BLOGUI BOULGA

*miam* le blog de Mawwic.

NOUS RESTERONS SUR TERRE

Mais pas dans la salle de cinéma, ça, c’est sûr !

Le principe est vachement conceptuel: le documentaire qui ne t’apprend rien.
Et qui te fait encore moins réfléchir.
Nan mais franchement, convoquer ainsi Gorbatchev ou encore Lovelock pour leur faire enfoncer des portes ouvertes…

Ah, les grands principes…
En attendant, on a surtout l’impression de se retrouver accoudé au comptoir du Bistrot des Marronniers, à la seule différence que les tronches de pochetrons auraient laissé place à des visages mondialement connus.
Ça a au moins l’avantage de flatter l’ego: d’un coup, on se sent aussi intelligent, si pas plus, que de supposées grandes têtes pensantes.

A côté de ça, le film tappe allègrement dans l’esthétique de la série des Qatsi (Koyaanisqatsi, Powaqatsi, Naqoyqatsi).
Sauf qu’il est loin d’en avoir le génie artistique.
Résultat: les images sont jolies, mais ne déclenchent pas grande réaction émotionnelle chez le spectateur.
La faute en partie à une bande sonore le plus souvent insignifiante et facile.
Et à un montage pas très inspiré, qui peine à créer des parallèles et autres connexions.
Bref, pour le dire simplement: c’est vide.

L’idée était pourtant pas dénuée d’intérêt: faire un docu’ qui parle davantage au côté émotionnel que rationnel - en espérant, j’imagine, que ça marquerait davantage l’audience.
Seulement voilà: après 5 années de gestation (le tournage a commencé en 2004), le film arrive vraiment à la bourre. Le discours qu’il tient semble en grande partie acquis par tous, et on voit mal à qui il s’adresse.
Pis: les illustres intervenants qui y ont contribué passe de fait pour des cons; et des briseurs de rythme, vu que leurs lapalissades viennent brutalement interrompre les quelques rares plans contemplatifs qui parviennent vaguement à capter l’attention.

Puis alors faudra m’expliquer ce que vient foutre un extrait de FEAR (oui, le jeu PC) là-dedans…
Tout comme une citation de Levi-Strauss parlant de la monoculture, standardisée et produite en masse, comme de la betterave. Les mecs ont-ils seulement lu Levi-Strauss ? Ont-ils pris conscience que la culture dont il parle, c’est davantage la culture au sens anthropologique (son champ d’investigation) que l’agriculture ? J’ai comme un doute.

Au final, reste juste un passage sympa à l’abattoir (le plus efficace et instructif du film; et filmé pour une fois de manière originale: très froide et clinique, comme une table d’opération - ou une morgue, c’est selon).
Et quelques minutes de la BO qui ne devaient pas être si mal. Pour le reste, ils peuvent remercier feu Johnny Cash et les Queens of the Stone Age de leur avoir prêté leur musique.

Franchement, du beau gâchis - d’ailleurs pour un film sur l’environnement, je serais curieux de connaitre l’impact écologique engendré par le tournage de ce dernier (parce qu’ils ont du vadrouiller: on voit Pripyat, des métropoles asiatiques, des élevages américains etc.).
Du coup, peut-être que le mieux pour l’avenir de la planète, ça aurait encore été de s’abstenir de telles dépenses inutiles.

Merci quand même à la pote qui a pu m’avoir une place pour l’avant-première à l’UNESCO: c’était sympa de voir l’endroit de l’intérieur.
C’est d’ailleurs surtout l’architecture du bâtiment, vaguement brutaliste et assez emblématique des 60s-70s, que je retiendrai de cette soirée. Parce que c’est pas le speech de Darcos qui allait sauver le tout; et encore moins celui de l’intervenante insupportable qui a tenté de lancer un débat après la projo’ avec un des réals - ce qui m’a définitivement convaincu qu’il était temps de quitter la salle qui, bien que remplie à ras-bord, était pleine de vide ce soir là (”quand on regardeuh la sociéte avequeuh du recul, on s’apperçoit qu’on vit vite quand même !”).

