out through the winter throat

out through the winter throat le blog de Anahkiasen.

Articles taggés avec ‘progressive rock’

Overground in joy in clouds sunlit
Snow untouched make pure silhouette
Catches steam grass and dew
Rays not harm the upward gaze

Hosts bring out a game of openfields on the box
Watch the guests who bring the heat of outside
Flags of faith for boundaries to fight
The young so wise before their time

Dans mon article précédent j’abordais en introduction mon intérêt pour les groupes qui, de manière presque naturelle, transcendent les genres et les unifient dans un style qui leur est propre. Dire cela sans à un moment ou à un autre aborder ce qui fut l’une de mes meilleures découvertes de ces derniers mois, ce serait presque une insulte à cette série d’articles. À vrai dire, droit aux côtés d’Opeth sur un graphique en fumée de ce que j’ai écouté par semaines, j’ai même amoureusement nommé « Le gouffre Archive » la période pendant laquelle j’ai été absorbé par leur musique.

Histoire de tout de même définir un peu leur style malgré les phases qu’ils ont traversées, on peut dire que dans les grandes lignes Archive est un groupe qui s’assemble autour de genres tels que trip-hop, hip-hop, pop rock ou encore rock alternatif et progressif. Pour saisir la raison d’un tel assemblage il faut en fait comprendre que même si leur nom est resté le même, Archive décrit plus concrètement un ensemble d’artistes étant au fil des années venus s’articuler autour des deux piliers du groupe : Darius Keeler et Danny Griffiths, tous deux musiciens et compositeurs, avec pour armes de prédilection synthé, samples et pianos. Toutefois, s’il est intéressant d’aborder ce groupe c’est non pas pour chacune de ses phases — qui indépendamment les unes des autres ne mériteraient peut-être pas un tel article — mais plus pour la manière dont toutes ont influencées la suivante de manière subtile ou non, faisant ainsi de leur style actuel le résultat d’un parcours et d’un ensemble d’expériences musicales.
La formation la plus récente du groupe, en place depuis environ cinq ans est à ce jour celle qui de leur histoire a duré le plus longtemps et donc peut être définie comme sa version plus ou moins définitive, à moins d’une soudaine refonte du line-up.

The risking obelisks stands stable in the skyline
You will find icon is symbol and symbol is sign
Higher aspect looking down over the horizon
The cloud nine zero back down to the ground

Skyscraper you will never feel
What it’s like to be, or how it seems to me
Its all man-made material
Scribbled down by the architect

Du plus loin que l’on puisse remonter, Archive est à l’origine un groupe de trip-hop sombre fondé en 1994 sur les cendres de Genaside et composé à ses débuts de Roya Arab et Rosko John au devant de la scène. Proche musicalement de groupes tels que Massive Attack, le premier album intitulé Londinium se distingue du reste par un mélange de hip-hop pur et de trip-hop dans des proportions qui par la suite ne seront jamais retrouvées dans le reste de leur discographie. À peine leur album sorti, le groupe se sépara pour « différences de point de vue » (on la connait celle-là). Roya Arab partira définitivement, et Rosko John reviendra dans la troisième phase du groupe à une place toutefois moins importante que ce sur cet album début.

Londinium est peut-être, avec Take My Head, un des albums les plus méconnus de la discographie du groupe. Cette première phase qui englobe leurs deux premières sorties est en fait concrètement celle qui s’est la moins ancrée dans l’histoire du groupe. À l’heure actuelle la plupart des gens qui écoutent Archive le font soit pour toute leur période rock alternatif/progressif menée par Craig Walker, soit pour la période trip-hop/trip-rock qui définit aujourd’hui Archive et ses nombreux membres, soit pour les deux. À part en ayant connu ces deux premiers albums à l’époque où ils sont sortis, il est vraiment rare d’entrer dans Archive par leur biais tant ils semblent être les vestiges de ce qu’à un jour été ce groupe sans que leur style actuel ne s’y retrouve réellement.

