System Shock 2 : Installation et mods, guide v.2

Lundi 3 novembre 2014 à 22:35

03/11/2014 - Avec la sortie des premières versions du patch SCP (Shock Community Patch) ainsi qu’avec les récentes mises à jour de New Dark et de SS2Tool, je mets à jour ce guide qui est désormais calqué sur le guide de Kolya. Je remplace l’ancien guide par un lien vers ce nouveau billet car toute méthodologie d’installation manuelle des mods n’a plus de sens et présente un risque important de problèmes de compatibilité, il est désormais impératif d’utiliser le Blue Mod Manager pour gérer ses mods.

GOG.com a enfin sorti en 2013 le titre qui trustait la première place de la wishlist depuis le début, titre phare qui était devenu très difficile à trouver de façon légale. Depuis, Steam a également ajouté le jeu à sa ludothèque.

System Shock 2

FPS/RPG sorti en 1999, développé par Irrational games pour l’histoire et une grande partie du contenu et Looking Glass Studios pour le moteur, le concept de base et la licence.

Je vous propose quelques paragraphes d’introduction sur les aspects historiques et techniques du jeu. Si vous cherchez simplement à profiter au maximum du jeu, je vous invite à lire la section sur les mods ou à sauter directement à la checklist.

La plupart des mods, instructions et recommandations proviennent de l’excellent fansite systemshock.org, en particulier le SS2 Newbie Modding Guide.

System Shock

System Shock 2 est la suite d’un FPS d’exploration cyberpunk de 1994. A l’époque où sortait Doom 2, System Shock apportait un grand nombre d’éléments novateurs : misant au maximum sur l’immersion et l’exploration, le jeu était un FPS d’horreur dans un environnement ouvert sans hub, le premier à introduire les enregistrements audio que l’on trouve parsemés dans la station spatiale Citadel (un outil par la suite réutilisé ad libitum, notamment pour Bioshock), des augmentations activables à la volée, des modes alternatifs ou réglages complexes des armes, un afficheur tête-haute poussé incluant un écran secondaire, une base de données de tous les objets de l’environnement (même les murs ont une description), un inventaire, des notes rédigées, des mots de passe et niveaux d’accès, du piratage et autres mini-puzzles influençant l’environnement, une interprétation assez impressionnante du cyber-espace, des chemins alternatifs, une histoire qui ne se résume pas à chercher la clé rouge puis la bleue, et plus encore.

Visuellement, il était moins sexy que Doom 2 mais techniquement impressionnant : vraie 3D pour un certain nombre d’objets, verticalité, tiles en pente, interface utilisateur modulable et complexe avec du glisser-déposer, gestion des logs et emails reçus, peu de temps de chargement.

À télécharger ici, (une version française existe aussi, toujours via le même lien), c’est un jeu que je recommande sincèrement à toute personne intéressée par les origines des genres FPS hybrides, une aventure surprenante de nouveauté et d’immersion aujourd’hui encore, même si les graphismes ont vieilli. Sur le plan personnel, il s’agit de mon jeu favori.

En quelques mots, le jeu raconte le réveil difficile d’un hacker cyberpunk après 6 mois d’hibernation sur une station spatiale de minage en orbite de Saturne. Il découvre alors que le personnel de la station a été décimé par l’ordinateur de bord et va devoir survivre d’abord, puis suivre de loin les rares poches de résistance afin de parvenir à détruire l’I.A. « SHODAN » qui semble vouloir jouer à Dieu. Après de nombreuses actions qui ne sont pas sans laisser leur trace sur la station, le hacker réussit à détruire SHODAN et retourner sur terre.

System Shock 2 se déroule 42 ans après la fin du premier jeu.

Les versions et patches existants

La version originale (v1.15) et le patch officiel (v2.3)

System Shock 2 est sorti en août 1999 en version 1.15. Il était fonctionnel mais parsemé de petits bugs et puis, profitant d’une ferveur bien connue de l’époque, EA avait demandé à Irrational de sortir coûte que coûte un mode multijoueur. S’exécutant tant bien que mal, le patch 2.3 de septembre ajoutait, en plus de quelques correctifs, un mode coopératif farci de problèmes — mais jouable.

