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Archive pour juillet 2017

J+19 : Interminable

Dimanche 16 juillet 2017

C’est la saison des pluies, notre guide veut donc partir à 5 heures du mat à l’aube pour ne pas se prendre la flotte en fin d’après-midi. Réveil douloureux à 4 heures 30 avec quelques courbatures tout de même. Une fois de plus, on est au rythme central américain et, le temps de déjeuner, de se laver (plus psychologique qu’efficace), de faire les sacs et de se préparer, on décolle vers 6 heures du matin avec un soleil levé.

Le camp d’El Tintal jouxte un lac qui a débordé sur le sentier. Dès les premiers mètres, on revient bien en situation de bouillie infâme sur laquelle on marche. Personne n’est vraiment joyeux de redécouvrir ça surtout que l’étape du jour fait 27 km…
Malgré les deux paires de chaussettes propres du jour, mes pieds ne sont pas plus enchantés que moi de repartir. Le seul bon point est que nous avons transvasé pas mal de trucs lourds des sacs d’Hannah et de Justin dans nos backpacks qui partent avec les mules. Y compris la tente \o/. C’est déjà ça de pris.

Mais au bout de 4km, le sentier s’améliore très notablement : nous avons en fait rejoint la route antique maya qui avait été sur-élevée pour être praticable en saison des pluies. On devine en contrebas la terre détrempée mais dans notre champ de vision immédiat, la végétation devient de plus en plus clairsemée et surtout le chemin quasi sec. On finit par se croire dans la foret de Fontainebleau :

Avec ces conditions de marches bien meilleures, le moral suit et tout le monde a le sourire au lèvres. Oubliés les efforts à chaque pas pour décoller les bottes du sol. On a beaucoup plus de conversations que la veille, sommes plus ouverts à regarder l’environnement et la faune animale qui nous entoure. On croisera sur le chemin un ricain sur le chemin du retour seul avec son guide et son état nous renvoie à la réalité : il est physiquement brisé, traîne des pieds et les quelques mots qu’on échange montrent que son esprit s’est réfugié un peu en dehors de la réalité pour continuer à endurer les souffrances. C’est donc à ça qu’on ressemblera dans 2 jours…

Mais il ne nous faut pas de si peu pour nous arrêter et à part Carole qui traîne de plus en plus la patte avec son doigt de pied infecté, ça n’entame ni sa bonne humeur ni la notre. On a droit un peu de relief de temps en temps et en milieu d’aprem après le pause déjeuner, on se tape une traversée de rivière bien étendue. Ca patauge sec et il faut franchir un kilomètre dans la gadoue.


Illustration de la traversée où j’ai sauvé mes bottes

Au prix d’énormes efforts de concentration et d’équilibre, je parviens à garder l’intégrité de mes bottes : c’est passé au ras à maintes reprises mais j’ai toujours réussi à éviter de les noyer. D’après le guide, nous avons maintenant passé tous les passages boueux et nous touchons au but : nous arrivons à El mirador dans 2 kilomètres. Cela nous remonte le moral et c’est tout optimistes que nous reprenons la marche le cœur léger.

Une petite flaque à la con qui s’avérera faire 35cm de profondeur me fera perdre de cette légèreté d’esprit et ajoutera un poids d’environ 1 kg de boue dans ma bote droite. Et dire que j’avais fait le plus dur…

Au bout des deux kilomètres annoncés, nous y sommes enfin, nous passons solennellement l’enceinte d’El Mirador. Nos visages s’illuminent et la fin est proche : avant de rejoindre le camp pour la nuit, nous irons visiter les ruines de la Muerte (la mort - le nom a été donné après le décès d’un des premiers archéologies du site mordu par un serpent venimeux…). Engageant.

Nous reprenons bon an mal an notre progression qui s’avère plus compliquée que lors du milieu de la journée : le site était entièrement pavé à l’époque mais quelques siècles de pluies diluviennes ont transformé le chemin en chaos de petites pierres glissantes. Les appuis glissent souvent et avec la fatigue, de nombreuses petites chutes interviennent. On progresse, on progresse et toujours pas de Muerte en vue. Au final, il nous faudra un peu plus d’une heure pour atteindre le site : depuis l’entrée, il fallait faire la bagatelle de 5 bornes environ…

Le site de la Muerte est constitué de deux pyramides dont une était une était habitable. Il est possible de pénétrer dans les deux chambres reliées entre elles par un petit tunnel qu’il faut emprunter à 4 pattes. Réservée au hauts dignitaires locaux, c’était quand même pas le luxe dans l’absolu : les chambre font environ 5 mètre de long pour 1 de large. On peut à peine y tenir debout sous la voûte centrale. Humidité et obscurité sont au rendez-vous : les fenêtres (aujourd’hui condamnées) faisant 30 cm de haut par 10cm de large.

