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le blog de Greystoke.

Archive pour décembre 2011

Depuis 3 jours, le temps est pourri sur Blenheim, ville qui est pourtant censée être une des plus sèche de la Terre du Milieu. Mais la notion de sécheresse est toute relative en Nouvelle-Zélande, c’est un peu comme parler de sécheresse à un breton, il va vous regarder d’un air embué (ben oui, à cause de l’humidité), et vous répondra qu’il a encore jamais vu ça, et que de toute façon c’est qu’une de ces légendes, comme cette fameuse ”province” dont parlent tous les parisiens, et que personne n’a encore réussi à localiser sur la carte Française.

Du coup, je travaille sous la pluie ! En fait, j’ai le choix de travailler ou non, car dès qu’il se met à flotter trop fort, nous pouvons partir et rentrer à la maison. Et comme je suis un être terriblement avide de dollars, je travaille ! Et c’est dur. Mère de dieu, que c’est dur.
Le bud rubbing est déjà à la base une discipline difficile pour le corps et l’esprit, mais avec en plus une multitude de gouttes qui vous tombe EXPRÈS dessus, rien que pour vous embêter, ça donne un petit côté esclavagisme à la tâche (car on est pas plus payé si il pleut, NAMÉHO).
Du coup, cette pluie augmente d’environ 210,1337% mon plaisir quand je prend ma douche le soir, à 3:21pm, et rend tout les autres jours sans pluie si merveilleux que j’y trouve mon compte, une fois que je suis au chaud à la maison. Car pendant que je suis sous la pluie, je passe globalement mon temps à chercher les insultes les plus originales possibles à adresser au dieu de la pluie, pour qu’il trace sa route, cet espèce d’ostrogoth, ce moule à gauffre, ce marin d’eau douce.
Du coup, j’ai envie de faire une troisième phrase avec “du coup”, mais je sait plus quoi dire. Zut.

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Couché de soleil sur le Marlborough. C'est ici que j'habite, et où je travaille.

Je me rend compte que je depuis que je bosse, je ne regarde pas mes dépenses quotidienne, mais qu’en fait ça part super vite. Heureusement, je gagne plein de flouze, et nous sommes payés à la semaine dans les vignes, donc il est plus simple de gérer son absence de budget.
Le week-end, jusqu’à maintenant, mon activité principale consistait à aller boire de la Tui (la bière locale qui est franchement pas mal, bien meilleure qu’une Heineken à mon goût assez peu développé est matière de houblon fermenté) au Fairweather un bar pas classe, mais qui se la joue classe, donc qui veux que t’enlève ton chapeau quand tu rendre, et finir par danser de la plus ridicule manière au loft, une ”boîte”, qui passe la musique la plus horrible possible, mais tout le monde s’en fou, vu que tout le monde est là pour trouver un/une/des partenaires pour la nuit, et que tout le monde à un taux d’alcool surprenamment bas, malgré les mouvements désordonnés de toutunchacun. (Vous pouvez désormais respirer, si ce n’est pas trop tard !)
Généralement, je suis le sober driver, et si vous connaissez le fameux sketch de Groland, vous connaissez la suite.

Boire est une activité normalement onéreuse en Nouvelle-Zélande (globalement aussi cher qu’en france, malgré que le niveau de vie soit plus faible), mais je me suis aperçu d’un phénomène tout à fait paradoxal, qui est le suivant.

Si vous prenez un individu ”X”, de type français, que l’on appellera Max pour plus de commodité, et que cet individu à décidé de ne pas boire afin de préserver ses finances, les individus ”Y”/”Z”/”ainsi que tout le reste de l’alphabet”, de types KIWI (les Néozélandais), vont lui payer des bières, des rhum-cocas, et des shooters de chartreuse, par-ce qu’il n’arrête pas de raconter à qui veux l’entendre, mais aussi à qui n’en a rien à faire, qu’il est né dans la ville où l’on fabrique ladite Chartreuse, et même que c’est le meilleur alcool du monde, et même que c’est un remarquable antiseptique, BREF…
L’individu Max, ayant prévu de passer une soirée tranquille, fini par expliquer à tout le monde que quand même, les moines en chartreuse, ils sont cools, et qu’ils cueillent les fleurs, et qu’ils ont fait voeux de silence, et blablabla….
Tout ça pour dire que la quantité d’alcool absorbée est inversement proportionnelle à la quantité d’argent originellement engagée.

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La côte Est, entre Blenheim et Kaikoura

Le week-end dernier, je suis allé faire du ”Whale watching” à Kaikoura. C’est une activité bien touristique, mais qui vaux son pesant de cacahuètes ! Le tour à duré environ 2h30, et nous avons vu 2 cachalots, des monstres de plus de 15m, et ainsi qu’une cinquantaine de dauphins Dusky, sautant partout autours de notre embarcation. Si vous avez l’occasion de faire ce genre d’activité quand vous êtes en voyage, remballez votre air de touriste indépendant et offusqué par toutes ces activités touristiques pour les touristes, et FONCEZ !