Faire tourner la version originale patchée présentait un problème épineux depuis de nombreuses années : incompatibilité avec les configurations multi-coeur/multi-processeur, problème de lancement de l’installeur sur les systèmes 64 bits, incompatibilités vidéos diverses, codecs des cinématiques obsolètes (indeo5) et difficiles à installer.

« DDFix »

DDFix est un petit outil datant de quelques années, écrit initialement pour Thief, puis System Shock 2 car tous deux tournent sur le même moteur. Il intercepte les appels DirectX afin de passer outre les problèmes d’affichage et d’autoriser des résolutions supérieures à 1024×768. Couplé au widescreenmod permettant de jouer avec des rapports d’aspect « écran large », ainsi qu’au multi core fix, une configuration stable était possible sur les PC modernes. Cela n’apportait pas de réponse à la difficulté d’installer les codecs, et pour certaines personnes il était assez difficile de parvenir à installer DDFix, car ce dernier devait patcher des exécutables parfois différents selon l’exemplaire du commerce acheté.

« New Dark » (v2.42)

On savait que deux versions différentes et incomplètes du code source du Dark Engine (le moteur de Thief, Thief 2 et System Shock 2) avaient été leakées au cours de ces dernières années, l’une de source inconnue (probablement un développeur), l’autre d’un devkit Dreamcast vendu aux enchères après la fermeture de Looking Glass Studios et tombé dans les mains d’un particulier. Rien ne s’était vraiment passé jusqu’à ce qu’un beau jour de 2012, un patch 1.34 pour Thief 2 et 2.4 pour System Shock 2 appelé « New Dark », sorti de nulle part, soit mis en ligne par un certain Corbeau sur les forums Français d’Ariane (Thief). L’on ne sait pas qui a développé ce patch, ce que l’on sait c’est qu’il a été construit à partir des sources leakées et qu’il apporte un nombre important de correctifs.

New Dark utilise un moteur de rendu DirectX9, ce qui le rend compatible avec toutes les configurations modernes. C’est un .exe de remplacement, donc sans souci d’installation, qui apporte tous les avantages de DDFix en plus d’une configuration aisée. Il corrige en outre beaucoup de bugs impossibles à corriger autrement, et apporte une version de l’éditeur de niveaux bien plus performante et pratique pour les moddeurs. Il intègre enfin les codecs de cinématiques, ce qui permet de se débarrasser du besoin d’installer les codecs indeo.

C’est aujourd’hui le standard pour les jeux basés sur le Dark Engine, à tel point que les joueurs et développeurs de Fan Missions pour Thief ont basculé massivement vers ce nouveau patch.

Il subsiste cependant un problème propre à System Shock 2 : Le mode coopératif est encore plus cassé qu’avant, et rend un jeu à plusieurs presque impossible. Cela dit, le mode coopératif est de toute manière un rajout plutôt disgracieux, à proscrire absolument pour toute personne qui découvre le jeu, et d’un intérêt limité pour les connaisseurs.

SS2Tool

SS2Tool, développé par Kolya, l’administrateur de systemshock.org, est un outil permettant l’installation et la configuration automatique de System Shock 2. C’est la meilleure solution pour installer un jeu propre, patché et moddable sans problèmes. C’est la solution que je décris dans la checklist.

Les versions GOG et Steam

Les versions GOG et Steam sont sorties en 2013. Contrairement à mes attentes initiales, elles incluent New Dark ainsi que quelques correctifs vitaux (issus de SHTUP et ADaoB notamment, voir ci-dessous). Le jeu est donc totalement fonctionnel tel qu’acheté. Il est également théoriquement configuré pour recevoir des mods mais utilise une méthode manuelle qui pose aujourd’hui plus de problèmes qu’elle n’en résout. Cette version n’incluant toutefois pas tous les correctifs de SS2Tool, ce dernier reste à mon sens une étape obligatoire.

