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Vivre de la musique libre

Mardi 10 novembre 2015

À chaque conférence sur la musique libre où je vais, que j’y sois intervenant ou non, la question arrive toujours invariablement. Elle est souvent posée dans des termes du genre : « Mais alors, concrètement, comment on vit de la musique libre ? ». Elle est parfois agrémentée de précisions concernant les éditeurs, les labels, les interprètes, les co-auteurs ou encore les techniciens. Quelle que soit la formulation le fond reste identique : on est pas contre la musique libre, mais on voudrait savoir comment ça marche. Comme si la musique ne pouvait marcher uniquement dans ce rapport de cause à effet pécuniaire.

Dans cet article je vous propose de répondre à cette question, posée bien souvent par les professionnels de la musique, de trois manières différentes.

La première est une version courte, celle avec laquelle je réponds la plupart du temps. La seconde est une version longue, elle prend en compte une explication relativement complète du mouvement libriste tel qu’il est à mes yeux. La dernière est une version au piment, elle tâche et laisse des traces mais c’est celle que mon cœur me hurle bien souvent.

Commençons donc par la version courte, alors comment on vit de sa musique libre ?

Quand on est un musicien, un compositeur ou un interprète qui ne publie pas sous licence libre, on confie certains de nos droits d’auteurs à un label ou a un éditeur ou encore à une société de gestion. Ces organismes se chargeront ensuite de gérer pour nous les usages de notre musique à notre place de manière plus ou moins automatique selon les cas. Ceci mis à part, on va vivre de la vente de nos disques, des recettes de nos concerts, de royalties sur des passages radios, télé, dans des publicités, des films ou des jeux, et des revenus dégagé par les plateformes de vente en ligne (Deezer, Spotify, 1DTouch, Itunes, etc). Bref, dès que notre musique sera écoutée ou utilisée (remix, sampling, etc), elle générera un revenu qui tombera de manière variablement automatique dans notre poche.

Quand on est un musicien, un compositeur ou un interprète qui publie sous licence libre, on ne confie aucun de nos droits à personne et on doit donc se charger nous-même de toute cette gestion. Ça n’est pas négligeable c’est sûr, mais c’est en théorie l’unique différence. En pratique c’est une toute autre paire de manche, car il nous faut faire alors une croix sur les diffusions radio et télé, car ces canaux sont obstrués par les sociétés de gestion. Votre travail aura l’image d’un travail amateur (image totalement fausse mais qui est quand même présente) car dans l’esprit de la plupart des professionnels du milieu, libre = amateur et libre = gratuit. Donc personne ne comprendra pourquoi nous souhaitons être rémunéré ou être dans un système qui pourrait nous rémunérer. On nous dira alors : « Vous voulez rester libre ? Ha, hé bien donc vous n’avez pas besoin de nous… », une logique tordue qui est pire qu’un aveu de désaccord. Cependant tout n’est pas perdu il nous reste les concerts, les albums, les diffusions dans des films ou sur tout autres médiums pour peu qu’on ait un accord avec l’auteur ou la société de production. Ceci pour les cas les plus courants, bien entendu certaines licences pourront conduire à des situations complexes et difficiles mais leurs fréquences seront souvent dû à la ou les licences utilisées ainsi qu’à leur souplesse. Enfin les plate-formes de musique en ligne sont bien souvent accessibles à la musique libre, il y a les spécifiques : Archive.org, Dogmazic.net, Free Music Archive ou encore Jamendo (si on est pas trop regardant). Et les mainstream : Deezer, Spotify, Itunes ou 1DTouch. Notez bien qu’à l’exception d’1DTouch ces plates-formes ne permettront pas la mention des licences libres, car leur interface ne les prend pas en compte. Une subtile manœuvre de plus pour rendre la musique libre invisible (on se demande même si la musique reste libre juridiquement parlant…).

Conclusion, la musique libre ça fonctionne sur le papier comme la musique non-libre, avec les mêmes déboires et les mêmes difficultés. Dans la pratique s’ajoute simplement le verrouillage de notre industrie culturelle qui rejette tout ce qui ne lui ressemble pas. Rien d’insurmontable en somme.

Voyons maintenant la réponse longue à : comment vit-on de la musique libre ?

Il convient tout d’abord de bien comprendre de quoi on parle. C’est quoi la musique libre ? À très petite échelle c’est la musique diffusée par son ou ses auteurs sous licence libre. À plus large échelle c’est une petite partie d’un grand mouvement planétaire : le Libre. Ce mouvement milite depuis le milieu des années 80 pour la diffusion libre du code source des logiciels. Il a depuis évolué et grossi pour maintenant concerner toutes les œuvres de l’esprit et les savoirs (ce qui est parfois appelé « propriété intellectuelle »).

