Je reproduis ici un tutoriel que j’avais fait pour mes amis photographes.
N’hésitez pas à laisser en commentaires vos remarques, vos critiques (si je dis trop de conneries), et surtout de nous partager vos astuces à vous.
Je me suis en partie inspiré des livres :
“Photographies HDR, des photos hors du commun” de Pierre-Henry Muller chez Dunod
“Éclairages extrêmes & photographie numérique” de Duncan Evans chez Dunod
Pourquoi le HDR ?
Une photo ne peut pas enregistrer toute la plage lumineuse du monde réel, ce joli schéma le montrant très bien :

Donc une photo HDR est une compression d’une large plage lumineuse dans une seule image.
Quand le HDR est-il nécessaire ?
On utilise en général le traitement HDR dès qu’une photo a des zones sur-exposées et/ou sous-exposées et que l’on ne peut pas régler le problème en décalant l’exposition.
Un exemple pratique :
Dans un couloir assez sombre qui donne sur l’extérieur :

Peut-on récupérer les zones surexposées en sous exposant légèrement la photo ? Regardons alors l’histogramme :

Problème : l’histogramme touche à la fois le bord gauche et le bord droit. Le traitement HDR est la seule solution ici.
La prise de vue
Prérequis pour cette fois-ci : vous avez un trépied, et si possible une télécommande.
Pour faire l’image HDR, on va avoir besoin de plusieurs photos couvrant toute la plage lumineuse de cette scène. En gros : des photos plus sombres, et des photos plus claires.
La qualité de la prise de vue déterminera ce que l’on pourra faire comme image HDR, alors autant s’y appliquer.
Fixer les réglages
D’abord quelques astuces que j’aurais bien voulu connaitre dès le début : entre les différentes photos il ne faut faire varier que la vitesse. Certains éléments vont rester fixes : la sensibilité, la balance des blancs, l’ouverture et la mise au point.
- Si la scène est statique on va choisir la sensibilité la plus basse possible, mais si des éléments sont en mouvements (ne serait-ce que des nuages), on montera un peu la sensibilité afin de gagner en vitesse. Il faut savoir que le bruit sera amplifié par le traitement HDR.
- Si on veut travailler avec des images JPEG, régler la balance des blancs manuellement est souvent une bonne idée, car la mesure de l’appareil photo peut être perturbée dans les scènes à contre-jour.
- Alors surtout, faire la prise de vue en priorité ouverture (Av) ou en mode manuel (M) : en priorité vitesse l’appareil va faire varier l’ouverture ce qui fera varier la profondeur de champ d’une image à l’autre, idem pour le mode programme.
- Si on travaille avec un effet de profondeur de champ avec une grande ouverture, c’est utile de fixer la mise au point (débrayer en focus manuel une fois la mise au point réalisée). Dans le cas de paysages ou une ouverture au-delà de f/8, ce n’est pas nécessaire.
Évaluer les réglages
On commence par faire les réglages comme pour toute photo : se poser la question de sous-exposer la photo car une grande partie risque d’être surexposée, ou inversement. Ne pas oublier vos pare-soleil, filtres polarisant pour éliminer les reflets, filtre gris dégradé pour les paysages.
Pour déterminer l’écart d’exposition, on peut faire confiance à la mesure de l’appareil photo : régler sur une mesure sélective de la lumière, et utiliser les collimateurs en regardant les zones les plus claires et les plus sombres. A chaque fois, appuyer à mi-course et lire la vitesse calculée.
On peut utiliser la fonction bracketing de l’appareil seulement si l’intervalle de luminosité est suffisamment petit pour être couvert par cette fonction (choisir en général -2 eV, +2 eV). L’avantage de cette méthode est qu’on n’a rien à toucher entre chaque photo, il suffit de maintenir appuyé sa télécommande. L’intervalle de temps entre chaque photo est donc minimal.
En mode manuel, il faut modifier soi même la vitesse pour couvrir la plage entre la valeur la plus lente et la plus rapide. Ne pas hésiter à rajouter des photos plus rapides et plus lentes que celles proposées par le calcul de l’appareil. On privilégiera cette méthode pour les cas extrêmes où la plage de luminosité est énorme (dans une cave avec une fenêtre donnant sur une zone éclairée par un soleil d’été). Attention, c’est en fait souvent nécessaire en intérieur si le ciel n’est pas couvert.
En pratique, on prend la première photo correctement exposée, puis on abaisse la vitesse pour arriver à une sous-exposition de -1 eV (ça peut être 2 ou 3 crans de la molette selon les appareils) ou -2 eV et on prend une photo. Si des zones de la photo sont encore trop claires, on continue (l’appareil n’affiche pas la mesure en dessous de -3 eV, tourner d’autant qu’avant).
De l’autre côté, prendre aussi des photos tous les 1 ou 2 eV, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de zones trop sombres.
Vérifier les images
Pour être sur de ne pas rater son coup, vérifier les photos avant de bouger le trépied. Si on ne couvre pas toute la plage de luminosité, on n’aura aucun résultat réaliste (à vous les rendus impressionnistes).
Regarder les photos extrêmes : sur la plus sombre, il ne doit y avoir aucune zone trop claire (un nuage ne doit pas être blanc mais gris et on doit voir les détails de sa structure, le ciel doit être bleu roi et non bleu pastel). Sur la plus claire, il ne doit y avoir aucun point noir.
L’astuce la plus importante de la leçon : regardez les histogrammes.
Reprenons mon exemple, j’ai donc fait une photo plus sombre et son histogramme :