Les mods

La communauté de moddeurs de System Shock 2 n’est pas aussi active que celle de Thief, mais reste néanmoins importante. Je liste ici les mods qui me semblent intéressants ou vitaux pour une première installation, en ordre décroissant d’importance.

Shock Community Patch (SCP)

Rebirth

SHTUP / SHTUP-ND

Ce mod sorti en novembre 2014 après presque deux ans d’efforts acharnés poursuit le travail commencé avec l’ancien mod ADaoB (Anomalies, Discrepancies and outright Bugs) et constitue ce qu’il y a de plus proche de ce que serait un patch officiel en 2014. Les niveaux ont été entièrement retravaillés pour corriger les bugs, défauts visuels et incohérences du jeu tout en ajoutant des effets (éclairage 32-bit, effets de particules, etc.), la liste est très longue. L’équilibrage n’a en outre été retouché que de manière minime, ce qui permet de le conseiller même pour une première approche du jeu. Un mod essentiel — en beta et amené à être mis à jour régulièrement.

Eclairage 32-bit dans SCP et nouvelles textures de liquides

Four Hundred

SHock Texture Update Project, version New Dark (SHTUP-ND)

Ce mod remplace la plupart des textures secondaires, de type affiches, logos, moniteurs, pancartes ainsi qu’un certain nombre d’autres textures par des versions haute-résolution. SHTUP-ND est la version New Dark de SHTUP ; mise à jour récemment, elle contient entre autres les nouvelles textures pour l’espace qui se trouvaient auparavant dans l’un des mods de Vurt. Un mod essentiel.

Vurt (Grub Pod vanilla)

Vurt (Flora Overhaul)

System Shock 2 Rebirth

Ce mod remplace la plupart des modèles d’ennemis par des versions de meilleure qualité. Souvent décrié à ses débuts pour les libertés esthétiques prises par rapport au jeu non-moddé, la dernière compilation Rebirth se veut plus proche du design des modèles originaux. Par conséquent, un mod essentiel.

SS2 Four Hundred

Ce mod remplace certaines textures de terrain et murs par des versions haute-résolution très fidèles aux textures originales. Il continue le travaille de SHTUP pour des textures qui étaient impossibles à remplacer avant l’appartion de New Dark. Travail en cours, mais de qualité.

Extérieurs SHTUP-ND

Tacticool

Olfred’s fixed objects

Ce mod corrige les problèmes de la plupart des modèles d’objets. Ces derniers présentaient très souvent des imperfections de type z-fighting, normales inversées, polygones manquants… Le jeu est parfaitement jouable sans, mais je recommande ces correctifs pour leur souci du détail.

SHock Music Update Project (SHMUP)

Eldron's psi-amp

Ce mod remplace les musiques (mélange intéressant de DnB et techno) par des versions issues des masters, distribuées par leur auteur il y a quelques années. La différence de qualité est toutefois assez minime.

Tacticool replacement weapons

De beaux modèles de remplacement pour certaines armes du jeu.

Les mods de Vurt

Quelques mods d’assez bon goût remplaçant des objets d’origine organique. Je conseille les mods suivants pour une expérience authentique : Flora Overhaul, Annelid Grub Pods vanilla, Dripping Goo, WormPod et Black Egg.

Eldron’s psi-amp

Un modèle de remplacement pour l’amplificateur psi, l’une des armes du jeu. Dispensable mais sympathique.

