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le blog de drloser.

Convaincre les gens sur Internet

Cette semaine, j’ai soumis quelques amis à l’expérience suivante : en petit comité de trois ou quatre, je choisis une personne au hasard et lui explique que nous allons jouer à un jeu. Je vais lui énoncer trois chiffres qui suivent une règle précise. Il doit me répondre avec trois autres chiffres. Je lui dis alors si sa proposition est conforme ou non à la règle. Quand il pense avoir deviné, il m’énonce la règle qu’il a en tête. S’il se trompe, il peut proposer une autre suite de chiffres et poursuivre ainsi le jeu autant qu’il le souhaite.

Par exemple, je dis 6 5 4. Mon ami me répond 3 2 1. Je lui dis que c’est correct. Il annonce alors qu’il pense avoir deviné la règle : trois entiers qui se suivent de façon décroissante. Et je lui réponds si c’est bon ou non.

D’autre part, j’indique à mes autres amis qu’ils doivent se contenter d’observer la scène et qu’ils ne doivent pas chercher à deviner la règle. L’expérience débute :

- Moi : 5 7 9
- Lui : 13 15 17
- Moi : Correct
- Lui : Je pense avoir deviné, à partir du premier chiffre, on peut deviner les suivants en faisant +2
- Ce n’est pas ça
Après un petit moment de réflexion
- Lui : 2 4 6
- Moi : Correct
- Lui : J’abandonne… Je donne ma langue au chat.

A ce moment, je me tourne vers les spectateurs et leur demande s’ils sont en mesure de l’aider. Dans la plupart des cas, ils n’ont aucun mal et proposent d’autres chiffres, sachant qu’à cette étape de la réflexion n’importe règle pourrait correspondre : trois entiers croissants, trois nombres inférieur à 100, trois chiffres choisis complètement au hasard.

Cette expérience illustre deux phénomènes qu’on observe chaque jour sur l’Internet. Le premier, c’est le biais de confirmation. Le sujet que je soumets au test pense avoir deviné la règle sans même réfléchir. Il propose trois chiffres pour la confirmer, puis énonce son idée : “à partir du premier chiffre, il suffit d’ajouter +2 pour trouver les suivants”. Quand je lui indique qu’il se trompe, il est un peu déstabilisé et commence alors réfléchir. Après quelques secondes passées à cogiter, il finit par trouver une autre règle qui ne contredit pas la première : “le premier chiffre doit être pair et il suffit d’ajouter +2 pour trouver les suivants”. Il propose donc 2, 4, 6 pour vérifier, mais quand je lui annonce que cette proposition suit également la règle, il renonce, car il ne parvient pas à imaginer une nouvelle règle qui ne contredit pas sa première intuition.

On observe ici la façon dont l’être humain fonctionne : il prend une décision de façon intuitive, sans même réfléchir, et c’est seulement après qu’il fait appel à sa raison, mais uniquement pour chercher à justifier son premier choix. A aucun moment la raison n’intervient pour prendre la décision. C’est la théorie de Hume selon laquelle “la raison est et ne doit qu’être l’esclave des passions ; elle ne peut jamais prétendre remplir un autre office que celui de les servir et de leur obéir”.

Si vous n’y adhérez pas, c’est que vous croyez à la doctrine du rationalisme, et je ne doute pas que vous cogitiez en ce moment même pour trouver des exemples et de grands penseurs comme Platon ou Aristote qui seront à même de confirmer vos convictions. C’est le biais de confirmation.

Mais revenons à notre expérience. Le deuxième phénomène qu’elle met en avant, c’est l’importance de l’environnement du sujet. Si j’avais mené l’expérience entre quatre yeux, mon interlocuteur n’aurait sans doute pas abandonné après seulement deux ou trois essais. Malheureusement pour lui, la présence de spectateurs a verrouillé son raisonnement, car plus il y a de monde autour de lui, plus il est important de justifier son choix initial. Et lorsqu’il est incapable de trouver une règle ne contredisant pas sa première affirmation, il préfère abandonner plutôt que d’avouer son erreur initiale.

Le biais de confirmation indique que seul, nous prenons des choix intuitivement et notre raison nous sert essentiellement à les justifier. Tout seul, il nous est quasiment impossible d’utiliser notre raison pour remettre en cause nos choix. Nous avons besoin de l’aide d’un professeur, d’un collègue, d’un ami ou de livres. Isolé, l’être humain est incapable de raisonner. Mais lorsqu’il est entouré, il a tendance à se démener encore plus vivement pour éviter d’avoir à reconnaître ses erreurs. Que faut-il donc faire pour éviter d’être condamné à la stagnation et à l’entêtement ?

