Japon

le blog de Syla.

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Votre attention s’il vous plait…

Lundi 19 octobre 2009

Cette année encore, il est question de célébrer l’élite, la crème qui émerge du gratin de cerises sur le gâteau.
Plutôt que d’essayer d’améliorer la bombe à neutrons, des Âmes nobles ont préféré se concentrer sur des questions que le monde entier attendait avec une impatience non dissimulée. Des questions dont la trivialité de premier abord ne masquait que le fracas qu’elles auront dans nos vies prochaines.

Amis Scientifiques, je suis certain que travaillant de concerts, main dans la main et épaules contre épaules, nous pourrons fouler d’un pas sûr la pente périlleuse mais ô combien gratifiante qui nous ménera vers un futur rayonnant qui nous attend de pied ferme. Nous pourrons alors dire aux jeunes générations, regardant droit dans leurs yeux humides mais confiants, que même en étant au bord du gouffre la Science peut toujours faire un grand pas en avant et promettre à ses fervents défenseurs des lendemains qui chantent et des aubes qui rosent.

Bref, j’ai dix jours de retard, mais les distinctions des IgNobel ont été publiées. Petit florilège:

IgNobel de Médecine Vétérinaire: Catherine Douglas et Peter Rowlinson de Newcastle University, Newcastle-Upon-Tyne, UK. Pour avoir démontré que les vaches avec un nom produisent plus de lait que les vaches non nommées.
Je cite: ‘Catherine Douglas was unable to attend the ceremony because she recently gave birth; she sent a photo of herself, her new daughter dressed in a cow suit, and a cow.’

IgNobel de la Paix: Stephan Bolliger, Steffen Ross, Lars Oesterhelweg, Michael Thali et Beat Kneubuehl, University of Bern, Switzerland. Pour avoir déterminé expérimentalement s’il valait mieux être frappé sur la tête avec une bouteille de bière vide ou pleine.

IgNobel d’Economie: Les Directeurs et Executifs de 4 banques Islandaises (Kaupthing Bank, Landsbanki, Glitnir Bank, and Central Bank of Iceland) pour avoir démontré qu’une petite banque peut rapidement se transformer en une énorme, et vice-versa, et pour avoir démontré qu’on peut faire la même chose avec l’économie nationale.

IgNobel de Chimie: Javier Morales, Miguel Apátiga et Victor M. Castaño de la ‘ Universidad Nacional Autónoma de México’. Pour avoir créé des diamants synthétiques exclusivement à partir de Tequila.

IgNobel de Médecine: Donald L. Unger, de Thousand Oaks, California, USA. Pour son enquête sur les causes de l’arthrite des doigts, en se faisant craquer les doigts de sa main gauche mais jamais sa main droite, tous les jours pendant 60 ans.

IgNobel de Santé Publique: Elena N. Bodnar, Raphael C. Lee, et Sandra Marijan of Chicago, Illinois, USA. Pour avoir inventé un soutien-gorge qui, en cas d’urgence, peut rapidement être converti en deux masques à gaz. Un pour la porteuse dudit soutien-gorge et le deuxième pour un proche nécessiteux.

Collègues Chercheurs de tous horizons, Confrêres Scientifiques de tous les continents, je suis fier de vous !

When Zombies attack !

Mercredi 19 août 2009

Depuis l’apparition des différentes grippes exotiques (y’a pas à dire, c’était mieux avant, on ne risquait qu’une bonne variole), on fait des progrès en modélisation mathématique des infections parmi la population mondiale (si si, c’est une science).
Evidemment, certains se sont penchés sur la pire infection qui puisse arriver: la zombification. Ils ne s’intéressent qu’au zombie traditionnel, c’est à dire lent et pas très futé. Mais ils sortent un modèle mathématique de propagation, voient comment ça évolue et comment essayer d’y remédier.

Voilà l’abstract:

Zombies are a popular figure in pop culture/entertainment and they are usually portrayed as being brought about through an outbreak or epidemic. Consequently, we model a zombie attack, using biological assumptions based on popular zombie movies. We introduce a basic model for zombie infection, determine equilibria and their stability, and illustrate the outcome with numerical solutions. We then refine the model to introduce a latent period of zombification, whereby humans are infected, but not infectious, before becoming undead. We then modify the model to include the effects of possible quarantine or a cure. Finally, we examine the impact of regular, impulsive reductions in the number of zombies and derive conditions under which eradication can occur. We show that only quick, aggressive attacks can stave off the doomsday scenario: the collapse of society as zombies overtake us all.