La checklist

  1. Télécharger et installer la version GOG ou Steam dans un dossier non-protégé par Windows (ne pas installer dans Program Files !) ;
  2. Télécharger SS2Tool (lien) et le lancer. A l’invite, choisir le répertoire d’installation de System Shock 2 puis laisser les paramètres par défaut à l’écran suivant. Si SS2Tool renvoie une erreur expliquant que DirectX n’est pas installé, télécharger et installer DirectX Redist June 2010 puis recommencer ;
  3. Télécharger et extraire le Blue Mod Manager (lien) ;
  4. Télécharger SCP et SHTUP-ND (lien) ;
  5. Télécharger Rebirth (lien) ;
  6. (Recommandé) Télécharger Four Hundred (AccFam_18.rar) ainsi que le fichier obj_400_SCP_1.01.7z (lien) ;
  7. (Recommandé) Télécharger Olfred’s Fixed Objects (lien) ;
  8. (Optionnel) Télécharger SHMUP (lien) ;
  9. (Optionnel) Télécharger les remplacements Tacticool, ne télécharger que le fichier Tacticool_complete_v1.03.7z, le seul compatible à 100% avec SCP (lien) ;
  10. (Optionnel) Télécharger Vurt’s Flora Overhaul (lien) ;
  11. (Optionnel) Télécharger le remplacement des oeufs et du slime — je conseille de ne télécharger que les fichiers SS2 Black Egg 1.01.7z, Vurt-Goo-(GrubPodVanilla-1.02).7z, Vurt’s SS2 WormPod v1.0a.7z et Vurt Goo (Dripping v1.0).7z (lien) ;
  12. (Optionnel) Télécharger Eldron’s psi-amp (lien) ;
  13. Activation des mods :

    Ordre de chargement des mods, les noms que j'ai choisi correspondent aux noms des archives à télécharger pour chaque mod

    a. Extraire tous les mods téléchargés, chacun vers son propre dossier. Le nom du dossier importe peu.
    b. Manipulation propre au mod Four Hundred : Déplacer le contenu du dossier obj_400_SCP_1.01 vers le dossier AccFam_18.
    c. Démarrer le SS2 Blue Mod Manager (ss2bmm.exe). Son emplacement sur le disque importe peu. Choisir le dossier du jeu après avoir cliqué sur [Select games folder...]
    d. Cliquer sur [Open mods folder] puis déplacer tous les dossiers de mods précédemment extraits dans ce dossier DMM.
    e. Activer chacun des mods tour à tour et modifier les priorités pour obtenir la même liste que dans la capture ci-contre.

  14. Lancer le jeu, régler la résolution et la configuration clavier.

Le mot de la fin

Après avoir étudié plus en détail le contenu de la version GOG, je me suis aperçu qu’elle était faite de bric et de broc, d’éléments d’une vieille version de SS2Tool (développé par Kolya), de fixes issus de SHTUP (par ZylonBane) et ADaOB (divers), de New Dark (par un ou plusieurs illustres inconnus) et basta. Cela inclut des fichiers readme de la communauté légèrement remaniés et des noms de dossiers identiques.

Lorsque les Thief étaient sortis sur GOG, Timeslip (l’un des auteurs de DDFix) avait été contacté et payé pour fournir son outil afin de rendre le jeu fonctionnel sur des configurations modernes. Il avait été bien sûr mentionné dans la documentation.

Quand je vois que cette fois-ci, aucune mention des correctifs et outils développés par la communauté n’est faite dans les fichiers du jeu et quand je vois ceci dans l’interview sur RPS :

Rambourg: There are some user-made mods out there which do phenomenal work on the game’s stability, but none of them were quite perfect, so we took the game to our expert techninjas to analyse and swat the remaining bugs. It was some work to get it done, but as this is a game that we’ve wanted to release for four-plus years, it was also definitely a labour of love.

Je ne peux m’empêcher d’être un peu amer. Certes, c’est une très bonne chose de sortir le jeu à nouveau et d’en faire disposer le plus grand nombre, mais s’approprier le travail de la communauté tout en le critiquant et en prétendant qu’on y a passé beaucoup de temps, ce n’est pas le plus beau des gestes.

System Shock 2

Arrêtez d’utiliser le mot « infographie »

Samedi 6 avril 2013 à 13:23

Ce n’est probablement pas le meilleur endroit pour un coup de gueule comme celui-ci et je vais passer pour un empêcheur de tourner en rond, mais c’est le seul blog public dont je dispose et, au fond, peu m’importe le lieu où ceci est écrit, seule la catharsis compte.

Utiliser l’anglicisme « infographie » pour décrire une représentation visuelle d’informations ou de statistiques n’a aucun sens.
Attention, je ne parle pas de l’art de produire de telles représentations, qui a parfaitement le droit de s’appeler infographie comme signalé dans les commentaires, mais bel et bien de la représentation elle-même.

