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le trou du cul du néophyte le blog de Nomys_Tempar.

Tentative de définition du film interactif

Avec la sortie de Firewatch, je me suis dit que j’allais relire l’un de mes anciens papier incomplet qui parle du film interactif. Je vous le rebalance légèrement enrichit de corrections.


Depuis quelques années l’industrie du jeu vidéo à vu se développer des jeux atypiques dans lesquels le gameplay est réduit à son plus simple appareil (non ça n’est pas sale). Ce sont des jeux dont on dit qu’ils ne sont pas vraiment des jeux vidéo mais plutôt des films interactifs car ils ont plus de rapport avec le cinéma ou avec un film.

Des jeux comme Proteus ou Heavy Rain, The Walking Dead, The Graveyard, sans oublier l’ancien Dragon’s Lair.

Ma réflexion est de me dire que personne n’a l’air d’être tout à fait sûr que ces œuvres soient des films interactifs (sans parler du sous-entendu péjoratif du terme). Donc je vous propose ma petite tentative d’explication du pourquoi du comment.

Et là Wikipédia arrive à ma rescousse en me disant que le film interactif est un type de jeu vidéo, sous-genre du jeu d’aventure.

Problème résolut : toutes ces œuvres font donc partie du genre des films interactifs et leur médium est le jeu vidéo.

Non mais si c’était aussi simple personne ne douterait, personne ne ponctuerait ses phrases de pas vraiment et de plutôt évasifs. Les phrases d’introduction des tests du monde entier ressembleraient à : « Voici le dernier jeu vidéo film interactif du studio Machin… ».

Mais c’est pas le cas, voyez.

Reprenons la phrase typique : Le jeu X n’est pas vraiment un jeu vidéo mais plutôt un film interactif, vu ses liens évident avec le Cinéma (vous reconnaîtrez ici une caricature de moultes tests d’Heavy Rain de Quantic Dream). Hola ! Doucement ! Alors on a le jeu vidéo, qui est un médium, ou un canal d’expression. Ensuite on a le film interactif, qui est un sous-genre de jeu vidéo. Et on a le Cinéma qui est un Art (un autre médium d’expression si vous préférez).

Si je retraduis la phrase elle devient : Cette œuvre ne fait pas partie du médium jeu vidéo, mais plutôt du genre film interactif (?) étant donné ses ressemblances avec l’Art cinématographique.

Il y a là une confirmation de notre confusion dans les termes.

Le film c’est quoi ? Selon mon Larousse, le film est un déroulement continu d’événements.

Qu’en est-il lorsque le déroulement d’événements est interrompu ? Lorsqu’il est en pause ? Et que c’est le spectateur qui décide de quand il l’est ?

On a un dispositif permettant d’interagir avec le film, le film devient donc littéralement interactif. En tout cas il devient possiblement interactif.

Le film interactif serait donc le dispositif qui nous permet de regarder un film « à la maison » car dans les lieux fait pour visionner des films on ne peut pas mettre pause ou éteindre la diffusion avant la fin (cinéma ou exposition pour la vidéo).

L’art vidéo serait celui disponible sur Youtube et formaté dans les expositions et les festivals. L’art cinématographe est, lui, limité à la salle de cinéma.

Le jeu vidéo (en tant que médium ou Art) est autre, car lié au « gameplay » mais c’est un méta-médium (c’est-à-dire qu’il est une agrégation de médiums). Et il autorise donc l’utilisation d’autres médiums comme le film (cinématiques) ou la photographie (dans les point’n click par exemple), combinés au gameplay. Le gameplay sous-tend une obligation d’interactivité. Cette obligation est en réalité ce qui différencie un film d’un jeux vidéo aujourd’hui, ni plus ni moins.

En conclusion soit on suit Wikipédia et on considère que tous ceux qui opposent Dragon’s Lair et jeu vidéo ont tort car Dragon’s Lair est juste un jeu vidéo du genre film interactif. Soit on considère qu’ils ont tort car Dragon’s Lair est un représentant du médium jeu vidéo (ou Art Vidéo-ludique), et n’a donc rien à voir avec un film (même si les codes de l’un peuvent servir à l’autre). Et cela au sens premier de ce qu’est un jeu vidéo.

