Archive pour avril 2009

World of Goo - The Path - Braid

Mardi 21 avril 2009

Ils ont un point commun : ce sont des jeux indépendants, et ils peuvent tous se jouer avec une seule main.

Braid

Ça a l’apparence d’un Mario parodié, et en jouant à la démo on découvre qu’on peut rembobiner le temps à sa guise : il n’y a pas de Game Over, il suffit de rembobiner le jeu jusqu’où on le souhaite.
C’est un plus très intéressant, qui donne beaucoup de plaisir au jeu de plate-forme en permettant de vraiment se lâcher et tenter tout ce qu’on veut, et de ne plus être frustré par la mort ou un endroit où les sauts sont difficiles.
Mais le problème, c’est que le jeu n’est pas du tout un jeu de plate-forme classique, c’est un puzzle-game. Et certains puzzles sont assez corsés. Les mécanismes des puzzles changent en fonction des mondes et parfois des niveaux, c’est assez plaisant d’être lâché au milieu d’un puzzle dont on doit apprendre les mécanismes qui l’animent, mais c’est parfois très difficile, et rapidement le jeu use et abuse du principe de rembobiner le temps, en rajoutant par exemples des ennemis ou objets non affectés par le temps. Avec les ennemis je trouve ça dommage vu qu’on perd l’intérêt du rembobinage et qu’il faut de nouveau avoir une précision millimétrique et si l’on rate il faut tout recommencer.
Donc si vous vous intéressez au jeu soyez préparés à ça, c’est un puzzle-game où l’on se déplace comme dans un jeu de plate-forme, à base de mécanismes à activer et de rembobinage. C’est limite un jeu flash. Et il faudra collecter toutes les pièces de puzzle afin de pouvoir atteindre le dernier monde… Comme éléments originaux à découvrir : un anneau de bullet-time localisé, des niveaux qui se remontent à l’envers quand on marche, un double du héros qui recopie sa dernière action avant un rembobinage.

Les décors de background sont jolis, mais je n’aime pas trop le design du reste. Certaines musiques sont jolies, d’autres sans plus.

Ce qui semble avoir conquis pas mal de joueurs, c’est l’histoire. En fait, l’histoire à première vue semble être une version plus adulte et complexe de relations entre un homme et sa “princesse”, mais il s’avère que le jeu a une double-couche de lecture, suggérée par certains détails, mais la plupart des joueurs passeront complètement à côté et c’est sur le net que l’on trouvera de quoi décrypter cette histoire. Mais bon, ça n’apporte pas grand chose, c’est juste une jolie métaphore, et le jeu peine à justifier son univers et ses mécanismes avec le scénario même si certains détails sont assez intelligents et plutôt bien vus a posteriori.
La narration, elle, est plutôt mauvaise. Ce sont des textes au début de chaque monde, à la fin d’un monde le classique “La princesse est dans un autre château” un peu revisité, et par contre un dernier niveau excellent, tant par son réel contenu plate-formes que par sa narration dont on comprend seulement le sens par un twist final super bien intégré au gameplay.

Pour résumer, une narration pas très intéressante à part la fin, un sens caché métaphorique assez original et énorme mais pas transcendant pour autant. Un puzzle-game comme on pourrait en trouver dans les jeux flash, mais avec parfois une bonne dose de difficulté, un gameplay simple mais plusieurs mécanismes à découvrir dans chaque monde en plus du pouvoir de rembobinage.
Un jeu intéressant, mais qui ne vaut quand même pas tout le cinéma qui en est parfois fait autour.
Le jeu coûte 15$, mais évitez de l’acheter sur un coup de tête…

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World of Goo

Ce jeu ne m’intéressait pas vraiment… jusqu’au moment où j’y ai joué. L’immersion a été immédiate : prise en main instinctive, univers enchanteur et vivant, quelque chose de magnifique et prenant.

