Kimigayo, ou le Japon de l’extrème droite
Dimanche 22 février 2009 à 19:25Vous connaissez le Kimigayo ?
Il s’agit de l’hymne officiel du Japon qui a été adopté en 1999, en même temps que le Hinomaru, le drapeau japonais. Il s’agissait à l’origine d’un poème destiné à l’empereur :
Puisse votre règne
Durer mille ans,
Pour huit-mille générations,
Jusqu’à ce que les pierres
Deviennent roches
Recouvertes de mousse.
C’est aussi le plus court des hymnes nationaux.
Mais qu’est ce qu’il a à voir avec l’extrême droite ?
Eh bien déjà, il est diffusé lors des cérémonies officielles… dans les écoles. Mais ça ne s’arrête pas là : en 2003, le Comité d’instruction publique de Tokyo fait passer une directive obligeant les élèves et leurs enseignants à se mettre debout et chanter le Kimigayo. Les contrevenants s’exposent à des sanctions, comme la suppression d’une partie de leur salaire ou des mutations. Plusieurs centaines de professeurs en ont déjà fait les frais.
Manifestation contre la directive
Les enseignants trop tétus ont droit à des “stage de prevention contre la récidive”, des exclusions temporaires, puis définitive.
Mme Nezu est venue protester chaque jour devant son lycée
en attendant la fin de son exclusion
Dans le cadre des grèves annuelles universitaire, on a eu droit à un excellent reportage sur le sujet. Plutôt flippant : on voyait des élèves traiter Mme Nezu de sale gauchiste. J’essaierais de vous le dégoter, ça vaut le coup d’œil.
Edit :
Puisque ça a l’air d’intéresser, je poste une chronologie qu’on a reçu en cours (mais dont j’ai pas la source, je crois que c’est une traduction d’une page de ce blog consacré au sujet) :
La politique scolaire de la municipalité de Tokyo : la destruction des principes démocratiques exprimés dans la Loi fondamentale de l’éducation (version 1947)
Cette politique est menée conjointement par l’administration, le conseil municipal et les médias.
Après l’élection de M. Ishihara comme gouverneur de Tokyo, un mouvement ultranationaliste se met en marche et a devancé la « réforme » de la Loi fondamentale de l’éducation.Chronologie
1998
- Election en avril de M. Ishihara comme gouverneur de Tokyo (1,660,000 voix en) qui entame la « réforme » des règlements de gestion scolaire : « le conseil des enseignants » est transformé en un organe d’assistance au proviseur , renforcement du pouvoir du vice-proviseur.1999
- Etablissement de la loi concernant le drapeau national et l’hymne national (août).2000
- En février, la politique scolaire de la ville de Kunitachi est attaquée par l’administration centrale, les médias, et la droite (même phénomène à Okinawa et à Hiroshima).
- Introduction du système de l’évaluation du personnel éducatif.
- Modification des objectifs du Comité d’instruction publique de Tokyo à l’encontre de la Constitution et de la Loi fondamentale de l’éducation.2001
- Un manuel d’histoire pour les collèges rédigé par le courant nationaliste et révisionniste obtient l’autorisation de l’Etat, il est adopté par les écoles spécialisées pour enfants handicapés à Tokyo.2002
- Réélection en avril de M. Ishihara comme gouverneur de Tokyo avec 3,080,000 voix.
- Adoption du système de « chef des enseignants » (création d’un nouveau grade).2003
- Le cours de l’éducation sexuelle à l’école spécialisée pour enfants handicapés Nanao est attaqué par les élus, l’administration centrale et les média. Mme Kawarai est sanctionnée pour la première fois (décembre): avertissement sévère.
- Promulgation en octobre par le Comité d’instruction publique de Tokyo de la directive (appelée notification du 23.10) imposant le respect pour le drapeau national et l’hymne national.2004
- Le Comité d’instruction publique de Tokyo prend des sanctions contre 252 enseignants (y compris l’annulation de réembauche de 9 enseignants) au motif du refus de se lever pendant l’hymne national lors des cérémonies scolaires ( mars - avril). Avertissement sévère à 67 proviseurs et directeurs des établissments concernés. 3ème sanction contre Mme Kawarai : un mois de réduction de salaire.