Et vous pouvez télécharger le papier ici (j’aime beaucoup leur liste de références).

(Avant que certains crient au gâchis d’argent par ces enfoirés de fonctionnaires (qui n’en sont pas, en l’occurence), c’est un cas extrême évidemment mais leur modèle partage des similitudes avec des maladies à transmission aérienne, genre des champignons qu’on retouve dans les sinus. Mais les champignons, c’est moins cool).

La Sérénité du Noir et Blanc

Mardi 4 août 2009

Kyoto, allez y plusieurs jours. Une semaine, peut-être, il faut avoir le temps de s’y perdre et de s’y ennuyer.

Les premiers jours, allez dans les temples connus: les fameux Kin- et Ginkaku-Ji, Kiyomizu-Dera et autre Ryôan-Ji. Ce n’est pas pour rien qu’ils sont célèbres, mais cela se paie au prix de la foule, des cris et de l’empressement.

Les autres jours, ouvrez une carte et partez au hasard des temples dont le nom ne vous dit rien. Et vous verrez que juste à côté du Kiyomizu-Dera est un temple dédié aux femmes enceintes, et que le gardien est fier de montrer toutes les photos de mariage et de geishas au pied du ceriser qui orne le jardin. Qu’au Arashiyama-Jinja, il y a un petit lac où l’on peut photographier une famille de martin-pêcheurs toute l’année. Que les paravents centenaires montrés dans les musées peuvent être vus directement sur site, dans les temples auxquels ils appartiennent. Qu’à 500 mètres à peine de la foule du Ryôan-ji, on peut déguster un macha seul face à un jardin zen.

A Kyoto, c’est peut-être cela le plus important: avoir le temps de se rendre compte qu’il s’écoule.

(Les deux dernières sont évidemment un clin d’oeil…)

Brûlez les tous !

Vendredi 17 avril 2009

Au cas où certains auraient encore des doutes, je suis plutôt du genre inoffensif. Toujours prêt à m’extasier sur une nouveauté, à décortiquer un décalage culturel surprenant, à essayer une incongruité culinaire. Je pardonne même le cosplay, c’est dire. Bon, soyons honnête: je pardonne si la fille est jolie.

Y’a quand même des trucs qui me donnent envie d’engloutir tout le pays dans la fosse des Mariannes. ‘Hotaru no Hikari’ en est un.

C’est une chanson, donc un air de musique, et ça veut dire ‘Lumière de la luciole’. L’air est repris d’une chanson d’origine irlandaise. Et ça fait partie du conditionnement mental japonais depuis leur plus tendre enfance: elle signifie la fin des cours dans les écoles japonaises. On la retrouve donc dans les écoles, exemple:

YouTube Preview Image

Mais aussi dans les supermarchés quand il est un peu tard, dans les izakayas pour signifier qu’il est l’heure du dernier train, même à la salle d’escalade avant qu’elle ne ferme.

Elle est chantée lors des cérémonies de fin d’année à l’université, dans les stades, dans des pubs pour FastFood,
à la flûte de pan avec des cons de nénuphars en fond visuel
, avec de la 3D moisie ou bien même en version rock (je les hais).

Vous pouvez écouter ici une version ‘originale’ au bignou. Faut vraiment être roux ou japonais pour que ça ne vous tape pas sur les nerfs.

Ils en ont fait une série télévisée à succès (si si si, écoutez le fond sonore de temps en temps) et un film.

Et encore, vous ne vous rendez pas compte: les seuls enregistrements que j’ai pu trouver sur le net sont ‘bons’: en général on entend ça dans un supermarché joué par un synthé pourri. Avec violons dans les coins et voix suraigües pour vanter les promos sur les serviettes hygiéniques.

Mais bref, reprenons. Au labo, on a un message qui passe dans les couloirs à 17h20, qui dit que la journée est finie (hahaha) et que l’on doit rentrer chez soi. C’est pour éviter les gens qui préfèrent mourir d’épuisement à pipeter des échantillons de PCR plutôt que d’affronter leur femme. Une voix standard, qui délivre le message en japonais puis en anglais.

