une définition de ce que c’est être geek. Et alors le truc, c’est que dans mon dossier j’ai laissé le terme « geek » vague de façon volontaire, car je savais que si je me risquais à le définir, ça serait infiniment plus casse-gueule. J’ai fait ça (je sais que c’est pas très sociologique, mais j’ai pas la prétention d’être sociologue, je suis une blogueuse) pour faire appel à la notion qui existe chez chacun de ce que c’est être geek. Les JDR, les comics, les jeux vidéo, le hacking, la programmation etc… toutes ces cultures dans lesquelles j’ai baigné depuis toute petite et dans lesquelles j’ai retrouvé tous ces mécanismes qu’on retrouve partout. A des degrés différents évidemment. La culture gamer l’a particulièrement mauvaise, il faut le dire, pour différentes raisons. Parce que souvent, ça se passe en ligne, donc y’a l’anonymat. Y’a le côté compétitif, donc la présence de violence, qui aggrave… Sinon c’est des mécanismes que j’ai pu constater, j’en parle dans mon dossier, c’est du vécu, tu vas sur un chan IRC de programmation, t’as le malheur d’utiliser la grammaire au féminin : « ah mais t’es une fille, on veut voir tes seins » etc… Je disgresse. Pour en revenir à la question « qu’est-ce que c’est que la geekerie », on a des délimitations toujours un peu arbitraires. Et les gens qui m’ont critiquée en mode « non mais ça, cet exemple là, c’est pas geek », en clair… Le fond de cette critique, c’est pour pouvoir dire « c’est pas chez moi, moi je suis pas de ceux-là ». Et c’est très pratique parce qu’au fond c’est une esquive. Ca consiste toujours à dire « moi je suis pas comme ça ». Ce que j’ai eu, beaucoup, c’est « être gamer, c’est pas être geek ». C’est l’idée, en gros, qu’on « est différent, et pas de ça chez moi ! ». Et ça, c’est extrêmement dangereux. Parce que bon, je l’ai dit dans mon dossier et je le répète : NON, je ne suis pas en train de dire que TOUS les geeks sont des connards machistes, des gros salauds, des porcs, et je croyais l’avoir bien expliqué. On a une minorité, j’espère que c’est une minorité, de salopards. Qui pourrissent le truc pour tout le monde. Après ils peuvent avoir des raisons, on s’en fout, le fait est qu’ils font preuve de misogynie, ils excluent. Et le problème, ce qui est CAPITAL à comprendre, c’est qu’ils sont dans un système qui les légitimises. Et c’est en ça que pour moi les communautés geeks sont spécifiques, c’est que c’est des lieux où le sexisme, la misogynie, vont être beaucoup plus tolérés que dans d’autres milieux sociaux, sous prétexte qu’on est entre mecs, « Oh on est entre potes, on peut rigoler ! »

Usul : Est-ce que tu as des points de comparaison, justement, par rapport à d’autres milieux, d’autres cultures qui seraient moins machistes que peut l’être le milieu geek ?

Mar_Lard : Je peux te donner d’autres cultures où le machisme se cristallise. Par exemple t’as le sport, où le machisme est bien intégré. Mais c’est pas… enfin… Je crois qu’en fait, et on est bien placées pour le savoir, la société entière a des problèmes de sexisme. On est dans une société patriarcale qui nous englobe tous, du coup le problème est présent partout, mais il se cristallise à des endroits où on a un entre-soi masculin qui se crée. Et où, du coup, on a une cristallisation, parce que y’a pas de remise en question. Du coup y’a des idées qui se répandent, « sur les gonzesses » [parodie un ton masculin] etc…

Dorian : Et outre l’aspect « en ligne », est-ce qu’il y a d’autres spécificités du milieu geek/gamer qui font que c’est un lieu de cristallisation de la domination masculine ?

Mar_Lard : Alors ça j’en ai parlé un petit peu tout à l’heure. Chez les gamers on a le côté compétitif. D’ailleurs, on voit bien que selon les jeux, si on va dans la subdivision, c’est différent aussi. Par exemple, dans les jeux où on est plus dans des valeurs (construites socialement, j’insiste sur le construites socialement), classiquement virils et masculines comme par exemple la baston, ou la guerre, ou la course… là on a une cristallisation encore plus grave de ces problèmes. C’est-à-dire que la communauté des jeux de baston, au sein de même de la communauté gamer qui a ce problème de misogynie, la communauté des jeux de baston l’a particulièrement. Et je pense que ça s’est vu dans mon dossier, c’est un exemple qui a marqué beaucoup beaucoup de gens…

Usul : Harris !

Mar_Lard : Voilà, Harris et le Cross Assault. Où y’a eu ce harcèlement dégueulasse en live…

Usul : C’était insoutenable même à lire !

Mar_Lard : Et les spectateurs ont participé, en ont remis une couche. Et personne n’est intervenu. Et après Harris a été « validé » par la communauté. Ca illustre bien ce que je suis en train de dire, c’est que personne n’est en train de dire que c’est tous des connards etc… en l’occurrence y’avait un connard là, c’était Harris, mais il a été légitimé, toléré par la communauté, en tout cas ce qu’il a fait a été minimisé, le plus possible ; en mode « c’est pour rigoler etc… ». [note du Zorglomme : Mar_Lard fait ici référence à un harcèlement sexuel effectué en public lors d'un tournoi de jeu de baston. Se référer à son dossier pour tous les détails.]

Usul : Dans ton article tu parles du rôle coupable, passif… Quand est-il de la passivité ? Peut-être que justement, ceux qui se sont dit « moi je suis pas très violent, je suis pas spécialement macho, mais c’est vrai que je réagis pas », ceux-là se sont peut-être sentis attaqués. Est-ce que tu as eu le sentiment de culpabiliser ceux qui ne disent rien et laissent faire, et qui se dédouanent de faire la moindre violence mais qui ne réagissent pas quand ils la voient.

Mar_Lard : Mais quelque part c’est le but ! C’est de leur faire comprendre que la passivité est un problème et qu’on peut pas être neutre dans cette situation. Et j’ai plein plein plein de mecs, c’est hallucinant, j’aurai jamais imaginé ça, qui m’ont envoyé des mails pour me dire « j’ai pris une claque, et je me rends compte que j’ai contribué, et je veux changer. » Et ça, ça fait super plaisir, vraiment !

Usul : On a un mail, dans ce goût là. « Cet article a eu de marquant qu’il a changé ma façon de réagir à ce genre de faits. Je m’explique : on voit que la majorité des hommes réagissant à cet article le font de manière très défensive, se sentant parfois insultés par leur appartenance à ce milieu et tentent de relativiser les faits. J’ai tout d’abord eu cette réaction. Mais au fil de ma lecture, je me suis rendu compte que non, relativiser ne sert à rien, et qu’il faudrait bien mieux assumer cette réalité pour mieux la combattre ensemble.  En effet, ne pas être soi-même dans cette catégorie d’odieux personnages ne suffit pas pour être totalement innocent. La passivité du plus grand nombre donne du crédit à ces imbéciles qui, par absence d’opposition massive, sont confortés dans leurs délires sexistes. » Et c’est d’autant plus vrai, et là c’est moi qui parle, que quand quelqu’un entreprend de défendre les femmes au nom du féminisme, [...] il se fait taxer de féministe etc… Faut avoir le courage d’aller au devant de ces réactions.

Mar_Lard : C’est pour ça que j’ai essayé de proposer d’autres solutions que l’intervention directe, qui est super difficile, même dans un cercle très proche, qu’on peut considérer comme des amis. Y’a d’autres façons d’intervenir, notamment en apportant du soutien. En gros, essayer de pas donner l’impression à la personne qui est victime d’ostracisassions qu’elle a un bloc massif et uni contre elle. Parce que c’est vraiment l’impression que ça donne. C’est-à-dire que quand on est victime de quelque chose qui peut être très violent, et que tous les autres vont soit regarder ailleurs, soit le légitimer, c’est une violence supplémentaire.

Dorian : Y’a une remarque par rapport à ton article, sur le chat, qui rebondissait sur l’affaire d’Harris. [Il dit] que y’a un aspect patchwork à ton article, est-ce que y’a une cohérence entre Harris, qui est clairement un détraqué, et  le type qui va poster un message honteux sur 4chan parce qu’il sait qu’il va pas être modéré, est-ce que y’a vraiment une cohérence dans tout ça ? Est-ce que ça a du sens de tout balancer dans un seul article ?

Mar_Lard : Ce que j’essaye de faire passer, c’est qu’on est dans un système. Alors évidemment, dans mon article, tout n’est pas de la même gravité. Ca, PERSONNE ne dit le contraire, y’a des trucs qui sont plus graves que d’autres, plus impressionnants etc… le truc c’est que ça participe d’un système. Et le féminisme c’est ça, c’est parler d’un SYSTEME de domination…

Usul : [coupe] On reviendra plus tard sur la critique de la critique, si tu veux, Dorian. Je pense qu’on a encore pas mal de choses à voir avant d’aborder ton article, et les critiques qu’il a pu susciter, la forme qu’il a pris et les attaques que tu as pu avoir sur la forme de cette critique.

[Pause]

Usul : Alors tu as publié un article dimanche, et les réactions à ton encontre ont été extrêmement nombreuses et extrêmement vives. Enfin pas toutes, y’a aussi eu des réactions très vives de prise de conscience et de sympathie. Mais là on va s’attarder évidemment sur ceux qui ont critiqué ton article…

Mar_Lard : [rires] Toujours !

