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J+18 - 2ème partie : Entrée en matière

11:30 : nous traversons Carmélita en zigzaguant entre les flaques et atteignons l’extrémité du village où nous quittons la route principale pour s’engager sur le début du chemin de rando. La mise en situation est rapide : le chemin est détrempé depuis deux mois et quotidiennement emprunté par des mules qui le labourent en profondeur chaque jour. Autant dire que ça ressemble plus à une marre qu’à un sentier :

Nous avons fait un kilomètre, plus que 99… L’étape du jour ne fera quant à elle que 17 km.

Chacun adopte une technique de progression différente :
- Le guide trace tout droit sans se prendre la tête. Ses bottes seront noyées en moins de 300m
- Carole a des chaussures de marches adaptées à l’eau mais essaye de ne pas les mouiller. Elle trajecte à mort en utilisant les bords de chemins. La première traversée de rivière aura raison de sa technique : elle s’y est enfoncée jusqu’aux genoux. Ca aura pris 500 mètres.
- Ralf avec ses running Asics adopte la tactique du cabri : il saute de racines en racines au prix de gros efforts physiques. Je me demande combien de temps il mettra à renoncer. Probablement pas beaucoup.
- De mon côté, les bottes me permettent de marcher sans trop me poser de questions mais j’essaye de jauger la profondeur de la boue : en premier lieu pour éviter de les remplir de flotte et avoir les pieds humides toute la journée mais aussi pour ne pas trop les enfoncer à chaque pas : la boue adhère et fais ventouse coûtant de l’énergie chaque fois qu’il faut l’en extraire.
- Notre groupe a par ailleurs été rejoint au début par un employé du site qui ferme la marche et qui fera le trajet à nos côtés : il a la même technique que notre guide et donc les pieds mouillés rapidement.

Suite à une glissade sur une racine, Ralf a les godasses complètement trempées. Il aura tenu 800m les pieds au sec mais continue toujours sa technique de cabri.

Après un passage un peu au sec d’environ 3km, nous rentrons cette fois véritablement dans la jungle :

oui oui, c’est bien le sentier de rando.

Si vous en doutiez, le taux d’humidité doit être de 99.9%, la température d’environ 30/35 degrés et de nouveaux compagnons arrivent : les moustiques. Tant que nous progressons, ils se contentent de nous suivre : chaque marcheur est suivi par un cortège de 20 à 40 moustiques de bonne taille. Un vrai nuage pour chacun. Rapidement, Ralf et Carole se retourne vers moi plein d’espoir :
“Ca va pas être 100 bornes comme ça quand même ?”.
Je n’en suis pas certain mais je dois leur avouer que j’en ai bien peur. C’est du moins à quoi je m’attends et pour quoi je me suis préparé.
Eux pas du tout… Ils regrettent de ne pas avoir su; je regrette d’y être en connaissance de cause.

Vu les conditions, on avance quand même à un bon rythme imposé par le guide pour arriver avant la nuit et ne pas finir l’étape à la lampe torche. Pour l’instant, aucun problème à signaler le moral est bon, Ralf a sa tête de suisse des plus inexpressives et Carole, même si elle se montre un peu maladroite de temps en temps, est plutôt enjouée. Malgré des pieds abondamment talqués et deux paires de chaussettes, l’intérieur de mes bottes ressemblent à une étuve à 40° baignant dans un léger lit de transpiration.

Nous ferons la première pause au bout d’une heure et demi et une bonne surprise nous attend sur le lieu de repos : depuis le passage de la trekkeuse belge, un pont suspendu a été installé sur la rivière : on va donc pouvoir éviter la baignade pour traverser. D’un autre côté, on est quand même déjà trempés par la transpiration, ça aurait pas fait une différence énorme.
Le problème des pauses, c’est qu’on ne déplace plus : les moustiques peuvent donc passer à l’attaque. Et c’est violent.
Je renoncerai donc rapidement à la position arrêtée pour effectuer en marchant en cercle pour éviter les piqûres. Ca repose moyen. L’autre alternative est de se faire une raison. En deux jours, ça donnera ça du côté de Carole :

On reprend la progression toujours à un rythme assez soutenu et personne ne bronche. Puis au détour du chemin, on rencontre un couple de jeunes bras-cassez autrichiens : ils sont partis pour faire le même trek mais sans guide et ce sont déjà paumés trois fois sur le chemin. Ils sont partis 2 heures trente avant nous et sont déjà vannés. Ils sont volontaires dans une famille pas loin qui leur a dit que c’était facile de le faire seul. Ils n’ont pas anticipé l’optimisme maladif des locaux. Sans guide, ils portent leur bouffe et tente pour les 5 jours. S’aventurer dans la jungle sans téléphone, sans carte, boussole et sans GPS ne les a pas plus effrayés que ça. Et quand je dis bras cassé, je parle surtout du mec : il a littéralement un bras dans le plâtre…
On fait donc un bout de chemin avec eux mais rament beaucoup plus que nous même si j’essaye de ralentir le rythme pour ne pas avoir sur la conscience leur disparition dans la jungle. Mais au bout d’un moment, ils ont disparu derrière nous sans qu’on s’en aperçoive. Bon courage les bras cassés !

