…c’est les autres (oh que oui).

Bon ca fait un bail que ce billet traine en tant que brouillon.
Et surtout depuis qu’il traine, il a été censuré, effacé, remanié, oublié pour au final ressortir aujourd’hui.
Au départ c’était un exutoire. Dès que j’avais envie de tuer de la vieille à bichon je remplissais le billet de fiel, mais genre méchant psychotique à la Bateman.
Puis vint la lassitude, je ne notais plus rien. Aussi bien par écrit que mentalement.
6 mois après j’ai tout viré. Toutes les anecdotes sont parties à la benne. Je trouvais ca vain de noter ces bouts de vie.
Le tout pour au final ré-écrire un billet moins percutant, moins intéréssant avec 20x moins d’anecdotes mais bon c’est comme ca.
Là ce que vous allez lire c’est le quotidien blasé d’un conjoint qui a suivi sa copine vétérinaire dans le train-train quotidien d’une vie de “soignant”.
Il faut savoir qu’à la base je vivais une vie plutôt dissolue à Bruxelles et qu’entre ma copine parisienne et moi c’était pour le moins tendu.
On casse, on se remet ensemble, ca trompe. Bref la merde mais je l’aime comme un con et puis bon ca fait 10 ans qu’on se connait.
Puis un jour ma vie dissolue me rattrapant j’ai fait le choix de tout plaquer et de la suivre en France.
Je me retrouve parachuté dans une clinique véto à coté d’une ville assez grosse.
Ouverte 24h sur 24, 7 jours sur 7, pas mal de matos on peut y faire pratiquement toutes les opérations.
On dort dans la clinique, on bouffe dans la clinique, elle fait partie intégrante de notre vie, on y passe pratiquement tout notre temps. On EST la clinique.
L’odeur de merde on y fait plus gaffe, pareil pour les cadavres, les animaux mourants, ceux qui passent la nuit à aboyer, les putains poils qui s’insinuent partout dans l’appart de garde.
On ne sort pas de peur de rater une urgence, on ne baise pas pour la même raison, on dort dès que possible et surtout on s’abrutit devant cette saloperie de télévision qui est bien le nouvel opium du peuple.
Pour finir de mettre le décor en place faut savoir que les patrons de la clinique ne sont pratiquement pas présents, que ma copine donc faisait pratiquement tout toute seule et que moi de mon coté j’avais aussi un taff qui n’avait aucun lien (je rentrais le soir comme un bon drone lambda) mais que j’aidais quand je pouvais.
Je vous file les cas qui me reviennent en tête.
Il faut savoir que la plupart du temps les appels se faisant la nuit ou pile au moment du repas (genre 20h).
Que forcément y’a souvent plusieurs appels ou mieux des urgences toutes les heures histoire de bien FAIRE CHIER.
Et le tout bien sur pour rajouter du piment ca se passe les jours merdiques, crevé par le boulot à la chaine, le manque de sommeil et le fait de ne jamais pouvoir se sentir libre vu qu’on vit dans la clinique.
99% de ces appels arrivent quand on dort. Le pour-cent restant c’est quand on bouffe/baise/chie/se lave.

Cas 1 ( Dimanche 5 heures du matin, le téléphone sonne )
-Bonjour, je vous appelle pour une insémination artificielle.
J’ai un bichon mâle que je garde jusqu’à ce soir et ce dernier doit s’accoupler avec ma petite Trésor.
Or il ne veut pas ET JE DOIS RENDRE LE CHIEN CE SOIR ET….
-Oui mais là on est dimanche et on est même pas encore ouverts. Vous voulez vraiment faire cela en “urgence”?
La nana devient hystérique et hurle dans le combiné
-NON MAIS VOUS NE COMPRENEZ PAS OU QUOI? C’EST POUR MA PETITE TRÉSOR!!! .
Cas 2 (Mardi 23 heures, le téléphone sonne )
-Bonjour Docteur en pédiatrie Monsieur Machin Duchmol à l’appareil. Je viens de trouver un chat errant blessé dans mon jardin et je vais vous l’amener pour que vous puissiez le soigner.
-Euh il n’appartient a personne?
-Non effectivement c’est un chat errant.
-Vous payez donc pour les soins sur ce chat?
-(il s’énerve) Ah non il est hors de question de payer…Ce n’est pas mon chat!!!
-On ne pourra donc pas le soigner. Si vous l’amenez, qu’il s’avère que ce chat n’a pas de maitre et que les blessures sont trop graves, on sera obligé de le piquer.