Usul : [rires] Bah oui sinon ça serait pas drôle, sinon y’aurait pas de contradiction, ça serait pas un vrai débat, allons donc !

Mar_Lard : [rires] Déjà qu’on s’est fait engueuler [à ce sujet] !

Usul : Par exemple, on a Benjamin qui dit « Je suis 100% d’accord avec toi sur le fond, 99% de la communauté geek est d’accord avec toi à part une minorité de cons finis qui de toute façon seront condamnés par les autres à un moment ou à un autre. Mais je suis fatigué de croiser la route de féministes qui veulent imposer une police de la pensée, avec des mots interdits. Quel est l’intérêt, pourquoi agiter un drapeau rouge que tout le monde voit, et surtout pourquoi avec des méthodes si agressives ? Pour citer Elisabeth Roudinesco, pourquoi faire ? Jouer les molosses et créer une police politique du langage ? Oui, il faut se défendre contre l’insulte, mais avec les lois dont nous disposons déjà. Il ne faut pas faire des femmes des victimes, mais développer leurs forces. Est-ce que les Black Panthers ont été les artisans des principaux droits civiques aux Etats-Unis ? Non, c’est Martin Luther King, avec la désobéissance civique, pareil avec Ghandi, Ang Sun Suki… » Voilà, en gros, pourquoi cette violence verbale, ces actions agressives ?

Mar_Lard : Ouais. Excuse-moi, je soupire parce que y’a tellement de poncifs qu’on a entendu mille fois que bon… Mais ça prouve bien qu’il faut y répondre. Donc allons-y. C’est intéressant, j’ai l’impression que la question c’est « Pourquoi vous interrogez, pourquoi oser critiquer ? Laissez-nous tranquilles.» C’est un peu ce que je retiens de l’argumentaire. C’est marrant qu’on parle de police de la pensée par rapport au féminisme, je trouve. J’ai pas l’impression qu’on soit en train d’interdire à quiconque… on a pas les moyens, déjà, d’interdire à qui que ce soit, on peut pas censurer…

Usul : Vous n’êtes pas un pouvoir.

Mar_Lard : Par contre on peut critiquer et répondre. En gros, quand quelqu’un va dire une blague sexiste ignoble, et qu’on va s’en indigner, on va réagir, on va tout de suite avoir une masse de gens en mode « mais c’est de l’humour, c’est pas si grave. » C’est intéressant de considérer que c’est nous qui sommes du côté de l’interdiction, de la silenciation, quand on voit ça. On est face à des gens qui font des blagues qui se veulent politiquement incorrectes… C’est considéré comme tellement rebelle d’être sexiste ou raciste, alors que y’a rien de plus convenu, y’a rien de plus facile ! Et donc voilà, on a des mecs qui vont faire ça pour exprimer leur incroyable rebellitude et leur liberté par rapport à « cette manie de respecter les gens, c’est inadmissible » ! [rires] Et en fait ils font des blagues qui sont là pour choquer, mais ils supportent pas que quelqu’un soit choqué ! C’est intéressant quand même !

Usul : En même temps, les blagues sur « retourne à la cuisine », le package des blagues ordinaires, qui en plus de pas être malignes ne sont pas très recherchées, qui sont juste effrayantes par leur régularité, d’ailleurs… tout ce package là avait fini par être tellement habituel pour ces gens là qu’ils ne comprennent pas qu’on puisse être choqué puisque c’est devenu tellement ordinaire qu’une norme avait fini par s’imposer.

Mar_Lard : Y’a le fait qu’ils le voient pas… Bon c’est généralement des mecs, qui vont être en mode « mais c’est de l’humour, détends-toi ». C’est l’expression d’une position de privilège.

Usul : Qui décrète ce qui est de l’humour et les limites de l’humour, oui.

Mar_Lard : Ils le subissent pas, déjà. Et ils le voient pas avec la même régularité. Il faut comprendre que c’est PERMANENT et systématique. Et en plus ça manque terriblement d’originalité, comme tu l’as dit. C’est-à-dire que quand c’est pas « va faire la vaisselle » c’est « retourne dans la cuisine préparer un sandwich ».

Usul : Et on ose appeler ça de l’esprit !

Mar_Lard : Oui, y’en a encore pour t’expliquer que c’est très drôle. C’est le niveau ZERO de l’humour, et c’est en ça que ça n’a rien d’intéressant, l’humour sexiste ou l’humour raciste etc… Ca ne fait que jouer d’une oppression sociale, ça ne fait que la renforcer. Vraiment, si votre humour est basé sur le renforcement de dominations sociales… C’est facile, c’est convenu ! On dit que les féministes n’ont pas d’humour mais moi je pense qu’on en a beaucoup, et c’est pour ça qu’on a un humour de plus haute qualité, parce que c’est facile d’aller dans le sens de la domination et de l’oppression. Nous on aime bien l’humour qui interroge, qui remet en question les systèmes, les mécanismes de la société.

Usul : Je vais parler de la manière comme je le vois moi, qui suis censé faire de l’humour, un petit peu. On choisit ses figures. Et on choisit les choses desquelles on se moque.

Mar_Lard : Exactement.

Usul : J’ai tendance à privilégier les blagues sur les puissants que sur les faibles. J’aime mieux me moquer des riches que des pauvres par exemple, c’est aussi con que ça. L’humour c’est pas anodin. On peut faire de l’humour sur n’importe quoi en effet, ça dépend du contexte etc, mais on choisit tout de même ses sujets, et autant choisir des sujets qui vont faire avancer le truc. C’est essentiel de rire, mais faut savoir que c’est pas anodin.

Mar_Lard : L’humour a une puissance énorme, on le sait tous. Faut pas s’imaginer du tout que l’humour est quelque chose de déconnecté, sans effet. Comme t’as dit, on choisit de qui on rit, et le rire nous positionne socialement. Attention, c’est le point où on va sortir Desproges, il fallait bien qu’il sorte à un moment : « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. » Cette phrase elle est systématiquement mal comprise ! Parce que ce qu’il exprime Desproges, dans cette phrase, c’est qu’il ne souhaite PAS rire AVEC les racistes, avec les sexistes, avec les violents. Quand on rit des femmes parce qu’elles sont des femmes, on se positionne par rapport aux femmes. Alors que quand on rit du sexisme, c’est très différent ! Faire une blague sexiste, c’est très différent de faire une blague qui se moque du sexisme.

[...]

Mar_Lard : Tu vois, y’a des gens qui font des blagues sur le viol. Y’a pas de sujet tabou. Mais la façon dont on aborde un sujet dans l’humour révèle votre position et avec qui vous vous placez. Donc posez-vous des questions si en riant, en faisant vos blagues, vous vous placez du côté des connards. Par exemple, si vous faites une blague qui va faire rire les violeurs, et pas les victimes, posez-vous des questions.

Usul : En effet. Dorian, le chat ?

Dorian : Ils sont en total désaccord avec Mar sur la question de l’humour, en disant que faire une blague sexiste permet de pointer du doigt la domination et de la dédramatiser.

Mar_Lard : Oui c’est toujours la même chose. C’est marrant comme on nous croit pas quand on dit qu’on en a RAS LE BOL des « retourne à la cuisine ».  Les mecs sont toujours très très forts pour nous expliquer qu’on doit pas prendre quelque chose mal. Mais on est pas votre rire automatique. On a pas à rire automatiquement. On a le droit de prendre mal vos blagues, je suis désolée de vous l’apprendre. C’est ça en fait, on a l’exigence du rire ! C’est « j’te crache à la gueule et j’exige que tu me remercie » !

[Usul fait une remarque sur la fréquence excessive de ces blagues et la multiplicité des figures féminines sexistes dans le jeu vidéo]

Mar_Lard : Alors oui, la fréquence [fait partie du problème], parce que c’est systématique, c’est convenu et c’est épuisant à force. Imaginez la même chose sur vous : vous avez un bouton sur le nez et on se moque de ça TOUS LES JOURS ! Le bouton sur le nez c’est un mauvais exemple parce que les blagues sexistes ça se base sur des stéréotypes qui sont faux. En gros, imaginez que y’a une rumeur dégueulasse qui circule sur vous et que tous les jours on rigole et on se moque de vous. Croyez-moi vous seriez usés. Donc oui la fréquence en fait partie, mais encore une fois, l’humour qui se base sur des dominations, c’est facile, ça renforce la domination, c’est le niveau zéro.

Usul : Ton article a suscité d’autres articles, on peut commencer par celui de l’Odieux Connard. Tu l’as lu ?

Mar_Lard : Oui oui, j’ai lu [rires].

Dorian : [...] le fond de l’attaque [de l'Odieux Connard] c’est « c’est facile de se révolter sur internet ». [rire de Mar_Lard] Mais encore une fois, quand on voit la violence des réactions que tu as subies, on se dit que non, c’est pas facile de juste le dire sur internet.

[...]

