E-Monde

le trou du cul du néophyte le blog de Nomys_Tempar.

Vivre de la musique libre

À chaque conférence sur la musique libre où je vais, que j’y sois intervenant ou non, la question arrive toujours invariablement. Elle est souvent posée dans des termes du genre : « Mais alors, concrètement, comment on vit de la musique libre ? ». Elle est parfois agrémentée de précisions concernant les éditeurs, les labels, les interprètes, les co-auteurs ou encore les techniciens. Quelle que soit la formulation le fond reste identique : on est pas contre la musique libre, mais on voudrait savoir comment ça marche. Comme si la musique ne pouvait marcher uniquement dans ce rapport de cause à effet pécuniaire.

Dans cet article je vous propose de répondre à cette question, posée bien souvent par les professionnels de la musique, de trois manières différentes.

La première est une version courte, celle avec laquelle je réponds la plupart du temps. La seconde est une version longue, elle prend en compte une explication relativement complète du mouvement libriste tel qu’il est à mes yeux. La dernière est une version au piment, elle tâche et laisse des traces mais c’est celle que mon cœur me hurle bien souvent.

Commençons donc par la version courte, alors comment on vit de sa musique libre ?

Quand on est un musicien, un compositeur ou un interprète qui ne publie pas sous licence libre, on confie certains de nos droits d’auteurs à un label ou a un éditeur ou encore à une société de gestion. Ces organismes se chargeront ensuite de gérer pour nous les usages de notre musique à notre place de manière plus ou moins automatique selon les cas. Ceci mis à part, on va vivre de la vente de nos disques, des recettes de nos concerts, de royalties sur des passages radios, télé, dans des publicités, des films ou des jeux, et des revenus dégagé par les plateformes de vente en ligne (Deezer, Spotify, 1DTouch, Itunes, etc). Bref, dès que notre musique sera écoutée ou utilisée (remix, sampling, etc), elle générera un revenu qui tombera de manière variablement automatique dans notre poche.

Quand on est un musicien, un compositeur ou un interprète qui publie sous licence libre, on ne confie aucun de nos droits à personne et on doit donc se charger nous-même de toute cette gestion. Ça n’est pas négligeable c’est sûr, mais c’est en théorie l’unique différence. En pratique c’est une toute autre paire de manche, car il nous faut faire alors une croix sur les diffusions radio et télé, car ces canaux sont obstrués par les sociétés de gestion. Votre travail aura l’image d’un travail amateur (image totalement fausse mais qui est quand même présente) car dans l’esprit de la plupart des professionnels du milieu, libre = amateur et libre = gratuit. Donc personne ne comprendra pourquoi nous souhaitons être rémunéré ou être dans un système qui pourrait nous rémunérer. On nous dira alors : « Vous voulez rester libre ? Ha, hé bien donc vous n’avez pas besoin de nous… », une logique tordue qui est pire qu’un aveu de désaccord. Cependant tout n’est pas perdu il nous reste les concerts, les albums, les diffusions dans des films ou sur tout autres médiums pour peu qu’on ait un accord avec l’auteur ou la société de production. Ceci pour les cas les plus courants, bien entendu certaines licences pourront conduire à des situations complexes et difficiles mais leurs fréquences seront souvent dû à la ou les licences utilisées ainsi qu’à leur souplesse. Enfin les plate-formes de musique en ligne sont bien souvent accessibles à la musique libre, il y a les spécifiques : Archive.org, Dogmazic.net, Free Music Archive ou encore Jamendo (si on est pas trop regardant). Et les mainstream : Deezer, Spotify, Itunes ou 1DTouch. Notez bien qu’à l’exception d’1DTouch ces plates-formes ne permettront pas la mention des licences libres, car leur interface ne les prend pas en compte. Une subtile manœuvre de plus pour rendre la musique libre invisible (on se demande même si la musique reste libre juridiquement parlant…).

Conclusion, la musique libre ça fonctionne sur le papier comme la musique non-libre, avec les mêmes déboires et les mêmes difficultés. Dans la pratique s’ajoute simplement le verrouillage de notre industrie culturelle qui rejette tout ce qui ne lui ressemble pas. Rien d’insurmontable en somme.

Voyons maintenant la réponse longue à : comment vit-on de la musique libre ?

Il convient tout d’abord de bien comprendre de quoi on parle. C’est quoi la musique libre ? À très petite échelle c’est la musique diffusée par son ou ses auteurs sous licence libre. À plus large échelle c’est une petite partie d’un grand mouvement planétaire : le Libre. Ce mouvement milite depuis le milieu des années 80 pour la diffusion libre du code source des logiciels. Il a depuis évolué et grossi pour maintenant concerner toutes les œuvres de l’esprit et les savoirs (ce qui est parfois appelé « propriété intellectuelle »).

Avec le temps « diffuser », c’est-à-dire mettre les savoirs et les œuvres à disposition de ceux qui en ont besoin n’a plus suffit car pour qu’un savoir soit utile il ne faut pas simplement qu’il soit diffusé, il faut aussi qu’il soit accessible et compréhensible. En termes logiciels cela s’exprime, par exemple, par le fait qu’un code libre c’est bien mais qu’un code libre, documenté et commenté c’est mieux, car de cette manière un autre développeur peut le reprendre et s’en servir ou l’augmenter sans avoir à le démonter avant. Ce qui est une perte de temps pour tous.

Il y a donc un glissement qui s’est opéré, d’une manière de diffuser vers une manière nouvelle de faire les choses pour qu’elles soient utiles lorsqu’elles soient diffusées. Ainsi à l’heure d’internet et de la diffusion massive (voire incontrôlable) des informations, le libre n’est pas mieux que le non-libre, mais c’est une meilleur manière de faire les choses car, dans l’idéal, cela suppose avoir anticipé ce qu’on fait, pourquoi on le fait, pour qui on le fait. En ce sens choisir une licence pour son travail oriente déjà les conditions de diffusions et d’usages du travail.

Aujourd’hui le Libre est sorti du numérique pour toucher toutes les applications de la propriété intellectuelle, par exemple les brevets sur les semences ou le partage des découvertes scientifiques, mais participe aussi à un élan politique mettant la fraternité et l’égalité entre les humains au premier plan. Un élan relativement flou porté en grande partie par internet mais qui s’est cristallisé dans le Libre en une forme concrète, pourvue de défaut (rien n’est parfait), mais porteuse d’un idéal.

