La crise économique pour les nuls par ma soeur
Je pense que ça vaut le coup d’être partagé. Elle bosse pas mal d’éco à Sciences Po (Bordeaux). Je ferais peut-être à l’occasion un billet sur le fonctionnement des marchés financiers si ça en intéresse certains. Je lui laisse la plume.
Tout provient des subprimes US qui sont des prêts immobiliers à taux variables. "L’american way of life" implique que les américains doivent être propriétaires de leur maison. Or, les ménages US de la middle class étant fortement proprio, les banques ont fait des propositions à des ménages moins solvables. Les subprimes sont des prêts consentis à ces ménages avec, dans un premier temps, de très faibles remboursements. Le système pouvait marcher s’il n’avait pas été généralisé car, plus les ménages modestes prenaient des crédits, plus le risque de non remboursement était fort et donc plus le taux d’intérêt était élevé. Or, le principe des taux révisables, est que si les taux augmentent, les remboursements de prêts suivent le même rythme. On estime à 37 % des ménages US sous le coup de subprimes. Que s’est-il passé ?
1. du point de vue des ménages : ils se sont retrouvés brutalement dans l’incapacité de rembourser des emprunts qui avaient triplé en 1 an. Ils ont donc "fait faillite" et leur maison a été saisie. Là où cela pose problème, c’est que ce fut un mouvement de masse quasi simultané (sur quelques mois). Les banques dont la maison était le dépôt de garantie du prêt accordé, ont donc vendu les maisons pour récupérer leurs fonds. Mais comme toutes les banques ont fait la même chose en même temps, les prix de l’immobilier se sont effondrés et les banques ont été mises en difficulté financière : d’où les faillites bancaires et des compagnies d’assurance aux Etats-Unis.
2. du point de vue des investisseurs institutionnels : le système bancaire US est fondé sur la titrisation (transformation des prêts en titres que l’on vend sur les marchés financiers). Comme au début des subprimes, les classes moyennes ont remboursé avec un taux d’intérêt relativement élevé, les banques ont fait des titres sur les subprimes, très rémunérateurs pour leurs acheteurs. Et cela s’est généralisé à l’échelle des marchés financiers de la planète. C’est l’effet boule de neige qui débute. Avec l’insolvabilité des ménages puis les difficultés les banques, il fallait vendre les titres pour récupérer les fonds que l’effondrement du marché immobilier rendait de fait impossible. Comme tous les investisseurs institutionnels ont fait la même chose, il y a eu un effondrement des bourses. C’est ce qu’on appelle le mimétisme. Or, c’est la capitalisation boursière qui donne des fonds aux entreprises (pour investir, innover, croître) …
3. La crise économique : comme les banques ne prêtent plus (manque de confiance, risque trop grand d’insolvabilité) les entreprises et ménages ne peuvent investir et demander des rallonges de trésorerie en attendant de vendre leur production. Dans ce cas, on arrête ou on ralentit la production (faute de moyens) et cela produit de chômage et une crise économique majeure. On a évoqué 1929 ; c’est joli "journalistiquement", mais pas tout à fait économiquement vrai. Si la crise financière a eu un effet de loupe, il faut se souvenir que l’économie européenne et mondiale était déjà fragilisée depuis ce printemps avec le choc pétrolier issu de la spéculation.
Le problème est que le retournement des marchés peut être rapide dans un sens comme dans l’autre (marchés financiers ou autres, cf le cours du pétrole divisé par 3 en 4 mois). Mais qu’en ce qui concerne l’économie réelle, pour embaucher un salarié, remettre une production en route, le délai de réaction est d’environ 6 mois minimum.
Maintenant, si on raisonne en terme de cycle Kitchin de croissance et de délai de réaction de l’économie réelle, à supposer que la confiance revienne aujourd’hui même, je vois mal comment on pourrait réussir à baisser le chômage d’ici le premier trimestre 2010 (en étant optimiste, toutes choses égales par ailleurs, sauf si la France et DSK arrivent à convaincre d’une relance éco mondiale, mais les libéraux, Angela Merkel en tête ne sont pas très chauds).
De plus, le manque de réglementation des marchés et de transparence des banques n’a fait qu’envenimer la situation. Or, il y a bien des agences de notations mais celles-ci sont payées par les banques & co qu’elles notent. Cherchez l’erreur. D’où la nécessité d’instaurer des règles du jeu. Le marché ne fonctionne qu’à partir du moment où les règles sont respectées : il fallait simplement que les financiers de Wall street et les banquiers US respectent les règles que l’on voit dans les cours d’économie de Première ES chapitre « L’institutionnalisation des marchés. »
Aller plus loin : « Le Capitalisme est en train de s’autodétruire » Patrick Artus & Marie Paul Virard.
Alternatives Economiques Hors Série n° 75 Novembre 2008.
Nota : Cet article a du être publié "trop vite" après le suivant qui n’apparait pas dans la liste des billets … À bon entendeur, c’est des photos de ski.
14 décembre 2008 à 10:45 Citer
<<il fallait simplement que les financiers de Wall street et les banquiers US respectent les règles>>
qu’on les pendent haut et court
14 décembre 2008 à 10:48 Citer
J’ai dit que c’était la version "pour les nuls" … Bien sûr qu’il faut corriger maintenant toutes ces failles du système … BTW : "on" = 3ème personne du singulier
14 décembre 2008 à 11:07 Citer
Ha, je comprends un peu mieux comment tout ça s’est déroulé.