Nico [l'ingé son] : Il dit en gros « t’es mignonne mais la rébellion sur internet pour les djeuns, c’est bon quoi, tu fais un like le cul dans ton fauteuil et tu fais pas grand-chose de plus pour ta cause. »

Mar_Lard : Oui voilà. Ce qui est très intéressant, c’est que c’est marrant venant de lui, parce que toute son action c’est de rigoler sur des choses sur internet. Y’a une démonstration très très simple [pour montrer que c'est utile], c’est que y’a des centaines, je dis bien des centaines, de mails que j’ai reçus, de mecs qui parlent d’une prise de conscience. Donc si, ça a un effet. News flash, la parole, ça a un effet, et dire les choses, ça a un effet. Travailler pendant 6 mois pour mettre en forme un problème et essayer de l’analyser un petit peu, ça a un effet. Et ce qui est intéressant avec l’Odieux Connard, c’est [qu'il] va vraiment dans le sens de militer en silence en fait. Parce que y’a quelques semaines, il a fait un article sur les Femen, en mode « elles décrédibilisent leur cause par leurs actions ». [Usul rit] Donc en gros, si on agit trop, on décrédibilise, et si on n’agit pas assez (à son goût !)…

Nico : Là ça serait pas agir trop, ça serait plutôt agir mal, mais ça c’est mon jugement personnel sur la chose.

Mar_Lard : Quoi qu’on fasse, y’aura toujours des mecs pour nous expliquer qu’on fait mal. Ils sont pas engagés, ils se sont pas renseignés mais ils savent ce qu’on devrait faire. Et généralement, c’est être plus sages. Toujours. Bref, dans le cas du connard, il m’a dit que c’était inutile, donc ça c’est faux. Et puis y’a toujours le côté un peu paternaliste du « mais vas-y petite femme, prend ton envol, va faire des choses », ce qui est toujours confortable derrière une position de privilège, et en plus ça part du principe que je ne fais rien. Or c’est faux, puisque dès le début de mon dossier je mentionne que je suis dans le jeu vidéo, que je veux y faire ma carrière et que j’ai bien l’intention de changer les choses. Et je considère que travailler 6 mois pour mettre en lumière un problème… Et mine de rien, je sais pas si vous avez remarqué, mais on en parle là, et c’était le but ! C’est qu’on en parle, y’a des prises de conscience, on en débat, je sais pas ce qu’il lui faut en termes d’action… Mais bon, y’en a qui seront jamais contents.

Dorian : Y’en a qui prennent la défense du Connard en disant qu’il a précisé être d’accord dans le fond. Le problème, c’est que dans toutes les réactions que j’ai lu sur ton article, tout le monde dit qu’il est d’accord dans le fond, mais que c’est la forme, toussa… Et du coup ça empêche personne de réfuter l’article tout en étant d’accord dans le fond ! Si t’es d’accord dans le fond, à quel moment tu vas dire « c’est un odieux article ! »

Mar_Lard : Encore une fois, c’est un ARTICLE DE BLOG. J’ai plein de gens qui sont en mode « y’a pas d’antithèse, t’es pas objective ». Ca n’avait à aucun moment le but, la prétention d’être objectif. Sur des questions de sexisme, on ne PEUT PAS être objectif. C’est des questions sociales, sur un système social dont on fait tous partie. Je parle là en tant que femme, en tant que gameuse, de mes expériences, de ce que j’ai vu pendant toutes mes… Tout ce que j’ai pu constater dans le milieu geek. Et c’était pas un travail sociologique, même si je fais appel à des notions de sociologie, et c’est pas un travail de journaliste objectif, si tant est qu’un travail de journaliste puisse être objectif.

[Description d'un autre article]

Mar_Lard : Vous allez me dire si vous êtes d’accord, mais j’ai l’impression que son argumentaire, c’était en gros ce qu’on a dit tout à l’heure sur la communauté geek qui existerait pas, ça on y a répondu, et aussi le coup du « trouve-toi d’autres amis et si t’es pas contente va-t-en. » Et je suis désolée mais non ! Ca c’est extraordinaire ! Non, dans le gaming je suis chez moi, que ça vous plaise ou non, et je n’en dégagerai pas ! Je vous le dit franchement, [son] premier article m’a donné des boutons, le ton affreusement paternaliste, ça me reste là, j’ai beaucoup de mal avec les mecs qui viennent m’expliquer, du haut de leurs grandes connaissances en féminisme… Et puis sur la violence, comme on l’a vu tout à l’heure, c’est trèèèès relatif. On parle de harcèlement, de violences symboliques qu’on nous inflige sans arrêt, mais il faudrait réagir plus poliment. Et de toute façon, il faut comprendre que QUOI QU’ON FASSE, quand on est féministe ou qu’on remet en cause un système établit, on sera perçu comme agressif, parce que c’est remettre en cause le système dans lequel on baigne, et du coup ça provoque un inconfort. Et donc on sera toujours, TOUJOURS, stigmatisés pour être agressifs. Son deuxième article était beaucoup mieux, il était un peu redescendu de sa grande épopée « je t’explique la vie ». Donc je l’ai lu en étant plus prête à écouter ses arguments, qui sont que le boycott n’est pas une lâcheté. Mais c’est ce qui se passe ! Les femmes boycottent les milieux geeks pour mille et une raisons que j’explique dans mon dossier, et on peut le comprendre je pense. Et on voit ce que ça donne ! Ca mène à un entre-soi [masculin] encore plus prononcé et on reste dans une petite cabane « non aux filles, les filles dehors ! » On est dans une situation où le boycott c’est pas une solution. Les femmes sont chez elles tout autant que vous, les mecs, dans les milieux geeks, il faut l’accepter, c’est tout. De toute façon, que vous l’acceptiez ou pas, c’est tout, c’est comme ça, on est là, on en partira pas, on infiltre vos sous-cultures, en méchantes succubes que nous sommes [rires]. Non non, on en partira pas, non non, je changerai pas d’amis.

Usul : Et y’en a à qui ça fait peur, qui disent « si vous luttez pour l’égalité des droits, faudrait pas vous appeler féministes, faudrait vous appeler égalitaristes », parce que finalement ça fait peur « féminisme », ça fait « vous voulez déclencher la guerre des sexes. »

Mar_Lard : ah oui effectivement, on en a parlé tout à l’heure mais j’ai oublié de répondre à la question donc j’y réponds maintenant, sur le terme « féminisme ». Alors déjà, continuer d’utiliser le terme « féminisme », c’est rendre hommage à une longue histoire de combats pour le droit des femmes. Et parler de féminisme, c’est reconnaître que le sexisme ça fait souffrir tout le monde, mais encore une fois, y’a une oppression, une domination masculine, et que en gros c’est les femmes qui l’ont la plus dure. Encore une fois, on ne NIE PAS que le sexisme a des effets négatifs sur les hommes, on dit que chez les femmes y’a des effets qui sont GRAVISSIMES. Encore une fois, le viol, les féminicides (les filles qui sont tuées parce qu’elles sont des filles, oui, ça existe)…  Parler de féminisme, c’est reconnaître ça. C’est pointer les problèmes là où ils sont. C’est reconnaître que la misandrie est très souvent, y’a des féministes qui disent toujours, j’en suis pas certaine, mais c’est très souvent le reflet de la misogynie. Et donc que la misogynie, c’est-à-dire la détestation des femmes parce qu’elles sont des femmes, est la source du patriarcat. Et c’est pour ça qu’on parle de féminisme. Et encore une fois, y’a PLEINS de mecs qui se déclarent féministes et qui comprennent cela.  Et c’est intéressant, parce que quand on explique ça en étant une femme, on va avoir des réactions « oui voilà, victimisation, ça vous arrange bien » etc… Et c’est pour ça que les mecs sont très important dans le féminisme, c’est que quand c’est des mecs qui vont expliquer, ils sont beaucoup plus pris au sérieux. Ca, c’est un effet du privilège masculin, un privilège dans la perception sociale. C’est incroyable, mais les mecs sont considérés comme étant plus objectifs, comme ayant plus de recul, pour parler de sexisme.

Usul : [ironique] Ouais on est plus objectifs ! Tu parlais du 3615 [ancienne émission d'Usul sur JV.com] sur la virilité qu’on avait fait ensemble, je t’avais appelée, on avait bien débroussaillé le sujet, j’avais pioché dans tes articles pour trouver des exemples…

Mar_Lard : Y’en a qui ont pas compris d’ailleurs ! [rires]

Usul : Oui y’en a qui ont pas compris, qui ont cru que c’était ironique, mon allusion à ton nom. En tout cas, tu disais que ça avait été beaucoup mieux reçu, alors que si ça avait été une fille qui avait fait la même chose… Et donc ça vient de ce que tu dis, du privilège masculin. On m’accord plus d’objectivité, et puis moins d’hystérie, aussi. [rires]

[Retour sur le sujet de l'humour]

Mar_Lard : La liberté d’expression, c’est pas la liberté d’être un connard sans que ça n’ait aucune réponse, sans que ça n’ait aucune critique. C’est  à dire qu’on a souvent quelqu’un qui fait une blague sexiste, la personne en face va pas rire et dire c’est sexiste, et tout de suite c’est le point « mais c’est de l’humour, liberté d’expression etc… » Mais la liberté d’expression ça va dans les deux sens ! Vous avez le droit de dire de la merde, ok ! Vous avez le droit de dire de la merde, et on a le droit de dire qu’on trouve ça nul ! Et c’est ce qu’on fait. Comment dire… On oublie souvent que la liberté s’arrête là où elle nuit aux autres. Et la discrimination et la violence symbolique, ce sont des nuisances. Donc à un moment, vous infligez du mal, vous nuisez, en étant sexiste. Donc on n’interdira pas, mais on réagira.