Très difficile de photographier un dauphin en train de sauter. Ils sont d'une rapidité stupéfiante.

Très difficile de photographier un dauphin en train de sauter. Ils sont d'une rapidité stupéfiante.

Ce week-end, je vais faire 4h de route après le boulot vendredi pour me rendre à Barrytown avec Clémence, pour faire tout le samedi une autre activité touristique, mais un peu plus originale et confidentielle : un atelier de fabrication de couteaux ! On y fait son couteau de A à Z, ça dure tout le journée, bouffe comprise ! Je ferrait quelques photos de la journée et de son résultat.

Pour résumer tout ça, le travail dans les vignes est très difficile, mais le reste est génial. Je rencontre plein de gens, des marrants, des intéressants, des marrants et intéressants, des chiants, et des Tchèques. C’est la fête le week-end, et c’est dur le lundi !

——–

Cette après-midi, alors que je venait de recommencer à travailler sous une délicieuse pluie qui donne toute sa saveur aux jours où il ne pleut pas, et après m’être avalé mes deux sandwichs pain/beurre/bleu hors de prix/jambon naze de Nouvelle-Zélande/tomate/salade/beurre/pain d’environ 250g chacun; cette perle est tombée droit dans mes oreilles.
C’est une anecdote,que le personnage principal (Arthur Dent) raconte à sa toute fraîche amoureuse (Fenchurch).

Cette anecdote, à eu pour effet de me faire littéralement rifougner, jusqu’à l’hilarité la plus débile. Le tout bien sûr sous l’oeil interrogateur et suspicieux de mes camarades et de Carol, ma superviseuse, qui se demandent parfois si je ne prend pas de la drogue qui fait rire en scred entre deux rangées de pieds de vignes. Et c’est le cas : j’écoute les bouquins de Douglas Adams, ce qui est un peu l’équivalent littéraire d’un gros spliff de Sativa, sauf que c’est légal et que ça devrais être prescrit d’office à tout les dépressifs, qui seraient alors forcés lire les bouquins tout en faisant du jogging, car il parait que c’est très bon contre la dépression.

Bon, trêve de blablas, voilà le petit extrait :