-C’EST INADMISSIBLE! INTOLÉRABLE (5 minutes de mots doux et il raccroche)
(perso j’avais envie de lui dire que s’il trouvait la carte vitale du matou on pouvait s’arranger)
CAS 3 (Samedi 23heures, on sonne à la porte)
Toute la famille Trucmuche est là, les parents et les deux enfants, tous en rang d’oignon, bien habillé et tout fier.
-Bonsoir. Nous avons trouvé un pigeon avec une aile cassée dans notre jardin. Nous vous le confions pour que vous le soigniez.
-(blasé)Vous prenez en charge les soins?
-(Le père interloqué) Euh bah non c’est juste un pigeon. On voulait faire une bonne action et puis vous aimez les animaux non?
-(Sourire artificiel Nr4) Pas de problème, on s’en charge. On le gardera 2 à 3 semaines puis on le libèrera une fois l’aile remise.
(va leur expliquer le terme de nuisible ou le fait qu’il faille payer si on veut des soins. En mentant ca dure moins longtemps et on peut retourner dormir plus vite)
Les Trucmuche repartent heureux dans le break familial. La bonne action de la semaine. Un coup à passer dans l’émission 30 millions d’amis. 20 secondes après, le nuisible se prenait une piqure de Doléthal pour terminer dans le congélo ou la poubelle je ne sais plus.
Cas 4 (Mardi 3 heures du matin, une putain de vieille à l’autre bout du téléphone)
-Bonjour, je ne vous réveille pas j’espère.
-Euh…si un peu. Que vous arrive-t-il?
-Mon chien a le ventre dur, je dois faire quoi?
-Soit vous venez pour une consultation d’urgence, soit vous passez demain matin si vous estimez que le cas de votre chien ne s’améliore pas.
(le discours est rodé, cette phrase est limite le seul truc que tu répète en boucle. Si tu restes trop longtemps à papoter tu fais une consultation par téléphone et tu te fais réveiller pour rien)
-Je vais y réfléchir.
(appel à 4 heures du matin)
-Bon je vais voir mon voisin et venir en voiture avec lui.
Elle n’est jamais venue et on a attendu comme des couillons. Le lendemain bien sur on bosse… pas comme cette vieille peau qui est passé par la suite en consultation et qui a eu le culot de dire que “non je n’ai jamais appelé…mais pourquoi dites vous cela?”
Cas 5 ( 3 heures du matin)
-Bonsoir, mon chien convulse, court partout et il est extrêmement stressé! Je fais quoi?
-Si vous voulez vous pouvez venir mais ce sera au prix d’une consultation d’urgence.
Le client arrive mais entre temps Chouki (le chien) s’est bien réveillé et a oublié son cauchemar.
Et hop 2 piqures de vitamines sur un chien en pleine santé.
Et hop 100 euros de moins pour impôt sur la connerie.
Cas 6 (à l’accueil, une cliente énervée)
-Vous m’avez vendu un produit contre les tiques et les puces mais ce dernier ne fonctionne pas.
-Pourtant les pipettes a appliquer sur la peau de l’animal sont reconnues pour leur efficacité…
-(La cliente pose l’animal sur le comptoir) Il faut aussi dire que ce n’est pas facile a poser.
La cliente avait scotché la pipette sur le poil de l’animal en pensant que c’était ça “l’application cutanée”
(Ce truc est devenu une blague des entreprises pharmaceutiques vétérinaires vu que ca arrive fréquemment)
Cas 7 (un samedi dans la matinée, le W-E pour les gens normaux)
Il y’a une césarienne. On est 3, ma copine qui opère, une aide vétérinaire et moi qui s’occupent des chiots.
On a mis un écriteau au comptoir pour signaler que les ventes de croquettes ne peuvent être effectuées (genre “désolé on charcute, veuillez repasser plus tard”)
On entend le ding-dong de la porte. A l’arrière tout le monde est occupé entre l’opération en elle même, les soins sur les chiots et tout le bordel.
Ça sonne de nouveau et encore 2-3 fois de suite….GNIIIII
Les sonneries sont désormais continuelles.
J’y vais les mains couvertes de sang et de liquide placentaire verdâtre. Je vois une vieille qui s’excite sur la porte pour activer la sonnerie en continu.
-Comme il est indiqué nous sommes en opération et nous ne pouvons assurer les ventes et
-Pffft quand c’est comme ça…vous n’avez qu’a fermer. C’est bien la France où même chez les vétérinaires on ne travaille plus.