J’avoue être passablement agacé par son utilisation de plus en plus commune, notamment sur de grands sites comme celui du Monde, et j’assiste impuissant à sa transformation de facto en un mot de la langue française. Cela à cause d’un simple manque de réflexion de ceux ayant initialement importé ce concept de la langue anglaise.

Voici les deux raisons pour lesquelles je considère ce mot comme un affront au Français :

1. Il a été mal traduit

Le mot anglais d’origine est « infographic ». Ce mot ne me dérange pas, il est parfaitement explicite et adapté à ce qu’il décrit : le préfixe info- pour informatif ou information ; le mot graphic pour graphique ou diagramme. Un diagramme à vocation informative, dont deux néologismes découlent immédiatement : « infodiagramme » ou, plus simplement, « infographique ». Ce dernier roule sur la langue, est très proche du mot utilisé actuellement et a ma préférence.

Le terme « graphie » désigne dans notre langue, selon le Larousse :

(n.f.) Toute représentation écrite d’un mot ou d’un énoncé.

La graphie d’un mot, c’est la manière dont on écrit ce mot. Le terme a toujours eu ce sens profondément syntactique : il ne traite que du monde de l’écriture. Une info-graphie est un non-sens, au mieux un néologisme pour désigner une manière informative d’écrire un mot, quasiment un pléonasme.

2. Il a déjà un sens bien différent

Y ajouter une définition ne fait que semer la confusion. Toujours selon le Larousse, l’infographie désigne :

(n.f.) Application de l’informatique à la représentation graphique et au traitement de l’image.

Cela semble d’abord un peu contradictoire avec ma position : pourquoi utiliser -graphie dans ce contexte puisque le mot n’a rien à voir avec l’écriture ? Tout simplement parce que le terme désigne une discipline, et qu’on lui a apposé le suffixe -ie le rapprochant de la structure générique des disciplines : biologie, économie, psychologie, musicologie, etc. et surtout géographie.

L’infographie désigne bel et bien une discipline et rien d’autre. Aurait-on l’idée de dire « une géographie » pour désigner une représentation liée aux terres et ses populations ?

Qu’on ne m’accuse pas de vouloir freiner l’évolution naturelle de la langue. Je ne suis pas opposé aux néologismes ou aux anglicismes, j’en ai même proposé deux pour décrire le concept d’infographic. Ce que j’apprécie peu, c’est que le néologisme actuel est construit de manière abusive par rapport à l’ensemble de la langue française et commence à être sévèrement repris à gauche et à droite sans plus de réflexion.

Je ne crois pas vraiment à la prise de conscience. Cependant, j’espère que, parmi ceux à qui ce billet semblera logique, certains sauront prendre l’initiative de glisser un mot aux auteurs qui utilisent le mot infographie à tort et à travers.

Cet article n’est plus d’actualité et a été remplacé par le guide à trouver ici.

La problématique

Ayant un peu trop fait le sauvage avec mon précédent lecteur MP3, l’excellent Toshiba Gigabeat F (lire : l’ayant fait tomber assez de fois pour en extraire les métaux lourds sans traitement chimique), je me suis mis en quête du baladeur correspondant le mieux à mes besoins :

  • Une capacité importante, 100 Go au minimum, extensible (j’ai une grande quantité de musique et je déteste devoir choisir ce que je mets sur mon baladeur. De plus, je l’utilise souvent en disque dur externe pour transférer des fichiers chez des amis, mixer, partir en voyage, etc. Les 60 Go de mon Toshiba étaient déjà un peu trop étriqués, donc je visais au dessus) ;
  • De très bonne qualité audio ;
  • Robuste, rechargeable via USB, de taille la plus réduite possible (C’est un baladeur de poche que je recherchais) ;
  • Ne lisant pas autre chose que de la musique ou, du moins, ne m’imposant pas un immense écran (Étaient donc disqualifiés d’office les lecteurs multimédia comme le Cowon iAudio X7. Ce dernier reste apparemment un excellent produit, mais je n’avais déjà aucune envie de regarder Harry Potter sur un téléphone portable, alors…) ;
  • Compatible Rockbox (Rockbox est un firmware alternatif disponible pour de nombreux baladeurs dont je ne pouvais plus me passer après mon Gigabeat. Je décris Rockbox plus en détail en fin d’article, lors du test).