Take My Head qui suivit Londinium prend une tournure complètement différente en prenant pour figure Suzanne Wooder et en adoptant un style foncièrement plus pop-rock et léger. Très loin de l’atmosphère assez pesante, sombre et feutrée de Londinium, on y retrouve tout de même dans les mélodies des éléments propres à Griffiths et Keeler, mais le changement de ton est impossible à ne pas ressentir. Sans que cela soit un mauvais album, ce n’est pas un album qui m’a particulièrement marqué dans l’histoire d’Archive. Ce la reste un album qui s’écoute, mais sans doute du fait de cette séparation trop brutale tant avec ce qui a précédé que ce qui allait suivre, je n’y retourne pas régulièrement. Pour être franc, même de l’aveu des membres actuels c’est l’album dont ils sont avec du recul le moins fier.
Cet album sorti, Suzanne Wooder partira à son tour du groupe, laissant la porte ouverte à une nouvelle refonte d’Archive qui sans que personne ne le sache sur le coup, fut l’une des plus importantes pour leur histoire.

We teach your your children
We nurse you back to health
We act on your behalf
You’ll see us on TV

We are the law

Après un hiatus de quelques années, Griffith et Keeler recommencèrent à travailler sur un nouvel album et se mirent en quête d’un chanteur : demande à laquelle Craig Walker vint répondre. Ensemble ils se mirent à composer et mettre sur pied une nouvelle étape dans la vie d’Archive, considérablement éloignée des racines électroniques et trip-hop du groupe, versant dans un rock alternatif et progressif beaucoup plus franc. C’est ainsi qu’en 2002 sortit You All Look the Same to Me, un des albums qui commença à créer leur renommée à travers l’Europe et ce principalement grâce à une piste qu’en toute franchise il serait impossible de ne pas citer dans tout article sur Archive : Again. Pour mieux saisir les choses dans leur contexte, concrètement Again est à ce groupe ce que Stairway to Heaven est à Led Zeppelin — une piste signature, complexe et riche, caractéristique du style alors actuel du groupe. N’en déplaise à ceux qui n’ont jamais aimé cette piste, si Archive disparaissait à cet instant précis, une des choses qu’ils laisseraient en héritage serait Again.
Alors plus clairement en quoi consiste cette piste ? Again est un morceau de rock progressif de dix-sept minutes en trois/quatre parties, globalement décrit comme un lent crescendo en deux temps, une chute brutale vers une couche vibrante de basse, puis une subite reprise orchestrale qui envole le morceau. Le tout porté par des éléments comme un harmonica embrasé dont le jeu a sans doute participé à signer le son type d’Again, ou le chant de Craig Walker à son apogée et qu’à ce jour en live les nouveaux membres d’Archive n’ont jamais réellement réussi à saisir.

Bien évidement il y a de nombreuses autres pistes sur cet album, et l’album suivant, Noise continue sur la même lancée (de manière moins progressive cependant). C’est une période du groupe qu’à des lieux on reconnait musicalement, tant ce flirt avec un son plus dénué de trip-hop ne fut jamais réemployé sur les albums qui suivront. Cette aussi une des périodes qui a participé à la renommée du groupe, qui a aidé à construire leur public et c’est ce qui fait que lorsque les albums d’après sont arrivés – après le départ de Craig Walker – tant de gens ont décrié le tournant que prenait Archive ; ignorant qu’il s’agissait en réalité d’un retour à ce qu’était Archive après une vaste parenthèse, aussi mémorable soit-elle.
Le groupe réalisa aussi la bande originale de Michel Vaillant mais j’avoue n’avoir jamais écouté cet album en particulier, ne sachant si je devais m’attendre à un véritable album où quelque chose de plus orienté et fait « sur demande », je ne suis donc pas vraiment en mesure d’en parler.