Avec le temps « diffuser », c’est-à-dire mettre les savoirs et les œuvres à disposition de ceux qui en ont besoin n’a plus suffit car pour qu’un savoir soit utile il ne faut pas simplement qu’il soit diffusé, il faut aussi qu’il soit accessible et compréhensible. En termes logiciels cela s’exprime, par exemple, par le fait qu’un code libre c’est bien mais qu’un code libre, documenté et commenté c’est mieux, car de cette manière un autre développeur peut le reprendre et s’en servir ou l’augmenter sans avoir à le démonter avant. Ce qui est une perte de temps pour tous.

Il y a donc un glissement qui s’est opéré, d’une manière de diffuser vers une manière nouvelle de faire les choses pour qu’elles soient utiles lorsqu’elles soient diffusées. Ainsi à l’heure d’internet et de la diffusion massive (voire incontrôlable) des informations, le libre n’est pas mieux que le non-libre, mais c’est une meilleur manière de faire les choses car, dans l’idéal, cela suppose avoir anticipé ce qu’on fait, pourquoi on le fait, pour qui on le fait. En ce sens choisir une licence pour son travail oriente déjà les conditions de diffusions et d’usages du travail.

Aujourd’hui le Libre est sorti du numérique pour toucher toutes les applications de la propriété intellectuelle, par exemple les brevets sur les semences ou le partage des découvertes scientifiques, mais participe aussi à un élan politique mettant la fraternité et l’égalité entre les humains au premier plan. Un élan relativement flou porté en grande partie par internet mais qui s’est cristallisé dans le Libre en une forme concrète, pourvue de défaut (rien n’est parfait), mais porteuse d’un idéal.

Les coopératives, les associations citoyennes, la résurgence de l’éducation populaire, l’écologie, des questions de sociétés économiques ou politiques (le revenu de base, les communs, les économies de proximité, etc) ; tous ces aspects, ces questionnements, ces formes trouvent des échos dans la culture Libre, sans que le Libre ne les ait pourtant phagocytés. Le mouvement Libre a ainsi pioché dans tous les domaines des éléments pour « faire les mieux les choses » et pour « mieux partager les savoirs et les informations ». Derrière les débats sur le droit d’auteurs qu’il suscite, le Libre porte un projet de société neuf, plus respectueux et égalitaire.

Enfin le Libre est à l’origine un moyen pour l’informaticien de récupérer le contrôle sur son outil de travail : son code. Car celui-ci est souvent déposé et rendu inaccessible par son propriétaire. D’où la nécessité d’avoir un code libre, avec un créateur bien identifié (et valorisé) mais pas de propriétaire. Ce sont donc des pratiques qui se rapprochent très fortement du marxisme et de sa volonté que les travailleurs se réapproprient leurs moyens de production. En fait s’en est même une mise en pratique assez littérale.

Une fois cela en tête on peut en revenir à la musique. Quel est le rapport ? Hé bien la musique libre c’est donc, bien sur, une licence libre (car sans ça votre musique ne peut pas être écouté légalement). La licence libre peut entraîner l’usage de logiciels libres (pour l’enregistrement ou les maquettes), le partage avec d’autres musiciens libres (ou pas), mais aussi la constitution en association ou en collectifs ou encore en sociétés genre scop (après tout pourquoi pas?).

Mais c’est surtout l’appartenance à ce mouvement qui est importante. Avoir conscience qu’un musicien c’est pas juste un type qui fait de la musique ou qui fait vivre des techniciens (sons, lumières, etc) et des artisans ou des entreprises (pour les instruments par exemple), mais que c’est un rouage de l ’économie au même titre qu’un vendeur de chaussures. Avoir conscience qu’aujourd’hui les problématiques du musicien moyen (qui est à la sacem et qui est intermittent du spectacle) sont les mêmes que celle de l’ouvrier moyen ou du jeune finissant ses études et cherchant du travail. Une certaine sécurité du travail, avoir ses heures payées ou payer moins de taxes. En même temps faire un métier épanouissant, dans des bonnes conditions et sans risquer le burn-out. Ne pas gaspiller l’argent ou les ressources. Ces notions, qui ont traits au politique ou à l’économique, sont réellement mises en pratiques par les initiatives libres.