Les coopératives, les associations citoyennes, la résurgence de l’éducation populaire, l’écologie, des questions de sociétés économiques ou politiques (le revenu de base, les communs, les économies de proximité, etc) ; tous ces aspects, ces questionnements, ces formes trouvent des échos dans la culture Libre, sans que le Libre ne les ait pourtant phagocytés. Le mouvement Libre a ainsi pioché dans tous les domaines des éléments pour « faire les mieux les choses » et pour « mieux partager les savoirs et les informations ». Derrière les débats sur le droit d’auteurs qu’il suscite, le Libre porte un projet de société neuf, plus respectueux et égalitaire.

Enfin le Libre est à l’origine un moyen pour l’informaticien de récupérer le contrôle sur son outil de travail : son code. Car celui-ci est souvent déposé et rendu inaccessible par son propriétaire. D’où la nécessité d’avoir un code libre, avec un créateur bien identifié (et valorisé) mais pas de propriétaire. Ce sont donc des pratiques qui se rapprochent très fortement du marxisme et de sa volonté que les travailleurs se réapproprient leurs moyens de production. En fait s’en est même une mise en pratique assez littérale.

Une fois cela en tête on peut en revenir à la musique. Quel est le rapport ? Hé bien la musique libre c’est donc, bien sur, une licence libre (car sans ça votre musique ne peut pas être écouté légalement). La licence libre peut entraîner l’usage de logiciels libres (pour l’enregistrement ou les maquettes), le partage avec d’autres musiciens libres (ou pas), mais aussi la constitution en association ou en collectifs ou encore en sociétés genre scop (après tout pourquoi pas?).

Mais c’est surtout l’appartenance à ce mouvement qui est importante. Avoir conscience qu’un musicien c’est pas juste un type qui fait de la musique ou qui fait vivre des techniciens (sons, lumières, etc) et des artisans ou des entreprises (pour les instruments par exemple), mais que c’est un rouage de l ’économie au même titre qu’un vendeur de chaussures. Avoir conscience qu’aujourd’hui les problématiques du musicien moyen (qui est à la sacem et qui est intermittent du spectacle) sont les mêmes que celle de l’ouvrier moyen ou du jeune finissant ses études et cherchant du travail. Une certaine sécurité du travail, avoir ses heures payées ou payer moins de taxes. En même temps faire un métier épanouissant, dans des bonnes conditions et sans risquer le burn-out. Ne pas gaspiller l’argent ou les ressources. Ces notions, qui ont traits au politique ou à l’économique, sont réellement mises en pratiques par les initiatives libres.

Ainsi le choix des licences libres pour un musicien (ou n’importe quel artiste) n’est pas innocent car il suggère un engagement (voire un militantisme) qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Souvenons-nous que le Libre n’est pas un parti politique, mais que ce mouvement soutient les listes électorale participatives ; que le Libre n’est pas un syndicat mais que par ses modes de fonctionnements il encourage la prise en main des choses par ceux qui les font. Ce militantisme rappelle cependant des mouvements comme les altermondialistes ou certains partis français de gauche, mais il permet, en quelque sorte, d’agir à peu de frais. D’agir seul dans son coin ou à plusieurs. D’agir à notre échelle d’être humain, sans sacrifier notre profession ou notre vocation mais juste en la pratiquant différemment.

Plus pratiquement le musicien libre se heurte à plus de difficultés qu’un musiciens non-libre. Pourquoi ça ? Car il doit faire face à tout un système, tout un réseau de professionnels, qui nie l’existence des licences libres (radio, télé, plate formes comme Itunes ou Deezer).

Mais ces difficultés sont en réalité relativement négligeables face aux difficultés que rencontre TOUS les musiciens à vivre correctement de leur art.

Le Libre répond à cette question monétaire de diverses manières, je vais en citer deux à titre d’exemples : la première est le revenu de base, qui est un mouvement en lui-même, visant à soulager les musiciens d’une grosse partie de la pression que l’argent génère (et qui ne s’appliquerait pas qu’aux musiciens mais à tous). La seconde est la reconnaissance des licences libres par les sociétés de gestion de droits d’auteurs, ce qui permettait aux musiciens de ne plus craindre que leur musique ne soit plus « protégée » et ainsi de sortir de l’étau dans lequel ils sont (étau assez bien matérialisé par l’incapacité de la plupart des musiciens à prendre position clairement sur le piratage).

Comme on peut le voir la réponse à la question : « comment vit-on de la musique libre ? » est assez complexe, elle est dur à entendre quand on a 40 ans, deux enfants et un prêt immobilier sur le dos et qu’en plus on est un musicien en situation précaire.

Si je résume les paragraphes précédents, pour vivre de la musique libre, je commence par ne plus me contenter de ne faire que de la musique mais j’inscris ma musique dans un mouvement plus large de changement du monde. La plupart des artistes le font déjà en réalité, en s’investissant localement dans de l’associatif ou du culturel (ou les deux), en acceptant souvent d’être rémunéré une misère par rapport au temps passé, mais ils sont mystérieusement tout d’un coup méfiant devant le Libre qui promet, à leurs yeux, monts et merveilles alors qu’il ne propose que de généraliser partages et collaborations dans tous les domaines.

Cette méfiance n’a pas lieu d’être, car elle présuppose des « petites lignes dans le contrat », comme si les libristes cherchaient à se faire de l’argent sur le dos des musiciens ou à les arnaquer. C’est vrai aussi que parler de liberté, d’éthique, de responsabilité et de mettre tout cela sur le même plan que la commodité pratique peut aussi susciter de la méfiance, car ce sont bien souvent des notions qu’on préférerait passer sous silence plutôt que d’en parler. C’est tout à fait compréhensible, ça fait peur quand on nous dit que notre musique peut toucher le politique et l’économique concrètement par la manière dont elle va être reçu par les gens. Et qu’avoir des textes revendicatifs c’est bien, mais qu’aujourd’hui nous y sommes tous anesthésiés. Avec le Libre il n’y a pas besoin d’avoir des textes engagés pour être engagé.

Il y a certaines choses que le Libre ne nous promettra jamais : le Libre ne promet pas que ça sera facile et rapide (de vivre de sa musique), le Libre ne promet pas que tout sera automatique et que les sous vont, sans effort, tomber dans notre poche ; le Libre ne promet pas qu’ « en échange » de notre musique nous aurons plus de visibilité et une audience plus large. En bref le Libre ne nous drague pas avec des slogans publicitaires bien rodés et facile à avaler.

Voilà qui conclut l’explication longue, on peut bien sûr y ajouter les points plus concrets de la réponse courte.

