Satires de partout

le blog de DindonPoilu.

Articles taggés avec ‘pensée’

En France, certaines de nos entreprises se délocalisent dans les pays où les salaires sont moins importants. Beaucoup de français s’en plaignent.

Pourtant, c’est quoi le problème ? Ce mécanisme des délocalisations me parait plutôt naturel : pourquoi faire cher quand on peut faire moins cher ?

Eh bien le problème c’est que nous préférons notre bonheur à celui des polonais et des chinois. Tout simplement. Nous infrahumanisons ceux qui vivent loin de nous. Ce mécanisme aussi est naturel, mais un peu moins glorieux que le premier.

Ne soyons pas hypocrites. Lorsque nous prétextons qu’une délocalisation de la France vers la Chine est mauvaise car elle accentuerait le chômage en France, nous ne donnons pas un bon argument, car s’il s’agissait d’une délocalisation de Gif-sur-Yvette vers Montigny le bretonneux, l’argument « cela accentuerait le chômage à Gif-sur-Yvette » ne serait pas retenu. Dans le cas de la Chine, l’argument est retenu grâce à la distance qui sépare ce pays du nôtre. Le bien-être apporté aux Chinois, suite à une délocalisation d’une de nos entreprises chez eux, ne rayonne pas jusqu’à nous. Nous n’essayons même pas de l’imaginer. Nous ne voyons que ce qu’il y a autour de nous, c’est-à-dire du chômage. Pourtant, le malheur d’un Français peut peut-être faire le bonheur de dix Chinois.

Ma conclusion c’est que nous nous sentons avant tout français, un peu moins européens, et encore moins de simples habitants de la planète Terre. Si un seul pays regroupait tous les habitants de la Terre, nous ne serions pas embêtés par des réfractaires aux délocalisations. J’ai dit mondialisation ?

J’éprouve certaines difficultés à me construire une opinion politique. Lorsque je regarde un débat télévisé faisant s’opposer deux politiciens, je suis confronté à deux dilemmes :

- Lorsque le premier politicien donne ses arguments, je les trouve généralement tout à fait recevables et prévois que son adversaire sera très embêté lorsqu’on lui demandera d’y répondre. Que nenni, ce dernier prend la parole et sort de son chapeau des arguments tout aussi bons, mais bien entendu contradictoires aux premiers. C’est chouette mais qui a raison dans l’histoire ?

- Imaginons que les idées du premier politicien me semblent meilleures que celles du second. Cela n’empêche pas que le second en connaît largement plus que moi sur la question. C’est certain que je ne dispose pas de tous les éléments nécessaires pour avoir un jugement objectif. Lui, c’est toute sa vie, il en connaît un rayon. Alors comment aurais-je la prétention d’oser affirmer qu’il fait fausse route ?

Un ami m’a donné sa solution à mon problème : « Eh bien tu n’as qu’à choisir le parti qui prend les décisions qui t’arrangent le plus ». Mais je n’ai pas trouvé ça très excitant intellectuellement.

Oscillations du bonheur

Vendredi 19 août 2005

Les questions « L’homme est-il plus heureux que le chien ? » et « Les jeux vidéo actuels sont-ils plus amusants que ceux d’il y a 15 ans ? » se ressemblent.
Pouvons-nous accroître notre plaisir de vivre par le progrès technique ou celui de notre intelligence ? Le bien-être dépend-il de la complexité de celui qui le ressent ? De l’objet sur lequel il porte son attention ?
Je crois que plus cette complexité est élevée chez un sujet, plus les variations de son plaisir sont importantes. L’homme a peut-être plus de plaisir que le chien lors d’un orgasme, ou lorsqu’il contemple un paysage, mais en contrepartie il est probablement d’autant plus triste quand un membre de sa famille décède ou quand il rate un métro pour quelques secondes.

Allez, lâchons-nous, bâtissons une théorie :
- Tout être vivant a une sensation de bien-être oscillant autour de zéro, zéro étant l’absence de sensation relative au bien-être.
- Plus un être vivant est complexe, plus l’amplitude de son oscillation de bien-être sera importante, c’est-à-dire qu’elle aura tendance à davantage s’éloigner de 0 aussi bien dans le sens positif de la joie que dans celui négatif de la tristesse.

Certains être vivants complexes ont du mal à supporter ces oscillations à grande amplitude que leur confère leur condition (souvent humaine). Notre théorie montre qu’une solution à leur problème serait de leur ôter leur surplus de complexité, par une opération appelée lobotomie.
Mais il s’avère qu’il existe une catégorie d’humains, appelés « les croyants », dont la courbe d’oscillation du plaisir est décalée par rapport à celle de tous les autres êtres vivants. Elle est mystérieusement tirée vers le haut.

Lorsqu’on les interroge, les croyants démontrent un plus grand détachement vis-à-vis de la vie et des événements qui la contrarient, un peu comme s’il n’y avait pas que la vie dans la vie. Ils font preuve également d’une plus grande capacité à apprécier des événements a priori neutres. Par exemple, il n’est pas rare de les voir en extase devant deux bouts de bois posés en croix.

Voici les courbes de bien-être de plusieurs catégories de croyants :

Conclusion : entre la croyance et la lobotomie, il n’y a pas à hésiter, devenez croyants.