Avant de trop m’emballer, je reviens un peu sur le principe du jeu. Cette fois-ci le jeu a bien l’air d’un puzzle-game, avec ces petites boules de “Goo” à assembler (une ajoutée doit être en contact avec deux existantes, cf screenshot plus bas) pour les entrainer toujours plus loin, toujours plus haut… En respectant les lois de la physique, car si l’assemblage n’est pas équilibré, il risque de pencher puis de s’effondrer ! (Il est possible de revenir quelques “coups” en arrière) Les Goo sont de différentes types avec des caractéristiques qui leur sont propres : ceux qui peuvent se défaire et refaire, ceux qui “coulent”, ceux qui collent, ceux qui s’élèvent comme des ballons, ceux qui prennent feu tels des allumettes, etc. A la manière de Lemmings, il faudra en faire arriver un certain nombre au tuyau de sortie du niveau. Mais ce qui choque avant tout, c’est que ces petites bestioles bougent, ont des bruitages, réagissent : elles sont vivantes, et super attachantes…

Si bien que l’on n’est pas du tout devant un puzzle game figé : tout s’anime, au son d’une musique fabuleuse (dans l’ambiance des compositions de Danny Elfman dans les films de Tim Burton) d’ailleurs téléchargeable ici. Les niveaux peuvent souvent être appréhendés à l’instinct et réussis sans trop trop de difficultés une fois que l’on a compris ce que l’on attend de nous (le level design est très bien pensé et les niveaux se renouvellent plutôt bien), et en général il y a des panneaux pour mettre sur la voie d’une façon poétique. La poésie, c’est vraiment ce qui se dégage de ce jeu. La narration par panneaux interposés est assez touchante, et l’on suit cet épopée enchanteuse avec tendresse. On va passer de vertes contrées à des paysages plus brumeux voir un cauchemar industrialisé, et peut-être un délire numérique…

Si il est possible de globalement bien s’en sortir sans chercher la solution de certain niveaux sur Internet, il existe un mode “hardcore” qui consiste à réussir les niveaux en remplissant certaines conditions qui forcent à faire un sans-faute : pas un Goo de travers ou pas une seconde de perdue. Ce mode de jeu force même à se rendre compte de possibilités insoupçonnées en jouant normalement, ce qui rajoute encore à la richesse du gameplay tellement c’est subtil parfois…

Il existe un mode “bac à sable” où l’on pourra construire une tour la plus haute possible avec tous les Goos gagnés, c’est sympa mais contrairement au reste du jeu je trouve que ça manque un peu de vivant, et on se retrouve avec seulement les Goo de base. Mais ce qui est sympa, c’est que ce niveau évolue avec notre progression dans le jeu…Dommage qu’on ne puisse pas retrouver un village Goo avec tous les types de Goo rencontrés, mais c’est un détail, si je n’ai que ça à critiquer c’est vraiment que le reste est sans faute… (Ah juste, j’aurais aussi aimer pouvoir déplacer l’écran avec les touches fléchées et pas seulement avec la souris, habitude des RTS…)

Pour conclure, le jeu est magnifique, attachant et plein de poésie, réussi du début à la fin, le gameplay est intuitif et complet, les graphismes, les musiques sont fantastiques, c’est un jeu qui restera dans mon cœur.
Coût : 20$. J’attends toujours une version boîte qui n’en finit pas de ne pas arriver en Europe… (seulement en Allemagne pour l’instant)

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The Path

Ce jeu est un peu plus dur à catégoriser et à décrire. Sur le site officiel : “A Short Horror Game” Pour moi, c’est un jeu d’aventure/exploration, mais mis à part qu’il est interactif, il est difficile de le compter comme un jeu à part entière.

En effet (après le bug où j’ai commencé le jeu à la première personne et ne pouvait absolument rien faire d’autre que me déplacer), les choses à faire dans ce jeu sont ultra-limitées, et il y a carrément un chapitre (la maison) où il faut juste appuyer sur une touche pour avancer sur un chemin prédéfini, sans aucun choix possible.
Le principe est d’amener les 6 petites filles / petit chaperons rouges à la maison de mère-grand. Le chemin qui y conduit est tout droit, mais si on le suit sans s’en écarter le jeu nous apprend que l’on a échoué. Si on s’éloigne du chemin et qu’on s’enfonce dans la forêt, on ne peut plus retrouver le chemin. Il ne faut pas s’écarter du chemin, et pourtant on doit le faire. Transgresser l’interdit est le moteur du jeu, et chacune des filles va suivre ses propres transgressions qui vont la conduire à rencontrer son Loup qui lui est propre, adapté à sa personnalité. La fille se retrouvera ensuite dans une version cauchemardesque de la maison de Mère-Grand, avec comme thème sa transgression et sa propre mort, mort qui clôt d’ailleurs l’aventure de la fille.
Le but du jeu est donc de conduire chaque Chaperon Rouge à sa mort.