Imaginez à présent que vous lisiez votre flux Twitter ou votre forum préféré, et que vous tombiez sur une personne tenant des propos que vous estimez être erronés. Si vous le contredisez, vous pouvez êtes certain qu’il fera appel à sa raison, non pas pour chercher la vérité, mais pour confirmer ses propos initiaux. Il sera victime du biais de confirmation. Et pour peu qu’il y ait un public nombreux, ce qui est le cas sur Twitter ou Internet, ce biais sera d’autant plus puissant.

C’est pourquoi il est si difficile de convaincre une personne sur Internet. Mais ce n’est pas une fatalité : la prochaine fois, plutôt que de débuter votre réponse par “faux” ou “tu te trompes”, essayez de donner raison à la personne que vous cherchez à contredire, puis tentez lentement de faire pencher son opinion, sans qu’il s’en rende compte, ou du moins sans que les spectateurs puissent s’apercevoir clairement qu’il est en train de changer d’opinion et donc de reconnaitre son erreur. En donnant raison à votre interlocuteur, vous faites preuve d’empathie, vous créez un lien social et vous vous adressez à son intuition, à ses émotions, qui sont les véritables maîtres de ses choix et qui dicteront ensuite à sa raison quels arguments retenir.

Montrer que quelqu’un a tort, c’est le plus sûr moyen d’échouer à le convaincre de son erreur. Pour réussir à faire changer quelqu’un d’opinion, il faut d’abord montrer en quoi il a raison, pour ensuite le convaincre sans qu’il n’ait jamais à reconnaître son erreur. Et pour ce faire, il faut jouer sur ses émotions en devenant son allié, et non lui asséner des arguments raisonnables allant à l’encontre de ses convictions. Forcément, vous perdez toute la gloire de triompher de votre adversaire, mais si c’est ainsi que vous considérez vos interlocuteurs, il est possible que vous fassiez fausse route.

De plus, en cherchant sincèrement à donner raison à la personne que vous contredisez, vous réussirez à aller au delà de votre propre biais de confirmation et il est très probable que vous réalisiez que votre contradicteur n’était pas votre adversaire… Et qu’il n’avait peut-être pas si tort que ça !

Si ça vous intéresse de creuser un peu, cet article est tiré de mes réflexions suite à la lecture du premier des quatre chapitres de The Righteous Mind, un livre rédigé par Jonathan Haidt, psychologue social et professeur d’éthique.

14 commentaires pour “Convaincre les gens sur Internet”

  1. divide dit :

    Intéressant. J’adhère complètement à l’analyse psychologique (mais à la place de René, je t’aurai rétorqué que la règle que j’ai deviné est tout a fait juste par rapport à la suite que tu m’as fournis, et que ce ne soit pas celle que tu avais en tête n’est pas mon problème, d’ailleurs je prend Jean, Pierre et Luc a témoin et si tu ne valide pas ma réponse je me casse en claquant la porte. Ce qui valide aussi l’expérience).

  2. drloser dit :

    Je vous conseille de mener l’expérience par vous même car 1) c’est rigolo, et 2) on n’est jamais aussi bien convaincu que par soi même !

  3. Nioub dit :

    En général on cherche le plus spécifique, en suivant les exemples donnés. En effet, quand tu donnes 6 5 4, on voit tout de suite qu’il y a une relation d’ordre entre 3 nombres entiers ; c’est ici l’interrogateur qui _oriente_ la déduction. Il est après difficile de chercher ailleurs, de se remettre en question car c’est moins confortable. Pas de relation d’ordre ou d’opération arithmétique ? Est-ce vraiment une suite (il n’y a pas réellement de relation d’un nombre au suivant) ? Les nombres sont-ils positifs, ou peuvent-ils être négatifs ou nul ? Peuvent-ils être rationnels (nombres à virgule) ? Complexes ? Y en a-t-il toujours 3 ? Sont-ils des nombres, ou sont-ils simplement des symboles, comme A B C ou Tomate Mozzarella Basilic ?
    D’ailleurs, la réponse à ton petit jeu est probablement “3 nombres entiers positifs”, parce que c’est un exercice connu, Veritasium en a fait une vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=vKA4w2O61Xo).

    Mais pour revenir au sujet du titre, il est vrai que convaincre quelqu’un de son erreur IRL est très difficile, ça devient presque impossible sur Internet à cause du pseudo-anonymat.