Voyons enfin la réponse du cœur à la question : comment vit-on de la musique libre ? Cette réponse m’est toute personnelle et je pense que de nombreux libristes seraient fortement en désaccord avec elle. Ceci étant précisé, allons-y.

Hé bien c’est assez simple : on s’en fout !

Faire de la musique n’est plus une question d’argent depuis bientôt 15 ans, et comme dans tous les domaines de la vie, l’argent ne fait pas tout mais peut seulement accélérer les choses. Ce qui signifie du point de vue de la pratique musicale que cette question n’est pas pertinente. Cette question n’est en réalité là que pour être utiliser comme excuse pour ne pas faire de la musique libre et j’y répondrai simplement en disant qu’on s’en fout. On peut même considérer, toujours du point de vue de la pratique musicale, que c’est une problématique qui est tout à fait personnelle. Au même titre que « Vais-je manger des pâtes ce soir ou aller au restaurant ? ».

Honnêtement, ça n’est pas ma responsabilité de répondre à ce genre de question pour les autres.

De la même manière, si on souhaite se focaliser sur la partie de la question concernant uniquement l’argent, alors la question est clairement à côté de la plaque, car cela ferait beaucoup plus sens de ne pas la restreindre à la musique.

En effet la question serait plutôt : Comment fait-on, dans la société d’aujourd’hui pour subvenir à ses besoins ? Car c’est tout simplement une question qui nous concerne tous. Et ça c’est une vrai question de société, elle peut remettre en cause la notion de travail et les questions économiques qui en découlent.

Le Libre signifie souvent son soutient à des initiatives citoyennes en ce sens mais pour le savoir et s’en rendre compte encore faut-il s’y intéresser. J’entends s’intéresser à ces initiatives, ne pas avoir peur de changer ses pratiques, quelles qu’elles soient, pour remettre en question le système qui nous force à « travailler » pour gagner notre précieuse subsistance, notre droit de vivre. Et enfin ne pas avoir peur de s’allier avec les autres, même s’ils ont des avis légèrement différents, pour chercher des solutions ensemble.

En sommes, ça ne sert à rien de poser cette question si c’est pour ne pas agir concrètement plus tard, cette question est grave, car elle préoccupe l’ensemble de l’humanité. Ce qui, à titre personnel, ne me paraît pas vraiment normal.

Voilà les trois manières par lesquelles je réponds à la question : comment vit-on de la musique libre ?

Notez que j’ai volontairement fait quelques raccourcis dans la réponse longue, car celle-ci nécessiterait d’être deux ou trois fois plus conséquente afin d’exprimer clairement la totalité des enjeux auxquels s’intéresse le mouvement Libre.

Enfin le mouvement Libre, en tant que mouvement est aussi sujet aux vents et aux marées, aux avis contraires et aux divergences, c’est une manière de garder son œil critique grand ouvert. Il ne faut pas l’oublier ou se sentir découragé par ça, car c’est aussi un moyen de construire de nouvelles solutions aux problèmes qui se posent.

Edit : Où trouver de la musique libre ?

Plateformes d’hébergements/écoutes/téléchargements : archive.org, dogmazic.netfreemusicarchive.org.

Autre : thinkrootrecords.comopengameart.org

Pour quels usages ?

Les usages d’un morceaux sont indiqué par la licence, il suffit de lire le texte de la licence pour savoir ce qu’on peut faire avec la musique. Certaines clause peuvent créer des situations compliqué (Partage à l’Identique ou Non-Commercial). Mais en dehors de ça, si la licence vous donne le droit de faire une utilisation commercial, bah vous avez le droit de faire une utilisation commercial, l’auteur vous en a donner le droit.

Tags: ,

20 commentaires pour “Vivre de la musique libre”

  1. __MaX__ dit :

    Pas une question d’argent depuis 15 ans ? Tu joues sur des pots de Nutella ?

    - Instruments : abordables depuis toujours quand on cherche un peu, mais quand on grimpe en niveau on cherche du confort et de la qualité : là c’est cher.
    - MAO : Depuis 5 ans la concurrence en terme de production software est telle que les prix se sont effondrés, mais néanmoins, ce n’est pas n’importe qui qui claque 250 euros dans un VST de synthétisation FM ou 400 euros dans un séquenceur. (et je ne pense qu’à des exemples en bas de la gamme)

    Alors, oui… la musique est devenue abordable pour débuter et bidouiller. Mais dès que tu commences à envisager la possibilité d’en faire un pôle de rémunération, ça va coûter un poil de pognon, voire [insérer ici échelle de "pas mal" à "beaucoup trop"].

  2. Nomys_Tempar dit :

    Les pots de nutella coûte vachement cher pour ce qu’ils sont quand même.

    Oui, faire de la musique peut coûter cher. De là à dire que c’est obligatoirement le cas, il y a un pas que tu as l’air de franchir que je ne franchis pas, à titre personnel.

    Je peux reformuler le texte en disant: “Faire de la musique est devenu bien plus abordable depuis une quinzaine d’années.”, si ça te parait plus juste.

    Pour ce qui est “d’en faire un pôle de rémunération”, je connais des musiciens qui vivent de leur musique sans VST à 250 euros ou séquenceur à 400. C’est une question sur laquelle je pense qu’on peut trouver tout un tas d’exemples qui vont dans les deux sens et qui auront tous leur légitimité.
    Ce n’est pas n’importe qui aussi qui souhaite en faire un pôle de rémunération, si tu souhaites en faire un pôle de rémunération il me parait normal d’investir dedans. Donc oui, ça n’est pas n’importe qui, qui claque 250 euros dans un VST.
    Après c’est comme tout, c’est pas parce que t’investie beaucoup que tu vas réussir à en vivre (j’en connais aussi des musiciens comme ça).

  3. divide dit :

    C’est drôle, je suis d’accord avec toi sur de nombreux points et sur une partie de cette vision, mais il y a quelque chose qui me met mal à l’aise pris dans la totalité.
    Je crois que j’aime beaucoup cet aspect libre/hors norme/partage mais qu’il ne faut surtout pas, mais alors surtout pas l’aborder sous l’angle de l’argent, et désamorcer cette question des le début et pas à la fin de l’exposé. Le libre c’est une philosophie plus qu’un manuel pratique ou une solution clé en main, et la question de l’argent est à ce stade une thématique complètement déconnectée.

  4. Bloodoctrine dit :

    Article intéressant sur un sujet que je connais finalement assez peu.