La pyramide inhabitée - vous apprécierez mes qualités de photographe.

Depuis ces dignitaires, la pyramide a trouvé de nouveaux locataires : des araignées au corps tout raisonnables mais aux pattes gigantesques qui déployées donnent une envergure plus grande qu’une main. Arrivées dans la seconde chambre, je distingue un joli scorpion noir d’environ 4cm que je montre à Ralph pour que nous évacuions tout le monde dans le calme sans annoncer aux autres la bonne nouvelle. A la sortie, le guide nous apprend que leur piqûre n’est pas venimeuse mais simplement très douloureuse. Nous en avons aussi croisé deux au dessus de nos têtes quand nous rampions dans le tunnel et il avait jugé bon de ne pas nous en avertir pour ne pas nous faire peur.

Après la Muerte, c’est la dernière ligne droite : direction le campement archéologique d’El Mirador tout proche d’après notre guide. Comprendre encore 5 putains de kilomètres… Tout le monde en a ras le cul de marcher, Carole traîne sacrément la patte avec son infection. Nous avons signé pour un aller retour sur 5 jours mais il existe une autre boucle pour le retour sur 6 jours qui est encore négociable au vu des provisions supplémentaires que j’avais embarqué. Au cours de la journée, je considérais sérieusement de proposer aux autres d’étendre le parcours. Je n’ai aucune idée de ce qui se passe dans la tête de Ralph mais il en serait tout à fait capable, Justin pourrait être chaud, Hannah même si elle est encore de bonne humeur commence à montrer des signes de ras le bol et Carole compte tenu de l’état de son pied risque de ne pas être motivée mais sais-t-on jamais, elle a de la force de caractère. Cette dernière partie me fais définitivement tirer un trait sur l’option de rallonger le parcours.

Il est environ 15 heures 30 quand nous atteignons enfin le site. Les 27 kilomètres de l’étape du jour ont été torchés en un peu plus 7 heures de marche si on enlève les pauses et visites. On s’écroule sur les sièges dès notre arrivée. Ca a été long. Putain de long…

En fin d’aprèm, saison des pluies oblige, un bon orage se déclenche et ce sera l’occasion de moi pour prendre une douche tropicale version Tahiti douche à poil un peu en retrait du camp. Petit plaisir de la vie bien mérité.

Une fois la nuit tombée, je sors la bouteille de rhum que j’avais ramené pour célébrer l’événement que nous partagerons avec les gars du camp. Comme c’est la saison des pluies, aucun archéologue n’est présent et c’est une petite déception. Normalement, ce moment est un des meilleurs où ces passionnés partagent toutes leurs petites anecdotes avec les rares visiteurs qui atteignent le camp. Bon, on la savourera quand même énormément :

Grisés par le fait d’être enfin arrivés, on en avait presque oubliés qu’on avait fait que 2 jours sur les cinq !

Carole se fera aussi une petite opération chirurgicale à son pied. Pas très joli à voir avec sang et pus mais elle en ressort ravie et recouvre l’impression de marcher sans douleur. Une autre bonne nouvelle à célébrer !

Une fois repus, pas de troisième mi-temps : demain, nous nous levons à 3 heures 30 du mat pour faire l’ascension de la Danta, la plus grande pyramide maya jamais édifiée, pour contempler le lever de soleil au dessus de la jungle à 172 mètres.

11:30 : nous traversons Carmélita en zigzaguant entre les flaques et atteignons l’extrémité du village où nous quittons la route principale pour s’engager sur le début du chemin de rando. La mise en situation est rapide : le chemin est détrempé depuis deux mois et quotidiennement emprunté par des mules qui le labourent en profondeur chaque jour. Autant dire que ça ressemble plus à une marre qu’à un sentier :

Nous avons fait un kilomètre, plus que 99… L’étape du jour ne fera quant à elle que 17 km.

