Japon

le blog de Syla.

Archive pour la catégorie ‘Instants d'autres’

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Des nouvelles de Kaori

Vendredi 16 janvier 2009

Kaori va mieux. En tout cas on arrive à rire ensemble sans qu’elle essaie de m’arracher un rein à coups de dents ou sans fondre en larmes. Elle va mieux mais elle part. Pour un mariage avec un autre, ce qui lui conviendra certainement mieux.

Il y a quelquechose souvent pourri au Japon. Ce sont les relations entre étrangers et japonais.

On va commencer par ce qui vous intéresse le plus: ce qu’on raconte de Roppongi et des japonaises assez faciles d’approche. C’est vrai. Il y a une demande: les étrangers sont bien plus directs et rapides, elles ont le choix et ne se cassent pas la tête avec des états d’âme. Même moi qui suis une vraie tanche, ce n’est pas ‘difficile’ de finir une soirée avec 3 numéros de téléphone.

A 22 ans, elles collectionnent simplement les nationalités, mais autour de 30 c’est une autre histoire. Nous sommes bien plus indépendants, en général dans la moyenne riche, avec la perspective de perfectionner un langage et de voyager. Je connais au moins une dizaine de filles m’ayant avoué qu’elles sont incapables de retourner avec un japonais. Sauf que les étrangers, ils partent. Sauf que les étrangers, ils sont un peu trop indépendants, voire même ils ne comprennent pas.

Cela fait des filles un peu brisées. Entre celles qui espérent un mariage, celles qui rêvent de partir et celles qui partent vraiment.

Lu

Mercredi 26 novembre 2008

Chaque nouvelle rencontre avec Lu apportait de nouvelles précisions sur elle. Un peu comme si, bien que n’étant pas timide, elle hésitait à en dire trop.

‘Moi, oh, je suis danseuse’. ‘En fait, je suis pole-dancer’.
‘Oui, en fait, je suis pole-dancer, mais j’ai aussi une école de danse, à Tokyo’. ‘Oh, pas grand chose, 600 étudiants. Hein ? Oui, c’est la plus grande école de Tokyo’.
‘Oui oui, en fait j’ai commencé à monter un studio à New-york, puis après je suis revenue’.
‘Ah au, fait, je te l’avais pas dit, mais j’étais mannequin, aussi, à New-york’.

Et c’est comme ça qu’il m’a fallu du temps afin de pleinement réaliser que la Lu qui avait peur de monter trop haut en escalade, qui pestait parcequ’elle n’y arrivait pas, était aussi et surtout Masako Lu Nagata, considérée comme la plus grande pole-danseuse de Tokyo.

(Photos rigoureusement pas de moi, il se peut même qu’elle me mette un pain si elle l’apprend. On verra bien.)

"Je crois que je ne vais pas y arriver"

Vendredi 24 octobre 2008

J’avais réussi à emmener La Teigne en vacances, pas trop loin car nous avions peu de temps, suffisamment pour oublier tout le reste. Les premiers jours s’étaient bien passés, entre farniente et dépaysements, car nous étions encore dans la capitale. Mais aussitôt partis sur les routes défoncées, dans un véhicule à l’inconfort complet, il risquait d’en être autrement.
C’est arrivé à la halte du repas du soir, devant le riz mal cuit accompagné d’indéfinissables morceaux de viande trop gras. Elle tira une de ses boucles, l’enroulant autour de ses doigts.

Et me dit d’une petite voix désolée « Je crois que je ne vais pas y arriver. »

L’ancien

Lundi 20 octobre 2008

L’ancien, je l’appelle comme ça, mais en fait il est plus jeune que moi, hein. Mais quand il nous montrait un truc inédit, une bonne trouvaille qui forçait notre admiration, il avait cette habitude de dire ‘T’as vu, c’t'ancien ?’. Histoire de nous rappeler que ce n’était pas parcequ’il était plus jeune qu’il devait être moins expérimenté en noeuds de corde ou en galères verticales.

Un gars qui avait tout plaqué après avoir raté son bac pour la première fois, mais qui s’était toujours débrouillé pour vivre de petits boulots le temps de passer son BE escalade et de gagner sa vie en emmenant les gens faire du canyon. Quand il avait un peu de sous, on le voyait arriver à Marseille et il vivait pendant quelques mois dans son camion, pour grimper. Maintenant, il a une maison en haut des falaises du Verdon, et il gagne sa vie mieux que moi.

Mais à l’époque du récit, on se lève à 4h pour partir faire la grande face du Tsaranoro Kely, une voie de 600m intitulée ‘Out of Africa’, il me semble encore m’en souvenir. Ca commençait bien: on s’est trompé de voie, nous obligeant à redescendre car les spits s’interrompaient brusquement. Finalement on trouve, et on commence avec le soleil levant. Les longueurs sont très longues, la difficulté bien plus grande que je ne m’y attendais (je n’avais pas grimpé depuis longtemps et étais un peu juste physiquement). Et puis surtout, les points sont très rares: parfois 4 par longueur de 60m, un gaz à donner le vertige. Honnêtement, je suis très vite dépassé par la difficulté et l’engagement. Mais L’ancien continue sans frémir ni faillir et enchaine les longueurs. Un mental de russe.

