F.E.A.R., les jeux qui jouent avec ton petit coeur

Avant d’entamer la lecture de ce billet, je recommande chaudement au lecteur de se débarrasser d’un quelconque espoir d’entraperçevoir ne serait-ce qu’une esquisse de la naissance d’une trace d’objectivité. En effet, je l’avoue sans honte, je suis un inconditionnel des jeux de Monolith Productions depuis Blood et je les ai tous joués et terminés (à l’exception près de Matrix Online, tant le jeu était mauvais et tant je toise du regard les MMO en général quand je les croise dans la rue). Histoire d’enfoncer le clou, j’ai visité l’an dernier les studios, et j’ai même échangé quelques mots avec les géniteurs du jeu. Foutu je vous dis, je suis foutu.
J’invite également les lecteurs vierges de toute expérience F.E.A.Resque de se montrer prudent, car cet article contient quelques éléments sur le scénario du jeu, même si j’essaierai tant que je peux de ne pas tout dévoiler.
Alors oui, F.E.A.R. 2 a des défauts, et pas qu’un peu. Une interface envahissante, un portage PC fini au glaviot, un solo trop facile et un multijoueur qui ne mériterait même pas les quelques caractères que j’y consacre ici même dans cette phrase… On est loin du jeu parfait. Et pourtant, le bougre, tout comme son prédécesseur, mérite qu’on s’y attarde.
Des noeuds au cerveau et aux boyaux
Parce que déjà, F.E.A.R., c’est une histoire. Une histoire sombre et triste, qui aborde des thèmes douloureux et originaux pour du jeu vidéo, pour peu qu’on veuille s’adonner à un petit exercice de philosophie. Jouer à F.E.A.R. 2 sans avoir terminé le premier serait non seulement dommage pour l’expérience de jeu (quoi qu’on en dise, F.E.A.R. reste un des meilleurs FPS jamais conçus) mais aussi pour le suivi de la trame scénaristique aussi riche que tordue.
F.E.A.R. raconte l’histoire d’une petite fille qui n’a pas eu de chance : elle a hérité d’on ne sait où de pouvoirs terrifiants que l’entreprise pour laquelle travaille son père s’empresse de vouloir exploiter. La petite Alma est alors plongée dans le coma dans une sphère de confinement jusqu’à ses 14 ans où elle est inséminée artificiellement. Le but de l’opération : produire des commandants psychiques pouvant diriger à distance des armées de clones. Après un premier “prototype” foiré, le second est une réussite, mais malgré le confinement de sa mère et le fait qu’elle soit dans le coma, elle entre en contact avec lui alors qu’il est enfant, ce qui fait paniquer les employés de l’entreprise qui coupent le courant de la sphère de confinement, tuant Alma dans la foulée. Quelques années plus tard, le courant est remis en route, ce qui réveille psychiquement la jeune femme qui entre à nouveau en contact avec son fils prodige, qui s’empresse de prendre le contrôle d’une armée de clones pour aller libérer sa mère. C’est le début du premier jeu.
Avouez quand même qu’un pitch comme ça, on n’en trouve pas dans toutes les galettes. Si l’inspiration nippone est évidente (Quoi, “Akira” ?), le déroulement de l’histoire nous emmène finalement droit dans la tragédie grecque, avec tout le lot de parents occis qui va avec. Et si on s’implique suffisamment dans le scénario, on finit F.E.A.R. légèrement mal à l’aise. Eh bien la fin de F.E.A.R. 2, c’est non seulement totalement inédit, mais aussi affreusement malsain, à un tel point que j’en ai été obsédé pendant quelques jours, et rien que pour ces quelques secondes de cinématiques et de la décharge émotionnelle qu’elles provoquent, les deux jeux méritent d’être joués.
Mais pas que !
La tempête et le calme et la tempête et…
L’autre point fort de la série, ce sont les combats. Là encore, F.E.A.R. avait placé la barre très haut, et son successeur ne déroge pas à la règle en proposant des affrontements absolument furieux à grands renforts d’hectolitres de sang, de débris, de flammes, de morceaux de cadavres et d’une IA qui est loin d’avoir oubliée d’être conne. C’est bien simple : dès qu’on amorce les hostilités lors de la première pression du bouton gauche de la souris, on sait qu’on part pour quelques secondes de pur bonheur : les armes sont extrêmement péchues et on sent qu’on ne se contente pas de tuer celui qui est en face : on lui fait mal, on lui pourrit la vie, et c’est le coeur gonflé de joie que l’on se rend sur les restes fumants de son cadavre afin de sauter à pieds joints sur sa colonne vertebrale dénudée.
Entre chaque combat, un peu de stress. Oh pas de la peur, hein. Je pense d’ailleurs que la peur que certaines personnes ont ressenti en jouant à F.E.A.R. est à 90% dûe au nom du jeu. Mais bon, du stress quand même, avec les apparitions d’Alma et de fantômes. Outre les quelques émotions induites par ces phases de pause, c’est également le moment où le joueur engrange au fond de ses vicères ce qui le rendra encore plus furieux lorsqu’enfin il pourra déchaîner son substitut phallique sur quelques hordes de malheureux. Un peu comme un genre de préliminaire avant un orgasme très malsain, en somme.
Et la finalité de l’article, c’est…?
En me relisant, je me rends compte que ça fait un peu masturbation intellectuelle, et que ça ressemble pas à grand chose. L’idée de base était de vous faire partager les émotions que j’ai ressenti en jouant aux deux premiers opus de cette superbe série de FPS produite par des gens talentueux qui en ont dans la cafetière. Des gens qui n’hésitent pas à maltraiter le joueur dans le seul but de lui procurer plein d’émotions puissantes et contradictoires par la suite, comme en témoigne la fin du second jeu à la fois glauque et orgasmique. Dans tous les sens du terme.