Bien entendu ces deux choix ne sont pas exclusifs puisqu’ils ciblent chacun un champ différent : la question des genres et des catégories d’un médium, et la question d’appartenance à un médium plutôt qu’un autre.

7 commentaires pour “Tentative de définition du film interactif”

  1. drloser dit :

    “Le jeu X n’est pas vraiment un jeu vidéo mais plutôt un film interactif, vu ses liens évident avec le Cinéma (…)
    Si je retraduis la phrase elle devient : Cette œuvre ne fait pas partie du médium jeu vidéo, mais plutôt du genre film interactif (?) étant donné ses ressemblances avec l’Art cinématographique.”

    Je pense qu’à part toi, tout le monde comprend la phrase ainsi : “ce titre propose au joueur une expérience plus proche de celle d’un film interactif que d’un jeu vidéo classique”. Les tests ne cherchent pas à définir un titre, mais à décrire l’expérience qu’il propose.

    Après, on peut toujours se poser la question du sens exact de MOBA, FPS, film interactif, etc. Mais ce n’est utile que si on cherche à réaliser une base de donnée avec des classements par genre. Dans un test, c’est superflu.

    Même chose pour les films d’ailleurs : est-ce un film d’horreur, d’épouvante, un slasher ? Ce n’est pas ça qui suffira à définir l’expérience du spectateur. Faire un classement par genre, c’est beaucoup plus compliqué que de donner une définition exacte de chaque genre puis de placer les films dans la bonne case : http://www.theatlantic.com/technology/archive/2014/01/how-netflix-reverse-engineered-hollywood/282679/

  2. Poete_guerrier dit :

    DMNRLE

  3. Nomys_Tempar dit :

    @ Doc :
    Je suis bien d’accord pour les genres, mais les films on ne dit pas d’eux qu’il ne sont pas vraiment des films mais des pièces de théâtres (même quand c’est du théâtre filmé).
    Oui il s’agit de décrire l’expérience de jeu, mais au passage “on” émet sans cesse un doute sur la nature du jeu en lui-même. Un peu comme si le solitaire n’était pas un jeu vidéo, alors que bah, heu si. Il y a un jeu vidéo qui s’appelle Le Solitaire, donc bah, heu c’est un jeu vidéo (désoler pour les nazi, mais c’est comme ça).
    Quand on teste un Halo ou un COD, on ne dit pas “c’est pas vraiment un jeu vidéo car la musique est quand même vachement orchestral, comme dans un film”, l’exemple est naze mais ça décrit bien ce dont je parle.
    Comme dit dans l’article je préfère mettre ça sur le compte de l’ignorance (confusion dans les termes) plutôt que sur l’incompétence ou sur l’idéologie.

    @ Poete_guerrier :
    ???

  4. drloser dit :

    Nomys_Tempar a dit :
    Comme dit dans l’article je préfère mettre ça sur le compte de l’ignorance (confusion dans les termes) plutôt que sur l’incompétence ou sur l’idéologie.

    Ce n’est ni l’un ni l’autre. Tes définitions sont bonnes, mais tes interrogations viennent du fait que quand quelqu’un écrit “le Solitaire ce n’est pas un vrai jeu vidéo” tu prends ça au sens littéral. C’est un peu comme si je te dis que “musicien ce n’est pas un vrai métier”. Au sens littéral c’est faux, mais au sens symbolique c’est une façon correcte d’exprimer une opinion sur divers aspects du métier de musicien.

    D’ailleurs, ce type de nuances doit poser pas mal de problèmes aux gens qui essaient de concevoir des IA capables de comprendre le langage humain. Tu as déjà passé un test de voight kampff ?

  5. Nomys_Tempar dit :

    Ha ha non, mais il faudrait sans doute. Je dois dire que cette histoire de “c’est pas un jeu, c’est un film interactif”, qui reviens régulièrement dans les critiques, comme un écran de fumé pour désamorcer l’expérience du jeu, a tendance à me gaver, donc je fais mon connard prétentieux.