Ils ont changé ça, c’était pas efficace. Ils passent ‘Hotaru no Hikari’ dans les couloirs.

Et pour être sur que le message passe bien, ça fait DEUX PUTAINS D’HEURES qu’ils le passent.

Un ami m’a dit: ‘Tu comprends, ils font dans le subtil. Le japonais, dans son subconscient profond, il sent qu’il est l’heure de rentrer chez lui’.

Subconsciemment, je sens que je vais tuer quelqu’un.

Akibake

Mardi 24 février 2009

Figurez vous que par un hasard qui tombe bien, j’ai été forcé de faire un intervalomètre pour mon D80. Car en fait, après modification massive de notre microscope biphoton pour pouvoir faire de l’imagerie en seconde harmonique, tout se trouve contrôlé par des timers électroniques (y’a des LEDs qui clignotent dans les coins, ça fait tout de suite plus vrai). Et ces conneries, faut savoir les réparer. Donc un jour, on m’a dit ‘Tu bouffes quelques bouquins, et c’est toi qui sera chargé de l’entretien du bestiau. Où trouver les composants ? Non mais tu te fous de ma gueule ?’

Nous voilà donc partis pour Akihabara, évidemment…

En fait, Akihabara, c’est comme tout le reste de Tokyo: faut connaitre pour apprécier. Entre les mini boutiques pleines à craquer de matériel électronique (et attention, la qualité n’est pas la même), les pubs pour jeux vidéo et évidemment les maids qui te refilent toutes les pubs possibles et imaginables.

Faut prendre les chemins de traverse et les rues étroites, rentrer dans les boutiques où on peut trouver le composant rare, bref être accompagné d’un électronicien passionné pour réaliser que c’est aussi un paradis. J’ai du mal à me rendre compte, mais voir des personnes âgées t’expliquer que ce composant de 10g, ils ont passé toute leur thèse à le chercher, ça fait bizarre.


(Oui, vous avez vu ? Ici aussi. Mais pour Xbox 360…)

Pas de maids (cherchez dans Google) mais une voiture qui vaut tout autant…

Et donc, cet intervalomètre ? Ben ça marche, pour environ 70 yens soit… 50 centimes d’euro ? La première version est assez grossière, mais possibilité de choisir l’intervalle et la durée des pulses.

Un énorme inconvénient: impossible de trouver le cable pour le relier à l’appareil. C’est un format propriétaire, le MC-DC1, la seule solution trouvée pour le moment est d’acheter un intervalomètre et de couper le câble… Je souderai tout sur un vrai circuit quand j’aurai trouvé comment le relier de façon solide.

(et vu comme ça s’annonce, vous allez pas tarder à bouffer un vrai billet boulot, avec explication de comment transformer un microscope classique pour en faire un grille pain contrôlé en Labview, je ne vous dis que ça. Oui, je bosse trop en ce moment).

Posez vos stylos

Dimanche 7 décembre 2008

J’ai toujours bien aimé la période des examens, en fac.

Pas au point de ne faire que ça, mais j’aimais bien la légère tension qui se dégageait. On se sentait l’esprit aiguisé, arrivé à une étape où il allait falloit prouver ce dont on est capable. En plus ayant toujours travaillé régulièrement, quand les amis s’enfermaient pour un mois, moi j’allais grimper. Ca permet de crâner en étant bronzé aux examens. Les années passant, on connait suffisamment les professeurs pour anticiper leurs pièges préférés. Ca devenait un jeu intellectuel, encore plus poussé dans les dernières années, où nous nous retrouvions à 15 face à un professeur que nous tutoyions au labo. Les spécialisations étant telles, ce dernier proposait un cours ‘tronc d’arbre’ et c’était à nous de garnir, chacun ajoutant sa branche de connaissances.

Mais ça commence à faire quelques années. J’étais curieux de retrouver cette ambiance ici, au Japon. A nouveau derrière un bureau mais cette fois-ci avec des rêgles que je connais moins et un genre de tests où je ne suis pas bon du tout: les QCM. J’ai horreur de ça.