Ainsi le choix des licences libres pour un musicien (ou n’importe quel artiste) n’est pas innocent car il suggère un engagement (voire un militantisme) qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Souvenons-nous que le Libre n’est pas un parti politique, mais que ce mouvement soutient les listes électorale participatives ; que le Libre n’est pas un syndicat mais que par ses modes de fonctionnements il encourage la prise en main des choses par ceux qui les font. Ce militantisme rappelle cependant des mouvements comme les altermondialistes ou certains partis français de gauche, mais il permet, en quelque sorte, d’agir à peu de frais. D’agir seul dans son coin ou à plusieurs. D’agir à notre échelle d’être humain, sans sacrifier notre profession ou notre vocation mais juste en la pratiquant différemment.

Plus pratiquement le musicien libre se heurte à plus de difficultés qu’un musiciens non-libre. Pourquoi ça ? Car il doit faire face à tout un système, tout un réseau de professionnels, qui nie l’existence des licences libres (radio, télé, plate formes comme Itunes ou Deezer).

Mais ces difficultés sont en réalité relativement négligeables face aux difficultés que rencontre TOUS les musiciens à vivre correctement de leur art.

Le Libre répond à cette question monétaire de diverses manières, je vais en citer deux à titre d’exemples : la première est le revenu de base, qui est un mouvement en lui-même, visant à soulager les musiciens d’une grosse partie de la pression que l’argent génère (et qui ne s’appliquerait pas qu’aux musiciens mais à tous). La seconde est la reconnaissance des licences libres par les sociétés de gestion de droits d’auteurs, ce qui permettait aux musiciens de ne plus craindre que leur musique ne soit plus « protégée » et ainsi de sortir de l’étau dans lequel ils sont (étau assez bien matérialisé par l’incapacité de la plupart des musiciens à prendre position clairement sur le piratage).

Comme on peut le voir la réponse à la question : « comment vit-on de la musique libre ? » est assez complexe, elle est dur à entendre quand on a 40 ans, deux enfants et un prêt immobilier sur le dos et qu’en plus on est un musicien en situation précaire.

Si je résume les paragraphes précédents, pour vivre de la musique libre, je commence par ne plus me contenter de ne faire que de la musique mais j’inscris ma musique dans un mouvement plus large de changement du monde. La plupart des artistes le font déjà en réalité, en s’investissant localement dans de l’associatif ou du culturel (ou les deux), en acceptant souvent d’être rémunéré une misère par rapport au temps passé, mais ils sont mystérieusement tout d’un coup méfiant devant le Libre qui promet, à leurs yeux, monts et merveilles alors qu’il ne propose que de généraliser partages et collaborations dans tous les domaines.

Cette méfiance n’a pas lieu d’être, car elle présuppose des « petites lignes dans le contrat », comme si les libristes cherchaient à se faire de l’argent sur le dos des musiciens ou à les arnaquer. C’est vrai aussi que parler de liberté, d’éthique, de responsabilité et de mettre tout cela sur le même plan que la commodité pratique peut aussi susciter de la méfiance, car ce sont bien souvent des notions qu’on préférerait passer sous silence plutôt que d’en parler. C’est tout à fait compréhensible, ça fait peur quand on nous dit que notre musique peut toucher le politique et l’économique concrètement par la manière dont elle va être reçu par les gens. Et qu’avoir des textes revendicatifs c’est bien, mais qu’aujourd’hui nous y sommes tous anesthésiés. Avec le Libre il n’y a pas besoin d’avoir des textes engagés pour être engagé.

Il y a certaines choses que le Libre ne nous promettra jamais : le Libre ne promet pas que ça sera facile et rapide (de vivre de sa musique), le Libre ne promet pas que tout sera automatique et que les sous vont, sans effort, tomber dans notre poche ; le Libre ne promet pas qu’ « en échange » de notre musique nous aurons plus de visibilité et une audience plus large. En bref le Libre ne nous drague pas avec des slogans publicitaires bien rodés et facile à avaler.

Voilà qui conclut l’explication longue, on peut bien sûr y ajouter les points plus concrets de la réponse courte.

Voyons enfin la réponse du cœur à la question : comment vit-on de la musique libre ? Cette réponse m’est toute personnelle et je pense que de nombreux libristes seraient fortement en désaccord avec elle. Ceci étant précisé, allons-y.

Hé bien c’est assez simple : on s’en fout !

Faire de la musique n’est plus une question d’argent depuis bientôt 15 ans, et comme dans tous les domaines de la vie, l’argent ne fait pas tout mais peut seulement accélérer les choses. Ce qui signifie du point de vue de la pratique musicale que cette question n’est pas pertinente. Cette question n’est en réalité là que pour être utiliser comme excuse pour ne pas faire de la musique libre et j’y répondrai simplement en disant qu’on s’en fout. On peut même considérer, toujours du point de vue de la pratique musicale, que c’est une problématique qui est tout à fait personnelle. Au même titre que « Vais-je manger des pâtes ce soir ou aller au restaurant ? ».