  4. Ziell dit :

    Aurais-tu un exemple de conversation où un contradicteur fait pencher l’opinion de son interlocuteur vers la sienne plutôt que de directement s’y opposer ?

    S’agit-il de commencer par reconnaître certains points positifs parmi les arguments de son interlocuteur (en choisissant en réalité les points les moins spécifiques à son opinion, voire ceux applicables également à la tienne) pour le mettre en condition « réceptive », et à ce moment-là faire tourner le vent en annonçant quelques « mais est-ce que tu sais/imagines/ne penses pas que… » ?

  5. Rinrynque dit :

    Ca me fait penser à la tâche de Wason (à laquelle 80% des gens échouent)
    https://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A2che_de_s%C3%A9lection_de_Wason

  6. monsieurcrescen dit :

    J’interviens plus pour préciser certains points, car autant ta conclusion me convient (et est quasiment de l’ordre du “bon sens”, encore faut-il l’exprimer), mais il y a une mauvaise interprétation des travaux que tu cites (ou alors tu vas une pichenette trop loin).

    Je prends ce passage comme exemple, car il me semble bien illustrer le problème (ou mon problème vis à vis de ce que tu avances) :

    “Le biais de confirmation indique que seul, nous prenons des choix intuitivement et notre raison nous sert essentiellement à les justifier. Tout seul, il nous est quasiment impossible d’utiliser notre raison pour remettre en cause nos choix. Nous avons besoin de l’aide d’un professeur, d’un collègue, d’un ami ou de livres. Isolé, l’être humain est incapable de raisonner. Mais lorsqu’il est entouré, il a tendance à se démener encore plus vivement pour éviter d’avoir à reconnaître ses erreurs. Que faut-il donc faire pour éviter d’être condamné à la stagnation et à l’entêtement ?”

    Le biais de confirmation est, tout d’abord, un biais cognitif, ou autrement dit, une erreur de raisonnement dans le cadre d’un jugement probabiliste (et uniquement dans ce cadre là). Les biais ont été observés lorsque l’on comparait le résultat de prises de décision par rapport à une réponse dite “optimale”, modélisable mathématiquement.

    Par exemple, on pose un problème de probabilité à des sujets (tout niveaux confondus), sans qu’ils n’aient les outils pour résoudre au mieux le problème (et pour les débutants, sans qu’ils n’aient les connaissances) et on observe leurs résultats. On observe un décalage entre leurs réponses et la réponse mathématique (facile à calculer pour de simples problèmes de probabilités), ce décalage s’apparentant à une erreur de logique.
    C’est de cette manière que les chercheurs ont, dans les années 70, mis en lumière ces biais (l’exemple du problème de Linda est parfait pour comprendre l’intérêt de ces recherches… et leurs limites si l’on se focalise uniquement sur les biais : https://en.wikipedia.org/wiki/Conjunction_fallacy).

    La question est de savoir pourquoi cette erreur apparaît régulièrement. La meilleure réponse actuelle est liée à notre manière de raisonner : le modèle du raisonnement duel (un bon article ici : http://www.keithstanovich.com/Site/Research_on_Reasoning_files/Evans_Stanovich_PoPS13.pdf)
    Pour résoudre un problème donné, nous faisons appels à deux ensembles de processus distincts de raisonnement :
    - un ensemble de processus automatiques (type 1)
    - un ensemble de processus réflexifs (type 2)

    Type 1 nous permet de répondre rapidement à un problème, en faisant appel à notre expérience et notre mémoire à court terme. L’objectif est de limiter les efforts cognitifs pour juger une situation a priori simple (c’est, on s’en doute, là qu’est l’os).
    Type 2 nous permet de mettre en perspective le jugement réalisé par le type 1. D’une certaine manière, c’est lui qui nous permet de faire la part des choses entre ce qui est de l’ordre de la croyance et ce qui est de l’ordre de l’expérience. Il permet une approche plus rationnelle du problème. En contrepartie, il demande beaucoup plus d’efforts et est, dans la plupart des cas, bien trop lent pour nous permettre de répondre rapidement à une question simple (généralement, le type 1 suffit).

    Cela nous permet déjà de comprendre comment nous jugeons une situation et on peut entrevoir les difficultés qui en découle. Pour expliquer plus spécifiquement pourquoi on observe des erreurs régulières telles que les biais cognitifs, il faut se tourner vers le jugement heuristique.

