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J+19 : Interminable

C’est la saison des pluies, notre guide veut donc partir à 5 heures du mat à l’aube pour ne pas se prendre la flotte en fin d’après-midi. Réveil douloureux à 4 heures 30 avec quelques courbatures tout de même. Une fois de plus, on est au rythme central américain et, le temps de déjeuner, de se laver (plus psychologique qu’efficace), de faire les sacs et de se préparer, on décolle vers 6 heures du matin avec un soleil levé.

Le camp d’El Tintal jouxte un lac qui a débordé sur le sentier. Dès les premiers mètres, on revient bien en situation de bouillie infâme sur laquelle on marche. Personne n’est vraiment joyeux de redécouvrir ça surtout que l’étape du jour fait 27 km…
Malgré les deux paires de chaussettes propres du jour, mes pieds ne sont pas plus enchantés que moi de repartir. Le seul bon point est que nous avons transvasé pas mal de trucs lourds des sacs d’Hannah et de Justin dans nos backpacks qui partent avec les mules. Y compris la tente \o/. C’est déjà ça de pris.

Mais au bout de 4km, le sentier s’améliore très notablement : nous avons en fait rejoint la route antique maya qui avait été sur-élevée pour être praticable en saison des pluies. On devine en contrebas la terre détrempée mais dans notre champ de vision immédiat, la végétation devient de plus en plus clairsemée et surtout le chemin quasi sec. On finit par se croire dans la foret de Fontainebleau :

Avec ces conditions de marches bien meilleures, le moral suit et tout le monde a le sourire au lèvres. Oubliés les efforts à chaque pas pour décoller les bottes du sol. On a beaucoup plus de conversations que la veille, sommes plus ouverts à regarder l’environnement et la faune animale qui nous entoure. On croisera sur le chemin un ricain sur le chemin du retour seul avec son guide et son état nous renvoie à la réalité : il est physiquement brisé, traîne des pieds et les quelques mots qu’on échange montrent que son esprit s’est réfugié un peu en dehors de la réalité pour continuer à endurer les souffrances. C’est donc à ça qu’on ressemblera dans 2 jours…

Mais il ne nous faut pas de si peu pour nous arrêter et à part Carole qui traîne de plus en plus la patte avec son doigt de pied infecté, ça n’entame ni sa bonne humeur ni la notre. On a droit un peu de relief de temps en temps et en milieu d’aprem après le pause déjeuner, on se tape une traversée de rivière bien étendue. Ca patauge sec et il faut franchir un kilomètre dans la gadoue.


Illustration de la traversée où j’ai sauvé mes bottes

Au prix d’énormes efforts de concentration et d’équilibre, je parviens à garder l’intégrité de mes bottes : c’est passé au ras à maintes reprises mais j’ai toujours réussi à éviter de les noyer. D’après le guide, nous avons maintenant passé tous les passages boueux et nous touchons au but : nous arrivons à El mirador dans 2 kilomètres. Cela nous remonte le moral et c’est tout optimistes que nous reprenons la marche le cœur léger.

Une petite flaque à la con qui s’avérera faire 35cm de profondeur me fera perdre de cette légèreté d’esprit et ajoutera un poids d’environ 1 kg de boue dans ma bote droite. Et dire que j’avais fait le plus dur…

Au bout des deux kilomètres annoncés, nous y sommes enfin, nous passons solennellement l’enceinte d’El Mirador. Nos visages s’illuminent et la fin est proche : avant de rejoindre le camp pour la nuit, nous irons visiter les ruines de la Muerte (la mort - le nom a été donné après le décès d’un des premiers archéologies du site mordu par un serpent venimeux…). Engageant.