They’re telling me it won’t be long
The door is shut
The suits are on
Too bright to be day
To hurt anyway
Still there’s no view
No green, no blue

The headlights above
They don’t know love
You smile to please
I try to care

Après le départ de Craig Walker, en plein début de leur tournée Noise, il a alors fallu retrouver d’autres membres avec lesquels poursuivre l’aventure Archive. C’est ainsi de nombreuses personnes qui se mirent à rejoindre le line-up, dont Dave Pen, Pollard Berrier et Maria Q. Comme le dit Wikipedia, c’est à ce point qu’Archive perdit sa structure classiqiue pour devenir un collectif d’artistes. Pour autant, le premier coup d’épée de ce Archive nouvelle formule ne fut à mes yeux pas réellement un franc succès.
S’éloignant au plus possible de ce qui avait fait le succès du groupe, Lights replonge dans une ambiance beaucoup plus éléctronique et trip-hop, à l’opposé des deux albums précédents. Et à mon goût c’est ça qui fait que cet album n’est pas réellement abouti — ils ont tenté d’ignorer tout le parcours précédent plutôt que de le prendre en compte et en résulta un album qui de surcroît m’a semblé foncièrement trop éléctro (hormi une poignée de pistes). Ce par la présence de grosses basses, d’une voix modulée, et surtout de pistes au final pas des plus mémorables.

Ce que j’en retient à terme c’est une poignée de pistes, et un album que personnellement je ne conseille pas pour entamer Archive - je ne sais pas si mon avis partage une quelconque unanimité mais les deux/trois personnes qui ont commencé par Lights en ont tiré une image assez mauvaise du groupe alors qu’il y a au contraire beaucoup de choses à découvrir dans leurs albums.
Les pistes que je sauve sont pêle-mêle la piste éponyme Lights et ses vingt minutes progressives, plus réfléchies et plus posées. Voire encore d’autres comme Taste of Blood et sa rythmique acoustique qui arrive et contraste avec le reste de l’album, ou la très sombre Headlights.

So much writing on the wall, can you read it all ?
Can you see through the haze when the writing’s small ?
Can you read what it means, is it making sense ?
Because it’s all dollar, bills, and pounds, and pence

Telling you what to do and what pills to take,
When your head’s in your hands and your belly aches,
Where to go in the world when you need a change ?
Don’t you worry about the bill, that can be arranged.

Make me sad, make me sleep, make me question,
Give me things that can calm this depression.

Let me know what to do when my money’s spent,
Let me know how to smell and to pay the rent,
Let me know what to do when my hair is gone,
Let me know who to kill when the war is on.

Arrive enfin la fameuse période Controlling Crowds qui est leur plus récente évolution. Évolution vers quoi est-on en droit de se demander ? Tout d’abord même si précédemment j’ai dit qu’Archive revenait avec ces albums à un style plus trip-hop, ce serait mentir que de dire qu’ils portent la moindre ressemblance avec Londinium. En réalité ces deux derniers albums sont les témoins d’un trip-hop oui certes, mais beaucoup plus sombre, revendicatif et solennel, porté par symphonies et chœurs, et surtout les pistes dans leur construction n’ont plus rien à voir tant avec Lights qu’avec Londinium. Sur Controlling Crowds se retrouvent au contraire les structures progressives qui par le passé on fait connaître le groupe, avec des morceaux qui se mêlent et se suivent dans leur déroulement.
La pluralité des chanteurs au devant du désormais « collectif » Archive a aussi beaucoup influé sur leur son ; loin de retrouver une même voix sur toute la durée de la chose, se mêlent au contraire comme dit précédemment Dave Pen, Pollard Berrier. Maria Q elle, prend de l’assurance et est beaucoup plus présente dans cet album notament avec des pistes comme la longue Collapse/Collide sur laquelle elle démontre toute sa capacité de chant. On retrouve aussi Rosko John de Londinium qui rejoint le line-up et apporte une partie hip-hop qui – ainsi mêlée au son froid de Controlling Crowds – prend de toutes autres teintes que sur l’album début d’Archive.
Beaucoup (ironiquement) critiquèrent l’aspect pas assez rock alternatif de cet album, par la non présence de guitare, remplacée par les glacials synthés et pianos de Lights. C’est au contraire à mes yeux une preuve forte d’un renouvellement et d’une évolution et en toute franchise à mes yeux Controlling Crowds fait partie des meilleurs albums d’Archive à ce jour. Résultat d’un long parcours duquel il a emprunté un peu de chaque album.