    L’idée est que, face à un problème donné, nous aurions tendance à remplacer (de manière totalement inconsciente) la question qui nous posée par une plus simple à juger : c’est la substitution d’attributs (ou substitution de question, selon les traductions ; un bon article ici : http://faculty.som.yale.edu/ShaneFrederick/Model_of_Heuristic_Judgment.pdf). La question plus “simple” est dite question heuristique, elle demande moins d’efforts au décideur pour qu’il réponde, dans un temps limité et dans un cadre contraint. L’heuristique tape clairement dans le type 1 et peut inhiber la fonction de contrôle du type 2. C’est à ce moment que des biais de jugement peuvent apparaître. Mais il faut bien comprendre, malgré le biais qui peut parfois apparaître, l’heuristique est une stratégie de jugement très efficace, très rapidement à mettre en place. Lorsque les chercheurs ont mis en évidence l’utilisation d’heuristiques, cela a été une sacré révolution à une époque où l’on pensait que l’homme était un être purement rationnel (ce que faisait qu’on avait un peu de mal à expliquer les erreurs de raisonnement). Et je tiens à préciser que dans le domaine de la formation à la prise de décision stratégique, on en est encore là…

    Que faut-il retenir de tout cela ?
    Que le biais n’est pas à considérer comme une fin en soi, mais comme le marqueur d’utilisation de stratégies de raisonnement efficaces mais qui peuvent montrer leurs limites dans le cas de jugements probabilistes (c’est dans ce cadre précis que ces erreurs ont été démontrées). Vouloir corriger les biais est, à mon avis vain, mais inefficace. Les stratégies de correction des biais ne sont pas fonctionnelles à long terme : le décideur peut faire la même erreur plus tard alors qu’il a été sensibilisé à cette problématique.

    Donc pour reprendre ton texte, doc : nous ne prenons pas des décisions exclusivement de manière intuitive, cela dépend du contexte, du cadre dans lequel le problème est donné, des influences faites par le cadre sur le décideur, de son état physique et psychologique, etc. Notre “raison” (je ne suis pas vraiment à l’aise avec ce terme, à discuter si je l’ai mal compris) ne cherche pas exclusivement à justifier nos choix, bien au contraire parfois.
    Mais, et là je te rejoins parfaitement, il est extrêmement difficile de le faire seul. Le programme heuristiques et biais n’explique pas pourquoi nous pouvons être parfois très ancré sur nos positions (il a observé le comportement). Pour cela, il faut se tourner vers la théorie argumentative, qui je pense pourrait t’intéresser (le bon article ici : http://www.dan.sperber.fr/wp-content/uploads/2009/10/MercierSperberWhydohumansreason.pdf)

    Et mes excuses pour la longueur.

  7. drloser dit :

    Ah ah, merci pour ta réponse, ça me fait toujours délirer de lire un site sur le JV et de tomber sur un spécialiste, un étudiant ou juste un curieux qui s’intéresse à un domaine aussi spécifique.

    Bref, dans le bouquin que je lis actuellement, l’auteur s’intéresse presque uniquement aux choix moraux, pas aux raisonnements probabilistes, physiques ou mathématiques comme il est fait mention dans le Model_of_Heuristic_Judgment.pdf que tu cites (j’ai juste survolé, je me trompe peut-être). Par exemple, un homme s’achète un poulet, rentre chez lui et le met dans son frigo. Le lendemain matin, il prend le poulet, lui fait l’amour, éjacule dedans, puis le fait cuire et le mange, sans que personne ne soit témoin de la scène. Quand on interroge les gens qui trouvent ça “mal”, ils font fonctionner leur raison (à posteriori) pour trouver des justifications : le gars pourrait tomber malade et coûter de l’argent à la sécu, il pourrait être surpris par un voisin et le choquer, etc. Et quand on pousse leurs raisonnements dans leurs derniers retranchements, ils finissent généralement par admettre qu’ils ne savent pas pourquoi c’est mal, mais que c’est leur intime conviction ou leur croyance. Et on apprend plus tard dans le bouquin que ce n’est pas plus déconnant de croire qu’il est mal de baiser un poulet, que de penser que c’est OK car ça ne fait de mal à personne.

    Comme son nom l’indique (le bouquin s’intitule The Righteous Mind), cet ouvrage cherche à déterminer d’où proviennent nos jugement moraux. : comment l’intuition et la raison interviennent dans (i) le processus qui mène au jugement et (ii) celui par lequel nous répondons d’eux. Le livre explique entre autre comment le biais de confirmation et le besoin justifier ses choix font partie de notre biologie et sont issus du processus d’évolution de l’espèce humaine. J’ai peut-être fait quelque raccourcis ou traité le sujet de façon trop généraliste, mais l’idée est là.