Usul : Un auditeur s’étonne que le recours à la loi soit si peu fréquent chez les victimes pour se défendre. Ca s’explique, est-ce que tu peux nous dire pourquoi peu de filles vont jusqu’à porter plainte pour une menace de viol en ligne, par exemple ?

Mar_Lard : Alors ça dépend pourquoi. Pour les menaces de viol, pour le harcèlement, quand c’est en ligne… ça vient toujours du sentiment que c’est vain. En ligne c’est parce que c’est massif, c’est normalisé, et on se dit « un connard de plus ». Et en plus, c’est ce que montre l’exemple Cross Assault, y’a pas du tout de garantie que les gens vont le prendre au sérieux. Et quand on réagit, on se met le groupe à dos ! C’est ça qui est dramatique. On réagit au sexisme, et les boucliers se lèvent immédiatement en face ! On peut pas réagir à ça sans avoir aucun soutien… Et je vais reparler de la culture du viol parce que c’est essentiel et on en parle en ce moment.  Y’a une raison pour laquelle la grande majorité des victimes de viol ne portent pas plainte. Et y’a une raison pour laquelle la majorité des plaintes de viol sont déboutées. On est dans une société où la majorité des viols ne sont jamais punis, ne vont même jamais jusqu’au tribunal ! Et pourquoi ? Parce qu’on est dans une société qui va blâmer la victime. Et en gros, [en ligne], c’est les mêmes mécanismes. Sur des incidents différents avec une gravité très différente évidemment, mais c’est les mêmes mécanismes, qui conduisent à blâmer la victime.

Usul : On peut développer, ça, je pense.

Mar_Lard : Ouais. Tu rigoles pas à une blague sexiste, c’est que t’as pas d’humour donc c’est de ta faute. Et si t’es violée, c’est le grand classique de « qu’est-ce qu’elle portait, qu’est-ce qu’elle faisait dehors si tard la nuit ? Elle l’a un peu cherché, elle était ivre etc…» C’est IN-CRO-YABLE de voir à quel point c’est systématique, massif, y’a toujours cette idée de la responsabilité chez la victime, qui est dramatique. Et c’est pour ça qu’on a, dans différentes situations, cette lassitude…

[Un lecteur demande à Mar_Lard de réagir sur le Joueur du grenier, qui a parfois recours à des blagues machistes et homophobes. Elle répond qu'elle adore le JDG et déplore d'être brutalement ramenée à la réalité en pleine hilarité par une blague machiste. Un autre lecteur lui demande de réagir à OSS 117. Usul et Mar_Lard expliquent de concert que dans OSS 117, le personnage de Jean Dujardin est justement tellement ridicule que les films se moquent des machistes, et non pas des femmes. Mar_Lard souligne même que les films remettent en cause les clichés. Elle continue :]

Mar_Lard : C’est des films que j’aime beaucoup, mais ça veut rien dire, parce que j’aime des trucs qui sont sexistes, avec des problèmes dedans. Mais voilà, je les aime malgré ça.

Usul : Tu me disais y’a 6 mois que quand on est féministe, on tombe souvent de haut, ça fait souvent tomber des idoles, même.

Mar_Lard : Ah ça c’est terrible. Quand tu commences à ouvrir les yeux… On a une métaphore qu’on aime beaucoup, c’est que le patriarcat c’est la matrice. On vit dedans, on la voit pas, et un jour avale la pilule rouge du féminisme, et là on la voit partout. Parce que t’ouvres les yeux et tu peux plus jamais les refermer. Et du coup c’est épuisant, mais à un point ! Parce que tu n’es plus jamais… « safe ». Y’a quelque chose que tu adores, et tu commences à remarquer que y’a des blagues sexistes dedans, des blagues misogynes, des blagues homophobes, des présupposés racistes, ou des éléments de la culture du viol… Et donc oui, ça fait tomber des idoles, ça m’est arrivé terriblement souvent. Parce que comme j’adore le jeu vidéo, j’ai beaucoup d’idole parmi les game designers, les critiques etc… et souvent, ben voilà, y’en a un qui dit une grosse connerie, une connerie plus grosse que lui, et là ben c’est « je t’aime toujours, mais t’as dit ça… » Et quand on est féministe, on ets sans arrêt, sans arrêt à dire « si j’accepte ceci, ceci, ceci, ceci, j’adore ! » Parce que y’a pas d’autre moyen ! Si je m’interdisais d’aimer tout ce qui est sexiste ou problématique, j’aimerais plus rien, et c’est pas tenable [rire triste].

Dorian : J’ai une remarque qui revient souvent dans le chat, c’est que le discours sur le patriarcat ça remonte au féminisme des années 60 et que maintenant tout ça c’est derrière nous.

Mar_Lard : Ah oui, le patriarcat est mort [rires]. Alors ça c’est marrant, parce que dans les années 60, les féministes parlent du patriarcat, on leur répond «  y’a pas de problème ». Aujourd’hui on parle du patriarcat, on nous répond « y’a plus de problème ». C’est génial, y’a jamais eu de problème ! On combat le patriarcat, et y’a le déni qu’il existe, et maintenant qu’on a avancé, que le droit de vote des femmes c’est quelque chose qui s’est intégré, dans l’ensemble [rires]… On a cette majorité qui va nous dire que la société était sexiste mais maintenant c’est fini. Et c’est cette majorité passive, pas physiquement la même évidemment, qui allait faire de la résistance au niveau du droit de vote des femmes [dans les années 60]. Il faut se rappeler que le droit de vote des femmes c’est un succès féministe, ce sont les féministes qui l’ont décroché, et ils ont dû faire face à la résistance de la majorité passive, comme cela se passe aujourd’hui sur d’autres problèmes. Donc oui, y’a encore des problèmes, le patriarcat existe.

Usul : Et on m’a fait remarquer dans les mails qu’il y a aujourd’hui un retour bien plus décomplexé que y’a 10 ans de ces idées, dans les discours d’Eric Zemour par exemple, ou d’Alain Soral. Est-ce que c’est des temps plus difficiles pour celles et ceux qui essayent de défendre l’idée d’un patriarcat qui ne serait toujours pas mort et dont il s’agirait toujours de se débarrasser ?

Mar_Lard : Plus difficile, il n’est pas question de dire ça évidemment. Nos prédécesseuses féministes ont affronté des trucs HALLUCINANTS, donc y’a eu des progrès, on est optimistes. Faut être optimiste pour être féministe. Dans l’ensemble on l’a meilleur qu’avant, mais c’est pas pour ça qu’on va se reposer sur nos lauriers, et on pousser. Mais on affronte des difficultés différentes, notamment par l’arrivée d’internet, qui fait apparaître ce qu’on appelle le « hive mind », l’esprit de ruche, l’esprit collectif, qui va cristalliser les résistances.

[Pause]

Dorian : On n’avait pas eu cette question encore, « pourquoi refuser de participer au débat chez Gameblog » ?

Usul : Il suffit de lire Gameblog pour comprendre très rapidement, normalement. Tu veux répondre là-dessus ? Tu as publié, tu as expliqué largement ta réponse à l’invitation…

Mar_Lard : Non mais je peux en parler y’a pas de problème. C’est compliqué. Je le dis, je suis toujours pas sûre que c’était la bonne solution. C’était un dilemme, je me suis sentie coincée par cette invitation, surtout qu’elle était publique. J’ai pesé le pour et le contre. Je me suis dit « c’est l’occasion d’aller porter le message au cœur du problème, d’aller voir les gens et le public qui en ont besoin. » Mais je me suis dit, si c’est pas fait correctement, ça risque de faire plus de mal que de bien. Et je veux pas basher Gameblog, c’est pas le but non plus, mais j’ai pas…

Usul : Tu estimais que les conditions du débat n’allais pas être propices à développer un propos qui est parfois contre-intuitif, un petit peu compliqué etc…

Mar_Lard : Ben c’est surtout que je fais pas confiance à Gameblog pour avoir un débat informé sur le sujet de sexisme. C’est un sujet sérieux, et les podcasts Gameblog c’est plus du divertissement, en tout cas c’est le ressenti que j’ai en en ayant regardé quelques-uns. Et on est face à des gens qui maîtrisent très très très bien la communication, moi vous l’avez bien entendu, surtout au début, pas du tout ! J’ai pas l’habitude, c’est pas mon métier. Je me suis dit, il faut mieux être sûre que le message passe correctement. J’ai aussi consulté des gens, que je ne citerai pas, qui ont pu faire l’expérience des podcasts Gameblog, et qui ont confirmé mes craintes, que je n’aurais peut-être pas l’occasion de développer mon message correctement. Et donc, un peu la mort dans l’âme je le dis, j’ai refusé. Mais y’avait pas de bonne solution. Parce que si je n’y allais pas j’étais lâche, mais si j’y allais je risquais de décrédibiliser, de souiller un peu mon message.