Au bout de 8h de ce petit jeu, on est presque au bout quand survient exactement ce que l’on craignait: la saison des pluies n’est finie que depuis peu, et on se prend un orage tropical. Le déluge intégral, des trombes d’eau qui empêchent de lever la tête et de voir quoique cesoit. Ne parlons même pas de s’entendre, on se contente de faire confiance à l’autre et de progresser comme on peut en espérant qu’aucune pierre ne tombera. Lors d’un passage dur, je me souviens avoir grimpé comme je pouvais en m’accrochant à de grosses touffes d’herbe qui s’écroulaient sous mon poids, m’obligeant à aussitôt agripper la suivante pour pouvoir continuer. 30 minutes après, l’orage s’arrête net et le soleil ré-apparait même. On est épuisés et j’ai perdu une lentille de contact, mais on arrive au sommet pour les derniers rayons de soleil.

Hors de question de descendre en rappel: la corde est gorgée d’eau, on va la coincer partout. Il existe deux chemins pour revenir: un que l’on connait, mais il est assez escarpé, il faut désescalader pas mal dans la jungle. Un autre plus facile mais plus long, que l’on connait seulement par descriptions. On choisit le second, c’est plus sur vu notre état de fatigue. Mais il fait nuit, on a deux lampes frontales dont une tombe en panne assez vite et je n’y vois quasiment rien. Autant dire qu’on perd le chemin très vite. On n’est pas perdus: environnés de falaises de tous côtés, la direction est très claire. C’est par là. Mais par là, c’est la jungle.

Suivent 4 heures de descente dans un infâme bordel végétal, à se laisser tomber plus que descendre (de toute façon, tout est mou à cause de l’humidité), à trébucher, se casser la figure et à se prendre des branches dans la gueule. Un moment, on tombe sur un lit de torrent asséché, que l’on suit car la progression est plus facile. Il s’engage dans une grotte, que l’on suit parcequ’on n’a pas le choix. On en ressort 200m plus loin, après avoir effrayé tout un troupeau de chauve-souris. On arrive enfin au camp, vers 22h, complêtement épuisés, où nous sommes accueillis à bras ouverts par toute l’équipe. Ils pensaient vraiment qu’on allait dormir là-haut. Nous aussi, d’ailleurs.

Le lendemain, nous sommes deux épaves: L’ancien a la cheville violette et plus grosse que son genou, il ne peut poser le pied par terre sans hurler. De mon côté, étant moins entrainé, mes mains n’avaient pas assez de corne pour résister au rocher. L’intérieur n’est qu’une plaie croûtée et saignante. En grimpant, j’ai d’ailleurs laissé du sang sur toutes les prises. Impossible d’utiliser mes mains: les plaies se rouvrent aussitôt, j’ai du mal à m’habiller, prendre une douche est un calvaire. On mettra trois jours à s’en remettre.

Et en se reposant je relis le topo des voies d’escalade, et je découvre qu’on s’est trompés: à un moment on n’a pas pris assez à droite et on s’est engagés dans une autre voie. Elle s’appelle ‘Everything is in your mind’ et est beaucoup plus dure que celle que l’on voulait faire. Mais vraiment beaucoup plus dure. Et dans les commentaires, il y’avait ‘Engagée, voire exposée par endroits. N’y allez pas: c’est Bagdad’.

Et L’ancien a tout enchainé, respect.

Petit manuel de torture

Mercredi 13 août 2008

… à l’usage des japonaises.

1) Faites leur répéter (ou essayer de répéter) des ‘r’. Après trois ou quatre fois, elle s’étouffe ou bien finit en quinte de toux. Pour des mots rigolos tels que ‘Dnepropetrovsk’, on atteint l’incompréhension totale.

2) Et là, ça fait cinq heures qu’elle râle à propos de nourriture immangeable et qu’elle proteste contre les immondices insalubres: elle est malaaaaaade. Elle a mangé un huitième de picodon. (A sa décharge, après 15h de trajet dans un avion, ledit picodon était bien corsé).

Je crois qu’elle n’est pas très solide, tout de même.

(encore une photo volée, elle a horreur que je la prenne en photo)

Je ne serai pas campagnarde

Mardi 12 août 2008

Elle est originaire d’un département de France profonde, du genre à abriter le dernier tourneur de bouchon en bois de senteur véritable. Et quand on lui demande comment elle imaginait son futur, elle se voyait mariée à 21 ans et deux gosses à 25. Et puis un jour elle a tout plaqué: le copain qu’elle avait depuis 5 ans, la famille installée depuis trois siècles et son boulot qui était prévu depuis des années. Elle s’est fâchée avec l’intégralité de sa famille (et certains ne lui ont toujours pas pardonné), mais a hérité de son pseudonyme et de mon estime (certaines mauvaises langues diront que c’est quand même pas lourd). J’aime bien les gens qui savent ce qu’ils veulent et avec assez de force de caractère pour l’obtenir.