Et elle part affichant un dédain pas possible. Moi j’étais derrière le comptoir en train d’halluciner…
Cas 8 (Samedi après-midi dans la salle d’attente)
-SALE PUUUUUUTEEEEEEEE.
(les gens qui attendent regardent tous autre part)
-HEIN LA PUUUUUUTE, TU VEUX BIEN FILER DES THUNES POUR TON CHIEN MAIS RIEN POUR MOI.
(le clochard qui s’est installé dans la salle d’attente en sirotant des bières marque un point)
-SI TU VEUX JE PEUX ABOYER PAREIL CONASSE….SOCIÉTÉ DE MERDE QUI LAISSE CREVER LES GENS.
On a essayé de le foutre dehors mais il ne voulait pas. On a dû appeler les flics…tout aussi blasés que nous j’ai l’impression.
Cas 9 (Urgence mardi soir vers 22 heures)
Une nana arrive avec son mec.
Ils sont bourrés, la nana ne tient pratiquement pas debout.
Ils apportent leur chien qui est apathique, bave et qui a un gros abdomen.
Ça pue la torsion de l’estomac, l’urgence absolue chez les chien.
Explication de ce qui va se passer par ma copine.
Moi j’attends à coté car je sais qu’on va encore passer une soirée à vidanger un chien voir même l’ouvrir si on a pas de bol…et un clebs de 50 kilos ca se bouge pas tout seul.
Et ca dure…et ca dure.
-NON J’VEUX PAS LE LAISSEU ICI, J’SAIS CE QU’VA S’PASSER SI J’PARS.
La nana hurle accroché à la cage. Totalement bourrée.
Il a fallut attendre et parlementer encore 20 minutes pour réussir à les foutre dehors.
Une fois les traitements fait (la vidange gastrique fut suffisante), j’ai dû téléphoner pendant que ma copine s’occupait du chien.
-Oui bonsoir, tout s’est bien passé et…
-BURP. VOUS ÊTES QUI?
Putain d’alcooliques de merde.
Cas 10 (Urgence vers 22 heures)
Une vieille dame appelle:
-Kiki est tombé du lit et s’est cassé une patte.
Elle arrive avec sa petite fille et le copain de la fille.
La vieille a le nez en sang parce que Kiki l’a bouffé quand elle a essayé de le foutre dans son panier.
La petite fille pose le chien sur la table de consultation.
Elle ne se sent pas bien et va se poser dans l’accueil.
Personne ne tient le chien et il tombe sur la tête.
On le repose sur la table, auscultation que dalle. 100 euros merci.
Le mec va chercher sa copine et revient dépité.
“Z’auriez pas une serpillière?”
La nana s’est littéralement pissée dessus dans l’accueil.
Pissée dessus.
Cas 11
A un moment ce fut la valse des remplaçants. Aucuns des deux patrons ne venaient et fallait bien une deuxième personne pour faire tourner la clinique.
Je ne vais pas détailler tous les remplaçants.
Primo car ils pourraient se reconnaitre (on ne sait jamais si quelqu’un venait se perdre ici)
Secundo car ce fut VRAIMENT pas drôle de devoir partager l’appartement de garde déjà exigu à la base avec d’autres personnes.
Sachez juste que j’ai compté jusqu’au 8ème remplaçant et qu’à la fin ce fut bien difficile de rester ne serait-ce qu’humain devant ces personnes qui ne faisaient que passer dans nos vies.
Y’a eu de tout.
De la nouvelle bleu-bite, de la sans-gêne, de la fofolle et un putain de vioque avec sa cane, sa gitane au bec et son amour pour le Derrick de l’aprem.
Nr8 (à la fin je les numérotais vu que j’oubliais les prénoms)
Sortie de Fac il y’a un bail mais a préféré rester dans le système universitaire, la jungle du monde du travail faisant peur.
Elle est ultra calée en plus d’avoir un CV universitaire aussi long que mon bras.
Le soir, on se lave le cerveau devant les experts comme la moitié des beaufs de France.
Elle tente un rapprochement vu que c’est son premier soir, elle vient d’arriver. On lui à peine montré comment tout marchait.
-Alors comment ca se passe ici pour les urgences? Le patron arrive? On appelle les aides? Non parce que je n’ai jamais géré d’urgences seule et ca me stresse un peu.
