out through the winter throat

out through the winter throat le blog de Anahkiasen.

Archive pour la catégorie ‘Littérature’

Tout comme pour Nine Inch Nails ceci est principalement un article pour présenter le groupe, si vous connaissez déjà je vous invite à rester pour éventuellement commenter sur la playlist.

By the turnstile beckons a damsel fair
The Face of Melinda neath blackened hair
No joy would flicker in her eyes
Brooding sadness came to a rise

Words would falter to atone
Failure had passed the stepping stone
She sworn her vows to another
This is when no-one will bother [...]

Still I plotted to have her back
Contentment that would fill the crack
My soul released a fluttering sigh
This day fell, the darkness nigh

Ce que j’aime avant tout sur ce blog dans mes articles musique c’est, non pas forcément aborder des groupes méconnus et faire découvrir la perle rare, mais plutôt m’attarder sur ces gens qui par leur parcours, leur musique ou autre, se démarquent et me donnent quelque chose d’intéressant à dire. Mon amour se porte dans les genres qui s’entremêlent, les artistes qui d’un album à l’autre re-conçoivent leur démarche, j’aime la musique que j’écoute presque autant pour son concept que pour que les images auditives qu’elle est capable de tisser. Partant de ce constat, il y a des artistes que j’écoute et me fascinent, et qui du coup tôt ou tard ne peuvent s’empêcher de terminer en article — c’est en quelque sorte ma manière de rendre hommage à ces personnes que même sans foncièrement apprécier on ne peut qu’admirer.

Opeth – mot supposément emprunté au roman The Sunbird où il signifie « City of the Moon » – c’est avant tout un groupe qu’il est difficile de décrire en une courte phrase sans commencer à énumérer bêtement des noms de genres. De façon à résumer l’idée de manière la plus concise possible, c’est le mariage entre toute la violence et la démesure du death et du metal progressif, avec toute la beauté et la contemplation du rock progressif et du folk/acoustic, ainsi que par moments des éléments de blues et jazz sur les albums les plus récents. Voilà vous voyez ça foire à chaque fois.
Ce que signifie concrètement cette assemblage un peu barbare qui à première vue s’annoncerait bancal, c’est qu’Opeth reprend les structures dynamiques et complexes du progressif, et en crée des morceaux alternant tantôt guitare acoustique et de chant lascif, tantôt riffs violents et chant saturé. Pas dans cet ordre, et pas tout le temps, mais vous avez saisi le concept.
Sur Allmusic on disait ceci et je trouvais ça bien formulé : « Tracks start and finish in seemingly arbitrary fashion, usually traversing ample musical terrain, including acoustic guitar and solo piano passages, ambient soundscapes, stoner rock grooves, and Eastern-tinged melodies—any of which are subject to savage punctuations of death metal fury at any given moment »

Comme pour Nine Inch Nails, étant donné que le groupe n’est pas aisé à appréhender, je propose une petite playlist découverte à la fin, qui aura pour but à la fois de vous faire connaître Opeth en douceur, mais aussi de briser toute idée reçue que j’aurais pu malgré moi vous donner en écrivant. C’est d’autant plus sensible pour un groupe comme celui-là puisqu’à la moindre mention du mot death la moitié de mes lecteurs vont s’imaginer une grosse bande de chevelus qui hurlent du pâté en secouant la tête. Alors bon certes physiquement je vous l’accorde, mais musicalement, non.

Opeth est un groupe qui avant tout a eu des débuts quelque peu tumultueux ; formé en 1990 en Suède c’est originellement un groupe de death metal pur dont le line-up de départ n’incluait même pas la désormais figure de proue du groupe, Mikael Akerfeldt. Celui-ci est en fait arrivé légèrement après la création du groupe en tant que bassiste, sous la demande du chanteur alors actuel, David Isberg. Le problème c’est que sembla-t-il personne n’avait été prévenu de l’arrivée d’Akerfeldt (y compris le bassiste qu’il était censé remplacer) et légèrement contrariés de ce coup en douce, tout le monde se barra d’Opeth à part Mikael et David.
Suivirent trois années du même calibre, avec le line-up du groupe ne cessant de changer au fur et à mesure que les gens rejoignaient et partaient. Au final arrivé comme bassiste, Akerfeld finira par occuper le poste de chanteur et guitariste, place qui sans doute a ô combien participé à pousser le groupe vers sa présente place.