Usul : Y’a un truc qui revient très souvent, c’est que la critique du patriarcat dépasse largement les milieux geeks, donc pourquoi focaliser dessus ? C’est un peu « pourquoi emmerder les geeks alors que c’est tout le monde ? C’est pas nous ! Nous on fait comme les autres, c’est tout ! » [rires]

Mar_Lard : [rires] Non Usul, ne caricature pas. Oui, c’est vrai, je l’ai dit depuis le début, le patriarcat existe partout, on est bien placées pour le savoir. C’est quelque chose d’énorme, c’est un système, c’est l’océan, vraiment. Et nous, on est là, on est des poissons dans l’océan, et on essaye le vider avec nos petites cuillères [rires]. Et donc, on commence par où on peut, on balaie devant sa porte hein ! Et donc moi, ma passion, mon milieu, c’est le jeu vidéo, vraiment. Et le truc c’est que j’ai vu que là, c’était nécessaire. Y’a un gros gros débat sur le sexisme gamer, le sexisme nerd, dans le milieu anglophone. Au départ, le coup de gueule sur Joystick c’était juste un coup de gueule de blog, je me suis énervée, je me lâche sur mon blog. Mais quand j’ai vu les réactions, je me suis dit « là y’a un truc qui est nécessaire. Je vais essayer d’apporter ce débat en France, je peux le faire, j’ai les moyens de le faire, je vais essayer. » Donc voilà, je parle de ce que j’aime et de ce que je connais le mieux. Et visiblement ça intéresse, ça cristallise des réactions absolument extrêmes. Et il faut voir aussi ce qui se cache derrière cet argument, même si tu l’as un peu montré en posant la question. La hiérarchisation. C’est toujours très dangereux de dire « y’a pire ailleurs ». Parce que c’est généralement des gens qui se bougent pas trop sur la question, qui vont donner des bons conseils en mode « tu devrais aller voir là ». Et en fait… Je vais lancer le troll qu’on lance aux féministes ces derniers temps, c’est le « Madmoizelle ». Mais qu’est-ce qu’on nous a fait chier avec ça ! C’est « eeeeh mais pourquoi ? Y’a plus important, y’a plus important ! » Mais alors, si c’est tellement pas important, pourquoi une telle résistance ? Mais bon, on n’est pas là pour faire ce débat là, sinon ça prendrait des heures aussi. Mais en gros, quand on parle du « mademoiselle », on nous parle des salaires, quand on parle des salaires, on nous parle du viol, quand on parle des viols on va nous dire que y’a de l’excision, et quand on va parler de l’excision on va nous dire que y’a les féminicides ! Enfin bref, y’aura toujours plus important ailleurs, sans arrêt ! Et en fait, c’est une esquive. C’est encore et toujours une esquive. On peut pas délégitimer un sujet sous prétexte qu’on considère que y’a autre chose ailleurs qui, selon des critères arbitraires, seraient à ce moment là plus importantes.

Usul : Y’a beaucoup de gens qui ont l’impression que c’est pas parce qu’on joue à un jeu macho qu’on devient nécessairement macho, on peut avoir un recul par rapport à ces produits là. Que c’est tout à fait anodin, qu’on sait faire la part des choses.

Mar_Lard : Mais évidemment. Jouer à des jeux machos ne rend pas nécessairement macho. Et je le sais très bien ! Moi-même je sais, j’adore God of War, je kiffe le jeu, le gameplay et tout, mais en même temps il me révulse, parce qu’au niveau virilisme dégueulasse, misogynie et homophobie il se pose là, quand même, ce jeu [rires]. Mais au niveau gameplay, il est cool ! C’est souvent la distinction qu’on fait. Ce qui est important c’est de voir [le problème]. Comme je le dis dans mon dossier, y’a pas de mal à jouer à des contenus problématiques. Mais par contre, ne pas voir les problèmes, et pire, les NIER, ça c’est dramatique. C’est une preuve d’amour pour le média, pour le jeu vidéo, de dire « y’a des problèmes là, et je pense qu’on pourrait faire mieux à ce niveau là. »

Usul : [...] Tu fais pas ça par goût ?

Mar_Lard : [rire] Alors ça !

Usul : Non mais faut clarifier ça aussi, parce que y’en a qui disent que tu veux juste faire parler de toi, c’est des choses que j’ai lu.

Mar_Lard : Ouais j’ai lu ça aussi. Mais alors non. Croyez-moi les gars, je me passerai bien, mais alors je me passerai bien d’être féministe si y’en avait pas besoin. Moi, vraiment, je veux juste être dans la communauté qui me plaît et y être tranquillement. Moi je veux juste faire des jeux ! C’est ça mon but dans la vie, c’est faire des jeux ! Et je me retrouve face à des stigmatisations, face à des murs, à cause de ce que j’ai entre les jambes quoi ! Et donc, c’est pas un plaisir, c’est une nécessité. Imaginez les gars ! J’ai un boulot, je travaille 8 heures par jour, mais à part ça, pendant 6 mois, tous les mois, tous les week-ends, je me suis amusée à me plonger dans la pire merde que j’affronte déjà sans arrêt au quotidien, pour la cataloguer, pour l’analyser etc… Donc c’était pas une partie de plaisir, non ! Et vraiment, je ne pensais pas, c’était inimaginable, que cet article là, il soit autant lu que celui sur Joystick. Sur le nouveau, je me disais « bon, j’aurais dit ce que j’ai à dire, après c’est bon, c’est posé, je peux retourner faire des jeux dans ma grotte. » Pour moi, c’était long, déjà, que ça intéresserait personne, mais ça a explosé, on a dépassé les 300 000 vues. Le débat est lancé, j’en suis absolument ravie, ça a dépassé mes espérances, on en parle, c’était le but. [...] Les réactions positives sont majoritaires cette fois, mais j’ai pas fait un compte précis. En fait, on a le sentiment qu’un seul mec qui t’écris pour te dire « je me rends compte de ce que j’ai fait, j’ai participé à ça, maintenant je le vois, je vais changer », un seul mail comme ça, ça vaut tous les haters que je suis en train de prendre en ce moment.

[Usul explique que les critiques sur la forme qui invalideraient le fond sont fausses, puisqu'on a jamais autant parlé de sexisme dans les jeux vidéo qu'aujourd'hui, ce qui est bien la preuve que l'article a fonctionné. Il rappelle que les critiques sur la forme sont un « cache-sexe » lorsque quelque chose dans le fond a provoqué un inconfort chez le lecteur.]

Mar_Lard : Oui, il y aura toujours moyen de décrédibiliser les féministes, puisqu’on secoue un cocotier sur lequel, encore une fois, toute la société est basée. Et donc forcément, ça tremble, c’est inconfortable, donc on cherche des angles d’attaque [pour que le cocotier cesse de trembler]. Sur la longueur, je suis d’accord [on lui reprochait la longueur de son article], c’est une critique que je me suis faite moi-même en écrivant mon article. Il faut ça. Voilà, alors c’est un problème parce qu’il ne sera pas forcément lu, mais il faut ça. J’ai choisi de faire un article long. Sur l’agressivité, je suis pas d’accord. Parce que déjà, vous m’avez pas vue quand je suis agressive [rires]. Mais surtout parce que quoi qu’on écrive, on nous prendra pour des misandres etc… A un moment, il faudrait arrêter d’entendre ce qu’on veut, et écouter ce qu’on dit.

Dorian : Sur le chat ils sont toujours bloqués sur « mademoiselle » et sur les femens, donc bon…

Usul : Je pense qu’on va…

Mar_Lard : Je peux en parler [si il faut]… C’est un peu hors-sujet mais euh…

Usul : Tu peux, tu peux. C’est ce qu’on disait tout au début quand on parlait du féminisme, j’avais noté un article sur cafaitgenre.org, c’était « Je suis pas féministe mais ». Il s’agissait de mettre le doigt sur les gens qui disent « je suis pas féministe, mais quand même, l’écart des salaires… »

Mar_Lard : voilà, mais ça c’est formidable, la diabolisation du féminisme comme si c’était un gros mot, comme si c’était une insulte, comme si c’était quelque chose de très méchant ! C’est marrant, on a le « je suis pas raciste mais », qui est systématiquement suivi d’une horreur, et on a le « je suis pas féministe mais », suivi d’une prise de position féministe. Mais voilà, on a toujours cette distanciation avec le féminisme, qui serait un extrémisme, des hystériques, des chiennes de gardes, on connaît les classiques. C’est une distanciation… Voilà, c’est ça le truc : dans une société qui est foncièrement inégalitaire, réclamer l’égalité, ça devient un extrémisme. C’est ça, vraiment, on est là !

Usul : Je peux pas ne pas cautionner ce que tu dis.

Mar_Lard : Oui, donc voilà, on a ces réactions. Alors oui, on peut dire que le féminisme est extrémiste dans une société inégalitaire où on réclame l’égalité.

Usul : Les gens ont tendance à trouver plus normal, pour maintenir la paix sociale, l’ordre social, de rester dans une sorte de consensus. Et tous ceux qui iraient en dehors de ce consensus, qui pour certains est tout à fait acceptable ou confortable…

Mar_Lard : Non mais on est tous complices du patriarcat à un niveau ou à un autre, on est tous élevés dedans, on est tous complices. C’est pour ça qu’on a ces femmes qui disent « je suis pas féministe mais ». Et c’est marrant, parce que pourquoi t’es pas féministe ? T’es pas pour le droit de vote des femmes ? « Mais si, mais c’est pas pareil ! » Alors que le droit de vote, le droit à l’IVG, c’est succès féministes ! Mais on a toujours cette volonté de diaboliser ce mouvement, « aaah c’est sale ! » En gros c’est un apaisement du patriarcat, c’est « je suis pas comme elles, je suis une gentille fille moi. »

Usul : J’aimerai bien conclure comme tu avais conclu ton article, en proposant des pistes. Que faire, maintenant ? Comme disait Lénine [rires].

