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le blog de Lion2.

Ce que je pense de Steam Greenlight

Lorsque Greenlight fut annoncé, ce n’était pour moi qu’une simple curiosité, une initiative intéressante mais qui n’avait rien de révolutionnaire. Et surtout je ne me faisais pas de soucis, Valve a prouvé par le passé qu’ils ont généralement de bonne idées et qu’ils savent les implémenter et les vendre correctement.

C’est pourquoi je fus vraiment stupéfait de tout le boxon qu’a généré le service à sa sortie. Puis le frai d’entrée de 100$ et le raz-de-marée qu’il a provoqué dans la scène indé a finit de m’achever.

Heureusement, je crois sincèrement qu’il n’y a rien de grave dans toute cette histoire et que cela est simplement du au fait que les gens n’ont pas comprit ou ont oubliés ce qu’est Valve, ce qu’est Steam et surtout à quoi sert Greenlight (je concède que Valve n’a pas aidé sur ce dernier point).

Steam est surfait

Les PCs et les Macs sont les seuls plateformes où l’on peux encore choisir où et comment vendre son jeu. On voit assez souvent des développeurs se plaignant du choix qu’il n’ont pas lorsqu’il s’agit de vendre leur jeux sur mobile ou console. Les joueurs ne sont pas en reste lorsqu’il s’agit de se plaindre des services propriétaires (Origin, UPlay…) par lesquels ils sont obligés de passer pour acheter certains gros titres sur PC. Mais le fait est qu’il semble que la plupart de ces développeurs qui ont choisis d’être indé justement pour avoir le choix et dans un sens communiquer cette liberté au travers de leur jeu veulent se limiter eux-même à distribuer leur jeu uniquement sur Steam. Valve est une super compagnie qui ne traite pas ses clients comme des moutons, mais je pense vraiment que si Steam était le seul portail disponible sur PC, nous ferions sérieusement la gueule.

Il existe tellement d’autres portails que Steam : votre site web, Desura, Indievania, IndieCity, GreenManGaming, GamersGate, Impulse… C’est précisément parce que tout le monde veut être sur Steam que Valve se doit d’être sélectif. Ce qui n’est pas le cas des autres portails sur lesquels il est plus facile d’être publié. Profitez de cette opportunité maintenant, il vous sera toujours possible d’être sur Steam par après !

Alors oui être sur Steam est commode, car *tous ceux* qui sont intéressés par le jeux vidéo PC ont un compte Steam. Pour cette même raison, ce n’est pas un problème de n’être vendu que sur Steam. C’est également vrai que *certains* joueurs n’achèteront pas un jeu donné à moins qu’ils ne soit disponible sur Steam. Mais je ne pense pas honnêtement qu’il y en ait tant que cela.

Le point le plus important et qui va à l’encontre de ce qu’il semble bien être une légende urbaine est que ce n’est pas parce qu’un jeu est sur Steam qu’il sera découvert et acheté. Steam dispose déjà d’une bibliothèque de plusieurs milliers de titres mais que peu de critères pour filtrer/rechercher des jeux. Ne comptez pas sur Steam pour qu’un jeu inconnu soit découvert. D’autre part, un jeu pourri ne se vendra pas -que ce soit sur Steam ou n’importe quel autre portail- parce que les gens veulent acheter des jeux de qualité (exception faite des bundles et des soldes Steam à -75%).

Un jeu se vendra n’importe où si il est suffisamment bon. En revanche, si ce n’est pas le cas, il ne se vendra pas, même sur Steam. Arrêtez donc de penser à Steam comme si c’était “le seul, le vrai, l’unique” portail. Vous pouvez trouver le succès sans Steam (Minecraft en est un bon exemple, je pense).

Greenlight n’est pas le Saint Graal du jeu indé

J’ai bien eu l’impression que Greenlight était attendu par la scène indé comme un messie qui résoudrai tout les soucis ou qui ferait en sorte que tous les jeux indés soient désormais sur Steam (ce qui reviendrai au même, selon certains).

Et c’est bien ça ce qui me dérange le plus : les gens pensaient que Greenlight était quelque chose de complètement différent de ce que Valve a dis qu’il serait. Je cite Gamasutra dans un article de début juillet :

Steam Greenlight permet aux développeurs de soumettre leur jeu aux utilisateurs de Steam qui peuvent en retour soutenir ceux qu’il préfèrent. Valve évaluera ensuite les jeux les plus populaires et ceux qui seront approuvés deviendront disponible sur Steam.