    Pour ce qui est de la question de l’argent en ce qui me concerne, ne travaillant que sur software le coût est assez réduit, tout du moins lorsque j’ai commencé à bidouiller. Hormis l’achat de base d’un logiciel MAO et un clavier pas trop cher, on trouve bon nombre de VST gratuits de qualité pour faire ses premiers pas.
    Cela étant, dès qu’on se retrouve limité dans sa création et que le besoin de confort et de qualité se fait sentir, les prix montent assez haut, voir très haut lorsque l’on a un compte en banque aussi maigre que le mien.

    Cela étant, je ne suis pas un très bon exemple, enfin je ne crois pas. Ayant signé sur différents labels indépendants depuis deux ans, je n’ai effectivement pas trop ce souci de postprod (mastering), communication, (encore que si je ne faisais rien de mon côté ce serait pas non plus la folie) etc, que des artistes “libres” doivent gérer.
    Après, les labels sur lesquels je suis sont dit “underground”, gérés uniquement par une seule personne avec un public mondial qui même s’il est assez important dans ces branches de musique, reste anecdotique pour 99% de la population.
    Je ne touche de l’argent que si la thune des achats de mes tracks ou EP remboursent les frais de mastering, promo, artwork (même si je paye moi même des artistes pour mes artworks), ce qui fait que depuis deux ans, je ne touche absolument rien.

    Et je dois dire que je m’en tamponne un peu en fait. Vivre de son art c’est un peu la croix et la bannière, ça l’a un peu toujours été selon moi à partir du moment où tu ne fais pas un truc qui rentre dans un moule où que tu n’as pas les relations qui vont bien.
    Je sais pertinemment que je ne vais pas vivre de ma musique, et si cela arrive, ce ne sera pas avant très longtemps, énormément d’investissement personnel, financier etc. Le plus important étant pour moi de croire en ce que je fais, et de franchir les étapes une à une.
    Pouvoir gagner en notoriété et arriver à me produire devant un public étant ma première motivation. Je suis bien conscient que d’être sur des labels reconnus dans un certain milieu aide beaucoup, je le vois très bien depuis que j’ai signé sur l’un d’entre eux, ça a grimpé en flèche (toute proportions gardées).

    Bref, j’ai un peu du mal à saisir le concept d’argent dans tout ce mouvement libre (peut être que je ne comprends juste pas ce que c’est finalement, bête comme je suis!) , j’aurai tendance à penser comme divide et à donc écarter complètement l’argent du libre.

  5. Nomys_Tempar dit :

    Merci pour vos commentaires les gars.

    @ divide :
    Il y a des domaines où le libre est une solution clef en main (ubuntu par exemple), mais effectivement le libre est plus une philosophie.
    Pourquoi ne pas l’aborder sous l’angle de l’argent ? Cet article se met au niveau des musiciens auquel je fais référence au début, ceux qui parlent d’argent. Car si on veut qu’un jour qu’ils soient aussi partie prenante de cette philosophie il faut que le libre s’intéresse à leurs préoccupations. Et l’une des principale préoccupation du musicien “professionnel” c’est l’argent.
    L’argent ça n’est pas sale, il faut en parler et il faut être conscient qu’effectivement le rapport à l’argent peut modeler le rapport au partage des musiciens (le partage sous conditions par exemple). Il s’agit aussi de dédramatiser le rapport à l’argent en soulignant le fait que libre ou non les problématiques financière sont quasiment les mêmes. Et donc, que oui l’argent est une thématique déconnectée, mais j’essaie d’être pédagogue sur ce coup.

    @ Bloodoctrine :
    Au contraire tu es un excellent exemple je trouve, ta réflexion est assez proche de la mienne sur le business musicale (label, comm, etc). Sauf que je pense que c’est faisable de vivre de son art, faut juste prendre son temps (et ça c’est pas facile).
    Sur le concept d’argent, et pour ne pas me répéter par rapport à ma réponse à Divide, il faut en parler et la connecter au libre car les sociétés de gestions de droits d’auteurs (SACEM) et les lobbys associé, eux, ils en parlent. C’est une des raisons pour laquelle la musique libre est invisible dans les médias et donc auprès du grand public.
    Ne pas en parler ou l’évacuer est aussi, à mon avis, une manière d’esquiver le fait que le libre participe aux solutions qui permettent de rémunérer les artistes. Le libre c’est pas des barbus qui vivent d’amour et d’eau fraîche dans leurs garages, pendant que les lobbys s’engraissent. L’aspect militant est assez important quand même…

  6. Bloodoctrine dit :

    Merci pour ton éclairement sur ce point, je saisis déjà mieux ton article, notament sur le fait de ne pas faire de la rémunération un taboo :)
    En effet, prendre son temps c’est le principal, après 8ans à m’investir dans ce milieu musical, ce n’est que maintenant que je récole quelques fruits, le tout étant de rester constant et d’y croire, si tu ne fais pas de la merde y’aura toujours une chance pour que ça marche un jour.

  7. __MaX__ dit :

    Oui d’ailleurs excuse moi pour la réponse de but en blanc : bon article, c’est rare de traiter le sujet.

    Mais par rapport à ce que dit Bloodoctrine, c’est là que ton article est paradoxal. Blood ne fait pas de la musique libre et ne vit pas de sa musique. Pour ma part, je n’en vis pas non plus, ça n’est qu’un complément à la rémunération de mon travail quotidien.

    Et donc dire que sans dépenser tu peux vivre de la musique libre cela me semble complétement impossible. A moins que tu ais des exemples bien spécifiques, je ne vois pas comment tu peux manger à ta faim sans avoir une prod carrée qui va être “consommée” par un public spécifique (admettons par exemple des gens qui font des audio book ou de la musique de background pour du web / tv etc…). Qui dit donc prod carrée dit investissement.

    En fait, ça fait plutôt critique sous-jacente du système de droits lié à la musique qu’un réel moyen pour vivre de sa musique “libre”.

    De toute façon il faut être honnête, j’ai des amis qui composent pour le cinéma, d’autres qui sont dans des groupes de métal extrême et tournent à l’international… tous galèrent niveau thunes. Et là on ne parle pas de libre. Il n’y a que le “Top 50″ et les très grosses figures des scènes underground qui se font du pognon à en crever.

    Et c’est pour ça que je rejoins parfaitement Blood : “Et je dois dire que je m’en tamponne un peu en fait. Vivre de son art c’est un peu la croix et la bannière…”.