Nous reprenons bon an mal an notre progression qui s’avère plus compliquée que lors du milieu de la journée : le site était entièrement pavé à l’époque mais quelques siècles de pluies diluviennes ont transformé le chemin en chaos de petites pierres glissantes. Les appuis glissent souvent et avec la fatigue, de nombreuses petites chutes interviennent. On progresse, on progresse et toujours pas de Muerte en vue. Au final, il nous faudra un peu plus d’une heure pour atteindre le site : depuis l’entrée, il fallait faire la bagatelle de 5 bornes environ…

Le site de la Muerte est constitué de deux pyramides dont une était une était habitable. Il est possible de pénétrer dans les deux chambres reliées entre elles par un petit tunnel qu’il faut emprunter à 4 pattes. Réservée au hauts dignitaires locaux, c’était quand même pas le luxe dans l’absolu : les chambre font environ 5 mètre de long pour 1 de large. On peut à peine y tenir debout sous la voûte centrale. Humidité et obscurité sont au rendez-vous : les fenêtres (aujourd’hui condamnées) faisant 30 cm de haut par 10cm de large.

La pyramide inhabitée - vous apprécierez mes qualités de photographe.

Depuis ces dignitaires, la pyramide a trouvé de nouveaux locataires : des araignées au corps tout raisonnables mais aux pattes gigantesques qui déployées donnent une envergure plus grande qu’une main. Arrivées dans la seconde chambre, je distingue un joli scorpion noir d’environ 4cm que je montre à Ralph pour que nous évacuions tout le monde dans le calme sans annoncer aux autres la bonne nouvelle. A la sortie, le guide nous apprend que leur piqûre n’est pas venimeuse mais simplement très douloureuse. Nous en avons aussi croisé deux au dessus de nos têtes quand nous rampions dans le tunnel et il avait jugé bon de ne pas nous en avertir pour ne pas nous faire peur.

Après la Muerte, c’est la dernière ligne droite : direction le campement archéologique d’El Mirador tout proche d’après notre guide. Comprendre encore 5 putains de kilomètres… Tout le monde en a ras le cul de marcher, Carole traîne sacrément la patte avec son infection. Nous avons signé pour un aller retour sur 5 jours mais il existe une autre boucle pour le retour sur 6 jours qui est encore négociable au vu des provisions supplémentaires que j’avais embarqué. Au cours de la journée, je considérais sérieusement de proposer aux autres d’étendre le parcours. Je n’ai aucune idée de ce qui se passe dans la tête de Ralph mais il en serait tout à fait capable, Justin pourrait être chaud, Hannah même si elle est encore de bonne humeur commence à montrer des signes de ras le bol et Carole compte tenu de l’état de son pied risque de ne pas être motivée mais sais-t-on jamais, elle a de la force de caractère. Cette dernière partie me fais définitivement tirer un trait sur l’option de rallonger le parcours.

Il est environ 15 heures 30 quand nous atteignons enfin le site. Les 27 kilomètres de l’étape du jour ont été torchés en un peu plus 7 heures de marche si on enlève les pauses et visites. On s’écroule sur les sièges dès notre arrivée. Ca a été long. Putain de long…

En fin d’aprèm, saison des pluies oblige, un bon orage se déclenche et ce sera l’occasion de moi pour prendre une douche tropicale version Tahiti douche à poil un peu en retrait du camp. Petit plaisir de la vie bien mérité.

Une fois la nuit tombée, je sors la bouteille de rhum que j’avais ramené pour célébrer l’événement que nous partagerons avec les gars du camp. Comme c’est la saison des pluies, aucun archéologue n’est présent et c’est une petite déception. Normalement, ce moment est un des meilleurs où ces passionnés partagent toutes leurs petites anecdotes avec les rares visiteurs qui atteignent le camp. Bon, on la savourera quand même énormément :

Grisés par le fait d’être enfin arrivés, on en avait presque oubliés qu’on avait fait que 2 jours sur les cinq !

Carole se fera aussi une petite opération chirurgicale à son pied. Pas très joli à voir avec sang et pus mais elle en ressort ravie et recouvre l’impression de marcher sans douleur. Une autre bonne nouvelle à célébrer !

Une fois repus, pas de troisième mi-temps : demain, nous nous levons à 3 heures 30 du mat pour faire l’ascension de la Danta, la plus grande pyramide maya jamais édifiée, pour contempler le lever de soleil au dessus de la jungle à 172 mètres.

2 commentaires pour “J+19 : Interminable”

  1. mouito dit :

    Au final ça semble moins dur que tu avais entendu wait and see…

  2. neFAST dit :

    Vivement la suite !

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