La recherche

Après pas mal d’heures passées sur internet, d’Amazon aux forums en tous genres en passant par les sites des fabricants, je déduisais deux grandes possibilités lorsqu’on veut Rockbox, beaucoup de stockage de musique mais pas un lecteur multimédia éléphantesque :

Première solution, ouvrir un baladeur compatible Rockbox qui utilise un disque dur 1.8″ et lui mettre un disque de 240 Go dans les fesses. 240 Go, c’est l’actuel maximum en capacité pour cette taille de disque, à acheter chez Toshiba. Si l’on souhaite un baladeur qui reste suffisamment petit pour tenir dans la poche, le choix du matériel hôte idéal s’avère être le vieux iPod 5.5G (iPod vidéo). Sinon, les Gigabeat tiennent encore le coup au même titre que le iRiver H10. Si mon Gigabeat n’était pas mort entre temps, c’est ce que j’aurais fait : des kits de modification sont vendus sur eBay pour pas trop cher, sinon avec un peu d’huile de coude le changement n’est pas bien compliqué. Le problème : tous ces baladeurs sont en fin de vie et très difficiles à trouver neufs.

Deuxième solution, miser sur Sandisk et l’évolution des cartes micro-SD. Il s’avère que les Sandisk Sansa (Clip+, Clip Zip et Fuze+ au minimum) disposent d’un lecteur de carte micro-SDHC et sont compatibles avec certaines micro-SDXC, norme qui semble offrir la même interface que la norme SDHC tant que la carte est formatée en FAT32 et pas exFAT et que sa capacité est inférieure à 128 Go. Le firmware Sandisk est restrictif (8000 fichiers maximum), mais de toute manière le but était pour moi de faire sauter cette limite en passant à Rockbox dès le début. En plus d’être des baladeurs réputés d’excellente qualité (solidité et DAC), plutôt abordables (50€ en moyenne), les Sansa sont donc compatibles a priori avec de nombreuses futures micro-SDXC formatables en FAT32. La petite déception c’est qu’aujourd’hui le maximum de capacité dans le commerce est de 64 Go. Avec l’évolution des densités de stockage, ça ne me surprendrait pas de voir ces petites cartes supporter 256 Go d’ici deux ans.

Mon Gigabeat mort et pas beaucoup d’euros en poche après l’achat imprévu d’un nouveau téléphone, il ne me restait plus qu’à obtenir un Sansa Clip+ ou Clip Zip (j’avais eu de mauvais échos sur le Fuze+ dont le pavé tactile semble être très capricieux). Ayant finalement opté pour le Clip Zip, qui offre un écran plus grand, en voici mon test.

Le verdict

Qualité sonore

Faute d’avoir un casque de qualité extra-nazi sous la main, je ne vais pas rentrer dans des détails audiophiles en vous racontant n’importe quoi ou des trucs que j’ai lus sur le net. J’utilise principalement le baladeur avec mes Shure SE 315, et je trouve la qualité du son très bonne : je n’ai pour l’instant entendu aucun souffle, aucun bruit électronique même en le manipulant et la restitution me semble très propre dans tous les domaines de fréquence, y compris les aigus. Il convient à merveille à mes intras sans égalisation, en y ajoutant le gapless playback de Rockbox, je n’ai strictement rien à redire. En termes de volume, il monte haut sans aucun souci avec tous les écouteurs et casques qui traînent à la maison, même s’il faut noter que si l’on souhaite utiliser le firmware de Sandisk, il faut choisir “Reste du monde” et pas “Europe” lors du premier démarrage pour éviter d’être artificiellement limité.