- Décision prise par le Comité d’instruction publique de Tokyo d’adopter le manuel d’hsitoire révisionniste pour un nouveau collège-lycée ( actuel Lycée public Hakuô).2005
- Adoption du manuel d’histoire révisionniste pour les collèges à l’arrondissement de Suginami.
- Consigne donné aux enseignants de faire chanter aux élèves l’hymne national « Kimigayo ».
- Sanctions contre 63 enseignants à cause de leur refus de se lever pour « Kimigayo ». 4ème sanction contre Mme Kawarai : 6 mois de réduction de salaire à l’école spécialisée pour enfants handicapés de Chôfu. 5ème et 6ème sanction contre Mme Nezu : 6 mois de réduction de salaire et un mois de suspension au collège Tachikawa 2. (mars - avril)
- En décembre, 7ème sanction contre Mme Nezu au motif qu’elle a porté un brassard pendant le « stage de prevention contre la récidive » : un mois de réduction de salaire.2006
- En janvier, 5ème sanction contre Mme Kawarai : Un mois de suspension à l’école spécialisée pour enfants handicapés de Chôfu.
- Sanctions contre 39 enseignants à cause de leur refus de se lever pour « Kimigayo ». 8ème sanction contre Mme Nezu au Collège Tachikawa 2 : 3 mois de suspension, mutation forcée au Collège Tsurukawa 2 (mars – avril ).
- Notification de l’interdiction du vote à main levée aux conseils des enseignants par le Comité de l’instruction publique de Tokyo.
- le 21 septembre, Le tribunal régional de Tokyo (première instance) donne raison au groupe d’enseignants du procès « en prévention des sanctions » et condamne le Comité d’instruction publique de Tokyo, jugeant les sanctions comme « contrôle abusif», acte inconstitutionnel et contraire à la Loi fondamentale de l’éducation. L’administration municipale de Tokyo fait appel.
- Demande du retrait de l’interdiction du vote à main levée aux conseils des enseignants par l’assemblée des proviseurs (novembre).
- Adoption au Parlement de la « réforme » de la Loi fondamentale de l’éducation (décembre).2007
- Rejet du pourvoi en cassation par la Cour suprême de l’enseignante qui avait été sanctionnée à cause de son refus d’accompagner « Kimigayo » au piano (février).
- Sanctions contre 43 enseignants à cause de leur refus de se lever pour « Kimigayo ». 9ème sanction contre Mme Nezu : 6 mois de suspension au collège Tsurukawa 2, mutation forcée à l’école spécialisée pour envants handicapés Minami-Osawa. 6ème sanction contre Mme Kawarai à l’école spécialisée pour enfants handicapés de Hachiôji-Higashi : 3 mois de suspension .
- En juin, adoption au Parlement de 3 lois corollaires à la Loi fondamentale réformée de l’éducation.
- Création d’un nouveau statut d’enseignant (enseignant principal) dans le cadre du règlement de la gestion et de l’administration scolaire.
- Demande d’un débat public présentée par M. Dohi, proviseur du Lycée Mitaka à Tokyo au Comité de l’instruction publique de Tokyo et refus par celui-ci (août).2008
- A partir du mois de janvier, le comité de soutien de Mme Nezu-Kawarai tente de négocier avec le Comité de l’instruction publique de Tokyo pour éviter la révocation de Mme Nezu et Mme Kawarai.
- En février, Mme Nezu est auditionnée par le Comité de l’instruction publique de Tokyo, en vue de la violation au devoir de fonction du fait qu’elle portait un sweat-shirt sur lequel était écrit « Objection aux Kimigayo et Hinomaru ». Actions de protestation quotidiennes contre le Comité d’instruction publique.
- Fin mars, la révocation de Mme Nezu a été évitée. En mars et en avril, 22 enseignants qui ne se sont pas levés au « Kimigayo » sont sanctionnés. Mme Nezu est sanctionnée pour la 10ème fois : 6 mois de suspension, mutation forcée à l’école spécialisée pour enfants hancicapés Akiruno Gakuen. Mme Kawarai est sanctionnée pour la 7ème fois : 6 mois de suspension.
- En juillet, promulgation de la directive sur « révocation et sanctions » par le Comité de l’instruction publique de Tokyo.



