Mar_Lard : Y’a beaucoup de gens qui m’ont reproché que les solutions prenaient qu’une petite partie de l’article. C’est tout simple, c’est parce que les solutions, elles sont très simples. C’est voir le problème, le plus difficile. Et on le voit là ! J’ai balancé ce truc avec des centaines d’exemples, et j’ai encore des tas de gens pour trouver des façons de nier le problème. Le plus dur c’est d’ouvrir les yeux, vraiment. Encore une fois, le plus dur, c’est de prendre la pilule et de voir la matrice. Et une fois qu’on la vois, une fois qu’on l’accepte, les solutions deviennent très simples : essayer le plus possible de pas cautionner ces schémas, de pas les renforcer, et dans la mesure du possible (chacun décide de son niveau d’engagement), d’essayer de trouver des moyens d’agir contre. C’est à dire que la base, c’est d’arrêter de les cautionner, et le silence passif, c’est une complicité. Et ensuite, trouver des moyens d’agir à sa mesure, à sa façon, devant sa porte. Et c’est pour ça que je parle du milieu du jeu vidéo, c’est devant ma porte. D’un point de vue plus pratique, même si en groupe c’est difficile, oser pointer le problème, parce que sinon il passe en silence et ça c’est pire que tout. Le silence, c’est pire que tout, vraiment, parce que c’est ça qui normalise. Le silence est une deuxième violence pour les victimes. Manifester du soutien comme on peut. Mais ne pas, alors ça c’est pour les mecs qui se découvriraient des velléités féministes, ça serait super cool, ne pas essayer de se substituer à la parole des victimes. Le truc c’est que les mecs dans le féminisme, du fait de leur privilège social, sont plus écoutés, c’est pas normal mais c’est comme ça. On essaye de déconstruire aussi, mais souvent, pour convaincre d’autres mecs, ben les mecs c’est très efficace. Mais le problème, c’est de pas parler à la place des victimes elles-mêmes. Ca peut être vraiment dur, parce que des fois y’a un problème, y’a une fille qui va se prendre une remarque sexiste, ben vous vous êtes un mec et vous trouvez ça sexiste, et elle, elle va pas avoir de problème avec.

Usul : Ca m’arrive [rires].

Mar_Lard : C’est super chaud et c’est super déprimant. Les mecs qui font de la résistance au féminisme, quelque part y’a un côté un peu attendu, parce qu’ils défendent leurs privilèges. Mais les filles qui vont jouer le jeu et faire du bashing de féministe, c’est le truc qui me déprime le plus.

[Passage non-développé sur la place des hommes dans le féminisme. Mar_Lard signale que du fait de leur privilège masculin, même les hommes plein de bonnes volontés ont tendance à vouloir expliquer aux femmes leur vécu [à elle] en matière de misogynie.]

Mar_Lard : On a un terme qui nous vient des anglais, on parle de « mansplaining », c’est quand une personne explique sa situation à quelqu’un alors qu’il est mal placé pour le faire. Ca vient à l’origine du « whitesplaining », c’est des blancs qui expliquent aux personnes non-blanches ce qu’elles doivent ressentir comme du racisme ou non. C’est du paternalisme, en fait. « Non mais ça c’est pas raciste t’exagère », « tu devrais faire ça. » Et parfois on a le même phénomène avec les mecs dans le féminisme, parfois.

Usul : En gros, ça veut dire « non, tu ne devrais pas percevoir cette violence là, il n’y en a pas. »

Mar_Lard : Par exemple, y’a un truc qui m’a marqué, c’est quand j’ai parlé de Duke Nukem. Alors ça… Voilà !

Usul : On va te dire « non mais c’est de l’humour, c’est du second degré » [rires].

Mar_Lard : Oui voilà, et j’ai eu, TOUT DE SUITE, une MASSE de mecs pour venir m’expliquer « mais c’est de l’humour ».  Donc j’ai pas le droit de me sentir insultée par ça. Tu n’as pas le droit de pas rigoler ! Et ça, c’est la pensée unique.

[Fin]

Evolve, l’ennui fait jeu

Dimanche 2 novembre 2014 à 14:01

DrLoser ayant fait une preview d’Evolve tout à fait conforme à la réalité du jeu, je vais me contenter de rajouter quelques éléments après seulement 2 parties sur l’alpha d’Evolve. 2 parties au terme desquelles j’ai désinstallé le jeu en me demandant comment un jeu AAA pouvait atteindre un stade de développement aussi avancé sans que personne chez l’éditeur ou le développeur ne tire la sonnette d’alarme.

C’est un jeu ou un proof of concept ?

En début de partie, les 4 joueurs sont parachutés sur la carte après une petite cinématique beaucoup trop longue et impossible à passer de 20 secondes et après avoir attendu jusqu’à 90 PUTAINS DE SECONDES DANS UN LOBBY AVEC UNE ERGONOMIE DE MERDE. Titanfall, sort de ce jeu. Après le constat que le jeu plafonne à 20FPS tout en low, les joueurs se mettent à courir après le monstre grâce à un hud envahissant qui assiste totalement la traque : trace de pas, bruit, oiseaux qui s’envolent au passage de la bête… TOUT s’affiche simultanément à l’écran avec des gros indicateurs. C’est moche, c’est insultant et ça nuit à la lisibilité de l’action. Et là, c’est le moment où on rattrape le monstre.

Le Trappeur déploie alors une cage énergétique de grande taille, afin d’empêcher le monstre, encore faible, de fuir. Car à ce stade du jeu, impossible pour la bête d’abattre les 4 joueurs, beaucoup trop puissants par rapport à elle. Cette première bataille consiste donc pour le joueur incarnant le monstre à tourner en rond dans une cage en évitant les tirs, jusqu’à ce qu’elle disparaisse d’elle-même. Passionnant. Du côté des joueurs humains, ce n’est pas plus gai : le feeling des armes est absolument à chier, et zéro skill est nécessaire tant la cible est grande.

2 parties ne sont pas suffisantes pour juger définitivement de l’équilibrage d’un jeu, surtout encore en alpha, mais en l’état actuel des choses, l’équilibrage semble vraiment pourrave. Turtle Rock doit en effet jongler entre le monstre, les humains, les NPC et même l’environnement, qui propose des pièges mortels. Dans cette alpha, c’est un échec : en début de partie, le monstre est beaucoup trop faible; ensuite, l’équipe humaine devient beaucoup trop vulnérable à l’environnement, ce qui rend la moindre attaque du monstre mortelle. Je n’ose imaginer le nombre de parties gâchée par le ragequit d’un joueur humain, voire du monstre lui-même.

C’est un ennui profond et un manque absolu de fun qui se dégage du jeu : zéro feeling, tous les personnages, humains comme monstre, sont des sacs à PV, les environnements sont génériques, ternes et difficilement lisibles, le hud est affreux, l’ergonomie des menus est à revoir, aucune satisfaction de la victoire puisqu’elle est dû au mauvais équilibrage du jeu… Bref, je n’ai pas vu un seul point positif dans Evolve. Au point que j’en viens à me demander si l’idée elle-même de proposer des affrontements asymétriques avec si peu de joueurs n’est pas une fausse bonne idée.

The Long Dark - Early access

Jeudi 30 octobre 2014 à 8:47

The Long Dark est un jeu de survie en vue FPS, disponible en early access sur Steam. Vous y incarnez un homme ou une femme égaré-e dans le grand nord canadien. Votre seul et unique objectif : survivre.

Mécaniques de jeu

Vous apparaissez sur la carte (qui n’est pas générée aléatoirement) presque en slip. Première chose à faire : trouver une maison ou une cabane pour se mettre au chaud, trouver vos premiers vêtements chauds, une barre de céréale et une canette de soda pour ne pas crever de faim et de soif. La tentation est grande de se remplir les poches de tous les objets que vous trouverez, mais mieux vaut éviter : votre sac à dos est limité à 30kg, et non seulement plus vous êtes chargé plus vous vous fatiguerez vite, et plus vous êtes fatigué moins votre limite de poids est élevée ! Mieux vaut donc se contenter de partir à l’aventure avec le strict minimum et de laisser dans une étagère votre surplus de boîtes de conserve et votre kit de couture pour rapiécer vos vêtements, qui se dégradent avec le temps. Tout comme tous les objets du jeu, nourriture y compris.

The Long Dark est une jeu particulièrement pervers, et vous comprendrez rapidement que la mort est inévitable à plus ou moins long terme. La moindre action prend du temps (accéléré) et donc consomme vos calories (qui se rechargent en mangeant/buvant) : recoudre vos vêtements, purifier de l’eau, cuir la viande… Il peut arriver que durant toute la journée, la température extérieure ressentie soit bloquée à -20°, ce qui limitera la durée de vos escapades. Mais surtout, les ressources présentes sur la carte sont limitées et ne réapparaissent pas, sauf les animaux. C’est pourquoi mieux vaut mettre de côté les boîtes de conserve et commencer par chasser cerfs, loups et lapins. Mais là encore, problème : les balles sont elles-aussi en nombre très limité sur la carte, et une fois à court vous devrez vous en remettre aux pièges à lapin ou au combat au couteau. Ce qui vous affaiblira encore plus. En gros, plus le temps passe, plus la survie devient difficile, et plus la moindre erreur risque de vous coûter la vie à plus ou moins court terme : cheville foulée parce que vous avez couru dans un escalier, trop éloigné de la cabane la plus proche, voire carrément perdu en plein blizzard… The Long Dark est extrêmement hostile.