Esthétique et solidité

L’ergonomie est dans l’ensemble bonne pour un appareil de cette taille, même si certains n’aimeront pas la prise jack sur sur le côté droit. J’ai choisi le modèle gris (légèrement bordeaux) avec boutons ‘aspect métallisé’ pour me rappeler mon vieux Toshiba. Le plastique est très chouette et sans fioritures, solide, peu propice à être rayé. L’écran est bien protégé derrière du plexi épais. Le clip a l’arrière me semble être d’une solidité à toute épreuve, même si je n’en ai pas l’utilité pour le moment. Les boutons ont également l’air solides et ont un toucher satisfaisant. La carte Micro SDHC se glisse très proprement et ne dépasse pas. La prise Micro USB me plaît bien car elle me fait économiser des câbles vu que j’ai un téléphone Android.

Par contre, je regrette fortement l’absence d’une bascule de verrouillage de l’appareil (”hold”). Elle est remplacée par un appui court du bouton de mise sous tension dans le firmware original ou d’un appui simultané de “select” et “home” sous Rockbox. J’ai l’appareil depuis deux semaines, il s’est déjà déverouillé tout seul dans ma poche une fois, c’est pas super cool. De plus, un appui sur n’importe quel bouton alors que le verrouillage est actif allume l’écran pour prévenir que c’est verrouillé. C’est pas bien grave, c’est davantage du logiciel que du matériel, mais ça m’agace car cela veut dire que l’écran se rallume régulièrement lorsque le Clip Zip est dans ma poche, ce qui gaspille inutilement de la batterie.

Ecran

C’est ce qui m’a fait me décider sur un Clip Zip plutôt que sur un Clip+, et j’ai continué à hésiter même après l’avoir reçu. Pour faire court, l’écran n’est pas de bonne qualité, c’est même de l’entrée de gamme avec ses gros pixels et son scintillement. J’ai les yeux particulièrement sensibles au scintillement et sur un fond clair je trouve ça assez difficile à regarder. Non, je n’ai pas choisi le Zip pour l’écran couleur, je me fous royalement des couvertures des disques et l’OLED monochrome m’aurait parfaitement convenu mais je voulais pouvoir afficher un peu plus que 3 lignes de texte. Lorsque Rockbox n’était pas encore installé, j’étais très déçu : entre les polices d’affichage grasses et les fonds colorés pastels dégueulasses du firmware Sandisk, j’avais un contraste inférieur au Clip+ tout en ayant plein de menus inutiles.

Le thème Rockbox 'Classic Clip Inspired UI'

Et pour cela, clairement, le passage à Rockbox a été une bénédiction. Le thème de base de Rockbox (voir tout en bas) me permet déjà d’afficher bien plus de détails que le firmware par défaut, mais une fois un thème à fond noir et contraste élevé installé, même le scintillement ne me dérange plus. Et au final, je suis bien content d’avoir pris le Clip Zip.

Batterie

De ce côté là non plus, rien d’extraordinaire. Une douzaine d’heures sous Rockbox pour du MP3 avec un bitrate raisonnable. Avec le firmware original, beaucoup moins (j’ai lu 8h). Vu la taille et le poids de la chose on ne pouvait pas vraiment attendre plus, d’autant plus que la batterie se recharge plutôt vite, mais il est tout de même frustrant de se dire que l’appareil ne pourra pas supporter de longs trajets sans recharge, surtout avec le firmware de Sandisk. Savoir aussi que lorsqu’on décode autre chose que du MP3 et de l’Ogg, la durée de vie en prend un sacré coup.

Performances

La puissance de décodage du CPU est tout à fait satisfaisante. La quasi-totalité de la musique que j’ai testée a été décodée sans aucun souci tout en gardant une réactivité parfaite des boutons et menus (sous Rockbox). Seuls les fichiers lossless les plus compressés (APE en insane par ex., mais qui est assez fou pour encoder ça ?) ne peuvent pas être décodés assez rapidement.