Honnêtement, ça n’est pas ma responsabilité de répondre à ce genre de question pour les autres.

De la même manière, si on souhaite se focaliser sur la partie de la question concernant uniquement l’argent, alors la question est clairement à côté de la plaque, car cela ferait beaucoup plus sens de ne pas la restreindre à la musique.

En effet la question serait plutôt : Comment fait-on, dans la société d’aujourd’hui pour subvenir à ses besoins ? Car c’est tout simplement une question qui nous concerne tous. Et ça c’est une vrai question de société, elle peut remettre en cause la notion de travail et les questions économiques qui en découlent.

Le Libre signifie souvent son soutient à des initiatives citoyennes en ce sens mais pour le savoir et s’en rendre compte encore faut-il s’y intéresser. J’entends s’intéresser à ces initiatives, ne pas avoir peur de changer ses pratiques, quelles qu’elles soient, pour remettre en question le système qui nous force à « travailler » pour gagner notre précieuse subsistance, notre droit de vivre. Et enfin ne pas avoir peur de s’allier avec les autres, même s’ils ont des avis légèrement différents, pour chercher des solutions ensemble.

En sommes, ça ne sert à rien de poser cette question si c’est pour ne pas agir concrètement plus tard, cette question est grave, car elle préoccupe l’ensemble de l’humanité. Ce qui, à titre personnel, ne me paraît pas vraiment normal.

Voilà les trois manières par lesquelles je réponds à la question : comment vit-on de la musique libre ?

Notez que j’ai volontairement fait quelques raccourcis dans la réponse longue, car celle-ci nécessiterait d’être deux ou trois fois plus conséquente afin d’exprimer clairement la totalité des enjeux auxquels s’intéresse le mouvement Libre.

Enfin le mouvement Libre, en tant que mouvement est aussi sujet aux vents et aux marées, aux avis contraires et aux divergences, c’est une manière de garder son œil critique grand ouvert. Il ne faut pas l’oublier ou se sentir découragé par ça, car c’est aussi un moyen de construire de nouvelles solutions aux problèmes qui se posent.

Edit : Où trouver de la musique libre ?

Plateformes d’hébergements/écoutes/téléchargements : archive.org, dogmazic.netfreemusicarchive.org.

Autre : thinkrootrecords.comopengameart.org

Pour quels usages ?

Les usages d’un morceaux sont indiqué par la licence, il suffit de lire le texte de la licence pour savoir ce qu’on peut faire avec la musique. Certaines clause peuvent créer des situations compliqué (Partage à l’Identique ou Non-Commercial). Mais en dehors de ça, si la licence vous donne le droit de faire une utilisation commercial, bah vous avez le droit de faire une utilisation commercial, l’auteur vous en a donner le droit.

Dogmazic 2013

Jeudi 17 janvier 2013

L’association Musique Libre ! vient de publier un article expliquant le contenu de la v3 de la plateforme/archive de musique libre Dogmazic, ça se trouve sur le blog de Dogmazic.

1_ Origine et Généalogie :

Il est admit que le modernisme commence à la fin du XIXème siècle, cette période est riche de bouleversements dans le monde de l’art ; il y apparaît une multitude de mouvements artistiques distincts et déterminés à changer le monde.
Issus du romantisme allemand et du symbolisme, le surréalisme est l’un des plus grand mouvement artistique du XXème, il devient en 1916 le père du dadaïsme.
Le dadaïsme est un mouvement qui poussa jusqu’au bout la pensée surréaliste, la conduisant à la fois à une ouverture pratique qui a profondément changer le monde ; et à un vide philosophique et conceptuel qui fit que Dada fut renié d’un grand nombre d’artistes surréalistes.
Ainsi l’entre-deux-guerre est une période riche de liberté artistique, d’œuvres novatrices et d’actes artistiques contestataires.
Après la seconde guerre mondial, le monde de l’art s’ouvre définitivement aux pratiques formelles dadaïstes pour devenir un moteur à avant-gardes ; l’Internationale Lettriste puis l’Internationale Situationniste seront celles qui feront la transition entre des prises de positions artistiques et des prises de positions sociales et politiques. Ces deux mouvements font de ces deux axes les points culminants de leurs pratiques et de leurs pensées artistique.
Historiquement de nombreux mouvements artistiques se sont associés avec des idéologies politiques et sociales ou les ont critiquées, par exemple le surréalisme était proche du communisme et le Novecento était proche du fascisme italien. Mais aucun d’eux n’a pratiqué l’art jusqu’à ne plus se préoccuper que de la remise en cause des fondements socio-politiques de la société en l’appliquant à tout les domaines et à toutes les pratiques.

