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*miam* le blog de Mawwic.

All aboard the hype train : E3, journalisme & info en temps réel

Même si la hype autour de l’E3 n’est pas nouvelle, j’ai le sentiment qu’on a atteint cette année des records en la matière.
Et il me semble que les outils de communication modernes (facilitant le temps réel, voire l’encourageant, afin de s’assurer de la captivité d’une audience sur son site et des revenus publicitaires qui vont avec) - combinés à la frustration d’avoir attendu la next-gen pendant plusieurs années (avec des E3 très chiants à la clef) - n’ont fait qu’amplifier le problème.

Ainsi, même si j’ai toujours eu tendance à penser que les outils ne sont bons ou mauvais que selon l’usage que l’on décide d’en faire, j’ai du mal à ne pas voir tout ce bruit médiatique comme un des dommages collatéraux de l’info en temps réel ; et du peu de temps qu’elle laisse à l’enthousiasme des reporters pour redescendre et prendre du recul.

Le plus symptomatique a été la proclamation quasi-instantanée par la majorité des médias de la victoire de Sony face à Microsoft, suite à sa conférence et son troll sur les DRM… alors que Sony a ensuite laissé rapidement entendre que, comme sur la Xbox One, le choix des verrous numériques reviendrait en fait aux éditeurs ; “mais peut-être que non, pas tout à fait en fait”, allez savoir. Bref, tout le monde s’est senti obligé d’y aller de son pronostic dès qu’une info tombait, sans aucun recul / temps d’analyse / réserve ou principe de précaution. Et vas-y que je te proclame que cette fois, c’est sûr, Sony a vraiment un temps d’avance sur Microsoft (ou l’inverse), même si je n’ai que des infos parcellaires, que tout est loin d’être figé, et qu’à part des promesses on ne sait pas vraiment ce qu’on aura au lancement (or, dans des salons type E3, les jeux tournent souvent sur des devkits et peuvent être boostés - cf. les PCs qu’ont pu voir certains derrière les manettes Xbox One ; les dates de sortie, ça se décale ; les features non-montrées et autres promesses pas basées sur du concret, ça n’engage que ceux qui y croient etc.).

Un peu comme si tout ce petit monde était redevenu des ados surexcités dans une cour de récré, incapables de maintenir tout recul critique face à la vague de l’enthousiasme et au moindre semblant d’info (et je dis bien semblant, car quand un type donne une réponse vague ou contradictoire, ça ne devrait même pas être relayé : ça peut vouloir dire tout et son contraire).
C’est bien triste - même si c’est raccord avec les écueils qui minent la qualité de de la presse ; et plus largement, la qualité du débat public dans notre monde actuel.

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Et qu’on n’essaie pas de rejeter la faute sur la communication effectivement confuse et contradictoire de certains acteurs (Microsoft, notamment ; mais Sony n’a pas été en reste). Car là n’est pas le problème.
En effet, lorsqu’on prétend apporter un éclairage / commentaire sur l’actu’ (a fortiori en tant que journaliste), et que :

- on voit des mecs faire des déclarations contradictoires depuis des semaines (= le pré-E3 de Microsoft et les multiples déclarations puis corrections qui l’ont entouré et suivi).

- on se rappelle des confs’ et périodes de lancement de la précédente génération de consoles (et de ses multiples vidéos pipotées, déclarations hâtives et autres retours à la réalité qui se sont imposées).

Mais que malgré ça, on saute sur la première opportunité de donner son avis sans guère de réserve (alors que les deux éléments précédents incitent logiquement à la plus grande prudence), alors ce qu’on produit, c’est simplement du bruit sans aucune valeur, qui fait sans doute bien davantage pour la désinformation que pour l’information.
A part parler pour exister et occuper l’espace médiatique (et les revenus publicitaires qui vont avec) - et permettre aux constructeurs de faire de même en passant - ça n’a strictement aucun intérêt ; car  on s’exprime sur du vent, sans aucun recul.
C’est du même niveau que les débats sur les rumeurs autour des célébrités qui font les choux gras de la presse people ; c’est absolument vain, et ça n’a d’information que le nom.

Face à tout ça, c’est à peine si je m’étonne de voir Microsoft persister et signer dans son partenariat avec PepsiCo (Doritos, Mountain Dew), alors même que c’est par là qu’était arrivé le Doritos Gate : avec un hype train aussi gros qui aura préparé la voie, nul doute que ce genre de quenelle va passer toute seule.
A tel point qu’on peut d’ailleurs peut-être même en rajouter une autre, en affirmant sur le site de l’opération que non non, Microsoft n’a rien à voir avec tout ça (malgré les logos Xbox à foison et le post de Major Nelson)…
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19 commentaires pour “All aboard the hype train : E3, journalisme & info en temps réel”

  1. JiHeM dit :

    Je ne vois absolument pas le problème du partenariat MS / Pepsi. Il n’y a aucune rapport avec le Doritos Gate, si ce n’est une marque… Dans un cas, un journaliste (et son média) étaient impliqués, dans l’autre il s’agit juste d’une opération promotionnelle (cadeaux) à destination des joueurs, comme il en existe des milliers d’autres partout.

