Satires de partout

le blog de DindonPoilu.

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A celui qui s’abstient de voter, prétextant que son vote ne servirait à rien car noyé dans la masse, on répond généralement : « oui mais si tout le monde faisait comme toi, personne ne voterait. Chacun doit agir comme il voudrait que les autres agissent. C’est donc un devoir de voter. ». Et ça marche. La plupart des gens votent. Et celui qui s’abstient est vu d’un mauvais œil.

A celui qui revend ses actions, craignant une crise financière, on pourrait tenir le même raisonnement : « oui mais si tout le monde vendait ses actions en même temps, ça provoquerait un crack boursier. Chacun doit agir comme il voudrait que les autres agissent. C’est donc un devoir de conserver ses actions quand l’économie va mal. » Mais je n’ai ni entendu parler ni vu les effets d’une telle morale.

Est-ce parce qu’un paramètre empêche ce raisonnement de s’appliquer à l’économie, ou parce que ce raisonnement n’est finalement pas si juste que ça ?

Autre exemple.

[eBay] Je vends mon droit de vote

Vendredi 26 janvier 2007

J’ai décidé de vendre mon droit de vote au plus offrant. En effet, j’ai entendu dire qu’il était très précieux, que voter était très important.

Si c’est vraiment le cas, je devrais me faire un sacré pactole !

Dans le cas contraire, ça me permettra au moins de connaître la valeur que vous attribuez à votre droit de vote (la même que celle que vous attribuez au mien). D’ailleurs, si le prix maximal que vous vous sentez prêt à payer ne dépasse pas les quelques euros, demandez-vous : si mon droit de vote a si peu de valeur à mes yeux, pourquoi vais-je voter avec autant d’ardeur ? Pourquoi est-ce si important pour moi ?

Réfléchissez bien : avec ma voix en plus de la vôtre, vous pèseriez deux fois plus que n’importe quel autre citoyen, vous deviendriez alors l’électeur le plus influent du pays.

[edit]
Concrètement, je vends une procuration. La seule contrainte, pour en profiter, est que vous devez être inscrit dans la même ville que moi : Paris.

[edit] oh quel malheur, mon annonce est retirée d’eBay.

- Il faut que je t’avoue quelque chose.
- Ah ? Vas-y je t’écoute.
- Je ne suis pas inscrit sur les listes électorales.
- Hein ? Mais pourquoi ?
- Parce que les chances que ma voix fasse basculer le résultat sont trop faibles. Que je vote ou non le président sera le même.
- Mais voyons, si tout le monde se disait ça, personne ne voterait ! Tu ne dois donc pas raisonner ainsi !
- Personne ne voterait, en effet…
- Chacun doit agir comme il voudrait que les autres agissent !
- Mais le fait est que les gens ont toujours voté par millions. Donc est-ce vraiment utile que je me demande ce qui se passerait « si tout le monde faisait comme moi… » ?
- Bien sûr, car les électeurs pourraient décider tout à coup de s’abstenir ! Je vais prendre un autre exemple : Pour me rendre au travail, je n’ai jamais pris ma voiture, car si tout le monde faisait de même, il y aurait des embouteillages monstrueux.
- Tu utilises les transports en commun ?
- Non plus, car si tout le monde les prenait, ils seraient surchargés.
- Mais alors tu fais comment ?
- Je ne travaille pas. Je joue au loto.
- Intéressant, grâce à toi je comprends mieux la logique du votant.

Si tout le monde disait « si tout le monde disait… », est-ce que tout irait vraiment mieux ?

L’irrationalité du vote (suite)

Lundi 8 janvier 2007

Suite à la réalisation de mon petit film, j’ai découvert sans surprise que je n’étais pas le premier à parler d’irrationalité du vote. Voici deux livres traitant du sujet :

To vote or not to vote, de André Blais, professeur au département de science politique de l’université de Montréal.
Extraits (de l’article résumant le livre) :
- “La théorie du choix rationnel a permis de faire ressortir qu’il y a autre chose que le rationnel dans la décision d’aller voter.”
- “plus l’individu a un sens du devoir élevé, moins il prend en considération des arguments comme le rapport coût-bénéfice ou la probabilité que son geste change quelque chose.”

Le suffrage universel contre la démocratie, de Philippe Braud, un psychologue de science-po. Il est résumé dans un article en 3 parties :
1ère partie,
2ème partie (où il est parlé d’irrationalité du vote),
3ème partie.
Extraits (de l’article) :
- “l’adhésion au suffrage universel vient du fait qu’il est le support de désirs et qu’il engendre des satisfactions, bien qu’il soit décevant au niveau des résultats concrets. Par exemple, voter permet d’éprouver le “sentiment euphorisant de leur appartenance à la communauté nationale” et “voter pour” d’appartenir à une communauté d’idée.”
- “Les électeurs, qui aiment à croire que “chaque voix compte”, voient rejaillir sur eux la grandeur de la cause qu’ils soutiennent. Les hommes politiques investis par un parti en conçoivent le même orgueil.”
- “les électeurs votent pour des champions à qui ils puissent s’identifier afin de pouvoir savourer une parcelle de pouvoir.”
- “Les hommes politiques sont prisonniers des exigences fantasmatiques de l’électeur qui demande de l’illusion lors des scrutins rythmant la vie politique.”
- “Selon Philippe Braud, la scène électorale est un lieu déréalisé où la stratégie de séduction des partis rencontre les désirs, les passions et l’indifférence des électeurs, dans le cadre des règles du suffrage universel. Sa réelle fonction n’est pas de dégager une volonté générale rationnelle, mais de calmer les tensions sociales afin de faciliter et de préserver la domination du pouvoir d’Etat et des élites. Les fonctions du suffrage universel sont au moins autres que démocratiques. Ses dysfonctionnements apparents - vote aux extrêmes, abstentionnisme -, le nombre de citoyens se situant hors de son cadre, sont en expansion depuis sa publication. Pour l’expliquer, peut-être convient-il effectivement de dominer le système en l’étudiant de l’extérieur. Le système politique justifié et légitimé par les appareils d’état ne peut être compris que si on se rappelle qu’il n’est qu’un système comme un autre.”

Il apparaît aussi que le paradoxe que je soulève a déjà été énoncé sous le nom du problème du passager clandestin.

J’ai passé mes vacances à réaliser ce petit docu-science-fiction, avec les moyens du bord.

Histoire : L’invention de la machine à remonter dans le temps conduit le Professeur Abbahoui sur le chemin d’une grande découverte susceptible de bouleverser notre conception de la démocratie.

(A la fin vous aurez même la joie de m’entendre chanter)

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