Depuis les années 80 et les dernières avant-gardes, nous vivons, artistiquement parlant dans une période d’académisme de la nouveauté dans laquelle une avant-garde a du mal à pouvoir survivre car elle est sans cesse supplantée par de la nouvelle nouveauté. C’est ce qui est appelé la post-modernité.
Effectivement difficile d’être en rupture d’une tradition inexistante ou sans cesse renouvelée, but logique d’une avant-garde.

Grâce à internet, a émergé au milieu des années 80 un mode de pensée nouveau, moderne et qui a su depuis plus de 20 ans évoluer et se transformer. Je veux parler du Libre (Free Culture).
Aujourd’hui le Libre ne touche plus seulement le code et les logiciels mais a sa vocation dans tous les domaines de la propriété intellectuelle, la littérature, le cinéma, la vidéo, la musique et les arts plastiques. Le Libre est même, éthiquement, le descendant direct de l’International Situationniste dans lequel la pensée politique et révolutionnaire a été remplacée par une application et une expérimentation à taille réelle du démantèlement de la société du spectacle.
En effet le Libre n’est pas un mouvement confiné au virtuel ou exclusif au numérique, mais a permit (et permet encore) aux hommes de posséder et de contrôler leur moyen de production pour ne pas en être esclave. Là où les situationnistes se sont brûlés les ailes pendant mai 68 ; le Libre, complètement imbriqué dans la société du spectacle, s’est focalisé sur la propriété intellectuelle et sur les moyens de production et d’accès au savoir. Il est ainsi très exactement situé dans cette filiation puisqu’il ronge de l’intérieur, et avec ses propres outils, à la fois le capital (les principes de marchandisation et de production des œuvres), la société du spectacle et la post-modernité artistique.

2_ Libre vs Avant-garde :

Quel est le lien entre le Libre et l’avant-garde artistique ?
L’avant-garde est un mouvement qui rassemble des artistes, ayant des pratiques plus ou moins proches, et qui les fait travailler ensemble pour un idéal formel, idéologique ou l’exploitation de méthodes particulières. Plus pragmatiquement l’avant-garde est un rassemblement visant à imposer cet idéal.
C’est tout-à-fait ce à quoi prétend le Libre. Le Libre rassemble aujourd’hui des artistes parfois sur le plan formel (on peut penser à l’explosion de la musique bruitiste, noisy et électronique dans les cercles libristes) mais surtout sur le plan idéologique car le Libre poursuit un idéal : celui de la libre circulation des œuvres d’arts et des informations (utilisons un mot presque grossier : le partage).
Enfin sur le plan méthodologique le Libre est reconnaissable entre mille car les œuvres libres sont clairement identifiées par leur licence.
Mais surtout car le Libre encourage les auteurs à une réflexion sur leurs pratiques (leurs médiums, leurs outils, leurs droits et ceux de leurs créations) car cette réflexion est indispensable pour s’inscrire dans l’idéologie libriste.
Étant un rassemblement, le Libre tend à l’imposition de son idéologie et de ces icônes exactement comme Dali ou Breton ont représenté et imposé au monde le surréalisme.

La différence est que le Libre est un rassemblement mais pas un groupe au sens strict, en tout cas pas au sens où une avant-garde est considérée comme un groupe (comme par exemple le groupe surréaliste, créé en 1924 et qui se termina à la mort d’André Breton en 1966).
Pas un groupe car publier sous licences libres ne signifie pas forcément travailler avec des outils libres ou travailler en ayant en tête des motifs éthiques, politiques ou sociaux. Et surtout cela ne signifie pas être en contact et être solidaire avec le reste du mouvement, il est donc plus prudent de parler du Libre comme d’un mouvement d’avant-garde (voir avant-gardiste) que comme un groupe artistique d’avant-garde.
Le fait de publier sous licence libre situe alors l’auteur dans le mouvement, sans pour autant l’aliéner au groupe et aux effets de groupes qui découlent généralement de l’adhésion à une avant-garde.