Décomposé en trois parties, Controlling Crowds vit sa suite et fin sortir dans un album à part sous le nom de Controlling Crowds IV (ce qui ne manqua pas de dérouter pas mal de gens). Pour autant qu’il en partage le nom, ce nouvel album s’oppose en revanche à son prédécesseur par une musique beaucoup moins progressive et plus riche en sonorités et style. D’une certaine manière, il est un peu ce que Noise avait été à YALTSTM : un prolongement et développement d’un album important dans l’histoire d’Archive. Et même si l’on reconnait de loin la patte que le groupe arbore désormais, on la retrouve ici enrichie.
Il n’y a pas vraiment moyen de savoir ce qu’adviendra ce groupe, s’il continuera à étendre le nombre d’artistes qu’il abrite, si au contraire il subira une nouvelle refonte dans les années à venir, etc. Toujours est-il qu’en l’état Archive est un groupe à l’histoire bien remplie qui a su apprendre de ses expériences pour se forger un son caractéristique, souvent rattaché au trip-hop alors que peu de choses au final les en rapproche.

Run through acres morphing shape shifters,
Lift the lid and give a wide berth,
The earth not a million miles away,
Minor detail as I put it in another way,
To the latter day,

Burning out your retina, pitch black envelopping,
Hells fire developing heat,
Skin crawling up you swear blind,
The cruel and unkind advance ; you’re running out of time

La liste de lecture qui accompagne cet article dévie un peu de ce qu’on attendrait, en fait pour être franc j’ai voulu aller à l’opposé de ce qu’on penserait d’une liste Archive, et ça excluait ouvrir sur Again. Plutôt que de mélanger les aspects du groupe en une sorte de medley quelque peu anarchique et qui se serait révélé incohérent, j’ai décidé de reprendre mon concept de phase et d’ainsi diviser Archive en ces trois styles que le groupe a accueillis, le tout lié en toile de fond par la patte si perceptible de Keeler et Griffiths.
Ainsi sous le couvert de cette playlist, ce sont plus concrètement trois listes et de fait pour le coup il est vraiment crucial de ne pas se forger d’opinion trop tôt tant par exemple la première partie s’oppose véritablement à la dernière.

— When Your Head’s in your Hands —
Controlling Crowds (de Controlling Crowds I)
Quiet Time (de Controlling Crowds I)
Collapse/Collide (de Controlling Crowds II)
Headlights (de Lights)
Taste of Blood (de Lights)
Pills (de Controlling Crowds IV)
Thought Conditionning (de Controlling Crowds IV)
The Feeling of Losing Everything (de Controlling Crowds IV)
Lights (de Lights)

— Your Darkness My Light —
Headspace (de Londinium)
Rest My Head on You (de Take My Head)
Nothing Else (de Londinium)
So Few Words (de Londinium)
Take My Head (de Take My Head)
Interlude : Love in Summer (de Take My Head)
Skyscraper (de Londinium)
You Make Me Feel (Spectre) (de Take My Head)
Clouds in the Sky (de Take My Head))
Organ Song (de Londinium)

— In This Noise Colder —
Again (de You All Look the Same to Me)
Waste (de Noise)
Junkie Shuffle (de The Absurd)
Absurd (de The Absurd)
Fuck You (de Noise)
Noise (de Noise)
Fool (de You All Look the Same to Me)
Numb (de You All Look the Same to Me)
Calling (de The Absurd)

Cliquez sur l'image puis « Play All »

Tout comme pour Nine Inch Nails ceci est principalement un article pour présenter le groupe, si vous connaissez déjà je vous invite à rester pour éventuellement commenter sur la playlist.

By the turnstile beckons a damsel fair
The Face of Melinda neath blackened hair
No joy would flicker in her eyes
Brooding sadness came to a rise

Words would falter to atone
Failure had passed the stepping stone
She sworn her vows to another
This is when no-one will bother [...]