4 commentaires pour “NOUS RESTERONS SUR TERRE”

  1. RLucas dit :

    Le documentaire vulgarisateur environnemental est en vogue, et j’ai l’impression qu’ils sont plus le fruit du désir d’expérience de l’équipe que d’une véritable motivation activiste. Ce doit être le pied de prendre part à un tel tournage.
    Vu depuis la BA, les images ont l’air sublimes, et, si on a déjà eu notre dose avec Planet Earth, celles-ci semblent témoigner d’une plus grande considération cinématographique. Avec Johnny Cash à la guitare, je paierais bien pour aller voir ça sur grand écran.
    Mais je pense que l’émotionnel n’a plus sa place dans la narration d’un tel documentaire, le sujet ayant été maintes fois rabattu dans divers médias, les images se suffisent dorénavant à elles-mêmes. Maintenant que le sujet environnemental peut être rentable, il serait temps de réaliser des documentaires d’investigation ou de découverte.
    C’est le nouveau défi de la cause: passer de la sensibilisation au concret.

    D’ailleurs, l’idée me trotte dans la tête depuis quelques temps: les blockbusters de science-fiction serait des vecteurs parfaits du message écologique s’ils pouvaient filmer des mégalopoles jonchées d’éoliennes, des toits aux milliers de panneaux solaires… rendre les énergies renouvelables « cools », un peu comme 2001… s’inscrivait dans l’engouement de la conquête spatiale.

  2. Mawwic dit :

    J’ai plutôt l’impression qu’on essaie de plus trop faire chier les gens avec du concret - pour sortir du classique docu’ - alors que justement, la sensibilisation est en grande partie déjà bien avancée aujourd’hui.
    Comme si on on s’en voulait d’avoir mis la charrue avant les boeufs, et qu’on essayait de se rattraper après coup - alors que l’environnement ne s’y prête plus.

    Bref.
    Et sinon, Johnny Cash, c’est juste pour le générique de fin :)

  3. Lecolo dit :

    C’est sur que c’était pas la peine de faire un documentaire pour des abrutis qui ne comprennent rien et qui remettent rien en question, surtout pas leur attitude. Le constat du film, s’est de montrer d’un coté ce que l’on devrai préserver et d’un autre coté ce que l’on fait subir à la planéte et aux animaux. Il est surement plus facile de faire bouger les choses avec un blog qui critique les films sur l’environnement, qu’avec un film qui montre notre stupidité à tous…………………..
    Si vous pensez pouvoir mieux faire, arrêtez de parler pour rien et faites-le !!!
    Sinon, grand respect pour Mr Lovelock.

  4. Mawwic dit :

    @Lecolo: l’argument adhominem.
    Ou comment trouver tout de même quelque chose à dire quand on n’a rien à dire.
    En décrédibilisant au passage sa chapelle, qu’on essaie pourtant de vanter comme ouverte.

    Juste pour clarifier: je ne critique pas la vérité du message en lui-même.
    Je critique le fait que le film se contente de dire “bouh, c’est mal”; et ce qui plus est de manière bien moins originale qu’on essaie de nous le vendre.
    Alors qu’à mon avis, l’heure devrait plutôt être à la proposition de solutions concrètes.

    Je crois qu’on a tous plus ou moins conscience du péril potentiel qui pèse sur la planète; plus besoin de le rabâcher.
    Ceux qui ne se bougent pas le cul le font probablement moins parce qu’ils l’ignorent que parce qu’on ne leur propose aucune solution à même de les convaincre (= actions pas trop contraignantes et/ou dont l’effet est surtout précisément prouvé et mesurable).

    Bref, on se trompe de combat.

    Mais si ça peut vous rassurer, les amis des bêtes font exactement la même erreur, en pensant que les gens qui portent de la fourrure oublient qu’il a fallu tuer des animaux pour ce faire (comme en témoigne une récente campagne d’affichage dans le métro parisien).
    Je pense au contraire qu’ils en sont parfaitement conscients, mais qu’ils s’en contrefoutent.
    Plus probablement, la cause de leur détachement est du au fait qu’ils en sont restés à une vision utilitaire et très créationniste du monde, où l’homme - seul véritable être pleinement conscient - serait au centre de tout, et le reste des ressources à sa disposition. Dès lors, comme aurait pu le dire Descartes, les animaux ne souffrent pas vraiment, puisqu’ils ne sont vus que comme des simulacres d’êtres conscients, plus proches des ressources bonnes à exploiter que de l’espèce humaine.

    Et je partage votre respect pour sir Lovelock et son hypothèse Gaïa; ce qui m’attriste d’autant plus de le voir ici caricaturé par le biais du montage.

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