Il faudra attendre 1995, soit cinq ans après la formation du groupe, pour que leur premier album, Orchid sorte. Je ne suis pas vraiment dans la capacité de parler de cet album parce que pour une fois dans un article musical je n’ai pas vraiment toutes les cartes en main : je n’ai jamais écouté leurs deux premiers albums, c’est un fait, je l’avoue. C’est un peu le problème avec les groupes changeants, selon ce qu’on y cherche et ce qu’on en tire, on peu très bien vouer un culte à un album pour ne tomber que de plus haut au suivant. Et étant habitué à ce qu’est Opeth désormais je n’ai jamais trop eu le désir de me plonger dans les années les plus death metal du groupe puisque ce ne sont pas celles qui m’intéressent au final (si, je suis un grand sensible).


I see roots beneath my feet
Led me trough wastelands of deceit
Rest your head now, don’t you cry
Don’t ever ask the reason why

Kept inside our idle race
Ghosts of an idol’s false embrace
Rest your head now, don’t you cry
Don’t ever ask the reason why

La manière dont j’ai connu le groupe est assez particulière. Sans vraiment avoir jamais écouté Opeth, j’avais toujours eu de l’appréhension du fait de l’image que les gens en peignaient en en parlant, à savoir une image résolument death metal donc – un genre que pour être honnête je n’ai jamais trop porté dans mon cœur. J’ai un ami qui en écoutait inlassablement il y a quelques années, et sans doute pas du plus classieux, ça m’en avait coupé l’envie.
Et puis un jour alors que j’arpentais Last.fm je suis tombé sur leur fameux morceau Harvest ; un morceau qui s’entame sans le moindre fade in sur un rythme envoutant de guitare acoustique accompagnée par un long chant clair, un beau solo de guitare claire, pas de sang sur les murs, pas de tremblement de terre, j’étais plus ou moins dérouté à la fin du morceau, à me demander si je ne m’étais trompé de page.
Voulant savoir de quoi il en retournait j’ai commencé à écouter l’album duquel il était tiré, à savoir Blackwater Park sorti en 2001. Me fiant aux pistes les plus populaires du groupe sur leur profil, j’ai directement entamé par Bleak, la piste qui à elle seule définit presque Opeth, et le miracle s’est produit. Il y avait du death metal, il y avait de la puissance projetée à l’auditeur telle que je l’avais attendue jusque-là, mais j’ai adoré cette piste plus que jamais et maintenant encore c’est une de mes pistes favorites du groupe. Tout simplement parce que tant le break acoustique que le chant clair par-dessus les segments de rythmique acérées faisaient que le tout fonctionnait ensemble à mes oreilles et me faisait passer outre ce fameux chant death métal que je redoutais — mieux, me le faisait apprécier dans son contexte.

C’est tout con mais c’est là que tout le cœur de mon paragraphe réside : contrairement à d’autres groupes que j’ai mentionné tels Nine Inch Nails qui eux aussi faisaient preuve de dualité, ici ce ne sont pas deux univers qui cohabitent et s’effleurent d’un bout de piste à l’autre. Mais plutôt deux parties d’un tout qui sont complémentaires tout autant qu’indépendantes. On passe de pistes surpuissantes comme Blackwater Park qui vous entraînent dans douze minutes de pure épique musique, aux deux Patterns in the Ivy et leurs calme et fluide ligne de guitare acoustique portée par un faible chant clair intimiste. C’est là que l’originalité et la force du groupe résident et c’est ça qui fait qu’ils ne sont pas n’importe qui, ils mêlent des mélodies jazz, du piano, du metal, du folk et en font un tout cohérent. En quelque sorte c’est du metal progressif mais retranché plus loin que jamais dans ses extrêmes.


The sigh of summer upon my return
Fifteen alike since I was here
Bathed in deep fog, blurring my trail
Snuffing the first morning rays

Weary from what might have been ages
Still calm with my mind at peace
Would I prosper or fall, drain the past
The lapse of the moment took it’s turn [...]