Still I plotted to have her back
Contentment that would fill the crack
My soul released a fluttering sigh
This day fell, the darkness nigh

Ce que j’aime avant tout sur ce blog dans mes articles musique c’est, non pas forcément aborder des groupes méconnus et faire découvrir la perle rare, mais plutôt m’attarder sur ces gens qui par leur parcours, leur musique ou autre, se démarquent et me donnent quelque chose d’intéressant à dire. Mon amour se porte dans les genres qui s’entremêlent, les artistes qui d’un album à l’autre re-conçoivent leur démarche, j’aime la musique que j’écoute presque autant pour son concept que pour que les images auditives qu’elle est capable de tisser. Partant de ce constat, il y a des artistes que j’écoute et me fascinent, et qui du coup tôt ou tard ne peuvent s’empêcher de terminer en article — c’est en quelque sorte ma manière de rendre hommage à ces personnes que même sans foncièrement apprécier on ne peut qu’admirer.

Opeth – mot supposément emprunté au roman The Sunbird où il signifie « City of the Moon » – c’est avant tout un groupe qu’il est difficile de décrire en une courte phrase sans commencer à énumérer bêtement des noms de genres. De façon à résumer l’idée de manière la plus concise possible, c’est le mariage entre toute la violence et la démesure du death et du metal progressif, avec toute la beauté et la contemplation du rock progressif et du folk/acoustic, ainsi que par moments des éléments de blues et jazz sur les albums les plus récents. Voilà vous voyez ça foire à chaque fois.
Ce que signifie concrètement cette assemblage un peu barbare qui à première vue s’annoncerait bancal, c’est qu’Opeth reprend les structures dynamiques et complexes du progressif, et en crée des morceaux alternant tantôt guitare acoustique et de chant lascif, tantôt riffs violents et chant saturé. Pas dans cet ordre, et pas tout le temps, mais vous avez saisi le concept.
Sur Allmusic on disait ceci et je trouvais ça bien formulé : « Tracks start and finish in seemingly arbitrary fashion, usually traversing ample musical terrain, including acoustic guitar and solo piano passages, ambient soundscapes, stoner rock grooves, and Eastern-tinged melodies—any of which are subject to savage punctuations of death metal fury at any given moment »

Comme pour Nine Inch Nails, étant donné que le groupe n’est pas aisé à appréhender, je propose une petite playlist découverte à la fin, qui aura pour but à la fois de vous faire connaître Opeth en douceur, mais aussi de briser toute idée reçue que j’aurais pu malgré moi vous donner en écrivant. C’est d’autant plus sensible pour un groupe comme celui-là puisqu’à la moindre mention du mot death la moitié de mes lecteurs vont s’imaginer une grosse bande de chevelus qui hurlent du pâté en secouant la tête. Alors bon certes physiquement je vous l’accorde, mais musicalement, non.

Opeth est un groupe qui avant tout a eu des débuts quelque peu tumultueux ; formé en 1990 en Suède c’est originellement un groupe de death metal pur dont le line-up de départ n’incluait même pas la désormais figure de proue du groupe, Mikael Akerfeldt. Celui-ci est en fait arrivé légèrement après la création du groupe en tant que bassiste, sous la demande du chanteur alors actuel, David Isberg. Le problème c’est que sembla-t-il personne n’avait été prévenu de l’arrivée d’Akerfeldt (y compris le bassiste qu’il était censé remplacer) et légèrement contrariés de ce coup en douce, tout le monde se barra d’Opeth à part Mikael et David.
Suivirent trois années du même calibre, avec le line-up du groupe ne cessant de changer au fur et à mesure que les gens rejoignaient et partaient. Au final arrivé comme bassiste, Akerfeld finira par occuper le poste de chanteur et guitariste, place qui sans doute a ô combien participé à pousser le groupe vers sa présente place.