D’un point de vue gameplay, ça consiste à se promener dans la forêt, et trouver des lieux/objets où il est possible d’interagir.
Il n’y a pas d’actions à faire, à part courir (et la caméra rend cet exercice assez restreint, personnellement j’alternais entre courir pour avancer un peu, ralentir pour voir autour de moi, courir à nouveau etc en boucle), ramasser des fleurs, il faudra juste se mettre en face d’un objet et laisser la fille interagir, ce qui consiste souvent en deux-trois mouvements maximum et une phrase illustrant la pensée de la fille.
Les Loups sont annoncés par la musique qui devient plus grave, et une courte séquence où la caméra passe en mode cinématique, et sont sous différentes formes, bien souvent un homme. Pour en finir il faut interagir avec, il est donc possible de le repérer et de revenir le voir quand on se sent prêt. Repérer est un bien grand mot dans cette forêt sombre sans aucun chemin… Un aperçu de nos pas apparaît de temps en temps en transparence, mais c’est tout.

Pour moi le jeu se présente sous cette forme : on se promène dans la forêt, on explore au pif en ramassant des fleurs et on essaye de trouver un maximum d’objets/endroits où la fille interagit, quand on commence à perdre patience devant la lenteur du jeu et la difficulté à trouver de nouveaux endroits on retrouve le Loup pour en finir. Ensuite il y a la séquence dans la maison de Mère-Grand où on assiste au cauchemard et à la mort de la fille en vue subjective. Puis on passe à la suivante.

C’est donc assez pauvre d’un point de vue de gameplay, et super-lent (raaaaah autour du Lac où on ne peut même pas courir, j’évitais cet endroit comme la peste).

Mais… il y a une sacrée ambiance qui ressort de ce “jeu”. Les musiques sont excellentes, soit douces et inquiétantes, soit oppressantes, elles vont parfaitement bien avec le jeu et rajoutent énormément au climat général (tout le jeu est une véritable réussite sonore). La forêt est impressionnante. Et on revit le conte du Chaperon Rouge de façon un peu plus moderne et gothique… On cherche à percer les mystères de la personnalité de la fille que l’on incarne, son caractère, ce qui la pousse à transgresser.
Il n’y a pas une goutte de sang, pas d’horreur qui fait peur, tout se joue dans la suggestion, mais surtout d’un point de vue psychologique. Il n’y a pas de réelle menace qui peut surgir, juste les points d’interactions et le chemin vers la mort.

En conclusion : au début j’ai eu du mal à aimer tellement c’est lent et pauvre, mais finalement je me suis laissé prendre par la l’ambiance (dont la musique qui touche très très juste) de cette forêt que je voulais remuer de fond en comble, et ma fibre exploratrice pour ce monde gothique et mélancolique s’est éveillée. C’est très limité, et il faut s’accrocher pour aimer, il me serait malvenu de le conseiller tellement ça va dépendre d’une personne à l’autre.
Coût : 9,99$

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En conclusion générale :
Braid, intéressant mais pas renversant, un puzzle-game plate-forme avec de bonnes idées mais parfois surexploitées (comprendre : c’est difficile et dur à trouver/dur à réaliser), des métaphores assez fines/originales mais une narration peu intégrée.
World of Goo, fantastique, enchanteur, superbe. Un puzzle-game terriblement dynamique et vivant si bien qu’on oublie vite le mot “puzzle”. Un gros coup de cœur.
The Path, un petit jeu d’aventure/exploration, le gameplay est très limité, mais il y a une personnalité propre, une petite excursion gothique et mélancolique.

Braid a été développé par une personne, World of Goo et The Path par une équipe de deux chacun. Bravo pour ces gens talentueux qui sortent de si bons jeux avec si peu de moyens.

Braid a une démo qui cache un peu la difficulté de la suite, World of Goo une démo assez représentative du genre mais pas des possibilités de tous les Goo et décors rencontrés plus tard, The Path a maintenant une démo intitulée The Path - Prologue.
Pour les acheter, ça se passe sur leur site officiel en lien avec les prix, ou sur Steam (difficile pour ceux qui comme moi préfèrent les versions boîte). Braid passe automatiquement en français, pour World of Goo il faut le changer dans les fichiers (de même pour la résolution), et The Path n’a pas de traduction.
Prochain jeu indé sur la liste des jeux à essayer : Zeno Clash, et peut-être quand j’aurai de nouveau un peu de temps Aquaria.

Edit : le jeu testé suivant aura été le génial Plants vs Zombies