    Pour avoir une idée de ce dont ça parle, on peut jeter un oeil à ses trois conférences TED, notamment à celle sur les libéraux et les républicains : http://www.ted.com/talks/jonathan_haidt_on_the_moral_mind

    Et on s’écarte un peu du sujet, mais celle sur la religion me plait bien aussi, car elle va totalement à l’encontre des convictions de la population qui fréquente nos forums : http://www.ted.com/talks/jonathan_haidt_humanity_s_stairway_to_self_transcendence

    Ziell : je n’ai pas sous la main l’exemple qui tue, mais tu peux peut-être voir un semblant d’illustration dans cet échange entre nakAZZ et moi. Après, on peut toujours se demander si lui et moi étions déjà d’accord avant l’échange, mais comment en être sûr ? Mais je dois l’admettre, je suis loin d’être le mieux placé pour donner l’exemple ! J’aime trop me moquer des gens quand j’estime qu’ils sont dans l’erreur…

  8. monsieurcrescen dit :

    Oui, j’ai bien précisé que cela n’était valable que dans le cadre du jugement probabiliste et je doute que l’on puisse appliquer la problématique des biais dans d’autres cadres, car le biais n’existe que parce que l’on compare la réponse des sujets à un réponse dite optimale (approche bayésienne du raisonnement).

    Or ce que démontre ces études est qu’il est vain de chercher à appliquer un modèle bayésien alors que, visiblement, tout le monde semble en violer les règles les plus simples. Le biais est utile pour mettre en évidence des mécanismes, ici les heuristiques, pas pour définir ce qui doit être le “bon raisonnement” (à ce sujet, l’opposition entre deux grands chercheurs -Kahneman et Gigerenzer- sur ces problématiques est particulièrement intéressante ; un article qui résume pas trop mal le débat : http://fitelson.org/probability/vranas_2.pdf).

    Pour en revenir à Jonathan Haidt (et ton post), son site permet de récupérer ses articles et je pense qu’on peut y trouver en détail ses expérimentations : http://people.stern.nyu.edu/jhaidt/
    Je viens de parcourir rapidement “The Emotional Dog and its Rational Tail” est il reprend le modèle que j’ai présenté plus haut (raisonnement duel), en se focalisant sur la question de la morale (et en chiant sur les modèles rationalistes, merci). Il est clairement du côté de la psychologie sociale, là où ceux que j’ai cité sont plus proches de la psychologie cognitive et de l’économie, et ça m’a l’air très intéressant.

    Maintenant que j’ai bien bloqué le débat (plus aucun commentaire depuis le mien), je relance de 1 TED en plus de ceux cités par le doc : https://www.ted.com/talks/daniel_kahneman_the_riddle_of_experience_vs_memory

  9. erloom dit :

    Jonathan Haidt se présente, de souvenir, effectivement comme psychologue social. Il se place aussi plus globalement en opposition avec pas mal de choses faites en philosophie morale (qui historiquement s’est beaucoup concentrée sur des questions normatives plutôt que positives). Dans un registre plus général, son précédent livra qui parle plus globalement du bonheur est aussi assez intéressant (quoiqu’un peu moins abouti ama).

    Je ne sais pas si le point a été abordé, mais un autre moyen de convaincre serait simplement de toucher la partie émotionnelle. Toutes les vidéos vegan bien crados sont typiquement dans cette veine. De plus, il y a des études sur ces questions, qui de souvenir encore, montraient que montrer des informations contradictoires aux croyances de certains personnes tendaient à renforcer ces croyances (alors qu’on pourrait intuitivement penser l’inverse).

  10. drloser dit :

    Toucher la partie émotionnelle, c’est l’idée… Mais je suis passé beaucoup trop vite dessus en me contentant d’évoquer la nécessité de faire ami-ami avec son interlocuteur et de se mettre à la place sans insister sur le côté emphatique. En fait, j’ai juste écrit une ligne à ce propos :

    “Et pour ce faire, il faut jouer sur ses émotions en devenant son allié, et non lui asséner des arguments raisonnables allant à l’encontre de ses convictions.”