    C’est une façon correcte d’exprimer une opinion, sans doute.
    Ton exemple n’est en revanche pas mieux que le mien : dire que musicien n’est pas un vrai métier, c’est mettre en doute un fait. Dans le cas qui nous concerne, l’exemple me paraîtrais plutôt être : “Interprète n’est pas vraiment un métier musical car cela ressemble plus à un entrainement physique sportif (avec apprentissage de patern de mouvements).”.

    Quoi qu’il en soi, d’après ce que tu dis, cette formulation ne serait pas du tout innocente et serait l’expression d’une opinion (ce qui dans l’absolu peut s’appliquer à n’importe quoi mais admettons).
    Reste à savoir si cette opinion est lié, en général, à un partie-pris idéologique (avec tout ce que ça comporte en terme de réflexion) ou à une ignorance (confusion de définition), ou enfin à de simples facilités de langages (ce qui semble être ton point de vue, si j’ai bien suivi). Facilités de langages qui dans le cadre d’un test de jeu vidéo, pourrait friser l’incompétence à mon avis.

  6. drloser dit :

    Nomys_Tempar a dit :
    dire que musicien n’est pas un vrai métier, c’est mettre en doute un fait.

    Effectivement, si tu entends cette phrase dans la bouche d’un gars de pole emploi, c’est une erreur factuelle et tu es parfaitement en droit de le reprendre. Mais si c’est un musicien professionnel qui te dit “ma profession, ce n’est pas un vrai métier, quand je joue de mon instrument, je n’ai pas l’impression de travailler”, là il ne nie pas un fait. Il s’exprime simplement en utilisant le sens symbolique des mots. De la même façon, le vendeur d’un super marché qui classe “Firewatch” dans le rayon “Film” fait une erreur factuelle, mais ce n’est pas le cas du joueur qui tente de décrire son expérience à ses potes.

    C’est comme si je dis “je meurs de froid”, “j’aimerais que cette journée ne s’arrête jamais” ou “ce film est une tuerie”. Si pour toi ce sont des facilités de langage ou des erreurs factuels, c’est un peu bizarre.

    Il est possible que tu prêtes un sens littéral aux gens qui écrivent “ce titre n’est pas un jeu vidéo” parce que ça te facilite la tâche pour les contredire : “pour dire de tels énormités, au pire ils sont incompétents, aux mieux ignorants, donc leur opinion est nulle”. Prendre tout au sens littéral pour contredire quelqu’un, c’est un stratagème d’argutie. Si ta copine te reproche d’avoir mangé toutes les crêpes alors que tu lui en as laissé une, fais attention à ce que tu lui réponds !

  7. Nomys_Tempar dit :

    Et pourquoi pas ? Il y a sûrement des gens qui pensent que les musiciens sont des charlatans et des voleurs, et donc que le métier n’en est pas un car ce serait une escroquerie. Peut-être pas les musiciens spécifiquement, mais peut-être les intermittents du spectacle.

    Oui je prête un sens littéral à ce type de sortie, car je les trouve révélatrices d’une méthode argumentaire sous-jacente (ou de points de vue non réfléchie ou peut-être non assumé).
    Tu trouves que dire que blabla n’est pas un jeu mais un film interactif, c’est simplement employer un langage fleuri et imagé toi ?
    A aucun moment tu ne penses qu’ils expriment un avis qui puisse être débattu et sur lequel ils puissent se tromper (ou moi d’ailleurs) ?
    Pour ma part, je n’arrive pas à exprimer un ressenti par les mots sans que ne vienne m’influencer ma propre conception du monde (politique, économique, culturel, social, etc).

    Quand on dit “je meurs de froid.”, si on est deux et que l’autre n’est pas d’accord (car lui ne “meurs pas de froid”), on peut prendre un thermomètre pour se donner une idée du froid en question. Ce qui peut faire relativiser celui qui a froid, ou donner une sensation de froid à celui qui ne le ressentait pas. Ou ne rien changer pour les deux, simplement il savent maintenant un peu mieux où se situent les sensations de l’autre.

    Et oui d’une manière général ça aide à contredire les gens, mais c’est tout le but de cet article (et de cette discussion) : ne plus avoir à le faire (au moins sur cette question).

    edit : l’article sur netflix est super intéressant, merci.

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