    J’y ajouterais juste que je fais de la musique parce que ça me fait vibrer avant tout. Mais aussi que j’aime le fait que pendant 3, 4 ou 5 minutes, une personne a complétement oublié tout le reste pour écouter ça. Que la musique soit libre ou non, rémunérée ou non. Rien que ça… ça me satisfait.

  8. Bloodoctrine dit :

    Bon dieu c’est beau ce que tu dis. Bisou mouillé.

  9. Nomys_Tempar dit :

    @ _MaX_ :
    J’ai jamais dit “sans dépenser” ou pire encore “gratuitement”, j’ai dit que l’argent n’est pas un problème pour faire ou non de la musique. En revanche, tu le soulignes et mon article aussi: TOUS les musiciens galèrent financièrement. Cela signifie juste que les musiciens préfèrent souvent se serrer la ceinture et faire de la musique plutôt que de vivre dans un certain confort sans en faire (mon cas par exemple). Tu vas leur dire quoi ? d’arrêter car ils ont pas de sous de toute manière ? Non ! Donc la question de l’argent nécessaire à faire de la musique n’est pas pertinente vu que tous les musiciens “s’en foutent”, celle de la rémunération beaucoup plus (et surtout car elle ne s’adresse en fait, pas qu’aux musiciens).
    Quelque part tu as bien lu mon article (malgré ta propension à vouloir croire que je viens du pays des bisounours), cet article n’est pas une solution clef en main pour faire de la musique libre et en vivre, c’est une explication visant à dire qu’un musicien libre est dans les mêmes conditions financières qu’un musicien pas libre.
    Alors pourquoi ne pas être libre ?
    Il faut répondre à cette question en ayant conscience que l’argument financier est une excuse et pas un argument du tout.

    Enfin, Bloodoctrine (désolé tu es un bon exemple ;) est beaucoup plus libre que ce que tu as l’air d’en dire (en tout cas sa musique:) :
    https://glitchytonicrecords.bandcamp.com/album/rooftop-stories-59
    http://www.ektoplazm.com/free-music/neuronod-rooftop-stories
    Les licences Creatives Commons sur ces pages sont pas là pour faire jolie… C’est du libre !

  10. Grendel dit :

    Pour vivre de sa musique, il faut que les revenus générés par cette dernière dépassent la somme des coûts fixes et variables dans lesquels vous pouvez également inclure l’épargne et les provisions d’investissement en matos et autres frais futurs.

    Cela implique plusieurs choses triviales et une très importante :
    - il faut panacher les sources de revenu (ventes, concerts, meet&greet…)
    - il faut avoir un public.

    Indépendamment de la qualité des oeuvres produites, qualité dont on peut présupposer qu’elle est un prérequis à l’adhésion d’un public, il est question de l’acquisition dudit public. Cette acquisition passe pas la notion de dissémination.

    Or c’est là que les moyens employés altèrent dramatiquement la rapidité, la qualité et la pérennité de l’acquisition.

    Si vous voulez répondre à la question “comment vivre de la musique libre”, il faut vous demander en premier lieu comment acquérir un public qui consommera vos diverses sources de revenu de façon rapide, qualitative et pérenne.

    C’est très précisément sur ce point que les intermédiaires entrent en jeu. Diffuseurs, producteurs, tourneurs, etc. etc. etc.

    A ma connaissance, ils n’existent pas de manière aussi impactante dans le libre que dans le copyright. Et c’est probablement là l’erreur. Le logiciel libre est rémunérateur principalement sur le service qui lui est associé.

    Il est parfaitement concevable d’organiser un pool de compétences genre Scop pour l’optimisation de l’acquisition de public sur la base d’une mutualisation des compétences de chacun dans son métier pour promouvoir les oeuvres publiées en libre.

    La question devient alors : quelle est la différence avec un label ? Toute diffusion avec un tiers sera soumise à la question de la propriété des droits de diffusion, exigés par tous les diffuseurs aujourd’hui (façon pot de terre contre pot de fer).

  11. firekorn dit :

    Le truc, c’est que tu peux publier de la musique sous licence “libre” type Creative Commons et avoir un label qui gère la communication/diffusion etc.. C’est pas incompatible, mais les label (ou tous tiers en général) qui acceptent de gèrer de la licence libre sont probablement bien plus rare pour plein de raison pas toujours bien rationnel.

  12. Nomys_Tempar dit :

    @ Grendel :
    De ce que j’ai pu constater, la situation est telle que décrite par firekorn, les labels (ou les autres tiers) ne font pas cet effort car “il n’y a pas de modèle économique”, car “il faut protéger la musique” (question qui n’est pas vraiment leur problème à la base), et pour encore d’autres raisons, comme par exemple car ils ont peur d’un engagement politique (en ce retranchant derrière le fait qu’ils ne font “que” de la musique). Même car ils doutent tout simplement que ça puisse “marcher”. Sinon ils trouvent que c’est “trop compliqué” (les licences libres) et ont du coup un comportement très “consumériste” avec leur pratiques (rôdées depuis 20 ans) : rester à la SACEM c’est quand même plus simple, tu comprends (alors qu’elle est considérée par beaucoup comme un “mal nécessaire”). Ils préfèrent souvent râler sur leur statut d’intermittents plutôt que d’agir politiquement avec leur pratiques, ce qui est le comble.

    Bloodoctrine est encore un bon exemple que c’est possible : il est sur 2 labels !
    Des labels de musique libres il y a et ils font tous ce dont tu parles (ex : l’AMMD http://ammd.net/ ou les chemins de traverses : http://www.lescheminsdetraverse.net/ ). Mais il n’y en a pas assez pour faire une différence actuellement.

    Edit : je ne sais pas si j’ai répondu ou pas, Grendel.

  13. __MaX__ dit :

    Je comprends où tu veux en venir, alors du coup c’est plutôt la signification exacte de “vivre” qu’il faut définir.

    Quand je disais que les zikos que je connais galèrent, j’aurais dut être plus clair : ils ne sont pas millionnaires… généralement il ont un niveau de vie moyen, et parfois, certains mois sont difficiles à boucler. Mais là on parle déjà d’un salaire/revenu net qui oscille entre 1000 et 2000 euros. C’est pas un état de subsistance / survie.

    Et donc, si tu fais un salaire assez faible (inférieur à 1k), ça n’est plus “vivre” pour ma part. C’est survivre si tu veux. Beaucoup d’artistes peintres, sculpteurs le font. Mais pour n’importe qui quand tu parles de “vivre”, c’est un salaire suffisant pour ne pas avoir à lutter tous les jours sur les impondérables quotidien.

