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Archive pour novembre 2009

cet article contient quelques spoilers

Ca fait quelque temps que cet article me trotte en tête, notamment par rapport à GTA IV et aux très récents Modern Warfare 2 et 2012 d’Emerich.

Sur ces points, GTA IV est un exemple particulièrement intéressant.
D’une part parce qu’à l’instar des épisodes précédents, il a soulevé quelques polémiques sur la moralité de son contenu.
D’autre part parce que c’est justement le premier de la série à laisser des choix moraux au joueur.

Relation entre l’implication morale et l’implication émotionelle

Il me semble nécessaire d’établir cette relation en préambule: il n’y a pas de charge morale si il n’y a pas de charge émotionelle. Il n’y a de notion de bien et de mal que si il y a un ressentis. Cette charge émotionelle découle directement de la mise en scène.

Ainsi dans GTAIV, il convient de distinguer la partie narrative de la partie bac à sable: si la première, guidée par la musique, les mouvements de caméra, les dialogues et les jeux d’acteurs, implique le joueur émotionellement, créant de l’empathie pour les différents protagonistes, la deuxième partie (hors missions) n’amène aucune interprétation: la ville et ses habitants sont anonymes, et il n’y aura aucune conséquence narrative à tuer des centaines de civils pour peu qu’on échappe à la police. De plus le jeu n’y incite pas, puisque tuer des civils entraine un risque pour le joueur. Sur ce plan, on peut donc difficilement qualifier GTAIV d’immoral, tout au plus d’amoral la charge émotionelle du joueur étant nulle.

Les problèmes moraux se posent donc uniquement lors des missions: si le jeu nous incite à tuer des innocents et que tout cela est mis en scène, la question pourrait se poser. Or GTAIV (et GTAIII aussi me semble t-il) évite cet écueil systématiquement: toutes les cibles sont impliqués à priori ou à postériori dans des affaires louches. A quelques exceptions près dans GTAIV: c’est là qu’interviennent les choix moraux, où le joueur doit agir selon sa conscience.
Et si on examine de près ces choix moraux, ils vont aussi dans le sens de la morale.
Ainsi il nous est offert de ne pas avoir à tuer quelqu’un qui s’est fait piéger par un salaud, sans que cela ai des conséquences négatives dans le déroulement du jeu (alors que la plupart des missions obligent l’élimination des cibles désignées), et il nous est à un moment proposé de choisir entre un ex-taulard qui a tout perdu, et avec lequel on s’est lié d’amitié, et une petite frappe sans scrupules. Si on choisit le premier -logiquement le plus sympathique-, la récompense offerte par lejeu est plus grande que pour le second choix. GTAIV est donc bien un jeu moral, quoi qu’en dise l’opinion publique et… nombre de joueurs qui pensent y trouver là un argument de provocation.

GTA IV : Ivan the not so terrible

GTA IV : Ivan the not so terrible

Modern Warfare 2 et 2012

Cette semaine nous a fournit deux exemples que tout oppose sur cette question, l’un issu du jeu vidéo, l’autre du cinéma.
Call Of Duty 4 Modern Warfare 2 d’Infinity Ward et 2012 de Roland Emerich sont de parfaites illustrations du lien entre implication morale et émotionelle.

Quand je parle de Modern Warfare 2, je pense bien entendu à cette fameuse scène de l’aéroport.
Elle aurait pu gagner en charge émotionelle en scénarisant un peu plus l’attentat, et en impliquant plus quelques civils dans cette trame narrative, mais l’intention est là: le joueur marche avec la même lenteur implacable que ses complices, la musique est pesante, la bande son remplie de cris de paniques, de crépitement d’armes, d’alarmes, les malheureux agents de sécurité n’ont aucune chance de protéger la foule et leur propre vie. C’est un carnage, et le joueur est incité à y participer. Très limite sur le plan moral, cette scène ne franchit pourtant pas le seuil: la voix off pendant le chargement de la mission nous explique bien qu’il va falloir s’allier à la pire des ordures et rentrer dans son jeu pour pouvoir sauver des milliers d’autres vies, que les enjeux en terme de vies humaines sont bien au dela de ce qu’on va être incité à comettre.
Infinity Ward a bien compris les implications de cette scène, et à aucun moment la mission n’est compromise si l’on refuse de tirer sur des civils. Il est même proposé de la sauter si on souhaite ne pas y assister. Et pour clore l’engagement moral cette mission se termine par la mort du joueur, le nettoyant de ce qu’il vient de faire…

2012, à l’opposé, inflige les morts de civils par millions (on peut même parler de milliards à cette échelle), et pourtant il est bien difficile de ressentir de la peine pour tous ces pauvres innocents. Les acteurs traversent cette tragédie comme s’ils étaient dans une attraction de fête foraine, évitant les jets d’eaux et autres pièges inconséquents. Tout autour d’eux, des milliers depersonnes meurent chaque seconde, leurs collègues, leurs amis, le monde tel qu’ils l’ont connu, mais non, tout ce qu’on retient se résume à “Wowowo-oooh noo, watch out ! aaahhhh  !”. Un tour de montagne russe. Ces gens sont complétement inconscients… Il est impossible de pouvoir s’impliquer sérieusement dans cette catastrophe.
La Suspension consentie de l’incrédulité ne peut guère s’appliquer dans ce cas, comme dans le mode bac à sable de GTAIV.
Alors quand Emerich tente d’établir une morale à tout ça, forcément ça ne peut tenir debout. Finalement le personnage le plus censé (celui qui prend le commandement du gouvernement américain) est celui qui est montré par Emerich comme le personnage détestable, alors que le bon sens lui donne raison. C’est d’ailleurs le seul à invoquer la même justification morale que Modern Warfare 2, sacrifier des millions de vie pour sauver l’humanité… Mais la mièvrerie du film préfère ne pas lui donner raison. 2012, amoral ? Certainement. Parfois on se demande même si il ne frise pas avec l’immoral devant les justifications invoquées…

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