Ce qu’il faut retenir : la photo la plus foncée doit avoir un histogramme qui ne touche pas le bord droit.
Et une photo plus claire :


L’histogramme de la photo la plus claire de doit pas toucher le bord gauche (zone sombre).
De préférence, il faut donc que l’histogramme se tienne à bonne distance des bords pour les photos extrêmes.
Traitement numérique
Prétraitement des photos
Le but du traitement HDR est de fusionner plusieurs images en préservant la maximum d’informations. Cependant, il peut être parfois nécessaire de retoucher ses photos avant de réaliser la fusion.
- Premier cas : pas assez d’images sources. Si comme tous les photographes qui ont des cartes mémoires trop grandes, vous shootez en RAW, il est alors possible de développer des images aux luminosités intermédiaires.
- Un autre cas concerne la saturation des photos : dans de rares situations, pour corriger des zones sursaturées dans le résultat final il faut désaturer localement les photos concernées.
- Enfin, il faut vérifier le réglage de la balance de blancs, pour qu’elle soit lisse sur toutes les images. Le syndrome correspondant est une saturation excessive dans le jaune et l’orange sur l’image finale, ou des couleurs trop chaudes.
Rendu artistique ou réaliste
L’image finale que l’on veut obtenir s’obtiendra en 2 étapes :
- On va d’abord créer une image HDR à partir des photos sources. L’image HDR contiendra plus d’informations par pixel puisque sa plage de luminosité est plus grande. Les logiciels de traitement HDR automatisent cette création.
- Cependant, on ne peut pas afficher ou imprimer une image HDR, il faut la transformer : c’est le Tone Mapping. Lors de cette étape, les choix de l’utilisateur influencent le résultat final.
Le choix le plus logique est le rendu réaliste (TTHDR pour True Tone HDR) : combler le manque de dynamisme des appareils photo pour gagner en gamme de lumière tout en restant proche de la réalité tel que le photographe a vu la scène. On ne doit pas savoir que le résultat est l’assemblage de plusieurs photos. Mais c’est le rendu le plus complexe, et il faut que les images sources soient rapprochées et suffisantes en nombres pour couvrir toute la plage de luminosité.
L’autre possibilité est le rendu artistique : le traitement HDR peut produire des effets impressionnants, la photo finale ressemble à une peinture ou une image de synthèse. Ce rendu est simple à obtenir et demande moins de photos sources. C’est un rendu que l’on voit souvent sur internet, et c’est pas toujours ce que cherchait à avoir la personne : c’est souvent le résultat d’une mauvaise prise de vue.
Création de l’image HDR
J’utilise couramment 2 logiciels de traitement HDR :
- Photomatix Pro : logiciel commercial de référence, simple à utiliser, efficace pour la plupart des scènes.
- QTPFSGUI : logiciel libre (et gratuit), plus complexe et proposant plus d’algorithmes.
L’étape de création de l’image HDR est très similaire quelque soit le logiciel :
- Sélection des photos sources
- Alignement des photos : efficace seulement pour les faibles déplacements, je préfère utiliser un trépied et donc décocher cette option
- Réglage de l’exposition de chaque photo : si le logiciel n’arrive pas à lire les infos EXIF de l’image, il faut renseigner les expositions (0 eV pour la photo centrale, puis -2 eV, 2 eV, etc.)
- Profil de conversion vers HDR (chez QTPFSGUI) : je laisse par défaut
Le logiciel va mouliner un peu et afficher un aperçu de l’image HDR. N’ayez pas peur, ce n’est pas l’image finale, puisqu’elle contient plus d’informations que le moniteur peut afficher.

Tone mapping
Voici l’étape la plus longue et décisive sur le rendu final. On va utiliser un algorithme qui comprimera la grande plage de luminosité de l’image HDR suivant une pléthore de paramètres.
Je ne peux pas donner une recette qui fournira toujours de bons résultats, à vous de jongler avec les paramètres pour trouver l’effet que vous désirez.
Si vous utilisez QTPFSGUI, l’explication des paramètres de chaque algo est donné sur cette page :
http://osp.wikidot.com/parameters-for-photographers
L’approche du logiciel est intéressante : on peut disposer côte à côte divers rendus afin de comparer plusieurs réglages.
Pour Photomatix, un peu plus de détails sur certains paramètres :
- Strength : dureté de la compression des zones claires par rapport aux zones foncées.
- Light smoothing : influence l’harmonie des zones de luminosité différentes. S’il est faible, on se rapproche d’un rendu irréaliste ; élevé on retrouve la scène telle qu’à la prise de vue.
- Gamma et Luminosity modifient la luminosité globale de la photo.
- Black point et White point (respectivement réglage du point le plus sombre et le plus clair de l’image) permettent d’accentuer le contraste.
- Onglet Color : modification de la saturation des ombres ou des hautes lumières, et de la température de la photo.
- Onglet Micro : accentuation du contraste des détails
On lance ensuite le calcul, et on peut alors sauver le résultat du tone mapping. Il faut savoir que cette image finale peut être un peu différente des aperçus que donnaient les logiciels, parce que les algorithmes réagissent à la taille de l’image.
Résultat du tone mapping :

Traitement du résultat
Une fois le traitement HDR effectué, il est intéressant de retoucher sa photographie comme d’habitude : contraste, saturation, netteté, correction des aberrations chromatiques.
A savoir : le tone mapping au rendu réaliste a tendance à aplatir le contraste des photos, parce que les logiciels sont incapables de faire la différence entre une zone sombre et une zone de contraste.
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