    Et c’est là que l’aspect libre me fait tiquer un peu : je ne vois pas comment tu peux produire de la musique libre et générer un salaire de minimum 1k par mois. Est-ce-que tu peux me dire comment tu bosses ? sur quoi comme projet ? Qu’est-ce-qui identifie la musique libre aujourd’hui ( où en trouver, pour quel utilisation etc ). Quelle est la source de revenu la plus facile dans ce cas de figure ?

    Quant à l’argument financier, excuse moui… je sais pas trop. Déjà en te mettant en règle pour produire de la musique c’est une putain de galère infinie. Et encore, pour ma part comme je n’adhère pas à la SACEM c’est “un peu” moins chiant. La SACEM pour des auteurs français c’est vraiment une putain de plaie… surtout pour le jeu vidéo. Les anglo-saxons ne veulent absolument pas entendre parler de ça.

    Donc je n’imagine même pas dans le libre comment ça doit être une galère infinie pour produire dans des cas identique qu’à de la musique avec droits. D’ailleurs je ne pense pas que tu puisses bosser dans le jv par exemple. Les éditeurs veulent les droits complets pour en faire du produit dérivé, ça serait à l’opposé de leur objectif d’acheter de la musique libre.

    C’est pour ça que je crois qu’il ne faut pas se restreindre à un aspect spécifique de la musique. Tu peux produire de la zik sous licence et aussi produire de la musique que tu distribues librement. Dans un cas, ça sera pour un projet spécifique (film, jv…) dans un autre c’est entre les mains des auditeurs et de ceux qui veulent en faire quelque chose librement (modifier, exploiter).

    Pour ça en France, ça implique aussi que tu ne sois pas inscrit à la SACEM car la cession de la gestion droits est rétroactive et prospective (toute musique que tu as produit dans le passé et produiras dans le futur leur appartient). C’est la mécanique qui me rebute le plus à ce sujet, et c’est probablement pour ça que je n’y serais jamais et que je trouverais des moyens alternatifs pour gérer les droits si besoin.

  14. Nomys_Tempar dit :

    __MaX__ a dit :
    Je comprends où tu veux en venir, alors du coup c’est plutôt la signification exacte de “vivre” qu’il faut définir.
    Quand je disais que les zikos que je connais galèrent, j’aurais dut être plus clair : ils ne sont pas millionnaires… généralement il ont un niveau de vie moyen, et parfois, certains mois sont difficiles à boucler. Mais là on parle déjà d’un salaire/revenu net qui oscille entre 1000 et 2000 euros. C’est pas un état de subsistance / survie.
    Et donc, si tu fais un salaire assez faible (inférieur à 1k), ça n’est plus “vivre” pour ma part. C’est survivre si tu veux. Beaucoup d’artistes peintres, sculpteurs le font. Mais pour n’importe qui quand tu parles de “vivre”, c’est un salaire suffisant pour ne pas avoir à lutter tous les jours sur les impondérables quotidien.

    Ça, moi c’est ce que j’entend par vivre, j’habite dans la grande ville qui a les loyers les moins cher de France, ça doit être pour ça…. Sans rire pour moi “vivre” en France c’est entre 1 000 et 2 000 euros par mois pour une personne seul.

    __MaX__ a dit :
    Et c’est là que l’aspect libre me fait tiquer un peu : je ne vois pas comment tu peux produire de la musique libre et générer un salaire de minimum 1k par mois. Est-ce-que tu peux me dire comment tu bosses ? sur quoi comme projet ?

    Aujourd’hui, on peut pas. Pas car c’est impossible, mais car les professionnels/intermédiaires/éditeurs ne nous laissent pas faire. Ce qui est très anormal à mon avis.

    __MaX__ a dit :
    Qu’est-ce-qui identifie la musique libre aujourd’hui ( où en trouver, pour quel utilisation etc ). Quelle est la source de revenu la plus facile dans ce cas de figure ?

    Ce qui identifie la musique libre c’est la licence, ou si il n’y a pas de licence un texte de l’auteur explicitant les usages de la musique (ces usages doivent au minimum être pouvoir écouter la musique et la diffuser dans un cadre non-commercial). Où en trouver, pour quels utilisations ? J’éditerai mon article avec des liens demain.
    La source de revenu, ha ha ha (hum). Aucune, comme l’a justement dit Grendel : il faut diversifier les sources de revenus.

    __MaX__ a dit :
    Quant à l’argument financier, excuse moui… je sais pas trop. Déjà en te mettant en règle pour produire de la musique c’est une putain de galère infinie. Et encore, pour ma part comme je n’adhère pas à la SACEM c’est “un peu” moins chiant. La SACEM pour des auteurs français c’est vraiment une putain de plaie… surtout pour le jeu vidéo. Les anglo-saxons ne veulent absolument pas entendre parler de ça.
    Donc je n’imagine même pas dans le libre comment ça doit être une galère infinie pour produire dans des cas identique qu’à de la musique avec droits. D’ailleurs je ne pense pas que tu puisses bosser dans le jv par exemple. Les éditeurs veulent les droits complets pour en faire du produit dérivé, ça serait à l’opposé de leur objectif d’acheter de la musique libre.
    C’est pour ça que je crois qu’il ne faut pas se restreindre à un aspect spécifique de la musique. Tu peux produire de la zik sous licence et aussi produire de la musique que tu distribues librement. Dans un cas, ça sera pour un projet spécifique (film, jv…) dans un autre c’est entre les mains des auditeurs et de ceux qui veulent en faire quelque chose librement (modifier, exploiter).
    Pour ça en France, ça implique aussi que tu ne sois pas inscrit à la SACEM car la cession de la gestion droits est rétroactive et prospective (toute musique que tu as produit dans le passé et produiras dans le futur leur appartient). C’est la mécanique qui me rebute le plus à ce sujet, et c’est probablement pour ça que je n’y serais jamais et que je trouverais des moyens alternatifs pour gérer les droits si besoin.