Une avant-garde artistique peut dans une certaine mesure faire école, c’est à dire que le groupe (ou mouvement) va partager ses pratiques, ses techniques, ses pensées et ses objectifs avec les artistes qui le rejoignent. Tout ce petit monde s’entraidera et bien souvent créeront des œuvres communes, des œuvres qui dérivent les unes des autres ou des reprises d’œuvres.
Le Libre fait lui aussi école dans le sens où il permet le dialogue, l’échange et la création entre plusieurs artistes/auteurs/spectateurs. Ceci grâce à deux outils : les licences, avec leurs possibilités de propagations et de dérivations des œuvres et leur valeur juridiques ; et les outils pour permettre « idéalement » à n’importe qui de créer à partir de l’existant.
Ces outils sont de diverses natures, il peuvent être logiciels, à travers des possibilités de traitement des images ou des sons (Blender ou Pure Data par exemple). Il peuvent être matériels comme les imprimantes 3D et les scanners Libre. Et ils sont pédagogique à travers des tutoriels et des aident autant sur l’utilisation d’outils pour la création que sur l’utilisation des licences et du droit d’auteur.

3_ Le Libre comme paradigme révolutionnaire :

Être un auteur/artiste Libre c’est donc faire partie d’un mouvement.
Ce mouvement se dresse contre la tradition de l’auteur créant son œuvre à partir du néant (ou inspiré par les muses), mais avance qu’il crée en référence et en s’inspirant de l’existant (œuvres ou évènements). Cela implique naturellement qu’une œuvre ne peut être que libre car sa création même ne sera jamais du qu’à un seul être.
Un artiste doit pouvoir prendre des morceaux d’une œuvre pour créer à partir d’eux sa propre œuvre (la technique du sampling est un bon exemple de cette pratique). Comme Pablo Picasso reprenant certains personnages de la toile Le Massacre des Innocents de Nicolas Poussin pour sa très connue Guernica.

Ce mouvement peut-être qualifié d’avant-garde car en 20 ans de mutations dans la société du spectacle et dans le post-modernisme artistique, c’est un élan qui n’a pas été supplanté par de la nouveauté, qui n’a été ni assimilé et digéré, ni détruit et dissout par la société du spectacle.
Ce mouvement participe aux dynamiques des précédentes avant-gardes en « changeant le monde » et en ne faisant pas de compromit avec la société.

Les artistes ne peuvent plus aujourd’hui se contenter de se dire « pour le partage et la diffusion des oeuvres » comme s’était le cas du temps de Victor Hugo (voir le « Discours d’ouverture du Congrès littéraire international » du 7 juin 1878) ou de faire des propositions et des déclarations allant dans ce sens. Car bien souvent il ne s’agit que de propos circonstanciels qui n’ont que peu ou pas de valeur au regard du droit d’auteur français et du copyright anglo-saxon. Et qui peuvent indirectement être préjudiciable et mettent en danger les utilisateurs/spectateurs des œuvres.
Les artistes doivent donc agir et se positionner vis-à-vis de l’avant-garde Libre qui n’est pas exclusivement un questionnement relatif aux œuvres et à l’art, mais bien un engagement à la fois artistique, politique et social.

Je link avec du retard le dernier article parut sur dogmazine qui est le blog de Dogmazic (archive de musique libre). Cet article est une réaction sur l’utilisation des Creative Commons par la SACEM.

J’en profite pour vous linker la dernière compile du caniche, dont le thème est “2012 Fin et Suite”. Qui nous pond une bonne compile de bruit, d’images et de vidéo underground.

A propos de l’expérience SACEM / Creative Commons

La SACEM et Creative Commons viennent d’annoncer la mise en place d’une expérience pour une durée de 18 mois, permettant aux sociétaires de la SACEM de « développer la promotion de leurs œuvres » en ayant recours, tout en continuant à confier la gestion de leurs œuvres à la SACEM, aux licences Creative Commons, option Non-Commerciale (CC BY-NC / CC BY-NC-SA / CC BY-NC-ND version 3.0 France).[1]

Jusqu’à présent, la SACEM avait toujours officiellement refusé une telle compatibilité.

Depuis leur création, le collectif Revolution Sound Records[2], l’association Musique libre ![3] avec sa plateforme Dogmazic[4] militent et œuvrent pour la reconnaissance et la promotion de l’usage des licences dites « libres[5] » ou ouvertes. Dans ce cadre strict, nous pouvons dire que la prise en compte de ces pratiques et outils juridiques par la SACEM semble être une avancée… si elle prend ces outils pour ce qu’ils sont : une philosophie du partage.

Toutefois, face à la forme que prend cet accord, nous ne pouvons être que critiques devant cet effet d’annonce de la SACEM, soutenu par la fondation Creative Commons et son chapitre français.

Critiques concernant le modus operandi pour arriver à cette expérience, car nombre d’acteurs du mouvement du Libre (associations, labels, auteurs, mélomanes) ont été exclus des débats, et leurs différents points de vue et expériences, les rares fois où ils ont été entendus, ont été ignorés.