Chacun adopte une technique de progression différente :
- Le guide trace tout droit sans se prendre la tête. Ses bottes seront noyées en moins de 300m
- Carole a des chaussures de marches adaptées à l’eau mais essaye de ne pas les mouiller. Elle trajecte à mort en utilisant les bords de chemins. La première traversée de rivière aura raison de sa technique : elle s’y est enfoncée jusqu’aux genoux. Ca aura pris 500 mètres.
- Ralf avec ses running Asics adopte la tactique du cabri : il saute de racines en racines au prix de gros efforts physiques. Je me demande combien de temps il mettra à renoncer. Probablement pas beaucoup.
- De mon côté, les bottes me permettent de marcher sans trop me poser de questions mais j’essaye de jauger la profondeur de la boue : en premier lieu pour éviter de les remplir de flotte et avoir les pieds humides toute la journée mais aussi pour ne pas trop les enfoncer à chaque pas : la boue adhère et fais ventouse coûtant de l’énergie chaque fois qu’il faut l’en extraire.
- Notre groupe a par ailleurs été rejoint au début par un employé du site qui ferme la marche et qui fera le trajet à nos côtés : il a la même technique que notre guide et donc les pieds mouillés rapidement.

Suite à une glissade sur une racine, Ralf a les godasses complètement trempées. Il aura tenu 800m les pieds au sec mais continue toujours sa technique de cabri.

Après un passage un peu au sec d’environ 3km, nous rentrons cette fois véritablement dans la jungle :

oui oui, c’est bien le sentier de rando.

Si vous en doutiez, le taux d’humidité doit être de 99.9%, la température d’environ 30/35 degrés et de nouveaux compagnons arrivent : les moustiques. Tant que nous progressons, ils se contentent de nous suivre : chaque marcheur est suivi par un cortège de 20 à 40 moustiques de bonne taille. Un vrai nuage pour chacun. Rapidement, Ralf et Carole se retourne vers moi plein d’espoir :
“Ca va pas être 100 bornes comme ça quand même ?”.
Je n’en suis pas certain mais je dois leur avouer que j’en ai bien peur. C’est du moins à quoi je m’attends et pour quoi je me suis préparé.
Eux pas du tout… Ils regrettent de ne pas avoir su; je regrette d’y être en connaissance de cause.

Vu les conditions, on avance quand même à un bon rythme imposé par le guide pour arriver avant la nuit et ne pas finir l’étape à la lampe torche. Pour l’instant, aucun problème à signaler le moral est bon, Ralf a sa tête de suisse des plus inexpressives et Carole, même si elle se montre un peu maladroite de temps en temps, est plutôt enjouée. Malgré des pieds abondamment talqués et deux paires de chaussettes, l’intérieur de mes bottes ressemblent à une étuve à 40° baignant dans un léger lit de transpiration.

Nous ferons la première pause au bout d’une heure et demi et une bonne surprise nous attend sur le lieu de repos : depuis le passage de la trekkeuse belge, un pont suspendu a été installé sur la rivière : on va donc pouvoir éviter la baignade pour traverser. D’un autre côté, on est quand même déjà trempés par la transpiration, ça aurait pas fait une différence énorme.
Le problème des pauses, c’est qu’on ne déplace plus : les moustiques peuvent donc passer à l’attaque. Et c’est violent.
Je renoncerai donc rapidement à la position arrêtée pour effectuer en marchant en cercle pour éviter les piqûres. Ca repose moyen. L’autre alternative est de se faire une raison. En deux jours, ça donnera ça du côté de Carole :

On reprend la progression toujours à un rythme assez soutenu et personne ne bronche. Puis au détour du chemin, on rencontre un couple de jeunes bras-cassez autrichiens : ils sont partis pour faire le même trek mais sans guide et ce sont déjà paumés trois fois sur le chemin. Ils sont partis 2 heures trente avant nous et sont déjà vannés. Ils sont volontaires dans une famille pas loin qui leur a dit que c’était facile de le faire seul. Ils n’ont pas anticipé l’optimisme maladif des locaux. Sans guide, ils portent leur bouffe et tente pour les 5 jours. S’aventurer dans la jungle sans téléphone, sans carte, boussole et sans GPS ne les a pas plus effrayés que ça. Et quand je dis bras cassé, je parle surtout du mec : il a littéralement un bras dans le plâtre…
On fait donc un bout de chemin avec eux mais rament beaucoup plus que nous même si j’essaye de ralentir le rythme pour ne pas avoir sur la conscience leur disparition dans la jungle. Mais au bout d’un moment, ils ont disparu derrière nous sans qu’on s’en aperçoive. Bon courage les bras cassés !