14 décembre 2008 à 11:19 Citer
Faut pas non plus oublier que les banques ont aussi été obligé d’attribuer ces crédits à des ménages modestes par une réglementation destinée à faciliter l’accès à la propriété qui date de la fin de Bush père et qui a été reconduite par Clinton (et que Bush fil aurait bien voulu supprimer). Un autre gros problème c’est aussi que les biens immobiliers qui garantissaient les crédits avaient été largement surestimé par les organismes de crédit (pas par les banques donc).
14 décembre 2008 à 11:43 Citer
moSK –> J’suis pas allé dans le détail pax si j’commence à me lancer dans le RoE, l’effet levier, bref l’éco pure et la politique, j’écris un roman. Tout contribue à cette crise. Absolument tout.
J’ai même pas parlé de la hausse des matières premières ou quoi =3
14 décembre 2008 à 11:54 Citer
D’où la nécessité d’instaurer des règles du jeu. Le marché ne fonctionne qu’à partir du moment où les règles sont respectées
Avec les autres, contre le mur.
14 décembre 2008 à 12:04 Citer
Ces deux trucs là font quand même parti des causes directes : c’est en grande partie parce que les banques n’étaient pas tout a fait libre de choisir les risques qu’elles voulaient prendre qu’elles ont noyés les crédits pourris dans la titrisation, et la surestimation des biens immos a largement aggravé la chute du marché.
C’est comme quand tu dis qu’il suffisait qu’elles respectent les régles, ben le problème c’est bien qu’elles ont justement grosso modo respecté les règles et qu’on en est quand même arrivé là. Parce qu’elles avaient trouver d’autres moyens de faire ce que les règles devaient les empêchaient de faire. Mais ça elles l’auront fait cette fois là, elles ne le referont plus.
14 décembre 2008 à 12:44 Citer
Elles ne le referont plus ?? Au final, suite a cet afflux de pognons apparent (méga titres financiers a revendre en faisant du bénef!) les banques on distribué un paquet de primes exorbitantes. Quand tout s’est pété la gueule, crois tu que qui que ce soit a rendu ses primes toucées dans les années précédentes ?
Les subprimes, c’est la fausse monaie de la nouvelle économie.
Les banques, assistées par les organismes de crédit, le secteur immobilier, et quelques lois un peut opaques, on créés des titres qui semblaient avoir une valeur mais en fait n’en avaient aucune. Comme un faux billet quoi.
Elles ont ensuite revendus ces titres, un peut en dessous de leur valeur supposée, mais bien au dessus de leur valeur réelle. Elles ont fait tourner leur fausse monnaie.
Et quand une tension de la situation mondiale a finis par mettre un peut de pression la dessus (C’est a dire que quelques uns ont commencé a vendre leur maison) et que tout s’est écroulé, ce sont surtout ceux qui avaient les titre en main qui ont dégusté.
Ensuite il y a un effet boule de neige, qui affecte un peut tout le monde. Mais au finale, ceux qui depuis cinq ans ont revendu de la fausse monnaie a prix d’or, ils s’en tirent beaucoup mieux que les autres.
Ou encore, comme disait je-ne-sais plus qui (Nets ? Loser ? lolo, mon pote de la stratégie de la BNP ? Je me rappelle plus) dans 10 ans, ce seront toujours les même banquiers et traders qui seront en place. Et ils seront revenus a se payer une nouvelle bagnole tous les ans avec leur primes.
(merci de ne pas valider/deleter le commentaire que j’ai fait juste avant en oubliant de me loguer.)
14 décembre 2008 à 12:58 Citer
De cette façon.
14 décembre 2008 à 13:32 Citer
Un autre petit film de 5 minutes pour comprendre, qui s’intéresse particulièrement au début du processus : la crise des subprimes. Plutôt bien foutu.
http://www.dailymotion.com/swf/k3pZBOwoIl1ghfSarx&
14 décembre 2008 à 13:34 Citer
Bonne initiative cet article.
Pour aller plus loin je ne saurait aussi que conseiller le livre de Frédéric Lordon : Jusqu’à quand. On y comprend assez bien les enjeux et les dégâts inévitables de l’ "innovation financière".
14 décembre 2008 à 13:43 Citer
Article assez clair, même s’il ne faut pas oublier de préciser que les prêts accordés aux ménages US étaient hypothécaires: en gros, les banques pouvaient se permettre de prêter à des ménages insolvables, car la simple spéculation immobilière leur permettait de se rembourser en revendant le bien immobilier du ménage (qui avait augmenté de prix après son achat).
14 décembre 2008 à 13:48 Citer
Quand je m’apercevais des petites têtes de nœuds toujours premier de la classe, je comprend que notre monde est en pleine crise.
Ceci n’est pas un troll.
14 décembre 2008 à 15:05 Citer
"Quand je m’apercevais des petites têtes de nœuds toujours premier de la classe, je comprend que notre monde est en pleine crise.
Ceci n’est pas un troll."
Ce n’est pas non plus une phrase qui a du sens. Il ne te manque pas un mot quelque part ?
14 décembre 2008 à 15:32 Citer
Il y aussi un problème de concordance des temps.
18 décembre 2008 à 7:22 Citer
http://www.dailymotion.com/swf/k1rIg05h20UequOECt&related=1
22 décembre 2008 à 22:43 Citer
http://picasaweb.google.com/rue89.com/Babasubprime?pli=1#slideshow
Et un slideshow qui explique ça mieux qu’elle. Mouahahah.
25 décembre 2008 à 16:50 Citer
Sauf que j’l'avais filé à mon frère en document à joindre mais il l’a pas fait. Mouahahah.