Greenlight n’est qu’un service qui trie les jeux par popularité. Valve utilise ce service à son avantage en ne jugeant que les jeux en haut du classement pour estimer (toute popularité mise à part) si ils sont “suffisamment bon pour Steam”. Greenlight non seulement réduit drastiquement le nombre de jeux que Valve évalue, mais en plus il présélectionne ceux qui *a priori* se vendront le plus. C’est pour ça que Greenlight a été conçut, et pour rien d’autre.

Donc pour être sur Steam, vous devez prouver (plus qu’auparavant) que votre jeu sera rentable parce que vous avez d’ors et déjà une très large audience prête à l’acheter. Sans mystère, vous devez être connu et reconnu afin d’atteindre le top de Greenlight.

Steam n’est pas un service publique et Valve ne vous doit rien

Valve et Steam sont devenus tellement omniprésents dans le monde du jeu PC que les gens ont oubliés ce qu’il sont : Valve est une compagnie privée qui cherche à faire de l’argent en vendant des jeux rentables sur Steam. Steam est un business, et non un service de publication caritatif !

Valve ne vous doit pas une place sur Steam juste parce que qu’il s’y trouve déjà des jeux indés ou parce que certains ne sont pas aussi bon que le votre (il y a quelque grosses merdes sur Steam, et Greenlight est aussi censé remédier à cela) ou encore parce que votre jeu est similaire à certains qui y sont déjà.

Cessez de blâmer Valve/Steam/Greenlight pour ne pas être que ce vous voudriez qu’il soient !

Le frais d’entrée de 100$ et pourquoi ce n’est en fait pas un problème

Je rappelle encore une fois que Valve est une compagnie qui veut gagner de l’argent au travers de Steam et que Greenlight est un concours de popularité. Sachant cela, comment comptez vous gagner à un concours de popularité ou être suffisamment rentable pour Steam si votre jeux n’est pas assez bon pour vous rapporter 100$ par lui-même ? Il ne sert tout simplement à rien d’être sur Greenlight (ou plus exactement de vouloir être publié sur Steam) si votre jeu est trop mauvais, ou que vous êtes trop mauvais en marketing, ou que votre communauté trop petite pour vous rapporter 100$ par les ventes du jeu ou par des donations de fans. Problème réglé !

Ce qui m’a le plus choqué dans toute l’histoire, c’est quand on clame que ce frais d’entrée est injuste parce que certains développeurs n’en ont pas les moyens. Cent dollars ce n’est vraiment pas énorme : c’est moins de 20 heures de travail au salaire minimum, 20$ empruntés à 5 amis, 20 exemplaires de votre jeu vendu à 5$… Cet argument trouve également toute sont incohérence dans le fait qu’il existe tous ces autres portails où vendre le jeu (encore une fois : vous n’avez pas besoin d’être sur Steam pour vous faire de l’argent avec votre jeu).

Je comprends tout à fait que l’on puisse être dans une situation où l’on ne peut pas emprunter de l’argent à ses amis/sa famille, où l’on ne peut pas encore monétiser son jeu ou encore où l’on a moins d’une centaine d’euros sur son compte en banque parce que cela m’est arrivé aussi. Mais ne pensez vous pas que ce dont vous n’avez pas les moyen dans ce cas, c’est d’être un développeur de jeux vidéo indépendant à temps plein ?

Petit guide pour atteindre le top de Greenlight

Pour atteindre le haut du classement de Greenlight, vous avez besoin d’un paquet de gens qui cliquent sur le bouton “Oui” de votre page. Vous avez donc besoin d’être connu par beaucoup de monde et que ce monde veuille acheter votre jeu sur Steam. Si vous n’avez pas encore 100$, il vous faudra également les économiser (ou les gagner).

Ce qu’il y a de sympa, c’est que les autres portails vont vous aider dans ces tâches.

Si vous voulez vraiment être sur Steam, créez votre page Greenlight dès que vous avez l’argent et prenez soin de renvoyer vers celle-ci dès que vous en avez l’occasion (devblog, demo, trailer…).

Pour vous créer une audience et une présence en ligne, IndieDB est un bon point de départ. Vous pouvez y publier des articles, des vidéos, des screenshots, des infos sur votre jeu et vous même. Les utilisateurs peuvent facilement s’abonner à votre jeu et suivre son développement. Ils peuvent également commenter vos articles et vos médias vous permettant de recevoir de précieux retours et de communiquer ainsi facilement avec vos fans. IndieDb est également intégré à Desura, où vous pouvez aisément vendre votre jeu une fois terminé ou bien le financer en version alpha.

