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le blog de Greystoke.

Une journée avec moi, dans les pommes

Aujourd’hui, un article sans photos, mais avec plein de blabla.

Ça fait maintenant 5 semaines que je travaille dans les pommes, à Hastings. Voilà le récit d’une journée ”banale” du travail de cueilleur de pommes en Nouvelle Zélande.

6h20 : Premier réveil, j’émerge difficilement, éteint le réveil, et me rendors.

6h35 : Deuxième réveil, cette fois-ci je me lève, j’enfile mon pantalon bien sale, mon marcel élimé, et je sors du van pour aller manger. Je m’envoi une bonne grosse tasse muesli bien complet, rince la tasse et m’envoi un bon café bien corsé, le tout en regardant les news sur reddit.

7h10 : Je prend mes sandwichs, ma bouteille d’eau, et direction le van avec Vini, mon camarade français. David, le Tchèque qui ne parle parle pas un mot d’anglais, mon à l’arrière. Je fait un petit détour sur la route pour récupérer Graham et son frère, les deux gars d’Auckland, et c’est parti direction Anza, Evenden Road.

7h28 : J’arrive à l’orchard (verger en anglais), tout le monde sors de la voiture et se dirige vers son tracteur respectif. J’enfile mes grosses pompes de rando, met mon pantalon dans mes chaussettes (technique secrète pour éviter que la flotte ne remonte trop vite sur le pantalon), et me dirige vers mon groupe.

7h30 : Je suis dans une bin (caisse où l’on met les pommes), avec devant moi, Stefan, Dave, Kevin, David, et Mike, au volant du tracteur fonçant à travers les rangées interminables de pommiers.
On s’arrête devant notre rangée, la 35ème d’un bloc de 70, elle fait 300 bon mètres, avec un pommier tout les 1m30 environ. Les arbres font environ 4 mètres, nous avons 2 escabeaux à notre disposition pour atteindre le haut.
Ce matin l’air est frais et le ciel dégagé. Merde. il va faire beau, on va avoir chaud. Les pommes sont couvertes de la rosée du matin, elles sont bien rouges à cause du froid. Elles sont froides et humides, elles mettent du temps à perdre la fraîcheur de la nuit. Elles sont à 5/6 degrés, mes doigts sont engourdis aux bouts de 3 minutes 42 secondes, mais on doit cueillir, coûte que coûte.
Les sacs de cueillette sont mouillés par rosée matinale, conséquence directe : les cuisses de mon pantalon sont trempées. J’ai froid, j’accélère ma cadence pour me réchauffer un petit peu. Vivement 10h que le froid disparaisse !
Dans l’équipe, on s’encourage les uns les autres en gueulant des ”Let’s go ! Come on ! Speed up !”  de temps en temps.

Le temps passe, les bins se remplissent à bon rythme, mais nous sommes un peu lents. On se donne des objectifs pour se surpasser et gagner plus de sous. Par exemple, on se donne 15 minutes pour remplir notre bin, ce qui nous permet de calculer ce que nous pouvons faire dans la journée. Toute les 5 minutes, je donne le temps : ”10 minutes left guys”, ”5 minutes left, we are late !”.

Aujourd’hui nous avons décidés de faire 25 bins, soit 5 bins chacun. Payés 35$ la bin, ça nous fait une journée payée 175$, c’est pas trop mal. Hier nous avons fait 6 bins chacun, mais le rythme était vraiment extrême.

8h40 : Nous avons remplis nos 4 première bins, Mike pars avec le tracteur et les 4 bins posées sur les 4 remorques. Nous avons 3/4 minutes de repos avant qu’il revienne avec 4 bins vides. Nous remplissons nos sacs de cueillette pour gagner quelques précieuses minutes sur la prochaine bin, ainsi qu’un sac supplémentaire. Nous buvons un coup et mangeons une pomme.
En parlant de manger des pommes, habituellement je ne mange pas de pommes, mais je peut vous dire que les pommes cueillies sur l’arbre n’ont absolument rien à voir avec les pommes achetées au super marché. Croquantes, juste juteuses comme il faut, l’acidité est parfaite… Elles sont délicieuses.

Nous gardons un bon rythme le reste de la matinée. De temps en temps, nous croisons une autre équipe, ils nous regardent d’un air un peu surpris par notre vitesse surnaturelle.
En effet, notre équipe est la meilleure du verger, et ça représente une bonne centaine de personnes !

12h : Nous avons remplis 15 bins, nous partons prendre la pause déjeuné. Chouette, encore un tour dans les bins sur le tracteur, j’adore ça.
Arrivé à la petite baraque qui contient le bureau du patron et la petite salle de pause (équipée d’une bouilloire électrique murale !), je vais récupérer mes sandwichs dans le van, choppe une chaise, et me pause à l’ombre de la baraque. Ça fait du bien de pauser ses fesse ! J’attaque mon premier sandwich. Composition : pain de mie complet, 2 tranche de jambon bien épaisses, fromage et salade. Ça cale bien le ventre, et c’est plein de protéines !
Tout le monde mange, et en silence ! Pendant 5 bonnes minutes, le temps d’avaler notre repas, personne ne parle. Ensuite, chacun se prend sa boisson. Ce sera une gigantesque canette (un demi litre) de ”Mother” la boisson énergisante locale.

12h28 : C’est reparti. Le soleil tape dur, je me tartine de crème solaire, car sinon, les épaules brûlent. Le boulot est dur, nous avançons, mais non sans mal.