Hé bien les examens de japonais, c’est beaucoup moins détendu. Pas que je déconsidère le truc, mais devant tant de minutie et de solennel dans l’organisation je ne peux m’empêcher de penser que j’aurais du prendre un coucou suisse comme montre.

Comme d’habitude mais dans un référentiel qui n’a plus aucune valeur, j’arrive 3 minutes avant. sauf que là, évidemment, j’étais le dernier. je m’asseoie à la première place que je trouve, et une aimable dame me fait remarquer que je dois être à une place avec numéro. Je me décale donc d’un cran. Sur la feuille d’instructions je m’aperçois que seul le crayon HB (à l’extrême limite le 2B) est autorisé. Coup de chance, je venais d’en acheter: j’avais été pris d’un doute subit et salvateur. Et comme je n’avais pas trouvé de taille-crayons, j’en avais acheté 3.

C’est en voyant arriver les ‘copies’ que j’ai noté une différence: ce ne sont pas des copies anonymes que l’on identifie soi même par son numéro, mais des copies déjà à votre nom et numéro, numéro qui correspond à celui de votre place, place où je n’étais évidemment pas. Me voilà donc avec une copie appartenant à chinois que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, et obligé de chercher péniblement ma vraie place. Evidemment bien devant, l’aimable dame qui me l’a indiquée avait l’air un peu peinée.

Le test s’est assez bien passé, il y a toujours des trucs où je suis incapable de répondre. Il y a évidemment des situations bien tordues, comme par exemple deux gamins qui discutent jeux-vidéos: “Et alors là, je dois appuyer sur le petit bouton rouge au-dessus de la croix ? _Celui entre le carré noir et la LED Bleue ? _Oui. _Non, il faut appuyer sur celui à l’opposé de croix verte qui n’a pas de LED.” Avec les réponses aussi tordues: “Il faut appuyer sur 1) La croix qui clignote. 2) Le bouton à l’opposé de la LED rouge 3) Tous les boutons sauf la croix 4) NON, PAS LE BOUTON ROUGE !.” J’avoue avoir choisi la réponse 2) car cela faisait longtemps que je ne l’avais pas fait. Il faut toujours garder une certaine harmonie dans ses réponses, je suis sur que la machine qui corrige m’en sera reconnaissante.

Bon, et alors, ce Sankyuu ? Hé bien je suis incapable de me juger sur ce que j’ai fait. Faudra peut-être compter sur le facteur chance, et celui-là je lui ai suffisamment fait confiance pour savoir que c’est un enfoiré.

Mais comme ça finissait tôt, je suis allé faire des photos. Les cieux sont enfin beau à Tokyo.

Ils ne sont pas comme nous.

Jeudi 2 octobre 2008

Figurez vous que dans le complexe de laboratoires où je travaille, il a fallu élire des ‘Workers representatives’ histoire de défendre nos intérêts face au grand capital (et demander du rab de soba à la cafétéria). Evidemment, personne n’était volontaire dans mon labo, on a du tirer au sort. J’ai eu une malchance inouïe: c’est tombé sur ma pomme. Il restait un second tour: les élections par ‘Research Group’, on choisit une personne par groupe de labo, évidemment aucun volontaire. J’ai eu une malchance inouïe: c’est tombé sur ma pomme (avec tous les japonais qui m’ont félicité pour la forme et après ce sont foutus de ma gueule en me souhaitant bon courage).

Il restait un troisième tour: parmi tous ces représentats de ‘Research Group’, il a fallu élire un représentant du ‘Research Department’. Evidemment, il n’y avait aucun volontaire (et ils m’ont tous demandé ce que je foutais là en rigolant). Et ils ont décidé de tirer au sort. Je suis resté sans voix.