Critiques concernant la base « juridique » de l’accord, à savoir la version 3.0 France des licences CC (licence en cours de transcription, avec une évolution plus que contestable vers une augmentation des responsabilités de l’acceptant[6]). Nous nous étonnons aussi de voir que CC France continue d’ignorer les nombreuses réserves à l’encontre de cette version, réserves portées par certains acteurs du mouvement du Libre (acteurs de terrain en prise directe avec les usages au quotidien des licences libres et ouvertes).

Critiques envers la volonté de la SACEM (avec le poids qui est le sien — celui d’un monopole de fait) de baliser la notion d’usage commercial au sein de ces licences, et ce en exonérant l’auteur de toute responsabilité. De plus, il apparaît clairement que cette définition engendre déjà des problèmes concernant certains lieux comme les bibliothèques ou les médiathèques(7), certains sites de diffusion portés par des association loi 1901 (Dogmazic, RSR…), certaines initiatives et certains outils (bornes Pragmazic[8], netlabels, web radios).

Critiques et prudents envers la dialectique employée par cette annonce dans laquelle l’utilisation de licences libres ou ouvertes est considérée UNIQUEMENT comme un outil de promotion, dont la gratuité serait le seul argument, remisant au loin la philosophie et l’éthique liées au mouvement du libre et portées par un grand nombre d’auteurs et de mélomanes promoteurs des licences libres ou ouvertes.
« Libre » ne signifie pas gratuit, mais implique un autre rapport entre le créateur et le public.

Pour nous, membres de collectifs, d’entreprises et d’associations d’auteurs et de mélomanes, la musique libre est partie prenante d’une réflexion autour des enjeux politiques, économiques, sociaux et culturels de la création et de la diffusion musicale. Elle n’est pas un simple outil promotionnel au service de l’industrie musicale.

Les termes de cet accord montrent que la SACEM ne sort pas de son conservatisme. La SACEM pose des limites qui rendront la libre diffusion presque inapplicable pour ses propres membres et qui vont apporter aux actuels usagers des licences libres et ouvertes beaucoup de confusion, entraînant par la même occasion une insécurité juridique fâcheuse pour le public.

Ignorant les fondements de la culture libre, la SACEM s’impose (avec l’aide hélas du chapitre français de la fondation CC) sur un terrain qui s’est construit sans elle. L’ère de la simpliste dichotomie « amateurs / professionnels » est révolue : la musique sous licences libres ou ouvertes a désormais accédé à la reconnaissance par sa qualité, son pluralisme et sa diversité.

Des efforts de pédagogie doivent être poursuivis afin de démontrer qu’une alternative est réelle, que la musique sous licences libres ou ouvertes (au-delà d’un moyen d’expression et de visibilité) est aussi un acte philosophique, parfois militant ou revendicatif.

Nous appelons le chapitre français de la fondation CC à s’appuyer de nouveau sur la communauté du mouvement du Libre, à nous entendre, à prendre en considération nos revendications ou idées d’évolution, à ne plus se murer derrière un silence hautain et surtout à ne plus parler en notre nom. CC France n’est pas l’unique dépositaire du Libre en France (pas plus que la fondation CC ne l’est dans le monde), et il existe bien d’autres licences utilisées(9)).

Par conséquent, nous continuerons à ne pas diffuser d’œuvres d’artistes sociétaires de la SACEM, y compris ceux ayant opté pour une licence CC, tant que la SACEM n’aura pas corrigé sa définition de la non-commercialité, et qu’elle limitera l’expérience à des licences faisant peser des risques juridiques sur les utilisateurs.

De plus, les nouvelles orientations de CC France vers une culture libre uniquement promotionnelle sont très éloignées de notre façon de voir les choses concernant le lien entre le donnant droit et l’acceptant. Nous refusons de plonger l’acceptant dans l’insécurité juridique qui découle de la déresponsabilisation de l’ayant droit. Cela nous oblige à exclure et à refuser toutes les œuvres placées sous une licence CC version 3.0 France.

Nous appelons les acteurs du Libre partageant nos points de vue et perspectives à réfléchir COLLECTIVEMENT à la mise en place d’outils pour donner un réel cadre éthique à NOTRE vision du Libre et pour permettre au mouvement des cultures libres d’être réellement représenté, afin de pouvoir peser dans les débats à venir.

