Chasse et frag

De quoi occuper vos dimanches de fragueur, le blog de Mangeurdenfants.

E.Y.E: Divine Cybermancy, une histoire d’amour compliquée

E.Y.E: Divine Cybermancy

Un screen que j'ai pris le jour où j'ai lancé le jeu pour la première fois.

Je suis de ceux qui ont pris le jeu le jour de sa sortie, pour le lancer quelques heures plus tard puis se retrouver assez indécis. Je m’attendais à un successeur spirituel de Deus Ex, en plus badass, et je pensais que la majorité du jeu se passerait dans un environnement à la New Eden, qui m’avait bien fait baver dans les teasers/trailers.

Il y avait des bugs, des trucs pas intuitifs du tout et un level design particulier qui mise sur les halls imposants, les escaliers qu’on met trois plombes à grimper et des culs de sac perdus au fond d’égouts inutiles. Je ne me sentais pas du tout impliqué la première fois que je l’ai fini.

Mais les mécaniques de gameplay étaient intéressantes.

Premier patch, pas grand chose qui change en surface. J’aimais toujours le concept mais je ne sais pas, peut-être toujours la déception en voyant les vagues d’ennemis me tomber dessus et m’empêcher d’établir des stratégies dignes d’un Deus Ex, ça m’a fait désinstaller le jeu.

Puis je le réinstalle à Noël pour faire des succès lors du concours Steam. Entre temps je me dis “allez, ne te prends pas trop au sérieux, et tente de refaire le jeu”. Je le termine deux fois, je ne me sens toujours pas impliqué, certains bugs me mettent hors de moi, et je le désinstalle encore une fois.

D’autres patchs sont venus entre temps, bien complets, et sur un coup de tête je décide de le relancer avec pour seul objectif de monter un grobill. Je recommence tout à zero. C’est assez propre maintenant. Les mécaniques de gameplay audacieuses mais peu intuitives sont toujours là. Par chance je connais bien les bases depuis. Il y a toujours les endroits bizarres dans certains niveaux ou les PNJ qui racontent des trucs sans queue ni tête.

Puis j’apprends à apprécier l’atmosphère lourde et onirique en marchant dans un couloir de 20m, je commence à vraiment réfléchir à ce que les PNJ me disent, j’assemble les pièces de l’histoire. Je le finis une fois, deux fois, trois fois. Ça ne me gêne pas car les possibilités existent et rendent chaque playthrough unique. J’ai fait des choix très différents du coup, qui ont apporté un éclairage différent sur le scénario.

Quatrième playthrough, quelque chose de bizarre se passe dans la caverne au début du jeu, je vais vers ce qui est apparu. Un niveau inédit. Puis je croise un personnage qui me répond des trucs encore plus énigmatiques qu’à l’accoutumée. J’accepte de “passer la frontière” et…

Mais c’est quoi cette fin pourrie ?

Je me pose deux minutes, je réfléchis, et je me rends compte que ça fait sens dans le contexte du jeu. J’ai au passage trouvé un ou deux indices pour trouver des secrets dans certains niveaux. J’arpente les forums de Steam, je vois qu’il y a un topic (attention, SpoilerHive ahead) qui fait 40+ pages, où les joueurs interprètent plein de trucs. Je compare avec ce que j’ai pensé, et je me rends compte d’un truc : c’est qu’en fait, il y a une certaine cohérence dans l’univers de ce jeu, mais les devs ont décidé nous le cacher. Pour ainsi dire, on ne peut vraiment comprendre la “vraie” fin qu’en rejouant encore, et encore.

Parce que E.Y.E c’est un peu ça : non seulement il ne tient pas le joueur par la main, mais en plus il ne cherche ni à lui plaire, ni à lui faire comprendre (à l’instar d’un Mamoru Oshii dans le cinéma). C’est un jeu où il faut creuser pendant des dizaines d’heures avant de se rendre compte qu’en fait, on vient de passer un excellent moment.

Il m’a fallu un an pour apprécier E.Y.E et, on ne peut le nier, il y a des gros défauts. Pourtant, maintenant que j’ai une vision d’ensemble du jeu, j’ai hâte d’y retourner pour continuer à faire avancer mon personnage, à découvrir de nouvelles manières d’atteindre un objectif et à piger le charabiah d’un PNJ qui sort de nulle part. J’en regrette même le manque de niveaux, avec ces quatre portes qui me narguent, fermées, en haut dans le Temple QG.

Streum On a fait un jeu de niche, avec des défauts de jeunesse, mais surtout aucun compromis. C’est une approche que je rapprocherais de celle de From Software, qui a par exemple accumulé les Kings Field, presque unanimement rejetés par la presse, pourtant adorés par un petit groupe de joueurs, et qui ont posé les bases d’un Demon’s Souls ou encore d’un certain Dark Souls. Une approche qui se retrouve aussi dans leurs jeux de mecha, comme ChromeHounds ou encore le dernier Steel Battalion (il suffit de comparer les notes rédac/lecteurs sur JV.com pour voir qu’on a affaire à du jeu de niche expérimental pourtant très apprécié par une petite frange de joueurs).

Pour conclure (et tl;dr) :

J’en ai chié pour trouver le potentiel de E.Y.E, mais ce que je vois, c’est que Streum On est un studio qui, s’il continue dans la voie de la non-compromission et qu’il se perfectionne, pourrait nous donner de sacrés pépites dans quelques années.

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6 commentaires pour “E.Y.E: Divine Cybermancy, une histoire d’amour compliquée”

  1. ElKevy dit :

    C’est vrai que c’est difficile de s’impliquer dans le jeu, je n’arrive pas à accrocher et du coup impossible de le finir. Les bugs à l’époque n’aidaient pas, mais même en y rejouant récemment, impossible de continuer. J’y arrive pas, pourtant c’est pas l’envie qui manque.

  2. epsylon dit :

    Le plus gros problème du jeu pour moi, c’est l’IA absolument à chier.

  3. Mangeurdenfants dit :

    J’ai vu qu’il y avait des “modes” d’IA dans les options mais je ne sais pas trop comment ils influent sur les bots. Genre “Terminator” ou “Stealth”.

  4. ShootingStar dit :

    Tu m’as convaincu. Je vais y rejouer de ce pas, surtout qu’on m’a parlé de la qualité des patchs.

  5. Mangeurdenfants dit :

    L’expérience ne change pas dramatiquement cela dit.

  6. existenz dit :

    J’ai bien aimé ce jeu personnellement :) Je pense qu’avec plus de moyen technique et financier cette équipe pourrait sortir une véritable perle!! J’imagine bien la suite sur un gros moteur genre CryEngine.

    Je recherche des gens pour jouer en coop si quelqu’un est intéressé.

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