    J’aurai du plus développer, ou du moins insister sur cet aspect, car en lisant mon texte on pourrait croire que je conseille simplement de manipuler les gens en faisant semblant d’être leur allié. Je vais rajouter quelques lignes…

  11. erloom dit :

    Ce serait intéressant d’avoir un recueil de techniques comme serait celui de Schopenhauer (l’Art d’avoir toujours raison) en prenant en compte l’hypothèse de Haidt. Quelqu’un sait si ça existe ?

  12. drloser dit :

    Pour ça, tu dois pouvoir trouver ton bonheur dans “How to win friends and influence people” de Carnegie : http://www.amazon.fr/Comment-faire-amis-Dale-Carnegie/dp/2253009105/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1445281256&sr=8-1&keywords=Comment+se+faire+des+amis Je ne suis pas sûr que ce soit un bouquin scientifique (pas plus que le livre de Schopenhauer), mais c’est probablement extrêmement efficace. (Je l’ai pas lu)

    En tout cas, ce n’est pas le but du livre de Haidt. Dans “The Righteous Mind”, Haidt cherche à démontrer que toutes les morales sont valides. Et surtout, pourquoi nous sommes incapables de percevoir que la morale des autres est aussi “bonne” que la notre. Par exemple, quand un républicain dit à un libéral qu’il faut interdire le mariage gai et lutter contre l’avortement, le libéral est incapable d’expliquer ces convictions autrement que par “c’est un imbécile”. Le but de Haidt, ce n’est pas de nous apprendre à convaincre les autres. Ce serait plutôt d’apprendre à discuter ensemble de façon constructive : convaincre tout en se laissant convaincre. C’est assez bien résumé par les deux conférences TED que j’ai linkées un peu plus haut.

    A ce propos, si vous voulez mieux vous connaître, allez sur http://www.yourmorals.org/

    Ziell, si t’es encore là, j’ai pas de super exemple bonne argumentation, mais j’ai un exemple de mauvaises :-) Ca commence avec le post de Jaspion qui fait tout de suite passer les 2 camps en mode “combat”.

  13. Nomys_Tempar dit :

    Article intéressant, j’ai appris pleins de trucs. Et monsieurcrescen l’a bien nuancé comme il faut.

    À mon avis, quand on veut convaincre quelqu’un, il faut prendre le temps de le faire, prendre le temps de faire le tour du sujet et de savoir pourquoi l’autre personne pense ce qu’elle pense à un niveau personnel.
    Que nos choix ou nos convictions soient rationnels ou non à la base, ça n’a que peu d’importance, par contre l’empathie dont tu parles Doc, c’est connaitre, comprendre et respecter les expériences qui ont menés à ces choix ou ces convictions. Et être capable de le signifier à la personne, qu’elle fasse pareil, pour que les deux partie soit à l’aise.

    Les résultats observés sur la morale (ton histoire de poulet) ou sur l’abandon rapide du à la présence d’une audience (sur les proba), sont en grande partie dû au fait que notre société n’est pas construite pour qu’on s’y sente suffisamment à l’aise pour fonctionner différemment. Notamment en terme de respect de l’autre.

    D’expérience, quand je discute assez longtemps avec une personne, on finit par tomber d’accord. A force de nuancer son propos (en expliquant des exemples), d’expliquer les mots, etc… On retrouve une sorte de terrain communs dans lequel on parle tout les deux le même langage et dans lequel on est tout les deux au même point en terme de réflexions.

    Je devrais lire “The Rightous Mind” j’apprendrais surement des choses…

  14. Thermostat dit :

    Je découvre ce post avec du retard, mais ca m’a immédiatement fait penser à The God Delusion, de Richard Dawkins. Il tente de convaincre les croyants que seul la science est logique et digne de confiance car elle ne se base pas sur une foi aveugle, alors que la religion n’a apporté qu’obscurantisme et guerres à travers les âges.

    Et il s’exprime excessivement mal. En général il braque les gens dès les deux premières minutes de débat en se posant comme une autorité supérieur face à un illuminé. Je l’ai montré à des potes croyants qui ont vu le film comme une attaque personnelle non justifiée, et Dawkins est souvent tellement odieux que même les non croyants plutôt daccord avec une majorité de ce qu’il raconte ont détesté son travail, en ayant l’impression de voir un donneur de leçon qui ne cherche pas du tout à convaincre par le débat.

    On a aussi l’exemple depuis quelques années des féministes agressives types femen, qui sous couvert de débats sur des avancées sociales ont pour seul dialogue des insultes pour toutes les échelles de valeur et les dieux de leurs “opposants”. Ou comment fermer à tout jamais une discussion qu’elles auraient pu gagner autrement.

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