«Je vais te raconter une histoire, dit Arthur.
- Bien.»
Ils trouvèrent un carré d’herbe relativement libre de couples littéralement empilés, et s’assirent pour contempler les canards époustouflants et les ondulations du soleil couchant sur l’eau qui coulait sous les canards époustouflants.
«Une histoire», dit Fenchurch en serrant contre son corps le bras d’Arthur.
«Qui te donnera un aperçu du genre de choses qui m’arrivent. Elle est parfaitement véridique.
«Tu sais, parfois les gens racontent des histoires qui sont censées être arrivées au meilleur ami du cousin de leur femme mais qui ont sans doute été en bonne partie inventée en cours de route.
«Eh bien, mon histoire est une histoire de ce genre, sauf qu’elle est réellement arrivée, et la raison pour laquelle je sais qu’elle est réellement arrivée, c’est que la personne à qui elle est réellement arrivée, c’est moi.
- Comme pour le billet de tombola.»
Arthur rit. «Tout juste. J’avais un train à prendre, poursuivit-il. J’arrivais à la gare…»
Fenchurch l’interrompit. «Est-ce que je t’ai déjà raconté ce qui est arrivé à mes parents dans une gare ?
- Oui, tu me l’as raconté.
- C’était juste pour vérifier.»
Arthur jeta un coup d’oeil à son bracelet-montre.
«Je suppose qu’on pourrait envisager de rentrer.
- Non, racontre moi d’abord ton histoire, protesta Fenchurch avec insistance. Tu es arrivé à la gare.
- J’avais une vingtaine de minutes d’avance. Je m’étais gouré sur l’horaire de mon train. Je suppose qu’il est au moins également possible, ajouta-t-il après un instant de réflexion, que ce soit British Rail qui se soit gouré sur l’horaire du train. Ca ne m’était encore jamais arrivé.
- Continue, rit Frenchurch.
- Alors, j’achète un journal pour faire les mots croisés, puis je vais au buffet me prendre un café.
- Tu fais des mots croisés ?
- Oui.
- Lesquels ?
- Ceux du “Guardian”, en général.
- Je les trouve trop intellos. Je préfère ceux du “Times”. Et tu les as terminés ?
- Quoi donc ?
- Les mots croisés du “Guardian” ?
- Arrête, je n’ai pas encore trouvé le temps d’y jeter un oeil. J’en suis encore à essayer de me payer mon café.
- Bon, très bien. Tu te payes ton café.
- D’accord. Et j’en profite pour me payer quelques biscuits.
- Quelle marque ?
- Rich Tea.
- Bon choix.
- Oui, j’aime bien. Chargé de tous ces nouveaux trésors, je vais m’installer à une table. Et ne me demande pas à quoi elle ressemblait parce que tout cela remonte à un certain temps et que je ne m’en souviens plus. Elle était sans doute ronde.
- D’accord.
- Bon, alors laisse moi te donner l’idée générale. Je suis assis à la table. A ma gauche, le journal. A ma droite, la tasse de café. Au milieu de la table, le paquet de biscuits.
- Je le vois parfaitement.
- Ce que tu ne vois pas, dit Arthur, parce que je ne l’ai pas encore mentionné, c’est le type déjà installé àla table. Il est assis en face de moi.
- A quoi il ressemble ?
- A un type parfaitement ordinaire. Mallette. Complet d’homme d’affaires. Bref, apparemment pas le genre de mec enclin à faire des trucs bizarres.
- Ah, je vois tout à faire. Et qu’a-t-il fait ?
- Il a fait ceci : il s’est penché, a tendu la main par-dessus la table, a saisi le paquet de biscuits, l’a déchiré, en a pris un et …
- Et quoi ?
- … et l’a mangé.
- QUOI ?
- Il l’a mangé.»
Fenchurch le contempla, ahurie. «Dieu du ciel, et qu’as-tu fait ?
- Eh bien, vu les circonstances, j’ai fait ce que tout Britannique digne de ce nom aurait fait à ma place. Je me suis senti poussé à … l’ignorer.
- QUOI ? Mais pourquoi ?
- Eh bien, ce n’est pas le genre de comportement auquel on nous forme, n’est-ce pas ? J’ai eu beau me triturer les méninges, j’ai découvert qu’il n’y avait rien dans mon éducation, mon expérience ou même mes instincts primitifs qui puisse me dicter comment réagir devant un individu, tranquillement assis en face de moi et qui, sans vergogne, vient simplement de me piquer un de mes biscuits.
- Eh bien, tu aurais pu… je ne sais pas moi… je dois avouer que moi non plus, je ne suis pas sûre de que je j’aurais fait. Alors, que s’est-il passé ?
- J’ai vrillé furieusement mon regard sur la grille de mots croisés. Incapable de trouver une seule définition, j’ai bu une gorgée de café, mais il était trop chaud, j’étais donc acculé. Alors, n’écoutant que mon courage, j’ai pris un biscuit, en essayant de toutes mes forces de ne pas remarquer que le paquet était déjà mystérieusement ouvert…
- Mais tu as riposté, tout de même. Réagi avec fermeté.
- A ma façon, oui. J’ai mangé le biscuit. Je l’ai mangé de manière parfaitement visible et délibérée, afin qu’il n’ait aucun doute sur ce que je faisais. Moi, quand je mange un biscuit, ajouta Arthur, il le reste. Mangé.
- Alors qu’a-t-il fait ?
- Il en a pris un autre. Véridique, insista Arthur, c’est exactement ce qui s’est passé. Il a pris un autre biscuit et il l’a mangé. Clair comme le jour. Aussi sûr que nous sommes assis là tous les deux.»
Fenchurch gigota, mal à l’aise.
Arthur poursuivit : «Et le problème, c’est que n’ayant rien dit la première fois, je me trouvais, quelque part, encore plus coincé pour aborder le sujet la seconde. Que veux-tu dire? «Excusez-moi, mais je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer, euh…» Ca ne marche pas. Non, je l’ai donc ignoré avec, si c’était possible, encore plus de vigueur qu’auparavant.
- Doux Jésus !
- J’ai contemplé de nouveau les mots croisés, toujours sans parvenir à remplir la moindre case alors, n’écoutant que mon courage, j’ai décidé de faire comme Hamlet.
- C’est à dire ?
- J’ai décidé de crâner. J’ai pris un second biscuit. Et durant un instant nos regards se sont croisés.
- Comme ceci ?
- Oui, enfin, non, pas tout à fait comme ça. Mais ils se sont croisés. Rien qu’un instant. Puis nous avons l’un et l’autre détourné les yeux. Mais je peux te garantir qu’il y’avait de l’éléctrécité dans l’air. Et même, ajout Arthur, une certaine tension qui montait autour de la table. A ce moment-là.
- J’imagine.
- On a fini tout le paquet comme ça. Lui, moi, lui, moi…
- TOUT le paquet ?
- Enfin, ce n’était jamais que huit biscuits, mais sur le coup, ça m’a paru une éternité pâtissière. Même des gladiateurs n’ont pas dû connaître pire.
- Des gladiateurs, remarque Fenchurch, auraient dû subir l’épreuve en plein soleil. Encore plus éprouvant physiquement.
- Certes. Bon. Quand le paquet vide n’a plus été qu’une carcasse inerte gisant entre nous, l’homme s’est levé enfin, son forfait accompli, et il est parti. J’ai poussé un soupir de soulagement, tu penses bien. Coup de bol, mon train était annoncé d’ici quelques minutes. J’ai donc fini mon café, me suis levé, j’ai pris le journal et sous le journal …
- Oui ?
- Il y’avait MES biscuits.
- Hein ? dit Frenchurch? QUOI ?
- Véridique.
- Non !» Elle s’étrangla et se renversa dans l’herbe, prise de fou rire.
Elle se rassit.
«T’es complètement givré, s’esclaffa-t-elle. T’es vraiment un crétin presque fini.»