Il faudra attendre 1995, soit cinq ans après la formation du groupe, pour que leur premier album, Orchid sorte. Je ne suis pas vraiment dans la capacité de parler de cet album parce que pour une fois dans un article musical je n’ai pas vraiment toutes les cartes en main : je n’ai jamais écouté leurs deux premiers albums, c’est un fait, je l’avoue. C’est un peu le problème avec les groupes changeants, selon ce qu’on y cherche et ce qu’on en tire, on peu très bien vouer un culte à un album pour ne tomber que de plus haut au suivant. Et étant habitué à ce qu’est Opeth désormais je n’ai jamais trop eu le désir de me plonger dans les années les plus death metal du groupe puisque ce ne sont pas celles qui m’intéressent au final (si, je suis un grand sensible).


I see roots beneath my feet
Led me trough wastelands of deceit
Rest your head now, don’t you cry
Don’t ever ask the reason why

Kept inside our idle race
Ghosts of an idol’s false embrace
Rest your head now, don’t you cry
Don’t ever ask the reason why

La manière dont j’ai connu le groupe est assez particulière. Sans vraiment avoir jamais écouté Opeth, j’avais toujours eu de l’appréhension du fait de l’image que les gens en peignaient en en parlant, à savoir une image résolument death metal donc – un genre que pour être honnête je n’ai jamais trop porté dans mon cœur. J’ai un ami qui en écoutait inlassablement il y a quelques années, et sans doute pas du plus classieux, ça m’en avait coupé l’envie.
Et puis un jour alors que j’arpentais Last.fm je suis tombé sur leur fameux morceau Harvest ; un morceau qui s’entame sans le moindre fade in sur un rythme envoutant de guitare acoustique accompagnée par un long chant clair, un beau solo de guitare claire, pas de sang sur les murs, pas de tremblement de terre, j’étais plus ou moins dérouté à la fin du morceau, à me demander si je ne m’étais trompé de page.
Voulant savoir de quoi il en retournait j’ai commencé à écouter l’album duquel il était tiré, à savoir Blackwater Park sorti en 2001. Me fiant aux pistes les plus populaires du groupe sur leur profil, j’ai directement entamé par Bleak, la piste qui à elle seule définit presque Opeth, et le miracle s’est produit. Il y avait du death metal, il y avait de la puissance projetée à l’auditeur telle que je l’avais attendue jusque-là, mais j’ai adoré cette piste plus que jamais et maintenant encore c’est une de mes pistes favorites du groupe. Tout simplement parce que tant le break acoustique que le chant clair par-dessus les segments de rythmique acérées faisaient que le tout fonctionnait ensemble à mes oreilles et me faisait passer outre ce fameux chant death métal que je redoutais — mieux, me le faisait apprécier dans son contexte.

C’est tout con mais c’est là que tout le cœur de mon paragraphe réside : contrairement à d’autres groupes que j’ai mentionné tels Nine Inch Nails qui eux aussi faisaient preuve de dualité, ici ce ne sont pas deux univers qui cohabitent et s’effleurent d’un bout de piste à l’autre. Mais plutôt deux parties d’un tout qui sont complémentaires tout autant qu’indépendantes. On passe de pistes surpuissantes comme Blackwater Park qui vous entraînent dans douze minutes de pure épique musique, aux deux Patterns in the Ivy et leurs calme et fluide ligne de guitare acoustique portée par un faible chant clair intimiste. C’est là que l’originalité et la force du groupe résident et c’est ça qui fait qu’ils ne sont pas n’importe qui, ils mêlent des mélodies jazz, du piano, du metal, du folk et en font un tout cohérent. En quelque sorte c’est du metal progressif mais retranché plus loin que jamais dans ses extrêmes.


The sigh of summer upon my return
Fifteen alike since I was here
Bathed in deep fog, blurring my trail
Snuffing the first morning rays

Weary from what might have been ages
Still calm with my mind at peace
Would I prosper or fall, drain the past
The lapse of the moment took it’s turn [...]