Quand vous avez à tirer au sort entre 16 personnes, vous faites comment vous ? Vous mettez tous les noms dans un carton, on mélange et on en tire un au hasard, non ? En tout cas c’était ma première idée, mais pas ici. Je les ai vus arriver avec une feuille de papier pleine de dessins compliqués, je vous la représente ici:

La partie bleue en haut est en fait cachée, afin que personne en voit où est placé le repère rouge. Chacun à son tour, on peut placer son nom en bas (positions A, B, C…) et rajouter ou non des petits traits horizontaux entre les lignes verticales. Quand tout le monde a mis son nom et mis les traits, on découvre la partie du haut, et l’organisateur suit le chemin du haut vers le bas, en tournant chaque fois qu’il trouve un trait horizontal. Ca donne ça:

Le ‘hasard’ est donc du au fait que chacun met son nom dans une position aléatoire, et que chacun peut rajouter autant de traits qu’il veut. Mais il reste un doute: il faut déterminer dans quel ordre les gens vont écrire leur nom. Il faut que ce soit aléatoire aussi: on l’a fait à Jan-Ken-Pon (papiers-cailloux-ciseaux). Vous avez déjà fait un Jan-Ken-Pon à 16 ? C’est un gros bazar, mais ils sont super entrainés et le font très vite, impressionnant. J’étais largué dès le début et ils ont du reprendre plusieurs fois pour moi: ‘Jan, Ken, Pon ! O-Iko-Deshyo ! Shyo ! Shyo ! (les mots à dire changent avec le nombre de parties). C’était surréaliste, mais au moins tout le monde se marrait: tout d’un coup, c’était le retour dans la cour de récré.

Au final, je n’ai pas été choisi (ouf). Je n’ai pas osé leur dire qu’on aurait pu se limiter au vainqueur du Jan-Ken-Pon, vu que c’est aussi aléatoire… Mais il faut dire que j’ai eu une chance inouïe: c’était tombé sur ma pomme.

[Edit: rien à voir: Kmille, tu n'as pas répondu à mon mail !]

Cours pas, la viande sera pas tendre !

Jeudi 25 septembre 2008

Pour reprendre un commentaire de Mastaba deux billets plus tôt, et puis parceque c’est un sujet qui revient tout le temps quand on parle du boulot: hé oui, je travaille sur le rat, donc ça implique de les tuer. En vrai, avec une paire de ciseaux, avant de leur ouvrir le crâne, de prélever le cerveau, d’en faire une dissection rapide puis de faire des tranches d’hippocampe (la structure cérébrale) sur lesquelles on réalisera les différentes expériences. Tout se fait en milieu nutritif et oxygéné, donc les neurones sont toujours vivants (ce qui permet de se demander: ’si tout est vivant là-dedans, le rat est il vraiment mort ?’ Mais bref).
En général on provoque le dégoût ou l’incompréhension: ‘Mais vous pouvez pas travailler sur autre chose ?’.
Réponse: ben non, on aimerait bien mais on ne peut pas.

Le neurone est une cellule différenciée hautement spécialisée, qui ne se réplique plus. Il existe des cultures de neurones, mais ça implique de les prélever quelque part (source: plein de rats), de les mettre en culture et de travailler. Cette culture ne se divisant plus, elle finit par mourir et il faut recommencer avec d’autres rats. Cela revient donc au même. De plus, un neurone ne se comprend que comme une entité connectée et interagissant avec d’autres neurones. Quand on réalise une culture, on détruit tout le réseau existant, et un autre se forme, qui n’a rien à voir. Donc selon les questions posées, on ne peut pas travailler sur cultures (et honnêtement, à mon avis les cultures c’est pire. Pour que ça marche, il faut des rats très jeunes, tellement jeunes qu’il faut ouvrir la mère pour les trouver…).

Pour le choix de la bestiole sur laquelle travailler, cela dépend entièrement de la question adressée. On a plein de choix: C.elegans (le ver), la drosophile, la souris, le rat, le singe, voire même le homard, l’esturgeon, le poisson, la grenouille, la chouette et j’en passe des bien plus rigolos (j’ai vu un article sur l’autruche une fois…). On choisit l’organisme selon la question (on ne va pas travailler sur C.elegans pour étudier alzheimer ou les mécanismes de la parole, par exemple) et surtout, on prend le moins cher.

Croyez moi, je ne demande que de pouvoir travailler sur cultures ou même carrément par modèles informatiques : c’est moins de boulot, c’est moins chiant, ça pue moins et c’est moins aléatoire (et on ne passe pas pour un bourreau). Et mon chef aimerait beaucoup aussi : ça coûte un fric fou, d’entretenir des rats ou autre.
Donc l’animal : non, on n’a pas le choix.