Au chapitre des points négatifs, je n’y vois que la vitesse de transfert par USB. Cher petit Sansa Clip Zip, mon Gigabeat avait un disque dur 4200 tours/min, toi tu as un lecteur de cartes Flash compatible SDHC et tu mets deux fois plus de temps à transférer ma musique ? Ton humour me plaît.
Je compte acheter une carte de 64 Go lorsque celles-ci seront moins chères, au moins il est clair que je n’ai aucun besoin de me ruiner dans une Class 10, à moins de faire mes transferts de musique par un autre intermédiaire. Je trouve cela très frustrant pour balancer rapidement des playlists juste avant de partir de la maison (c’est le genre de trucs que je fais au dernier moment). Et surtout, le baladeur est presque inutilisable comme disque dur externe d’appoint, par exemple lorsque l’on souhaite mixer en soirée des morceaux qui se trouvent dessus. Je sais, c’est un peu du brisage de burnes, mais je m’étais habitué à mieux avec mon précédent baladeur.

Aspects logiciels

J’avais prévu de ne pas du tout utiliser le firmware d’origine, mais un Rockbox complètement hors d’usage ces dernières semaines m’a convaincu d’au moins tenter le coup. Soyons clair, je déteste. Un temps de chargement injustifié, des menus grossiers, un écran qui n’affiche aucune information intéressante en cours de lecture et enfin une base de données qui se met à jour pour un rien (là aussi ça prend trois plombes) et qui, surtout, n’est pas désactivable. Mes fichiers sont bien classés merci, je gèrerai ça moi même, pas la peine de gâcher du temps et de l’espace à analyser tout mon contenu.

of_sansa

Le firmware Sandisk à l'oeuvre. Pas beaucoup d'informations, hein ?

Rockbox maintenant. Depuis que j’ai découvert ce firmware sur mon Gigabeat F, j’en suis fan : démarrage ultra-rapide, configurable à souhait, bonne qualité audio, performant et skinnable assez facilement. Toutes les fonctionnalités sont là, et même plus : décodage de toutes les sources audio (y compris MPC, Ogg/Vorbis, Monkey’s Audio, FLAC, AC3, AAC, ALAC, Wavpack ainsi que quelques format de tracker modules), radio FM, enregistrement des sources externes et de la radio, playlists, scrobbling Last.FM, égaliseurs customisés et autres sucreries comme crossfading (horreur !), synthèse vocale. Et bien sûr, un système de plugins permet d’étendre ses fonctionnalités.

Cabbie v2, thème par défaut de Rockbox

Cabbiev2, thème par défaut de Rockbox

Sauf que les développeurs sont très (trop ?) dispersés et quelques commits mal placés de ces derniers mois ont complètement cassé le support des thèmes et de l’USB pendant un temps sur les Sansa. Aujourd’hui encore, même si les problèmes de corruption mémoire à cause des thèmes sont réglés, le support de l’USB est vacillant : parfois ça fonctionne très bien, parfois le baladeur n’est pas du tout reconnu, parfois le simple fait de le brancher à l’ordi fait planter Rockbox purement et simplement. Vivement que quelqu’un se penche sur un support stable de l’USB sous Rockbox. Malgré tout, ça fonctionne quand même assez pour se passer complètement du firmware original (moyennant 1 ou 2 reboots), heureusement car je refuse de lancer désormais ce truc qui crée plein de répertoires inutiles et affreux dans le système de fichiers lors de son initialisation.

Pour résumer

Pour résumer, le Clip Zip est un bon baladeur peu onéreux, surtout quand Rockbox marche bien, mais son faible prix ne vient pas sans des détails qui l’empoisonnent un peu. J’aurais été prêt à payer un peu plus pour un support de l’USB digne de ce nom, une garantie de supporter la vraie norme SDXC, un bouton “hold” dédié et une batterie plus performante quitte à le rendre plus lourd.

J’attends désormais le bon moment pour acheter une carte Micro SDXC de taille importante. Il n’y a plus qu’à espérer que Sandisk continue à développer la ligne Sansa en respectant ses codes et en corrigeant ses défauts. Alors, d’ici quelques années, je pourrais bien avoir le baladeur parfait.