  2. Mawwic dit :

    Tu as tout à fait raison (et on me l’a fait remarquer à juste titre ailleurs également) : les entreprises sont dans leur rôle, on ne va pas leur reprocher d’essayer de vendre leurs produits par tous les moyens qui marchent (à l’Etat / la société de fixer des règles si on souhaite vraiment éviter certaines pratiques).
    Sur le principe, pas de problème.

    Il n’empêche que, forcément - même si la configuration est différente - ça convoque assez fortement le spectre du Doritos Gate (il ne manque qu’un acteur sur 4 dans l’équation : Keighley).
    Et ça m’étonnerait donc que Microsoft n’y ait pas également songé avant de lancer l’opé’.

    Aussi, le fait qu’ils aient malgré tout décidé de poursuivre l’opération me semble indiquer assez clairement une chose : au final, le Doritos Gate, ça a intéressé 3 péquins bruyants ; mais sinon, c’est business as usual (à tel point que non seulement on ne va pas changer comment on fait du business sur le fond ; mais en plus, même sur la forme, on ne s’emmerde pas, en essayant d’éviter de rappeler de mauvais souvenirs par exemple).
    Et ça, ça attriste forcément le peu d’idéalisme qu’il reste en moi :)

    A côté, demeure quand même tout le reste de mon billet (c’était surtout ça, le coeur du sujet ; plutôt que cette digression finale sur laquelle tu t’es concentré).
    Sans compter ce magnifique disclaimer sur le site de l’opération Xbox One / Mountain Dew qui, juste en dessous de la phrase “Mountain Dew & Doritos are teaming up with Xbox”, proclame sans broncher que “Microsoft is neither a sponsor of this promotion nor has any responsibilities regarding its conduct or administration”.

  3. JiHeM dit :

    J’admets que je me suis attardé sur un point de détail qui n’était pas l’essentiel de ton article. Mais sur le reste, je ne sais que dire, ayant moi-même fait partie cette semaine des relayeurs d’infos sans recul ni analyse… Et je ne trouve rien à déclarer pour ma défense et celle de mes pairs : c’est le système, et même si je suis bien conscient de ses failles, je n’ai aucun pouvoir pour le changer. Oui, je suis légèrement cynique et désabusé :)

  4. Mawwic dit :

    :-)

    Note que je ne me prétends pas blanc, infaillible et étranger à tout ça pour autant ; loin de là.
    J’ai aussi un peu fait partie, au début de cette semaine du moins, de ces “ménestrels” comme disent certains (dur de résister face aux promesses de certains titres…).
    Sans compter que ce genre d’emballement profite directement aux éditeurs comme celui pour lequel je travaille.

    Mais il n’empêche : ce n’est pas parce qu’on y a participé, qu’on s’est laissé aller à se faire entraîner - voire qu’on en profite - qu’on ne peut pas pour autant reprendre ses esprits, le regretter, mettre en garde et appeler à raison garder.

  5. NiKnight dit :

    Le mot “ménestrel” est tombé, oh shi-
    Je suppose qu’on parle aussi de ces célestololsmique qui ne peuvent plus faire de news parce que bouhouhou y a pas de babe.

    Tu mentionnes le fait que la PS4 a été plus ou moins mise sur un piédestal concernant les DRM mais que c’est encore flou : à vrai dire, le système des éditeurs de jeux qui choisissent leur DRM et non la console qui les imposent est exactement le même qu’avec la génération actuelle.

  6. Mawwic dit :

    @NiKnight : pour que les éditeurs aient le choix, il faut tout de même une architecture qui le permette / propose, et donc une console qui soit potentiellement conçue pour.
    Ce qui ne me semble pas le cas de la génération actuelle de consoles (je parle bien entendu du cas de l’achat d’une copie physique dont la circulation est verrouillée numériquement ; car en 100% démat’, les DRM sont quasi-systématiques).

    Ça existe déjà sur PC, avec Steam - mais pas sur consoles.

  7. drloser dit :

    “au final, le Doritos Gate, ça a intéressé 3 péquins bruyants”

    Ah ah, sans blague ?