Une animalerie de laboratoire, ça contient des centaines (voire milliers) d’animaux, et il y a un principe strict : aucun animal n’en sort vivant, pour raisons de sécurité biologique. Tous les animaux élevés seront donc sacrifiés. Et non il n’y en a pas trop par rapport aux besoins, parce qu’encore une fois ça coûte cher. Si on n’utilise pas certains rats, c’est à nous de les sacrifier, histoire de nous rappeler que c’est désagréable et que la prochaine fois on comptera mieux.

Ensuite, faut bien occire l’animal (il est rarement d’accord pour qu’on lui prélève le cerveau) et les protocoles sont très stricts, c’est fini l’époque ou on faisait ce qu’on voulait (époque que je n’ai jamais connue, d’ailleurs). Tout est fait pour que l’animal soit bien traité, anesthésié avant quoique ce soit, et ne pas le faire peut coûter la fermeture du labo. Oui, on est surs que le rat ne souffre pas : quand ça a mal, ça se débat, ça crie, ça mord et ça rend toute manip impossible. Donc en plus, on fait tout ce que l’on peut pour ne pas le stresser (vous avez déjà essayé de piquer en intrapéritoniale un rat qui a peur ? Ben vous allez avoir peur aussi). Et en général ça se passe très bien : le rat n’est pas habitué à se battre pour sa bouffe ou quoique ce soit, s’il n’est pas stressé il se laisse faire, une injection dure 5 secondes et il s’endort presque aussitôt. Et c’est tout.

Et pour les gens qui font tout ça : non, on ne fait pas les malins (même si j’en parle légèrement ici, mais c’est comme l’humour noir de médecin : c’est pour décompresser). On s’habitue, mais les premières fois c’est dur. Et j’ai des copines qui ont toujours tendance à larmoyer lors des grosses manips (et on ne se paie pas leurs têtes). Et encore : vous n’avez jamais fréquenté des médecins ? parceque c’est autre chose, hein. La Teigne qui lit le journal à mi-voix : ‘Fait divers : un fou attaque une fillette à la machette dans la rue, plusieurs plaies importantes au visage, ses jours ne sont pas en danger mais l’on craint pour son oeil droit… Ah ben non, on ne craint plus du tout, je lui ai enlevé hier !’.

En y réfléchissant, on s’aperçoit que la seule raison ‘valable’ est en fait toujours la même : si on avait le choix, on le ferait volontiers, pour la simple raison que ce serait plus facile et moins cher.

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Mardi 9 septembre 2008

La décapitation vous stresse ? La mort par surdose de barbituriques est un phénomène courant autour de vous ? Vous avez été mordu trois fois cette semaine et nous ne sommes que mardi ?

Nous avons la solution.

DecapiCone™ est un appareil de contention conçu pour les rongeurs de toutes sortes. Constitué d’un simple cône de polypropylène renforcé dont la pointe est percée, DecapiCone™ permet une manipulation sans risques même des rats les plus retors. Introduisez l’animal par la grande ouverture du DecapiCone™, et repoussez le jusqu’à l’extrémité, l’ouverture permettant à l’animal de respirer mais non de s’échapper. Ainsi maintenu, il est aisé de réaliser ses injections directement à travers le plastique, voire même de décapiter l’ensemble sans coup férir.

Depuis que je connais DecapiCone™, je décapite à tour de bras, le sourire aux lèvres et l’esprit confiant. Faites comme moi, utilisez DecapiCone™ !

(Ouais, ça faisait longemps que je n’avais pas parlé boulot…)

Snuff movie

Mercredi 4 juin 2008

Attention, c’est gore mais pas trop.

Un film poubelle acquis ces derniers jours. Vous pouvez voir l’activité d’une dendrite au cours du temps, les épines dendritiques s’allumer et s’éteindre sous l’effet des dépolarisations synaptiques ou non. Et puis le marquage calcique augmenter, signifiant que le neurone se remplit de calcium et donc meurt…

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Une autre: activité des astrocytes près d’un vaisseau sanguin. Même marquage, mais la vitesse d’acquisition n’a rien à voir: une image par seconde, et une vague calcique dure en fait entre 10 et 20 secondes (c’était moins de 500ms pour le neurone précédent). Le marquage diminue au cours du temps, à cause du ‘bleaching’: la molécule perd progressivement son pouvoir de fluorescence quand elle est stimulée par le laser.

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