Si votre jeu est terminé et prêt à être publié, n’attendez pas pour le vendre partout ! Saviez-vous qu’IndieVania ne prend pas de commission sur les ventes de votre jeu tout en autorisant également l’alpha funding. Saviez-vous que vous pouvez faire également la même chose avec IndieCity qui prennent 25% voir seulement 15% de commission ? N’avez pas non plus peur des gros portails tels que GreenManGaming, GamersGate ou Impulse. Chaque portails sur lequel vous vendez votre jeu est une occasion de se faire de l’argent tout en augmentant sa présence en ligne. Si la technologie avec laquelle vous avez développé votre jeu vous permet de créer une version web, cela semble une bonne idée de publier votre démo sur des portails tels que Kongregate et NewsGrounds qui ont un grand nombre d’utilisateurs. Vous bénéficiez ainsi de l’éventualité d’être mis en avant par le site lui-même et des retours via les commentaires.

Même si votre jeu a déjà été acheté sur d’autre portails que Steam, les joueurs voudront sans doute vous aider à être publié sur Steam en votant sur page Greenlight. N’hésitez donc pas à partager son lien jusque dans votre jeu. Aussi, tant que vous n’avez pas déjà plusieurs millions de joueurs, cela vaut toujours le coup pour vous autant que pour Valve d’être publié sur Steam. Plus vous avez déjà de joueurs, plus grandes sont vos chances d’être publié sur Steam !

Conclusion

Comme vous pouvez le voir, il vous suffit d’être bon dans deux domaines pour réussir : être un bon développeur et être un bon marketeur. Vous savez quoi ? Ça a toujours été le cas ! Donc rien n’a vraiment changé avec Greenlight. Il se peut bien qu’il y ait plus de jeux indés qui sortent sur Steam désormais mais si vous ne vous améliorez pas en tant que développeur et marketeur (ou plus précisément si vous n’êtes pas meilleur que les autres développeurs), vos chance de publier vos jeux sur Steam n’ont pas vraiment augmentés avec Greenlight.

Je vous invite à lire sur le même sujet l’article de Merlanfri “Greenlight ou le rêve américain“. C’est un peu “l’article de trop” qui m’a poussé à exprimer mon point de vue ici.

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8 commentaires pour “Ce que je pense de Steam Greenlight”

  1. Mangeurdenfants dit :

    J’avais lu ton article ici : http://www.florent-poujol.fr/en/2012/09/22/my-thoughts-on-steam-and-greenlight/

    J’ai bien aimé, et ça m’a fait réfléchir aux méthodes que j’emploierai sur mon prochain travail.

  2. JiHeM dit :

    Un jeu se vendra n’importe où si il est suffisamment bon.

    Hélas non, l’histoire est pleine de contre-exemples, il ne suffit pas qu’un jeu soit bon pour qu’il se vende.

  3. Lion2 dit :

    JiHeM a dit :
    Hélas non, l’histoire est pleine de contre-exemples, il ne suffit pas qu’un jeu soit bon pour qu’il se vende.

    Tu as tout à fait raison, un très bon jeu que personne ne connais ne se vendra pas.
    Mais l’idée de ma phrase était surtout que ce n’est pas le fait d’être sur Steam qui fait vendre les jeux, mais leur qualité intrinsèque.
    Un bon jeu connu se vendra sur n’importe quel portail (mais peut être un peu plus sur Steam du fait du nombre d’utilisateur, de la facilité d’acheter, des réducs fréquentes, etc…).

  4. drloser dit :

    … et du fait que Steam représente 90% des ventes de jeux en ligne sur PC. Ensuite, il y a Origin. Les ventes sur les autres portails sont négligeables. Source : une discusion avec les gérants de DLGamer.

  5. JohnShaft dit :

    Pour l’histoire des 100$, il me semble avoir lu que Valve allait reverser tout ou partie des sommes à des ONG.

  6. Mangeurdenfants dit :

    Oui, tout va dans les poches de Child Play.

  7. channie dit :

    Je pensais également comme toi pour cette histoire de 100 dollars, jusqu’au jour où on m’a fait réaliser qu’il fallait penser aux pays autres que l’Europe et les USA. Au Brésil, en Russie, ces 100 dollars, c’est énorme. Ca représente un loyer ou bien de la bouffe pour un mois. Là où pour d’autres ça représente moins d’une demi journée de taf.

  8. Lion2 dit :

    @channie
    Effectivement, je n’avais jamais pensé à cela. Mais ça ne change rien à mes arguments, cela reste toujours aussi facile de gagner 100$ avec son jeu (à moins de le vendre sur un store local à une population locale) pour peu qu’il soit suffisamment bon.

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