À lire :
2 avril 2009 à 22:19 Citer
Coïncidence (ou pas), je viens de finir (enfin) Extraction Point ya pas 2h. Personnellement, j’aime toujours aussi bien cette série, mais là t’y vas ptêtre un peu fort ;)
2 avril 2009 à 22:19 Citer
Toujours pas joué à F.E.A.R. 2. En revanche, F.E.A.R. était une sacrée expérience pour moi. Beaucoup de stress, et des combats vraiment sympas. En fait, le jeu nous plonge dans une ambiance, une réalité un peu spéciale, où l’apparition de Replicas devient rassurante. Extraction Point, un peu plus court, est une excellente suite.
En revanche, j’ai eu droits à quelques spoilers en lisant des bribes de ton article, donc je vais pas le finir, en tout cas jusqu’à ce que j’ai joué à F.E.A.R . 2.
2 avril 2009 à 22:31 Citer
dans ce jeu je me sentais mieux avec des ennemis que personne.
2 avril 2009 à 23:02 Citer
Très bon article.
“je suis un inconditionnel des jeux de Monolith Productions depuis Blood et je les ai tous joués et terminés”
idem
“j’ai visité l’an dernier les studios, et j’ai même échangé quelques mots avec les géniteurs du jeu.”
enfoiré, meurs.
Sinon moi aussi j’ai beaucoup aimé FEAR 2, et malgré ses défauts je crois que je le préfère même au 1.
2 avril 2009 à 23:24 Citer
J’ai bien aimé l’histoire et le rythme du 2, mais je l’ai trouvé horriblement consolisé. Et moins jouissif que le 1er. (Manque de particules, ballistique, trop de couleurs kikoo, etc)
3 avril 2009 à 1:29 Citer
En fait je viens de me rendre compte que le scenard de FEAR c’est un trip en Elfen Lied and Gc Squad… sympas comme truc.
3 avril 2009 à 7:40 Citer
Oh ! J’ai cru voir un gros-Ouamdu \o/
3 avril 2009 à 8:28 Citer
[SPOIL] [SPOIL] [SPOIL]
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tu as oublié de dire que le 1er enfant d’alma (qui est foiré) c’est le joueur principal dans le premier fear et son extension !
(message édité par Ouamdu)
3 avril 2009 à 8:33 Citer
Heu… Poilu, j’ai justement essayé d’éviter les spoils dans mon article !
3 avril 2009 à 10:06 Citer
Très bon article qui a le mérite d’expliquer le ptich du jeu de façon claire et concise. Parce que bon, ingame ça part un peu dans tous les sens donc j’avais eu du mal à tout comprendre (surtout en VO avec sous-titres VO ridiculement petits, merci les résolutions d’il y a 3 ans). Une fois le jeu terminé, j’étais aller voir sur Wikipédia EN pour comprendre mais là c’était tellement exhaustif que le scénario principal était noyé au milieu d’autres trucs annexes, là aussi je n’avais pas tout capté.
En tout cas, FEAR est l’exemple type des jeux que j’aime bien, avec un scénario riche, une vraie mise en scène ainsi qu’une ambiance unique et pesante. Pour moi c’est l’essentiel, même les gunfight sont annexes si le jeu me prend au tripe par son histoire. Par contre, je ne le mettrais pas au niveau d’un CoD4 (plus orienté mise en scène) et surtout d’un Bioshock, déjà à cause du côté méchamment linéaire des niveaux (au bout d’un moment, j’en suis arrivé à jouer pour connaître la fin, plus trop pour le plaisir de jouer) et puis parce que je ne suis pas un grand fan de ce genre de scénario.
3 avril 2009 à 21:13 Citer
Je suis en train de faire FEAR premier du nom, je n’avais jamais eu l’occasion d’y jouer avant.
Il est vraiment énorme, j’ai des fois le sang qui se glace… c’est la première fois qu’un jeux me fait ça… faut dire que j’arrive vraiment a rentrer dans le jeux.
Et de plus l’IA des ennemis est excellente !
Naudec tu parles de COD 4, alors que bizarrement je ne l’ai pas trouvé immersif. C’est juste du spectacle pour moi.
Marrant commme chacun peu appréhender les jeux différement.
3 avril 2009 à 21:14 Citer
Bon sang que je me sens seul. J’ai vraiment pas du tout aimé FEAR et je n’ai pas trouvé les combats aussi pêchu que pourrait le penser les gens ici. Et pourtant, je suis pas difficile à satisfaire. J’ai voulu me faire FEAR 2 et le dernier Silent Hill. Je n’ai jamais autant baillé dans une après-midi (surtout sur Silent hill, malgré quelque passage très très beau, j’en ai tellement eu marre que je me suis arrêté dans une espèce d’hotel, sans savoir où aller, sans pouvoir sauvegarder. Cool.). FEar 2, je me suis arrêté vers la fin de l’hopital. J’en ai tellement eu marre de revoir les mêmes couloirs que j’ai lourdé le jeu. J’ai surement dû rater un bon paquet de chose, mais vraiment… quand on commence à s’ennuyer fermement sur un jeu, qu’on baille, qu’on s’impatiente de trouver des vrais combats digne de ce nom, voir des trucs gore, des choses super belle artistiquement qui diffèrent des formes épurées de l’architecture moderne des jeux récents, et bien on le met de côté, le jeu, avec un mauvais souvenir.
Sinon, ouep, Elfen lied ça poutre (Dans le genre dessin Kawai et pis trucs bien gore de psychopathe, y’a “Higurashi no naku koro ni”).