(Avec Nr6 on a été honnête et elle n’a pas dormi de la semaine avant de se casser. Depuis on avait décidé de mentir un peu par omission)
-Ne stresse pas, ca se passe bien t’inquiète. Tu es toute seule mais tu peux appeler le patron si tu veux (mensonge Nr1, il n’est jamais chez lui). Et puis y’a pas trop d’urgence pourrie (mensonge Nr2).
-Et si j’ai par exemple une torsion? Je fais comment? Toi tu as Kek pour t’aider mais moi je suis toute seule et en plus je n’ai jamais fait ca.
(le téléphone sonne)
Torsion
PUTAIN DE BORDEL DE MERDE DE SA MÈRE LA PUTE CONNASSE DE NR 8 AVEC TA TORSION DE MERDE.
(avec le temps en plus de devenir débile à en regarder Les Experts, on devient superstitieux et c’est forcément la faute à Nr8…)
Ça a duré de 22heures à 3 heures du matin.
Impossible de sonder le chien pesant 60 kilos. Estomac gonflé au taquet.
On rase, on le fout sur la table d’opération. On ouvre.
Le bordel à l’intérieur.
Des 3 personnes présentes au bloc (ma copine, Nr8 et moi) j’étais le seul à avoir assisté et vu une réduction de torsion (j’avais aidé Nr7 un W-E de galère).
Sauf que là on avait beau mater le livre de chir, lire et relire les instructions mater la cavité abdominale c’était le bordel.
Du sang partout, la rate énorme, un estomac surgonflé et tout en PUTAIN DE BORDEL.
Bon après une dizaine de minute ma copine arrive a replacer l’estomac normalement.
Maintenant faut le sonder et vider son contenu.
Sauf que même en prenant la plus grosse sonde, impossible de vidanger. Les croquettes bloquent la sonde.
Ça se termine en ouvrant l’estomac, récupérant le contenu gastrique comme on peut dans des boites (celles qui conservent les champs pour ceux qui veulent savoir).
THE travail d’arabe au radar complet. Mac Gyver à coté c’est une petite bite.
Le chien a survécu. Sans déconner j’en étais fier. En tous les cas la clope fumée juste après était particulièrement bonne.
Nr8 est partie en prenant ses jambes à son cou le lendemain.
Je vous épargne les épisodes à rebondissements avec les vols, les gavs, les remplaçants qui tuent des animaux…
Les appels pour des tiques, les gens qui laissent leur chien 2 semaines sans chier le tout pour que ca se termine en lavement explosif.
La chambre froide qui est un vieux congélo.
Les vers bouffant des animaux à moitié vivant (y’en a ils arrivent dans un état déplorable).
La merde, le sang, l’urine.
Les connasses qui appellent 50 fois pour savoir si Poupoune va bien “et vous dormez à coté des cages? Vous savez elle aura peur dans le noir”.
Ceux qui insultent.
Les chiens qui veulent te mordre.
Les chats qui te labourent la main.
Toutes ces chiennes et chattes qui ont mise bas dans l’appart de garde, à coté de notre lit. Nous essayant de dormir tant bien que mal.
Ceux qui téléphonent la nuit pour une urgence mais qui habitent à 200 bornes de là. Ils ont pris le premier numéro trouvé. “Et vous auriez pas un numéro d’un véto proche de chez moi tant qu’a faire.”
Ceux qui filent des steaks bio au teckel.
Le fait que la mairie et la police renvoient systématiquement les chiens trouvés à la clinique alors que c’est leur boulot.
Les “j’ai lu sur internet qu’il ne fallait pas faire ca et que…”.
Les pleurs, les engueulades, les doutes, les peurs.
Toutes les fois où on a bouffé sur le pouce ou des plats ayant refroidis entre temps.
Toutes les soirées passées à coudre des animaux blessés. Moi parlant de tout et rien en filant le matos, elle en recousant.
Les éleveurs, les vieilles à chat, celles pour qui le passage chez le véto est le seul contact humain de la semaine.
Beaucoup de misère humaine.

Je suis parti en Juin. L’engueulade de trop. Cette foutue rancœur qui s’installe. Le fait de se dire “mais qu’est ce que je fous là?”
J’ai déprimé une partie de l’été puis bon on se refait et là ca va mieux.
Pendant ces deux années je n’aurais pratiquement rien lu/vu ni fait de sorties et encore moins de sport. Rien. Le néant absolu.
Je n’ai plus de nouvelles de sa part depuis 4 mois…elle doit encore y être à travailler comme une forcenée.
En tous les cas ca m’aura bousillé la tête ainsi que notre couple.
Une vie de chien.
Une vie de merde.
Une vie de soignant.
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