    A mon avis, si tu cherches un truc sérieux dans le journalisme JV, tu seras déçu dans 99% des cas. Généralement, c’est juste du divertissement… Et je t’avoues que personnellement, en matière de JV, je préfère lire un article léger et hilarant qu’un truc documenté et sérieux. Si t’es dans le trip “parlez moi de game design et de chaîne de production”, t’es juste pas le public visé par IGN et compagnie.

  8. NiKnight dit :

    La Xbox One a des DRM sur la console-même, la PS4 aura sûrement des DRM sur les jeux. Que la PS4 soit conçue ou non pour, Sony ne dictera pas les restrictions : sa politique reste donc inchangée. Ils jettent la faute sur les développeurs / éditeurs de jeux si tu préfères cette tournure de phrase.

    Même chose avec Steam, c’est restrictif mais pas autant que le always-online de Microsoft (et bonnes promos sont bonnes).

  9. Mawwic dit :

    @drloser : je ne dis pas le contraire ; j’ai bien conscience que c’est souvent traité de manière légère.
    Mais je trouve ça un peu dommage - surtout quand il s’avère que c’est une industrie qui pèse autant, notamment auprès de la jeunesse.
    Les modèles et pratiques que ça finit par entériner de fait et face auxquels on devient blasé voire tolérants / habitués ne sont quand mêmes pas glorieux.
    L’information reste de l’information (même lorsqu’il s’agit de divertissement) ; et puis derrière ça a des implications parfois plus grande : si je ne veux pas d’un monde fliqué, alors je ne vais peut-être pas acheter telle console aux dispositifs liberticides… mais encore faudrait-il que je sache ce qu’il en est vraiment.

    Quant à IGN, je ne sais pas trop ce qui a pu te faire penser que je leur accordais une quelconque crédibilité (même si j’ai quand même été surpris lors de l’épisode Doritos des les voir ainsi oser s’afficher si ouvertement au grand jour…).
    C’est d’ailleurs pour ça que je n’ai jamais consulté ce site, et les autres Gamespot etc.

    @NiKnight : pour que ce tu décris fonctionne, il faudrait que les nouvelles consoles permettent aux éditeurs d’installer indépendamment des dispositifs propres à chacun du type UPlay / Origin pour gérer les DRM de chaque éditeur (ce qui est aujourd’hui impossible ; et risquerait d’être vite bordélique, nuisant à la simplicité et l’unicité d’utilisation qui est un des intérêts de la console).
    Je vois plus la gestion des DRM être assurée en central par chacune des consoles, comme une fonctionnalité clef en main ; avec l’option pour les éditeurs de l’activer ou de le désactiver au cas par cas.
    Mais qui sait.

  10. Daemetrius dit :

    JiHeM a dit :
    J’admets que je me suis attardé sur un point de détail qui n’était pas l’essentiel de ton article. Mais sur le reste, je ne sais que dire, ayant moi-même fait partie cette semaine des relayeurs d’infos sans recul ni analyse… Et je ne trouve rien à déclarer pour ma défense et celle de mes pairs : c’est le système, et même si je suis bien conscient de ses failles, je n’ai aucun pouvoir pour le changer. Oui, je suis légèrement cynique et désabusé :)

    Commencer par ne pas faire de standing ovation à Sony qui annonce qu’on pourra jouer à sa console sans connexion internet, c’est déjà un début de pouvoir.
    Ça prouve au moins que Sony soigne sa communication, et que l’URSS a porté ses fruits en matière de lavage de cerveau.

  11. Zorglomme dit :

    Je pense que cette absence de recul et d’analyse est exactement la même que dans la presse d’info généraliste : ça coûte moins cher à produire (puisque ça se produit plus vite qu’une belle étude argumentée) et on peut toujours se cacher de ça en disant que “c’est ça que veulent les gens”. Sauf que les gens prennent ce qu’on leur donne, qu’elle qu’en soit la qualité. Le truc c’est que les rédactions n’ont pas intérêt à élever le niveau, sinon les exigences des lecteurs vont augmenter et en plus ils pourraient s’apercevoir que la qualité était auparavant déplorable. Spéculations, je sais.

  12. Mawwic dit :

    @Zorglomme : c’est un problème qui touche la presse en général, on est bien d’accord.
    C’est d’ailleurs pour ça que je trouve intéressant d’en parler, et de prendre la peine de faire un billet ; et c’est pour ça que je parlais de médias en général, sans autres précisions, car tout ça n’est pas circonscrit à la presse JV.

  13. Daemetrius dit :

    @Zorglomme: je trouves tout de même que dans le cas de la presse JV ce phénomène est encore plus présent. Sachant qu’une partie non négligeable des “journalistes” de jeux vidéo sont historiquement des passionnés sans formation journalistique, ça expliques un peu le phénomène, mais pas entièrement.

