Interview de Dislogical, speedrunner sur Blood

Aujourd’hui je vais parler d’autre chose que Doom, mais dans le même registre : Blood.
Un jeu fait avec le même moteur que Duke Nukem 3D (le Build Engine) avec une ambiance bien glauque et des armes marrantes comme la fourche ou encore la poupée vaudou. Le genre de jeu qui me faisait rêver quand j’étais petit (oui je dois être un psychopathe).
Et bien comme un vieux pote de Doom s’est mis à faire des speedruns sur ce jeu, je me suis dit que c’était l’occasion de vous montrer tout ça, avec une interview en prime.
La totalité des speedruns est visible ici.
Plop Dislo, tu peux te présenter aux meurtriers du coin ?
Ok, donc mon pseudo est Dislogical, véritable nom Stéphane, 20 ans, je joue à divers FPS old-school tels que DOOM, Duke Nukem 3D, Blood, Quake, etc… Je n’apprécie pas les FPS modernes car je n’y retrouve pas le gameplay furieux et bordélique rencontré à travers les anciens FPS, d’où mon intérêt pour ces derniers.
Pour ce qui est du reste, je travaille actuellement en tant que vendeur dans une société santé & bien-être (sacré contraste avec les jeux dont je suis adepte, pas vrai ?), je suis batteur dans un groupe de Death Metal, un style musical que j’apprécie tout particulièrement, sans oublier le Jazz, le Blues, le Classique, un peu de Trip-Hop et quelques (rares) groupes de Rap. J’aime aussi par dessus tout secouer ma tête comme un malade dans divers concerts (histoire de chopper un bon mal aux cervicales le lendemain), en buvant des litres de bières et en braillant comme un taré (comment ça, “ça fait cliché” ?).
Pourquoi des speedruns sur Blood ?
C’est très simple : je regardais des speedruns de Blood sur YouTube, par un speedrunner très talentueux dont le pseudo est Pordontae. J’ai voulu entrer en compétition avec lui en réalisant mes propres speedruns, je me suis donc mis à la recherche de divers tricks pour faire de bons temps… c’est alors que je me suis rendu compte que la communauté des speedrunners de Blood est quasiment inexistante. J’ai voulu redorer un peu le blason de ce jeu génial en faisant mes propres speedruns, en hommage à un jeu trop vite oublié malgré sa qualité quasi-inégalée.
Tu nous fais des sauts avec de la dynamite, t’as trop fait de rocket jumps dans la vie ?
(Rires) On peut dire ça comme ça en effet. En fait, Blood n’est pas pourvu de “véritable” Rocket Launcher. Il y a bien l’Incinérateur, mais le défaut de cette arme est qu’il est extrêmement puissant, d’où un risque de se tuer sur le coup, ou bien de mourir par la brûlure continue qu’il inflige. Le TNT est donc le meilleur choix pour réaliser une sorte de dérivé du Grenade Jump dans Blood. Je dois bien évidemment avouer m’être énormément inspiré de DOOM, où l’on peut aussi réaliser d’impressionnants Rocket Jumps. À noter cependant que le Rocket Jump porte très mal son nom dans le DOOM old-school, où le saut et l’aiming up/down ne sont pas présent : on se sert du Rocket Launcher pour obtenir un gain de vitesse afin de franchir des fossés impossible à traverser simplement en courant, contrairement à Blood, qui, grâce à son utilisation du Build Engine, permet de faire des jumps plus impressionnants, et ce malgré l’absence de “vrai” Rocket Launcher.
Il y a le bunny hop aussi, je ne savais pas que c’était possible de gagner de la vitesse comme ça sur Blood… au final tu trouves pas que le gameplay de ce jeu est vachement proche de Quake ?
Oui et non. En effet, j’utilise beaucoup le bunny hop dans mes runs, permettant d’obtenir un gain de vitesse conséquent… tout comme dans Quake. Mais le contrôle que l’on a sur ses sauts dans Blood est bien plus pratique que dans Quake, qui demande bien plus d’entraînement avant de parvenir à faire du bunny hop correctement. Mais il est vrai que ces 2 jeux sont très proches, car l’ambiance glauque et flippante est bien plus prononcée que dans d’autres FPS old-school, comme Duke Nukem 3D par exemple : ce dernier reste plus humoristique et riche en couleur, à l’inverse de Blood, où l’humour est bien plus macabre (je pense notamment au rire de dément que Caleb produit lorsqu’il parvient à démembrer une demi-douzaine d’ennemis à la fois avec une dynamite, produisant une explosion de sang, de membres déchiquetés et d’organes en tout genre), et l’ambiance bien plus pesante.