Vers 14 heures, nous arrivons à la Florida : un site mineur où il n’y a pas grand-chose à voir mais l’intérêt est surtout de pouvoir y dormir si besoin et surtout se ravitailler en eau. 2 personnes vivent là en permanence sur la base de relais et s’occupent de payottes sous lesquelles on peut planter la tente et maintiennent un joli feu pour la cuisine. La pause permet de manger quelques sandwichs et, pour moi, de procéder à un changement de chaussettes. Des ampoules ont déjà commencé à se former. Une fois bien reposés, nous nous apprêtons à partir quand débarquent les deux autrichiens. Ils se sont encore un peu perdus sur le chemin et sont en piteux état.
Cette fois, nous faisons pression sur le guide pour les intégrer au groupe et pas avoir deux morts sur la conscience et obtenons gain de cause. Le guide tire un peu la gueule car vannés comme ils sont, ils ralentiront l’allure et ils ne payent rien : c’est pas bon pour les affaires.
C’est donc Hannah Montana et Justin Bieber qui intègrent l’équipe. Ils nous partagent les exploits du matin :
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Faut cliquer pour voir la vidéo, elle vaut le coup ;)

Ils mangeront rapidement et au moment de partir je propose à Hannah de prendre son sac de 8 Kgs en échange du mien contenant un litre d’eau. Elle accepte gênée mais ravie. Et nous voilà repartis. Il ne faudra pas 15 minutes à Justin pour refiler leur tente à Hannah. Puis 15 autres pour la convaincre de me la refiler à son tour. Bien entendu, le sac d’Hannah n’est pas fait pour accueillir une tente et elle arrêtera pas de glisser de mon épaule tout l’après-midi histoire de rajouter un détail énervant. Les conditions de marche étaient trop simples jusque-là…

La progression continue sur un rythme légèrement plus faible et même si les conditions sont mauvaises, ce n’est pas très fatigant de progresser, juste très laborieux. L’ambiance continue à être bonne même si Carole traîne légèrement la patte et Justin est un peu plus marqué que les autres avec son lourd sac à dos et ses 2 heures et demi supplémentaires.


Ralf et sa technique du cabris. A ma grande surprise, il aura tenu toute la journée.

Vers 6 heures, la nuit commence à tomber et nous ne sommes toujours pas arrivés et le guide presse le pas. Nous aurons une micro visite du site du jaguar (enfoui sous la végétation) vers 18 heures trente et atteignons le campement d’El Tintal pour la nuit en finissant les 15 dernières minutes à la lampe torche. Ca y est : les 17 kilomètres sont parcourus, il est 19 heures. Si on enlève les pauses, on est à un peu moins de 4 kmh de moyenne sur les périodes de marche.

Sur le camp pour la nuit, une bonne surprise nous y attend : vis à vis des retours de ma belge, le camp est bien différent de l’époque où elle l’a fait : il y a deux dalles béton dont une abrite sous une paillote la zone pour installer les tentes, l’autre contient une table et des chaises pour manger et un foyer avec évier et ustensiles pour la cuisine. C’est pas non plus de 5 étoiles, ça ressemble à ça :

Mais il existe aussi une cabine de douches (3 parois en bois pourris et une bâche plastique pour entrer avec un tonneau d’eau et un bol plastique pour la déverser). Ca fait pas rêver mais je peux vous assurer qu’après 5 heures de marche dans ces conditions, ça ressemble au luxe le plus raffiné. Et ça ne s’arrête pas là : pendant qu’on reprend forme vaguement humaine avec de nouvelles fringues et douche, notre guide nous mitonne un délicieux repas que nous n’avons qu’à déguster après avoir passé les pieds sous la table.
Ce n’est pas du 5 étoiles mais, sur le coup, c’est du 4 étoiles en ressenti.

Niveau bilan physique, je suis plutôt bien même si les jambes sont un peu lourdes et ai bien supporté le sac d’Hannah. J’ai réussi à ne pas prendre de flotte à l’intérieur de mes bottes mais ça n’a pas empêcher mes pieds de bien mariner dans la sueur et j’ai une petite ampoule au pied gauche (entre autres) :

avec l’angle de vue, on voit que la surface; pas le volume qui est assez impressionnant.
Ralf est comme neuf (ce n’est pas une surprise), Carole a un ongle de pied qui s’infecte et quand à Hannah et Justin, ils sont juste totalement vannés.

Nous irons rapidement rejoindre Morphée car la journée a tout de même été éreintante et on se lève demain à 4 heures pour une étape complète : 27 kilomètres : aujourd’hui n’était qu’un échauffement.