  14. drloser dit :

    Une partie non négligeable, genre 99%.

  15. Zorglomme dit :

    Moui. Je sais pas ce qui est le plus grave du coup : proférer des conneries quand on a fait des études de journalisme, ou proférer d’autres conneries sans avoir fait d’études de journalisme ? Si, en fait je sais ^^. Le fait de pas avoir de formation journalistique empêche pas d’avoir du recul, on voit bien depuis longtemps que les “vrais” journalistes n’ont aucun recul sur l’actualité. A mon avis c’est juste un problème de temps, de volonté et surtout de pognon. C’est plus facile de rameuter du monde en disant que “CoD c tro b1 paske ya un ch1 lol” qu’en remettant en question le fonctionnement de l’industrie dans son ensemble qui conduit à pondre des jeux de merde qui se ressemblent tous.

  16. LeGreg dit :

    Halo et mountain dew ça fait longtemps qu’ils font du marketing commun.
    La photo de keighley avec mountain dew et doritos est la conséquence de cela et pas l’inverse. (Et le scandale portait sur la participation de keighley et non pas de l’association xbox pepsico..)

  17. Mawwic dit :

    @LeGreg : je n’ai jamais dit et pensé le contraire (même si le billet lui-même pouvait paraître un peu ambigu sur ce point) ; d’où d’ailleurs ma réponse à JiHem (2ème commentaire).
    Et merci de ne pas me prendre totalement pour un demeuré concernant la nature du scandale autour du Dorito’s Gate :)

    En d’autres termes, si tu préfères : il me semble malgré tout pas très heureux de rappeler ainsi cet épisode (et je suis sûr que Microsoft y a aussi songé), après ce à quoi ce partenariat a été indirectement associé.
    Mais pour que Microsoft le fasse malgré tout, cela veut aussi dire qu’au final, le Dorito’s Gate n’aura pas pesé bien lourd (a fortiori face à un deal de cette ampleur).

    C’est peut-être pas très surprenant.
    Mais on peut quand même le déplorer, il me semble.

  18. LeGreg dit :

    Ce que je voulais dire c’est que ton billet n’a aucun sens.
    DSK s’est fait choper au Sofitel, il serait donc bienvenu que Accor n’utilise plus la marque Sofitel à l’avenir ?

  19. Mawwic dit :

    @LeGreg : premièrement, le coeur de mon billet ne porte franchement pas sur ça (je te laisse lire le titre, ainsi que ce qu’il y a entre lui et la partie sur laquelle tu t’acharnes - ce qui correspond tout de même au 3/4 du texte…). C’est une digression finale, rien de plus.
    Merci de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, donc.

    Quant à ton exemple, il me semble procéder à un raccourci un brin fallacieux - même si pendant 2s, j’ai failli me dire qu’il n’était peut-être pas si mal trouvé.
    La preuve par l’exemple : Keighley et le média pour lequel il bosse (= DSK, si je file ta métaphore, donc - jusque là, OK) se sont faits prendre à jouer trop clairement le jeu de certains annonceurs dont ils sont censés critiquer les produits (= mamours à Microsoft / Dialo, si je continue) ; le tout dans un lieu justement prévu pour ça par l’annonceur en question (une pseudo-émission journalistique sponso’ par Microsoft et Pepsico, dans le cadre d’un partenariat de plus grande envergure ; le Sofitel, dans le cas de DSK).
    Et c’est là où ta métaphore coince: dans le cas de DSK, Dialo est a priori une victime, non-consentante, qui n’avait rien prévu, et le choix du Sofitel s’est fait par hasard ; alors que dans le cas Keighley etc., c’est un partenariat, et au contraire plutôt arrangé et consenti entre les parties (jusqu’au lieu lui-même).

    Bref, ça n’a rien à voir ; pour que ta métaphore marche, il faudrait tout bonnement et simplement enlever toute notion de collusion (= ce qui fait le Doritos’ Gate) pour faire rentrer ça au chausse-pied dans le cadre de DSK et du Sofitel.

    Et s’il te semble impensable qu’une entreprise puisse ainsi annuler un partenariat pour de simples questions d’image (= car il a été indirectement associé à un truc peu glorieux) - ou tout du moins, le mettre en veille le temps que le soufflé retombe - demande donc à Nike pourquoi ils ont coupé court à leur partenariat avec Livestrong : c’est pourtant pas la fondation elle-même qui s’est dopée, juste le mec qui l’a lancé ; et quoi qu’il en soit, ça n’empêchait pas la fondation d’aider les personnes touchées par le cancer ; et pourtant, Nike n’a même pas attendu que les preuves très concrètes du dopage d’Armstrong tombent pour s’en éloigner.

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