    Sur la galère que ça représente de se mettre en règle pour produire de la musique, peux-tu donner des précisions je ne vois pas de quoi tu parles exactement ?
    Tu n’es pas à la SACEM ? Je suis ravi de l’apprendre car tu es dans l’exacte situation d’un musicien libre (sauf que tu n’es pas libre). C’est-à-dire que les galères que tu as, sont les même que celles auxquelles je suis confronté moi. Pour prendre un exemple : nos morceaux ne peuvent pas passer sur les radios françaises, car ces radios préfèrent souvent faire un gros chèque à la SACEM et ne pas faire pleins de petits chèques tous les mois à tous les groupes indépendamment les uns des autres. La seul différence entre toi et un musicien libre (qui place ça musique sous licence libre), c’est que d’un point de vue extérieur, il y en a un qui est engagé (du moins son oeuvre) dans une action (participer au libre, bla bla bla) et l’autre qui ne l’est pas. C’est tout.
    Tu parles de “moyens alternatifs pour gérer les droits” : le libre s’en est !
    Dans le jeux vidéo c’est effectivement une autre histoire, les musiciens s’y font totalement exploiter et oui tu as raison les entreprises n’ont aucun intérêt à utiliser du libre. Je suis d’accord avec toi sur le fait de savoir faire une balance entre des contrats copyright et de la musique sous licences libres pour d’autres usages. C’est, à mon avis, un entre deux qui n’est pas parfait, mais qui ferais déjà avancer les choses.

    Tiens, d’ailleurs je suis curieux, quand Streumon à diffusé l’ost de EYE, comment ça s’est passé pour toi ?
    Tu me diras si je me goure, mais quand on va là : http://eye.streumon-studio.com/index.php?page=music
    On voit les morceaux téléchargeable, et en bas de la page le footer indique “All rights reserved.”, ce qui sous entend que, techniquement je peux télécharger les morceaux mais que je ne peux ni les écouter, ni les faire écouter. Moi en tant que créateur ça me pose question de créer des situations dans lesquels mes auditeurs ne savent pas ce qu’ils peuvent faire ou pas faire avec ma musique… Encore une fois cette mention “Tous Droits Réservés” est pas là pour faire jolie, elle est, en droit français, assez définitive et plutôt explicite. Ce qui rejoins la question du piratage mentionnée dans l’article, en tant qu’auditeur comment je fais ?

  15. Grendel dit :

    Je dis peut-être une bêtise, mais il me semble que le ARR en musique c’est une convention pour ne pas exploiter commercialement ou artistiquement l’oeuvre. Ca ne veut pas dire que ce n’est pas écoutable. Le fait qu’une musique se soit pas duplicable, ce n’est pas liée à l’ARR, mais à la loi.

  16. __MaX__ dit :

    Oui je pense qu’on peut s’en sortir avec une moyenne de 1.4/1.5k net par mois. Plus tu te rapproches de 1k plus ça devient tendu quand même. Le smic est quand même à 1100 net… m’enfin bon bref ! on est d’accord sur ce que quelqu’un doit rentrer pour “vivre” :)

    Effectivement c’est assez anormal que le système ne fonctionne pas au libre. Mais c’est comme à peu près tout… quand tu raques tu as envie de “posséder”. Mécaniquement le libre ce n’est pas comme ça. Ce qui implique que admettons “Nomys_Tempar Zimmer”, grand compositeur libre en vogue… quand il facture 150k ses deux minutes de musique ; la boite en face elle l’aurait un peu mauvaise que ce même morceau puisse être exploité à n’importe quel escient par n’importe qui par la suite. Parce que c’est ce qu’implique le libre.

    C’est tout le système d’exploitation musical qu’il faudrait remettre en cause et en plus l’homogénéiser puisque c’est différent d’un continent à l’autre.

    Sinon un texte de l’auteur qui restreint l’utilisateur à écouter ou à exploiter la musique que dans un cadre non-commercial c’est quand même plus très très libre :]

    Pour ce qui est des précisions pour se mettre en règle c’est pas dur : tu prends internet (en imaginant que tu ne connais pas le domaine) et tu cherches des informations sur la manière dont créer un statut pour un auteur-compositeur. Je te mets au défi de trouver explicitement des sites institutionnels qui expliquent clairement qui contacter, où, quand, comment. Quels frais cela va impliquer et quelles démarches tu vas devoir faire.

    C’est pas dur, quand j’ai contacté les impôts directement en désespérant, je citais les articles de lois à la gonzesse à l’autre bout du fil tellement elle était incapable de me répondre ou de me rediriger vers l’organisme compétent… et au final elle ne m’a pas beaucoup plus aidé.

    Sinon Grendel à raison, tu peux bien entendu écouter la musique et surtout dans ce cas de figure la distribuer à tes potes puisqu’elle est de toute manière en accès libre.

    Mais EYE c’est un cas de figure particulier. J’étais Streumon à l’époque, on bossait tous depuis très longtemps sur le projet, donc tout produit artistique pour le jeu était par conséquent la propriété de Streumon. J’ai juste demandé que si un jour Streumon venait à disparaitre légalement parlant, que tous les droits me reviennent automatiquement.

    La BO de EYE a été distribuée gratuitement pour que les gens en profitent. Aujourd’hui j’imagine que si quelqu’un demandait au studio de l’exploiter ça ne serait clairement pas un problème. Après te dire s’ils monétiseraient ça ou pas j’en ai aucune idée.

  17. Nomys_Tempar dit :

    __MaX__ a dit :
    Effectivement c’est assez anormal que le système ne fonctionne pas au libre. Mais c’est comme à peu près tout… quand tu raques tu as envie de “posséder”. Mécaniquement le libre ce n’est pas comme ça. Ce qui implique que admettons “Nomys_Tempar Zimmer”, grand compositeur libre en vogue… quand il facture 150k ses deux minutes de musique ; la boite en face elle l’aurait un peu mauvaise que ce même morceau puisse être exploité à n’importe quel escient par n’importe qui par la suite. Parce que c’est ce qu’implique le libre.
    C’est tout le système d’exploitation musical qu’il faudrait remettre en cause et en plus l’homogénéiser puisque c’est différent d’un continent à l’autre.

    Tout à fait ! En France la SACEM ne comprend pas qu’un auteur puisse publier des choses propriétaires pour pouvoir remplir son frigo et le lendemain faire de la musique libre… Pour les entreprises qui payent les auteurs ça n’est pas le même problème pour moi, j’en reparle plus bas.

    __MaX__ a dit :
    Sinon un texte de l’auteur qui restreint l’utilisateur à écouter ou à exploiter la musique que dans un cadre non-commercial c’est quand même plus très très libre :]

    Là tu commets une erreur courante, celle de penser que “libre” pour la musique = “libre” pour un logiciel. En l’occurrence, pour moi, le logiciel et la musique ne sont pas du tout les même types de médiums et donc les 4 lois du logiciel libre ne peuvent s’appliquer à la musique de par la nature même du médium. C’est pour ça qu’avoir une autorisation de copie et un usage non-commercial c’est déjà pas mal à mon avis (là-dessus je suis bien plus modéré qu’il y a quelques années). Mais c’est clair que plus c’est libre mieux c’est dans l’absolu.