Je n’ai pas atteint le point où toutes les ressources de la carte, car je suis mort pour avoir atteint les limites de la carte après 8 jours de survie. Mais à partir de ce stade, le jeu doit devenir VRAIMENT très difficile.

Pas rigolo

Le principal problème de The Long Dark, c’est qu’il n’est pas “rigolo”. Ou plutôt, on ne prend pas un réel plaisir à jouer. D’abord, si la direction artistique est très sympa, le titre est techniquement à la ramasse : les textures oscillent entre l’acceptable et l’affreux, tandis que la première partie de la carte se permet de ramer à mort en permanence. Ensuite, l’absence TOTALE d’objectifs (contrairement à un jeu comme DayZ, où le côté multi permet de se fixer nous mêmes des objectifs) fait que la seule motivation pour jouer est de ne pas crever. Ce qui ne suffit pas. D’autant que la carte, malgré l’ajout d’une nouvelle zone hier, est d’une taille très réduite. Il m’a fallu moins de 5h pour en faire le tour à 100%. Enfin, l’absence de loot ultime rend l’exploration peu intéressante. En effet, aucun objet ne se détache des autres en vous facilitant la vie, par exemple. Du coup, que l’on explore un barrage abandonné, une hutte de trappeur ou un poste d’observation, on y trouvera les mêmes choses : boîtes de conserve, soda et avec de la chance quelques munitions.

Wait & see

The Long Dark propose un excellent concept, plutôt immersif, mais malheureusement assez déprimant, peu amusant et très répétitif. D’autant qu’on a rapidement fait le tour de la map. Les développeurs ont promis l’arrivée prochaine d’un mode Story proposant des objectifs, ce qui pourrait complètement changer la donne. Mais en l’état, passez votre chemin.

Alien Isolation State of zi Art

Dimanche 26 octobre 2014 à 16:49

J’ai été tristesse de découvrir la faible quantité et variété des screens de Dead End Thrills sur Alien Isolation. Etant moi-même en train de refaire le jeu, j’ai entrepris d’en screener les plus beaux lieux (1920*1080 TAF). Un extrait ci-dessous (cliquez ici pour en profiter pleinement, car les screens apparaissent coupés sur cette page), plus de 100 screens sur Flickr.

Mon test du jeu

Derniers articles :

Transcription de l’interview de Mar_Lard par Usul, 2ème partie

Les 5 minutes de monsieur Glomme, épisode 1

Les 5 minutes de monsieur Glomme, épisode pilote

Transcription de l’interview de Mar_Lard par Usul, 1ère partie

1ère partie lisible ici.

La publication récente par @SI et CPC d’une émission sur le Gamergate ainsi que le torrent de haine et de stupidité déversé dans les commentaires des ces articles de Factornews m’a motivé à continuer la transcription d’une longue interview de Mar_Lard par Usul, que chacun se devrait de lire/écouter avant d’ouvrir sa bouche sur le féminisme et le sexisme. En effet, l’interview répond grosso modo à toutes les attaques et questions que peuvent se poser les non-initiés au sujet du féminisme. Bonne lecture.

Interview de Mar_Lard par Usul, 2ème partie

Dorian : Ca réagit [sur le chat] en disant que c’est pas tant un problème de sexisme qu’un problème de consumérisme. Et on a aussi quelques marxistes qui faisaient des réactions beaucoup plus violentes tout à l’heure, en disant notamment que le féminisme, en essentialisant la lutte, était un frein à la lutte des classes.

Mar_Lard : Oh là là, ça on l’entend saaaans arrêt ! C’est toujours la même chose [rires] !

Usul : J’ai eu des mails qui demandaient en effet s’il y avait une convergence des luttes.

Mar_Lard : La convergence des luttes c’est encore autre chose. En fait y’a un phénomène qui est très très très classique dans les milieux gauchistes, anarchistes, tout ça. Tout ce qui est marxiste etc… C’est l’idée que la lutte des classes passe d’abord et résoudra tout, et que l’égalité se fera comme ça. C’est dramatique et c’est une position qui vient du privilège masculin. Parce que y’a du sexisme dans les milieux gauchistes et anarchistes aussi. Et on est vilipendées quand on en parle, parce que ça serait un frein à la lutte des classes, camarade, qui passe d’abord. En gros, on est priées de pas parler des violences spécifiques qui touchent les femmes, pour permettre au groupe, qui est dirigé par des mecs… En gros, ça les emmerde bien qu’on parle de problèmes qui se répliquent aussi chez eux.

Usul : Et dans les mails, il est arrivé que je vois des accusations de sexisme inversé. Vous [les féministes] pratiqueriez le sexisme inversé.

Mar_lard : La misandrie, voilà ! [rires] Ca fait 15 minutes que je dis « mais si les mecs, vous êtes géniaux, croyez en vous », mais bon voilà. Dire qu’il existe un privilège masculin… « Privilège » n’est pas une insulte. On va faire un parallèle : je suis blanche, et donc je bénéficie du privilège blanc. C’est-à-dire qu’on est dans une société qui s’est longtemps et qui continue malheureusement à se baser sur le racisme, et donc j’aurais plus de facilité à trouver un emploi, et mes interlocuteurs… Je serais mieux considérée socialement parce que je suis blanche. On a quelque chose qui est tout à fait parallèle ici avec le privilège masculin, qui fait que par exemple je serais moins bien payée en tant que femme, etc… Et donc dire ça, ce n’est pas faire de la misandrie ! Là on parle d’études sociologiques, de faits sociaux. Et ce qui est intéressant c’est que souvent, ce qui est perçu comme de la misandrie, c’est un reflet de la misogynie. C’est-à-dire que c’est pas une haine des hommes en soit, c’est que les hommes auraient pas le droit d’être des femmes [note du Zorglomme : n’auraient pas le droit d’avoir des caractéristiques ordinairement associées aux femmes], parce qu’être une femme serait la pire chose qui soit. Je vais prendre un exemple, un exemple qu’on a souvent en termes de misandrie, c’est que [nous les femmes] on douterait de la capacité des hommes à s’occuper des enfants. Et ça voilà, c’est parce que le rôle « s’occuper des enfants » [dans la tête des gens], c’est quelque chose qui est limité aux femmes, qui seraient bonnes qu’à rester à la maison s’occuper des bébés. Et que du coup, on décourage les hommes, parce que c’est un truc DE GONZESSE ! Et donc ça, [ils] appellent ça de la misandrie, mais c’est pas basé sur une haine en soi du genre masculin, c’est basé sur l’idée qu’un homme doit surtout pas être une femme ! Et dans l’homophobie, ça se voit très bien aussi, c’est-à-dire qu’on a l’expression des mêmes idées : dans l’esprit de l’homophobe, le gay c’est celui qui s’effémine, donc là on a une sorte de combo homophobie-misogynie.

Usul : On va se faire une petite pause musicale, mais d’abord un dernier point sur le chat, Dorian ?

Dorian : Oui, ils disent encore que « vous appelez ça un débat mais c’est pas un débat de forme contradictoire ». Le fait est que la contradiction ça freine dans le développement d’un propos pour atteindre la limite technique. Le débat contradictoire lui-même n’est intéressant qu’une fois la limite technique atteinte. Là on fait un peu de la pédagogie aussi, vous voyez bien qu’on repart de la base. Sur la définition du féminisme et tout ça. Donc on a pas encore besoin de contradiction.

Usul : D’autant que depuis le début de l’émission j’ai donné des éléments qu’on m’avait envoyé qui n’allaient pas nécessairement dans le sens de Mar, tout de même ! On se retrouve après la pause pour parler plus spécifiquement du milieu geek.

[Pause]

[Lecture d’un mail d’auditeur, travaillant dans le monde du jeu vidéo depuis 8 ans et ayant pris conscience du sexisme qui anime la communauté « geek » grâce aux papiers de Mar_Lard]

Usul : Ce mail nous dit qu’il se passe quelque chose de particulier, qu’il y a même une pente, pour lui. Je sais pas si tu confirmeras Mar_Lard, mais que ce serait de pire en pire depuis une dizaine d’année.

Mar_Lard : Alors c’est pas qu’avec le sexisme, mais on a un emballement, une cristallisation, une exacerbation des codes, on va vers toujours plus, les seins sont toujours plus gros… Y’avait un exemple très parlant, dans Soul Calibur : le personnage de Ivy, qui gagne un bonnet de soutien-gorge à chaque jeu. Donc on est de plus en plus dans l’exacerbé, l’outrancier. A ce niveau là d’ailleurs, Lara Croft c’est un changement agréable, on essaye d’arriver à quelque chose de plus raisonnable parce qu’à force c’était devenu tellement ridicule que voilà… Mais on a aussi une exacerbation de l’hyper violence hein. C’était à l’E3 dernier qu’on a eu la mise en scène réaliste d’un meurtre et que tous les journalistes avaient applaudi, ça avait beaucoup choqué à l’extérieur. On a toujours cette surenchère, c’est ça le mot que je cherchais. Cette surenchère perpétuelle au niveau de l’hyper violence, de la sexualisation etc… Et c’est volonté de faire du jeu « mature ». Et ça, ça me fait toujours un peu rigoler parce qu’on a ces jeux qui se veulent matures en faisant dans l’ultra gore, l’ultra violence, l’ultra sexualisation… Et ça, c’est pas de la maturité, c’est au mieux de l’adolescence. Et pour moi le jeu vidéo c’est encore un média qui est très adolescent, qui est dans les extrêmes comme ça, dans l’exacerbation des codes. Et encore une fois je pense qu’on peut faire mieux en tant que média, qu’on peut aller dans des choses plus profondes que l’exacerbation de stéréotypes revus et revus et remâchés.