Elle dort enfouie sous un tas de draps et de couvertures, avec parfois un pied ou une main qui dépasse. Quand on en soulève un coin on est assailli par l’odeur de ses cheveux, avant de rencontrer son regard ensommeillé, tout au fond.

Et toi, ça va ?

Mercredi 2 juillet 2008

La vie continue.

Corsée et Mini Cardiologue vont mieux, en tout cas en apparence et je n’ose pas trop fouiller. La Boutchette est revenue d’Alaska, et les goulottes de glace de 1200m par -10 degrés ont eu le dessous dans l’affaire. Elle est devenue nettement meilleure que moi, la bestiole.


Le Maitre et Dame Enjouée viennent d’emménager ensemble, ils viennent me voir cet été. Rejoints par Je Ne Serai Pas Campagnarde, on devrait tous partir à Hokkaido. Je suis toujours sur leur mailing liste et continue à recevoir le programme des cinémas qu’ils organisent et où je n’irai plus.
Crême Noisette est aux Etats Unis, entre la Nouvelle Zélande et un retour en France. La Nouvelle Zélande c’était bien, la France ce sera chômage, comme tous ceux qui ne savent finalement pas trop quoi faire de leur thèse.


La Grande Cynique s’est installée à Paris et s’occupe de son bout de chou. J’ai perdu mon pari avec Ermite Mais Pas Tout Le Temps: elle se retrouve célibataire avant moi. Je lui dois un restau dès qu’elle passe me voir et la connaissant, ce sera cher. Délurée Mais Pas Toujours est revenue d’Ushuaïa. Après un passage éclair pour défendre sa thèse, elle est en ce moment même en vol au-dessus de l’atlantique: partie encore une fois, faire un post-doc au Canada.

Le Roi n’a pas fait son tour du monde à vélo, après en avoir parlé pendant près de deux ans. Mais il vient de rentrer d’un projet humanitaire au Brésil (pas de photos, cet ahuri s’est fait voler son appareil).

Je n’ai pas de nouvelles de La Teigne. Je sais bien qu’elle est dans un coin encore plus paumé que d’habitude, et que si elle n’appelle pas c’est qu’elle est tout simplement heureuse, mais j’attends.

Taïga

Vendredi 25 avril 2008

J’avais prétexté ne plus savoir où elle habitait pour lui demander de venir me chercher à la gare. Qu’elle me pardonne cette petite hypocrisie, j’ai toujours aimé observer les gens m’attendant. Elle m’avait ensuite invité dans un restaurant tranquille, pas loin, où nous avions discuté. Je ne sais pas comment, je ne sais plus pourquoi, la conversation s’était orientée vers nos visions du Paradis.

Son sourire avait fait remonter ses fossettes au coin de ses yeux clairs.
- Comment je le vois ? Très chaud. Avec de l’eau et des bulles, une torpeur amniotique. Tu connais les bains de V. ? Demain c’est dimanche, je t’y emmène.

(Photo n’ayant rien à voir: Salar de Uyuni, Bolivie)

Nothing pretty inside

Jeudi 10 avril 2008

En culotte et sur la pointe des pieds, elle ouvre l’armoire si grande qu’elle tiendrait sans peine dedans. Et pousse toujours le même soupir: ‘Nothing pretty inside’.
Elle essaye, elle combine et elle arrange. Elle traverse la pièce trois fois pour consulter le temps par la fenêtre. Au bout d’un nombre aléatoire de minutes, elle me regarde d’un air incertain et c’est à mon tour de jouer. J’aime beaucoup les chaussures, la robe est très bien mais fais attention à ce que tu vas prendre comme sac. Change de boucles d’oreilles, les autres sont mieux.

Ca énerve certains, j’espère ne jamais m’en lasser.

Kaori

Vendredi 7 mars 2008

Elle a commencé par manquer me tuer en m’assurant (mais bon, je n’étais pas tombé), j’avais contre-attaqué le soir même avec un vin rouge et elle avait fini dans un état déraisonnable (mais il en faut peu). Elle râle parce que j’en sais presque plus qu’elle sur les sushis (mais moi je ne peux pas les commander, ce qui finalement revient au même) et elle pense que le couscous est un excellent plat français (ne pas trop se payer sa tête). J’ai déjà cassé un verre chez elle (mais elle avait cassé le premier deux jours avant) et renversé sa bouilloire (pas en même temps). Et elle est parfaitement capable de déclarer ne pas aimer le chocolat et d’en manger un vers 3h du matin (parce que c’est comme ça).

Et puis bon, une fille capable de jeter sa télé parcequ’elle a trop de bouquins et qui possède un frigo plus gros qu’elle ne pouvait que me plaire.