4 heures du mat : je patiente dans le lobby de l’hostal qu’on vienne me chercher pour le bus avec sac de 70L a moitié plein et mon sac de rando. La notion du temps est toute relative en Amérique centrale et au bout de 45 minutes à se regarder en chiens de faïences avec ceux qui attendent pour la visite version longue de Tikal (des chambres étant directement attenantes au lobby, il convient de rester silencieux) mon guide se pointe enfin.
Quand le guide annonce El Mirador, un pauvre perdu en jean basket se présente. Le guide ne parlant pas bien anglais, je me permet d’indiquer à ce grand naïf son erreur : dans sa tenue et avec son pauvre sac à dos de 5 litres, il se trompe de guide : nous, on va pas à Tikal monsieur. Mais en fait si, il vient bien avec moi. WTF?

C’est donc en compagnie du guide et de Ralf Schumacher que je me rend au bus. Assez grand et élancé, tout dans son physique, sa retenue quand il parle, son attitude crie : “JE SUIS SUISSE ALLEMAND!”. Rapidement, j’apprends qu’il n’a aucune idée de ce qui l’attend mais en fait, il s’en branle un peu : il a été élevé à la rando par ses parents, est colonel dans l’armée suisse et s’est déjà tapé des randos de 100km par jours sur plusieurs jours consécutifs avec son barda de 35Kg sur le dos. Donc t’inquiète paupiette! Un gars lui a dit que c’était bien sans plus de précisions alors il est venu. On lui a dit qu’il aurait besoin de baskets et d’une gourde; Ralf ne s’est pas posé plus de questions que ça. Je suis un peu sceptique mais vu son CV, un manque de préparation parait pas dramatique.

Arrivé au bus, nous rencontrons notre dernier compagnon de voyage : Carole Montillet. Elle aussi arbore petits baskets et sac de moins de 5 litres. WTF again? Mais là aussi, tranquille Emile! Sous son léger embonpoint son protégés de sacrés cuisseaux qui font régulièrement de la rando : sa dernière expérience étant un trip de 15 jours sur les lacs canadiens où ils portaient les canoës de lac en lac avec les backpacks à l’intérieur sur plusieurs kilomètres pour les liaisons entre lacs. Pareil, elle s’est stuffée en fonction de ce que lui a préconisé le vendeur du tour. Je me suis peut-être emballé avec mes 10 kilos de provisions.


Si tu sais qui est Carole Montillet, désolé de te confirmer que, comme moi, t’es vieux

Bon, mes deux compagnons sont tangiblement plus jeunes que moi, probablement avec une meilleure hygiène de vie et surtout beaucoup plus d’XP : ma dernière (et unique!) rando d’au moins deux jours date de plus de 15 ans… Je serai donc probablement le maillon faible. Mais que diable suis-je allé faire dans cette galère?

Départ de notre bus local vers 5 heures du matin et direction Carmelita à 80 km au nord. Pour vous donner une idée de la qualité de la route, le trajet durera 5 heures… Mais pas d’inquiétude à avoir comme l’indique l’autocollant sur le pare-brise fêlé : Jésus veille personnellement sur ce bus, me voilà rassuré! (J’ai bien essayé à 10 reprises de prendre une photo mais étrangement, toutes sont sortes floues au vu du bon état de la route).
On est bien en saison des pluies : la route est très boueuse et le bus galère à traverser les flaques et surtout les montées où ça patine dans tous les sens. Ma principale préoccupation est la boue pour la rando et plus on s’approche de Carmélita, plus les flaques sont grandes. A tel point que certaines hébergent des familles de canards là où c’est censé être une route. Ca va donc très boueux. Et l’arrivée à Carmélita ne le démentira pas :

Une fois descendus du bus, on fera connaissance avec nos guides, signons les décharges de responsabilités (oui, ils perdent de temps en temps des gens dans la jungle) et l’expédition s’organise, les mules sont amenées et chargées.


La caravane logistique

De mon côté, je demande conseil pour savoir si je commence en bottes en plastiques ou baskets. Le guide est catégorique : bottes (lui-même en utilisera, c’est dire). Ralf et Carole me lancent un regard interrogateur : il en fallait en prévoir?
Le guide tranchera vite : de toute manière, y’en a pas ici mais “ça devrait pas poser de problème en basket”. Carole et Ralf se satisfont de la réponse : ils ne sont clairement pas assez coutumiers de la culture. Mais je ne me sens pas l’âme de briser leurs illusions.

Dernier petit dej’ au sein de la civilisation et nous voici fin prèts à affronter El mirador. Il est environ 11 heures trente quand nous faisons nos premiers pas.