21 janvier 2012
Le collectif REVOLUTION SOUND RECORDS
http://www.revolutionsoundrecords.org
L’association MUSIQUE LIBRE !
http://www.dogmazic.net/

(1) : http://creativecommons.fr/549/
(2) : http://www.revolutionsoundrecords.org/
(3) : http://asso.dogmazic.net/
(4) : http://www.dogmazic.net/
(5): http://fr.wikipedia.org/wiki/Licence_libre
(6): http://aisyk.blogspot.com/2011/12/evolution-des-articles-5-et-6-des.html
(7): http://scinfolex.wordpress.com/2012/01/10/accord-sacemcreative-commons-quelles-incidences-sur-les-usages-collectifs/
(8) : http://www.pragmazic.net/
(9) : http://wiki.vvlibri.org/index.php?title=Tableau_Licences et http://www.dogmazic.net/static.php?op=copyleftLicence.html&npds=-1

J’ai monté depuis quelques temps une petite équipe pour nous lancer dans le développement de jeu sur navigateurs. Et aujourd’hui est disponible notre premier petit jeu : Sweet_Noname

Le principe est simple, vous contrôlez un petit cercle et, en cliquant dans l’espace, vous devez rejoindre le coquillage. Le jeu est en parti modifié par votre configuration personnelle (votre navigateur par exemple) et il s’agit de modifications assez mineures pour que l’expérience de jeu ait tout de même un tronc commun.

Pour notre équipe, ce projet a surtout été le moyen de tester différents outils et différentes manières de fonctionner pour pouvoir créer par la suite des jeux plus “finis”, car comme vous le verrez un certains nombres d’imperfections (et de bug) sont là mais nous sommes arrivés à la limite de la dead-line que nous nous étions imposés.

Le jeu est compatible avec les dernières versions de Firefox, Opera, Safari et Chrome. Il est développé en Processing.js et en Coffeescript.

Pour accéder directement à la page du jeu c’est ici : http://sweet_noname.jit.su/

screenshot

Un petit screen de l'alpha

La valeur de l’art

Vendredi 22 juillet 2011

Avec le débat récent sur l’imposition des œuvres d’art s’ouvre à nouveau, pour moi, la remise en question de la nature pécuniaire de l’art.

Si l’on considère les œuvres d’art comme un tout homogène alors le fait d’appliquer une réglementation pour toutes les œuvres sans exception semble logique (en l’occurrence l’imposition liée à la possession de l’œuvre).

Prenons les domaines artistiques : Sculpture, Musique, Peinture, Cinéma, Bande Dessinée, Photographie et Littérature (il en existe d’autres mais contentons-nous de ceux-ci pour l’instant).

Une œuvre picturale est par définition unique, sa possession est donc elle aussi unique (elle ne peut être la propriété que d’une seule personne) et donc les principes de sa monétisation semblent découler de source : l’œuvre à une valeur et cette valeur peut éventuellement être source d’imposition. Effectivement c’est la logique même.
Imaginons qu’on applique le même raisonnement à un autre domaine que celui de la peinture. Prenons une œuvre musicale qui n’est pas unique (hors interprétations).
L’œuvre à donc une valeur et cette valeur peut être soumise à l’imposition.
Ainsi nous pourrions être imposer sur tous les enregistrements que nous possédons.

Bien sûr cette histoire d’imposition de l’œuvre d’art n’est pas destinée aux œuvres d’art (qui est un terme « générique », pouvant être diversement interprété), mais aux œuvres présentent dans le marché de l’art.
Il n’empêche qu’il y a les prémisses d’une création d’un impôt sur la culture, car c’est finalement exactement ce que c’est.

J’en reviens au débat sur l’imposition des œuvres dont la principal utilité est de taxer les personnes qui ce servent des œuvres pour placer leur argent.
La situation est simplement résolu car finalement le problème n’est pas de taxer ces personnes pour qu’ils aient moins de richesses (ce qui ne fonctionne pas) mais bien de les empêcher de ne pas déclarer leurs richesses grâce à l’achat d’œuvre d’art issues du marché de l’art.
En prenant le problème à l’envers, on pourrait dire que le soucis n’est pas d’acheter des œuvres d’art dans un but fiscal mais bien que le prix élevé des œuvres permettent aux riches d’en profiter de cette manière.

Un début de solution peut être apporté par le mouvement Art Libre ainsi que par la notion qu’une œuvre d’art n’ait pas de prix (c’est-à-dire qu’on ne puisse pas objectivement donner de valeur à celle-ci, le marché de l’art se basant à la fois sur la cote de l’artiste et sur le ratio popularité/rareté est loin de juger de l’œuvre elle-même) ou à l’inverse, de par son apport culturel, ait trop de valeur pour être vendu.

Ce texte n’a pas pour vocation de glisser vers l’éternel débat de comment doit vivre un artiste (la pente est proche). Il attire l’attention sur le peu de décisions que nous avons, sur nos propres visions de l’œuvre d’art et de comment elles impactent le monde.