Pale touch, writhing in the embers
Damp mud burning in my eyes
All the faces turned away
And all would sneer at my demise

S’il y a une chose qui m’a beaucoup frappé aussi au commencement c’est bien évidement la performance de Mikael Åkerfeldt. Comme beaucoup de groupes de metal progressif, Opeth aussi possède sa propre figure iconique au centre de la scène ; l’homme qui derrière les albums en fabrique les concepts et qui du bout de sa plume emporte le public. Un point sur lequel Mikael ne faillit pas, déjà parce qu’il a un aisance incroyable à l’écrit pour un artiste né dans le death metal, que ce soit par la manière lyrique et poétique qu’il a d’approcher ses thèmes que les thèmes eux-mêmes. C’est vraiment un groupe dont il est plaisant de tirer des bouts de paroles à mettre dans l’article parce que chaque piste est vraiment pensée comme un poème et ça se sent à la lecture.

Second point qui frappe : la fluidité avec laquelle il manie la guitare acoustique et sa capacité à créer et mêler des couches de mélodies avec. Toute l’introduction de Benighted ou l’étouffée mélopée qui entoure la puissante Dirge for November, ce sont des thèmes qui restent en tête pour tant que l’on apprécie le style. Akerfeldt prépare même un album solo de guitare acoustique en marge d’Opeth, pour mettre au-devant de la scène des mélodies qu’il a composées en cours de route mais qui jusque là n’avaient pas trouvé pas leur place.
Ensuite le chant est à l’image de ce jeu acoustique : inattendu. Je ne sais pas si c’est parce que je n’y connaissais rien (sans doute) ou parce que je me basais sur une poignée d’artistes fonctionnant comme ça, mais j’avais toujours imaginé que les groupes où se partageaient plusieurs styles de chant avaient en réalité deux chanteurs — pour les groupes qui ne modulent pas leur voix tout du moins. J’ai cru ça d’Opeth pendant un long moment jusqu’à ce que je regarde un live de Bleak toujours dans mes premières écoutes de Blackwater Park.
C’est là que j’ai réalisé qu’Akerfeldt prenait ces deux places au-devant de la scène et le voir passer, dans des morceaux comme The Moor, d’un style de chant à l’autre au détour d’une phrase fait partie des choses qui marquent quand on découvre ce groupe. Bien sûr il y a des tas d’artistes qui sans doute partage cela, mais à mes yeux ce qui fait la force d’Akerfeldt c’est qu’il est à l’aise dans ces deux styles et propose un chant clair vraiment maîtrisé, mélodique, et large dans sa capacité. Je ne sais pas si tous les artistes de death metal seraient en mesure de chanter certains récents morceaux d’Opeth tel Burden où le chemin parcouru saute immédiatement aux yeux.


Trees bend their boughs toward the earth.
And nighttime birds float as black faces. [...]

You have nothing more to find.
You have nothing more to lose.
The cold season drifts over the land.
They huddle in the brown corners.

S’il est une période du groupe qu’il est inévitable de mentionner c’est Damnation et Deliverance. Sortis respectivement en 2003 et 2002, ce sont deux albums qui grossièrement, ont été composés dans l’optique de cristalliser tout ce qui alors constituait Opeth. Prendre ces deux extrêmes qui animaient le groupe et les séparer comme deux frères à la naissance. Le résultat en est ce double album.
À gauche nous avons Deliverance, à ce jour décrit comme un des albums les plus intenses faits par Opeth — ça ne veut pas dire le plus violent, simplement tous ces temps de battement et de répit qui d’habitude peuplent leurs albums, ont ici été écartés pour ne laisser qu’un échantillon du plus sombre de ce qu’ils sont capables de faire. D’une quelque manière c’est un long plongeon dans un retour aux racines du groupe et en ressortir c’est non seulement ne pas en ressortir indemne mais c’est aussi reprendre souffle comme après une longue apnée.
De l’autre côté, Damnation délaisse absolument tout aspect ne serait-ce que vaguement metal, et se livre à un long album entièrement acoustique entrecoupé d’une pincée de pistes rock progressif et jazz dont leur désormais connue Windowpane. La nuance à ajouter c’est que jeu acoustique ne signifie pas jeu joyeux, et certaines pistes même à la guitare folk sonnent et se ressentent bel et bien comme du métal lointain.