À la fin de certains niveaux on voit “you cheated” sur l’interpic, tu peux expliquer au lecteur pourquoi ?
Ah, la question qui revient tout le temps (rires). C’est très simple : afin de runner les niveaux que je veux, je dois utiliser un cheat code. Ce code est celui du warping (ou encore “code pour changer de niveau”, pour ceux qui ne comprennent pas). Or, le jeu compte bien évidemment cela comme de la triche, d’où le “You Cheated” sur l’Interpic de chaque fin de niveau. Pour corroborer mes dires, vous pouvez vérifier : regardez donc les niveaux où je n’ai pas besoin d’utiliser le warp code, c’est-à-dire les premiers niveaux de chaque épisode. Le “You Cheated” n’apparait pas à la fin.
Je tiens à dire que je trouve pathétique de tricher pour faire de bons temps en speedrun. Ce mode de jeu est fait pour repousser les limites du joueur toujours plus loin, il ne sert donc à rien de se faire assister par un quelconque code. Je suis très fier de pouvoir dire que j’ai réalisé ces speedruns uniquement grâce à mes capacités dans ce jeu.
Tu penses qu’il y a encore de la marge pour optimiser tes speedruns ?
Si y’a bien une chose que t’apprends quand t’es speedrunner, c’est qu’aucun run n’est réellement optimisé. Je suis sûr et certain que si un jour d’autres speedrunners plus talentueux que moi s’attaquent à Blood, mes runs seront complètement anéantis.
Sinon il y a quoi pour jouer tranquillement à Blood de nos jours ?
Malheureusement, pas grand chose. Personnellement, j’utilise DOSbox, qui est très pratique, mais qui demande un PC relativement performant (il ne faut pas oublier que DOSbox doit émuler tout un PC pour faire tourner Blood), ce qui peut parfois poser problème, comme des ralentissements (voir mon run de E2M5, où les 10 dernières secondes subissent un FPS drop assez important).
Il existe aussi un port nommé Transfusion. Celui-ci a adapté Blood en 3D à partir du Darkplaces Engine (plus moderne que le Build Engine qu’utilise le Blood originel), mais le développement semble interrompu, seul un mode Bloodbath (Deathmatch) a été implanté dans ce port qui promettait beaucoup mais ne donnait pas grand chose.
Sans oublier YANG (Yet Another Netplay Guider), permettant de jouer à Blood à plusieurs, sous sa forme de base, et en utilisant DOSbox.
Ce sont là ceux que l’on retient le plus, mais pour ma part, l’utilisation de DOSbox me semble la plus simple actuellement.
Tu vas faire d’autres speedruns sur Blood, ou tu vas passer à autre chose ?
Je pense refaire quelques speedruns sur Blood, plus tard. Contrairement à Pordontae, je ne pense pas faire le jeu en entier, je run généralement les niveaux que je préfère. Il faut savoir que je suis aussi très actif sur DOOM, et que je joue régulièrement à plusieurs jeux, de façon cyclique. L’envie de refaire des speedruns sur Blood reviendra donc forcément, mais je ne sais pas quand.
La totalité des speedruns est également disponible sur ce topic de la communauté française de Doom.
Tags: Blood, Dislogical, speedrun
6 juin 2010 à 18:42 Citer
Très sympa l’interview, continue comme ça !
6 juin 2010 à 21:57 Citer
Ouais, intéressant, ça redonne envie d’y jouer.
6 juin 2010 à 22:37 Citer
Il est sur GoG.com si vous avez perdu le cd :)
7 juin 2010 à 10:35 Citer
I live… again !
7 juin 2010 à 13:23 Citer
“Je n’apprécie pas les FPS modernes car je n’y retrouve pas le gameplay furieux et bordélique rencontré à travers les anciens FPS”
Il y a tellement de vérité dans ses propos …
7 juin 2010 à 16:19 Citer
C’est bien d’être si jeune et de rester lucide.
7 juin 2010 à 19:43 Citer
Moi je dis chapeau, interview intéressant avec un mec qui aime les bonnes choses : Blood, les vieux FPS, le death metal… y a quand même une jeunesse ;-)