Dorian : On a eu des réactions par rapport à cette distribution discriminante des rôles en fonction des sexes dans le jeu vidéo, qui serait dû à l’accès à l’emploi des femmes dans le jeu vidéo, en disant que y’a peu de codeuses, développeuses, peu de créatrices de jeux vidéo…

Mar_Lard : Ah ben, c’est lié. En fait tout ça, c’est lié, c’est pour ça qu’on parle de système. Ca s’auto-entretien et c’est pour ça que dans mon dossier j’ai parlé de l’industrie, de la presse, parce que c’est le serpent qui se mord la queue. C’est une industrie faite par des mecs hétéros, qui va produire des contenus hétéros, donc qui va produire des contenus qui vont être reçus, mâchés par des mecs hétéros. Donc ça s’entretien, ça se cristallise. Et comme on a ce phénomène où on pense qu’on peut pas intéresser les femmes, qu’on veut pas des femmes, qu’on va pas chercher à les faire venir, on va même les dégoûter par l’ambiance, la misogynie, l’objectification etc… Et du coup voilà, on tombe, on suit la pente, sans que y est grand-chose pour la freiner. Alors quand même ça évolue, ça change, mais c’est pas pour rien que y’a eu cette année sur Twitter cette opération qui s’est montée, ce hashtag #onereasonwhy. Une raison pour laquelle y’a pas plus de femmes dans le jeu vidéo. Ca a eu un succès énorme et les témoignages sont édifiants, parce que y’a mille et unes raisons pour lesquelles les femmes sont dégoûtées, en faite boycottent. Et on peut pas en faire porter la faute sur les femmes dégoûtées du milieu. Parce qu’elles ont mille raisons d’être dégoûtées du milieu.

[Remarque d’Usul sur le fait que maintenant les jeux se jouent beaucoup en multijoueurs sur internet qu’auparavant]

Mar_Lard : Exactement, et c’est d’autant plus facile d’infliger des violences à ce niveau là. Le harcèlement en ligne c’est quelque chose de terrible, de systématique, et quand on est gameuse en ligne, on a TOUTES nos collections de photos de pénis, de messages obscènes… Et c’est intéressant, parce que c’est tellement normalisé, qui est perçu comme inévitable, qu’on se retrouve entre gameuses et on en rigole. Et après on montre ça à des non-gameuses, et elles disent « mais enfin, c’est super violent ! » On est dans un milieu qui nous est, en gros, hostile, pour plein de raisons. Mais comme on kiffe le jeu vidéo, on est là pour y rester et du coup on s’adapte et ça devient normalisé, comme l’être humain s’habitue à tout… On fini, ben voilà, par intégrer cette violence et par la considérer comme normale. Moi-même, j’ai été comme ça pendant super longtemps. J’étais en mode « bon ben c’est inévitable ». Mais à force… Ca m’a aussi fait venir au féminisme, de me demander, c’est quand même bizarre…

Usul : Ca vient de là, de confrontations en ligne ?

Mar_Lard : Ben pas que, mais ça a aidé. C’est-à-dire que le jeu vidéo c’est mon truc depuis que je suis toute petite, mais à force d’entendre que c’est pas fait pour moi, que je suis une imposteur dans ce milieu, je me suis dit « y’a quand même un truc là, y’a un système ». Je me serais intéressée au féminisme je pense, de toute façon, mais ça a précipité. Parce que le sexisme, [tu y es confrontée] de manière extrême quand t’arrives dans un milieu qui est codé au masculin. Et donc tu te poses des questions.

Usul : […] Y’a beaucoup de gens qui m’ont dit « ouais mais quand tu dis geek, tu frappes de plein fouet toute une communauté ». Ca a été perçu comme une violence, on t’a même associée à cette vieille folle là, Claire Gallois.

Dorian : Oui, en disant que le sexisme c’est le nouvel angle d’attaque contre les jeux vidéo maintenant que la violence ça prenait plus.

Mar_Lard : Alors ça c’est extraordinaire. Bon, chez les gamers ça peut se comprendre parce que ça a longtemps été une communauté qui a été suspecte, vilipendée, marginalisée par la société. Du coup y’a une côté très défensif, « on veut défendre notre média ». Mais du coup, on arrive à une situation où il est impossible de poser des questions, d’interroger notre média. Et c’est vraiment dommage, parce qu’encore une fois on l’hyper violence, le sexisme et tout, et dès que quelqu’un, même qui est dans le milieu, passionné, qui va en parler, il ou elle est considéré-e comme un TRAÎTRE ! Et du coup ça bloque tout de suite la discussion. C’est vraiment tristre, parce qu’encore une fois, en tant que médian on manque d’ambition et on peut faire mieux. C’est pour ça que je suis dans l’industrie d’ailleurs.

Usul : Ceux qui ceux sentaient insultés disent « oui mais geek ça veut plus rien dire, ça avait un sens y’a 10 ans mais maintenant tout le monde est geek ». Est-ce que c’est pas au contraire encore plus important maintenant que tout le monde partage ce que l’on appelle la culture populaire ? La culture populaire japonaise, américaine, les jeux vidéo, tout ce package ? Est-ce que c’est pas plus important maintenant que cette culture est plus répandu, avec ses objets, ses œuvres ? Je viens de répondre à la question moi-même en fait [rires] !

Mar_Lard : Le fait que cette culture se soit répandue ne veut pas dire qu’elle n’existe plus. Et d’ailleurs c’est intéressant que tu parles du « package », parce que c’est vraiment ça. On a tous une notion, une définition de ce que ça veut dire être geek. Et c’est ça qui est extraordinaire dans ce reproche qu’on a beaucoup fait à mon article, cette idée que la communauté geek n’existerait pas, que tout le monde peut être geek etc… Et en même temps, les mecs qui disent ça, c’est pour dire « un tel exemple que t’as donné, c’est pas geek ! » Et c’est intéressant, ça veut dire que y’a bien une limite qui est perçue à ce que c’est qu’être geek. Si y’a une limite, ben c’est que y’a un fond, une définition de ce que c’est être geek. Et alors le truc, c’est que dans mon dossier j’ai laissé le terme « geek » vague de façon volontaire, car je savais que si je me risquais à le définir, ça serait infiniment plus casse-gueule. J’ai fait ça (je sais que c’est pas très sociologique, mais j’ai pas la prétention d’être sociologue, je suis une blogueuse) pour faire appel à la notion qui existe chez chacun de ce que c’est être geek. Les JDR, les comics, les jeux vidéo, le hacking, la programmation etc… toutes ces cultures dans lesquelles j’ai baigné depuis toute petite et dans lesquelles j’ai retrouvé tous ces mécanismes qu’on retrouve partout. A des degrés différents évidemment. La culture gamer l’a particulièrement mauvaise, il faut le dire, pour différentes raisons. Parce que souvent, ça se passe en ligne, donc y’a l’anonymat. Y’a le côté compétitif, donc la présence de violence, qui aggrave… Sinon c’est des mécanismes que j’ai pu constater, j’en parle dans mon dossier, c’est du vécu, tu vas sur un chan IRC de programmation, t’as le malheur d’utiliser la grammaire au féminin : « ah mais t’es une fille, on veut voir tes seins » etc… Je disgresse. Pour en revenir à la question « qu’est-ce que c’est que la geekerie », on a des délimitations toujours un peu arbitraires. Et les gens qui m’ont critiquée en mode « non mais ça, cet exemple là, c’est pas geek », en clair… Le fond de cette critique, c’est pour pouvoir dire « c’est pas chez moi, moi je suis pas de ceux-là ». Et c’est très pratique parce qu’au fond c’est une esquive. Ca consiste toujours à dire « moi je suis pas comme ça ». Ce que j’ai eu, beaucoup, c’est « être gamer, c’est pas être geek ». C’est l’idée, en gros, qu’on « est différent, et pas de ça chez moi ! ». Et ça, c’est extrêmement dangereux. Parce que bon, je l’ai dit dans mon dossier et je le répète : NON, je ne suis pas en train de dire que TOUS les geeks sont des connards machistes, des gros salauds, des porcs, et je croyais l’avoir bien expliqué. On a une minorité, j’espère que c’est une minorité, de salopards. Qui pourrissent le truc pour tout le monde. Après ils peuvent avoir des raisons, on s’en fout, le fait est qu’ils font preuve de misogynie, ils excluent. Et le problème, ce qui est CAPITAL à comprendre, c’est qu’ils sont dans un système qui les légitimises. Et c’est en ça que pour moi les communautés geeks sont spécifiques, c’est que c’est des lieux où le sexisme, la misogynie, vont être beaucoup plus tolérés que dans d’autres milieux sociaux, sous prétexte qu’on est entre mecs, « Oh on est entre potes, on peut rigoler ! »

A suivre