Dans les deux albums l’utilisation de styles qui s’opposent n’empêche que l’ambiance propre à Opeth est indéniablement présente et c’est une performance assez admirable qui prouve qu’en tant d’années ils ont réussi à se forger une patte qui leur est propre et qui désormais fait partie de tout ce qu’ils font même sans qu’ils y prêtent attention. Sans que Deliverance soit un album dans lequel j’ai vraiment réussi à me plonger hormis quelques pistes dont la piste éponyme, j’admire beaucoup la démarche et la mise en opposition (la délivrance par la violence) des deux facettes d’Opeth.


Summer is miles and miles away
And no one would ask me to stay
And I should contemplate this change, to ease the pain
And I should step out of the rain, and turn away

Avec du recul, et ça se ressentira sans doute malgré moi dans ma sélection, j’ai conscience que j’ai toujours été attiré par leur côté le plus calme, pour au final être happé par leur autre côté et rester à écouter tout. C’est un groupe qui de toute manière au cours de ces dernières années s’est de plus en plus éloigné de ses origines, de manière complètement ouverte sur des albums comme Watershed ou au final le compte de pistes vraiment fidèles à leurs début se compte sur les doigts d’une main atrophiée. C’est un groupe qui est devenu de plus en plus complexe à définir au point qu’eux-mêmes en interviews se refusent à s’apparenter à un genre. D’une certaine manière ils étaient à un endroit précis, et c’est comme s’ils avaient décidé d’aller s’aventurer toujours plus loin au point que les frontières de ce qui était vraiment leur maison en deviennent troubles.

Alors certes et je tiens à le rappeler à la fin de l’article, ça reste un groupe de metal progressif dans ses grandes lignes et après tant de mots versés je ne veux pas induire en erreur ceux qui ne connaissent pas : oui il y a du death metal dedans, il n’y a pas que ça, mais ça reste une partie intégrante et importante d’Opeth. Mais s’ils ont réussi à me convaincre et me faire passer outre mon aversion, c’est qu’il y a véritablement quelque chose de particulier dans leur musique, d’unifiant et d’indescriptible. Je pense que plutôt que de continuer il est temps de vous laisser en musique.

Étant donné qu’un article musique ne le serait vraiment sans quelque chose à écouter, je vous propose comme à l’accoutumée une petite playlist découverte d’Opeth. Tout comme pour Nine Inch Nails elle est divisée en sous-parties et tout comme pour NIN, tentez au moins d’écouter une ou deux sections en entier avant de réellement vous forger un avis. J’ai quand même tenté de mêler un peu de toute la discographie du groupe — une vingtaine de pistes pour un tour d’horizon de douze ans d’histoire.
J’espère en toute franchise que les fans de la première heure ne me tomberont pas sur le dos pour avoir omis leurs deux premiers albums, et espère avoir été fidèle dans ma retranscription du groupe malgré les blancs laissés.

Prologue : Prologue (de My Arms, Your Hearse)

— This Day Fell —
The Face of Melinda (de Still Life)
Burden (de Watershed)
Porcelain Heart (de Watershed)
Patterns in the Ivy II (de Blackwater Park)
Hours of Wealth (de Ghost Reveries)
Epilogue (de My Arms, Your Hearse)

— The Darkness Nigh —
The Moor (de Still Life)
Bleak (de Blackwater Park)
Dirge for November (de Blackwater Park)
Interlude : Madrigal (de My Arms, Your Hearse)
When (de My Arms, Your Hearse)
Reverie / Harlequin Forest (de Ghost Reveries)
Blackwater Park (de Blackwater Park)

— Into the Night —
Benighted (de Still Life)
Harvest (de Blackwater Park)
Windowpane (de Damnation)
In My Time of Need (de Damnation)
A Fair Judgement (de Deliverance)
Coil (de Watershed)

— When Days Are Done —
Hessian Peel (de Watershed)
The Baying of the Hounds (de Ghost Reveries)
Serenity Painted Death (de Still Life)
Beneath the Mire (de Ghost Reveries)
Deliverance (de Deliverance)

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