Vers 14 heures, nous arrivons à la Florida : un site mineur où il n’y a pas grand-chose à voir mais l’intérêt est surtout de pouvoir y dormir si besoin et surtout se ravitailler en eau. 2 personnes vivent là en permanence sur la base de relais et s’occupent de payottes sous lesquelles on peut planter la tente et maintiennent un joli feu pour la cuisine. La pause permet de manger quelques sandwichs et, pour moi, de procéder à un changement de chaussettes. Des ampoules ont déjà commencé à se former. Une fois bien reposés, nous nous apprêtons à partir quand débarquent les deux autrichiens. Ils se sont encore un peu perdus sur le chemin et sont en piteux état.
Cette fois, nous faisons pression sur le guide pour les intégrer au groupe et pas avoir deux morts sur la conscience et obtenons gain de cause. Le guide tire un peu la gueule car vannés comme ils sont, ils ralentiront l’allure et ils ne payent rien : c’est pas bon pour les affaires.
C’est donc Hannah Montana et Justin Bieber qui intègrent l’équipe. Ils nous partagent les exploits du matin :
YouTube Preview Image

Faut cliquer pour voir la vidéo, elle vaut le coup ;)

Ils mangeront rapidement et au moment de partir je propose à Hannah de prendre son sac de 8 Kgs en échange du mien contenant un litre d’eau. Elle accepte gênée mais ravie. Et nous voilà repartis. Il ne faudra pas 15 minutes à Justin pour refiler leur tente à Hannah. Puis 15 autres pour la convaincre de me la refiler à son tour. Bien entendu, le sac d’Hannah n’est pas fait pour accueillir une tente et elle arrêtera pas de glisser de mon épaule tout l’après-midi histoire de rajouter un détail énervant. Les conditions de marche étaient trop simples jusque-là…

La progression continue sur un rythme légèrement plus faible et même si les conditions sont mauvaises, ce n’est pas très fatigant de progresser, juste très laborieux. L’ambiance continue à être bonne même si Carole traîne légèrement la patte et Justin est un peu plus marqué que les autres avec son lourd sac à dos et ses 2 heures et demi supplémentaires.


Ralf et sa technique du cabris. A ma grande surprise, il aura tenu toute la journée.

Vers 6 heures, la nuit commence à tomber et nous ne sommes toujours pas arrivés et le guide presse le pas. Nous aurons une micro visite du site du jaguar (enfoui sous la végétation) vers 18 heures trente et atteignons le campement d’El Tintal pour la nuit en finissant les 15 dernières minutes à la lampe torche. Ca y est : les 17 kilomètres sont parcourus, il est 19 heures. Si on enlève les pauses, on est à un peu moins de 4 kmh de moyenne sur les périodes de marche.

Sur le camp pour la nuit, une bonne surprise nous y attend : vis à vis des retours de ma belge, le camp est bien différent de l’époque où elle l’a fait : il y a deux dalles béton dont une abrite sous une paillote la zone pour installer les tentes, l’autre contient une table et des chaises pour manger et un foyer avec évier et ustensiles pour la cuisine. C’est pas non plus de 5 étoiles, ça ressemble à ça :

Mais il existe aussi une cabine de douches (3 parois en bois pourris et une bâche plastique pour entrer avec un tonneau d’eau et un bol plastique pour la déverser). Ca fait pas rêver mais je peux vous assurer qu’après 5 heures de marche dans ces conditions, ça ressemble au luxe le plus raffiné. Et ça ne s’arrête pas là : pendant qu’on reprend forme vaguement humaine avec de nouvelles fringues et douche, notre guide nous mitonne un délicieux repas que nous n’avons qu’à déguster après avoir passé les pieds sous la table.
Ce n’est pas du 5 étoiles mais, sur le coup, c’est du 4 étoiles en ressenti.

Niveau bilan physique, je suis plutôt bien même si les jambes sont un peu lourdes et ai bien supporté le sac d’Hannah. J’ai réussi à ne pas prendre de flotte à l’intérieur de mes bottes mais ça n’a pas empêcher mes pieds de bien mariner dans la sueur et j’ai une petite ampoule au pied gauche (entre autres) :

avec l’angle de vue, on voit que la surface; pas le volume qui est assez impressionnant.
Ralf est comme neuf (ce n’est pas une surprise), Carole a un ongle de pied qui s’infecte et quand à Hannah et Justin, ils sont juste totalement vannés.

Nous irons rapidement rejoindre Morphée car la journée a tout de même été éreintante et on se lève demain à 4 heures pour une étape complète : 27 kilomètres : aujourd’hui n’était qu’un échauffement.

7 commentaires pour “J+18 - 2ème partie : Entrée en matière”

  1. mouito dit :

    Le mieux avec les ampoules c’est de ne pas les éclater!
    Merci pour le récit, vivement la suite.

  2. Syla dit :

    J’adore la jungle, j’aurais bien aimé faire ce truc !

  3. Blondin dit :

    Je viens de me rendre compte que la vidéo était pas évident :
    http://www.youtube.com/watch?v=vARCRiWHc7w

    Je vous conseille de la regarder pour vous rendre compte un peu mieux des conditions de marche;)

  4. Syla dit :

    Oui bah j’aurais adoré quand même !

  5. mouito dit :

    10 jours et toujours pas de nouvelles, mais que s’est il passé???

  6. Caroline dit :

    Blondin, président !
    (on attend la suite avec impatience :)

  7. mouito dit :

    Je pense qu’il est tombé amoureux de carole et qu’ils vivent reclus dans la jungle! Ou alors il s’est fait tué par les autres pour qu’ils récupérent son stuff.

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