Nous travaillons vite et bien. L’après midi est ponctuée par quelques pauses toute les 1h10. J’ai très chaud, je transpire beaucoup et bois beaucoup aussi. Les bretelles du sac m’irritent les épaules.

17h : La journée est finie, et je suis bien content ! Tout les soir, c’est une vrai libération quand le boulot se termine. Je salut les gars de l’équipe, Mike et le boss, je monte dans mon van, et c’est parti pour les 10mn de route qui me séparent de la maison.

17h10 : Douche ! Et pas n’importe laquelle : La meilleure douche du monde ! Tous les jours, c’est le même rituel. Eau chaude quand il à plu, et eau froide quand il fait chaud. Je dois me frotter avec vigueur si je veux retirer toute la crasse que j’ai sur moi. La poussière mélangée à la transpiration, c’est dur à enlever. J’ai aussi sur la main gauche et le bras droit une grosse trace grisâtre : l’aluminium de l’échelle sali vachement.
Après la douche, je m’avale une tasse de muesli. et je me pose sur ma chaise. Je fait un peu de PC, un peu de guitare… Je discute avec Vini le français, Kim & Clare les Canadienne, voir Tomas le Tchèque…

19h20 : C’est l’heure du dîner. Pour moi ça sera un bol de nouilles chinoises, avec une boite de thon, un verre d’eau et une énorme portion de yogourt (ici j’achète des pots de 1kg que je dévore en 2/3 jours). En général je regarde le Petit Journal sur mon PC, ou alors je regarde la télé avec les filles.

20h20 : fabrication des sandwichs ! Je met tout ça au frigo, puis c’est parti pour le dodo. Je me met dans mon pieu avec mon PC et je me regarde un épisode d’une série. Dès fois deux, mais c’est rare car je m’endors souvent en plein milieu.

Voilà, c’est un peu ma journée type. Mais malgré tout, j’aime ce boulot. Mon équipe est super, le patron est réglo, mais surtout, bosser dur comme ça me fait du bien. J’me sens comme un vrai travailleur, un vrai gars, un dur, bref, super bien ! Le travail est très dur, beaucoup de gens ne tiennent pas le coup et partent au bout du premier jour. Je suis fier de travailler comme ça, de gagner ma croûte littéralement à la sueur de mon front, et aussi au sang de mes bras et jambes (en passant entre les bins et les arbres, il y a des branches qui nous griffent . Parfois aussi en tendant le bras pour attraper une pomme, on se griffe la main ou le bras). J’ai maintenant plein de cicatrices sur les jambes, les bras et les mains.

C’est une expérience extrêmement enrichissante, car ça vous rappelle la valeur de l’argent, et que les fruits qui n’ont l’air de rien sur leurs étalages dans les super-marchés, mais qu’ils sont le travail de plein de gens, qui triment dur pour que vous puissiez les mangers.
Ça aide aussi à relativiser sur sa condition quand on est en France. On est pas si mal que ça, tout compte fait !

7 commentaires pour “Une journée avec moi, dans les pommes”

  1. giant dit :

    je me rappelle avoir fait les vendanges il y a quelques années, la boisson énergisante locale, c’était un mélange de tout les reste de fond de cuve. Le producteur chez qui j’avais travaillé était bourré tout le temps ^^. j’étais payé une misère, mais effectivement, tu apprend la valeur de travail et de l’argent en faisant un travail de “merde”.

  2. Whisper dit :

    [mode ah-tiens-une-nouvelle-occasion-de-raconter-ma-vie-en-australie ON]

    Ca me rappelle mes 2 mois de fruit picking en Australie. J’avais presque la même journée ! J’avais fait les ananas (vraiment dur, des heures dans ces putains de champs hyper dense qui te détruisent les bras et les jambes tellement les feuilles sont piquantes et dures) et les bananes (se trimbaler des sacs de bananes de 50Kg sur le dos par 40° à un rythme de malade). On avait 2 pauses de 30min dans la journée, je bouffais tout ce que je pouvais pendant 10min et je dormais le reste du temps.

    J’avais fait aussi quelques jours de ramassage d’une plante local dont j’ai oublié le nom, une sorte de grosse pomme de terre qui pousse dans des champs d’herbes très denses et hautes que tu dois déblayer à la machette: j’ai failli perde des bras plusieurs fois. Le bon plan en Australie ce sont les plantations de cannes à sucre, qui se récolte uniquement en tracteur: 12h dans ta cabine (4 jours de taff 3 jour de repos), SANS pause mais tu as la clim’ et tu es payé 1000$ la semaine. Mais ça te dérègle complètement et tu peux plus faire la fête avec les autres tous les soirs.

    Effectivement ca t’apprend la valeur du travail, et chaque fin de journée est une vraie libération. Et la douche d’après, putain. C’est dans ces conditions que tu fais de vraies rencontres et que tu passes tes meilleures moments. Ces 2 mois sont mes meilleures souvenirs de taff là-bas.

  3. KominAaa dit :

    Ca me rappelle plein de trucs… Rah mother et son gout dégueulasse !

  4. Chaka dit :

    eza

  5. SethDeNod dit :

    Clair les boulots de merde c’est curieusement gratifiant (surtout qu’en t’émarge correctement)

  6. MrCarton dit :

    T’as quand même du courage…

    Oh sinon, pour le petit Journal, c’est la même ici ! Ca doit être un des rares trucs que je regarde de France. (Avec le zapping.)

  7. mouito dit :

    bis repetita
    moi j’avais un cherry pickeur et c’était nettement plus fun!

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