    __MaX__ a dit :
    Pour ce qui est des précisions pour se mettre en règle c’est pas dur : tu prends internet (en imaginant que tu ne connais pas le domaine) et tu cherches des informations sur la manière dont créer un statut pour un auteur-compositeur. Je te mets au défi de trouver explicitement des sites institutionnels qui expliquent clairement qui contacter, où, quand, comment. Quels frais cela va impliquer et quelles démarches tu vas devoir faire.
    C’est pas dur, quand j’ai contacté les impôts directement en désespérant, je citais les articles de lois à la gonzesse à l’autre bout du fil tellement elle était incapable de me répondre ou de me rediriger vers l’organisme compétent… et au final elle ne m’a pas beaucoup plus aidé.

    Ça j’imagine bien que c’est le bordel, je pense qu’il y a pleins de solutions “simple” : techniquement tu peux demander des contrats CDD (peut-être que ça revient cher à l’employeur, je sais pas…), monter une asso et te faire rémunérer via elle (GUSO, etc.) ou le statut d’auto-entrepreneur. Mais là on est plus dans le domaine du droit d’auteur ou du libre, on est dans la paperasse française. Être libre ou pas n’a pas d’incidence sur la galère que c’est.

    __MaX__ a dit :
    Sinon Grendel à raison, tu peux bien entendu écouter la musique et surtout dans ce cas de figure la distribuer à tes potes puisqu’elle est de toute manière en accès libre.
    Mais EYE c’est un cas de figure particulier. J’étais Streumon à l’époque, on bossait tous depuis très longtemps sur le projet, donc tout produit artistique pour le jeu était par conséquent la propriété de Streumon. J’ai juste demandé que si un jour Streumon venait à disparaitre légalement parlant, que tous les droits me reviennent automatiquement.
    La BO de EYE a été distribuée gratuitement pour que les gens en profitent. Aujourd’hui j’imagine que si quelqu’un demandait au studio de l’exploiter ça ne serait clairement pas un problème. Après te dire s’ils monétiseraient ça ou pas j’en ai aucune idée.

    Merci de l’éclaircissement, je me demande toujours ce que négocient les auteurs quand leur travail est diffusé gratuitement.
    Le ARR est bien une convention (pas un droit, l’auditeur n’a aucune garantie, ça serait trop simple), mais c’est une convention du copyright, pas du droit d’auteur français. Une exception lié à la communication sur internet à en revanche été ajouter au code de la propriété intellectuelle en 2006 : “La reproduction provisoire, transitoire ou accessoire”, pour ne pas que la copie dans le cache d’un ordinateur puisse être considéré comme un délit. Effectivement le ARR n’est pas tellement un soucis, c’est plutôt la zone de non-droit remplie par la “gratuité” qui fait flipper.
    Quand une entreprise paye “Nomys_Tempar Zimmer”, 150k pour 2min de musique effectivement elle s’attend a pouvoir en avoir un usage exclusif. Mais si cette musique se retrouve dans une ost vendu en digitale, si l’auteur donne son accord (droit moral), elle pourrait très bien être libre, rien ne l’empêcherait. Étant donner qu’elle va se retrouver sur les réseaux du mal 5min plus tard, l’auteur pourrait ainsi régler le problème posé par le piratage. L’entreprise ne ferait pas moins de profits, vu qu’elle a toujours les droits exclusifs (notamment la possibilité de “couper les vannes” ou non). Bref, il y a des possibilités, oui les entreprises ne veulent pas faire d’efforts là-dessus. Et oui cela suppose des gros changements de mentalités, mais c’est aussi ce dont parle l’article : le libre c’est un mouvement global de changement, son impact sur un domaine spécifique détaché des autres domaines est forcément limité. Après la question c’est aussi juste de savoir si on veut que la situation change ou pas. se dire que l’impact personnel ne change rien car les entreprises n’ont pas d’intérêt à faire que les choses changent, ça me semble être le meilleur moyen pour ne rien faire…

  18. __MaX__ dit :

    Conclusion, on en revient toujours à la même chose : il faudrait faire changer les mentalités. Sauf qu’avec notre société et la manière dont elle est régie avec le pognon ça va être super difficile.

    Tu rajoutes à ça la couche “légale” qui varie d’un pays à l’autre, c’est le pire des domaines professionnellement parlant… surtout pour les auteurs compositeurs.

    ‘fin ceci dit, tu vois certains sorties de Bluray qui sont reculées voire annulées à cause des groupes présents sur la BO parce que la gestion des droits est merdique au possible dans le pays ciblé. C’est tout aussi foireux.

    Sinon tu peux négocier à peu près tout ce que tu veux sur un contrat, si les parties se mettent d’accord bien entendu.

  19. firekorn dit :

    Ben le libre est justement moins bougeant d’un point de vue légale que le copyright traditionnel car le libre refuse la législation du copyright du pays et créer ses propres limites. Dans le cas où quelqu’un utilisera du Creative Commons il est alors plus simple de le gérer dans le monde entier que quelqu’un qui se base sur le copyright législatif qui varie énormément suivant les pays.

    Même si ça signifie que le libre peut aussi être bien plus complexe, mais je doute que ce soit dans l’intérêt de qui que ce soit de rendre le libre plus compliqué car ça ne peut que freiner son utilisation.

    C’est pour ça que j’aime bien l’exemple de Creative Commons car c’est clair, simple et efficace et permet d’avoir une base solide de droit ET ça coûte rien d’utiliser un petit logo. Puis c’est disponible sur les plateformes comme Soundcloud et Youtube et ça c’est cool.

  20. Nomys_Tempar dit :

    @ __MaX__ :
    Comme firekorn le dit, il existe beaucoup de licences libres internationales (les CC4, la LAL, les GPL, etc..) qui vont simplifier les choses au niveau de la gestion du droits d’auteurs.
    Pour ton cas, vu que tu n’es pas à la SACEM, le seul truc que ça peut véritablement changer c’est que le libre donnerai une certaine transparence à ta musique vis-à-vis de tes auditeurs. Ça peut aussi ajouter de la flexibilité ou un appuie de négociation avec des sociétés (pour ton travail de compositeur pour le jeu vidéo).

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté avec votre compte Wefrag pour publier un commentaire.