Pale touch, writhing in the embers
Damp mud burning in my eyes
All the faces turned away
And all would sneer at my demise

S’il y a une chose qui m’a beaucoup frappé aussi au commencement c’est bien évidement la performance de Mikael Åkerfeldt. Comme beaucoup de groupes de metal progressif, Opeth aussi possède sa propre figure iconique au centre de la scène ; l’homme qui derrière les albums en fabrique les concepts et qui du bout de sa plume emporte le public. Un point sur lequel Mikael ne faillit pas, déjà parce qu’il a un aisance incroyable à l’écrit pour un artiste né dans le death metal, que ce soit par la manière lyrique et poétique qu’il a d’approcher ses thèmes que les thèmes eux-mêmes. C’est vraiment un groupe dont il est plaisant de tirer des bouts de paroles à mettre dans l’article parce que chaque piste est vraiment pensée comme un poème et ça se sent à la lecture.

Second point qui frappe : la fluidité avec laquelle il manie la guitare acoustique et sa capacité à créer et mêler des couches de mélodies avec. Toute l’introduction de Benighted ou l’étouffée mélopée qui entoure la puissante Dirge for November, ce sont des thèmes qui restent en tête pour tant que l’on apprécie le style. Akerfeldt prépare même un album solo de guitare acoustique en marge d’Opeth, pour mettre au-devant de la scène des mélodies qu’il a composées en cours de route mais qui jusque là n’avaient pas trouvé pas leur place.
Ensuite le chant est à l’image de ce jeu acoustique : inattendu. Je ne sais pas si c’est parce que je n’y connaissais rien (sans doute) ou parce que je me basais sur une poignée d’artistes fonctionnant comme ça, mais j’avais toujours imaginé que les groupes où se partageaient plusieurs styles de chant avaient en réalité deux chanteurs — pour les groupes qui ne modulent pas leur voix tout du moins. J’ai cru ça d’Opeth pendant un long moment jusqu’à ce que je regarde un live de Bleak toujours dans mes premières écoutes de Blackwater Park.
C’est là que j’ai réalisé qu’Akerfeldt prenait ces deux places au-devant de la scène et le voir passer, dans des morceaux comme The Moor, d’un style de chant à l’autre au détour d’une phrase fait partie des choses qui marquent quand on découvre ce groupe. Bien sûr il y a des tas d’artistes qui sans doute partage cela, mais à mes yeux ce qui fait la force d’Akerfeldt c’est qu’il est à l’aise dans ces deux styles et propose un chant clair vraiment maîtrisé, mélodique, et large dans sa capacité. Je ne sais pas si tous les artistes de death metal seraient en mesure de chanter certains récents morceaux d’Opeth tel Burden où le chemin parcouru saute immédiatement aux yeux.


Trees bend their boughs toward the earth.
And nighttime birds float as black faces. [...]

You have nothing more to find.
You have nothing more to lose.
The cold season drifts over the land.
They huddle in the brown corners.

S’il est une période du groupe qu’il est inévitable de mentionner c’est Damnation et Deliverance. Sortis respectivement en 2003 et 2002, ce sont deux albums qui grossièrement, ont été composés dans l’optique de cristalliser tout ce qui alors constituait Opeth. Prendre ces deux extrêmes qui animaient le groupe et les séparer comme deux frères à la naissance. Le résultat en est ce double album.
À gauche nous avons Deliverance, à ce jour décrit comme un des albums les plus intenses faits par Opeth — ça ne veut pas dire le plus violent, simplement tous ces temps de battement et de répit qui d’habitude peuplent leurs albums, ont ici été écartés pour ne laisser qu’un échantillon du plus sombre de ce qu’ils sont capables de faire. D’une quelque manière c’est un long plongeon dans un retour aux racines du groupe et en ressortir c’est non seulement ne pas en ressortir indemne mais c’est aussi reprendre souffle comme après une longue apnée.
De l’autre côté, Damnation délaisse absolument tout aspect ne serait-ce que vaguement metal, et se livre à un long album entièrement acoustique entrecoupé d’une pincée de pistes rock progressif et jazz dont leur désormais connue Windowpane. La nuance à ajouter c’est que jeu acoustique ne signifie pas jeu joyeux, et certaines pistes même à la guitare folk sonnent et se ressentent bel et bien comme du métal lointain.

Dans les deux albums l’utilisation de styles qui s’opposent n’empêche que l’ambiance propre à Opeth est indéniablement présente et c’est une performance assez admirable qui prouve qu’en tant d’années ils ont réussi à se forger une patte qui leur est propre et qui désormais fait partie de tout ce qu’ils font même sans qu’ils y prêtent attention. Sans que Deliverance soit un album dans lequel j’ai vraiment réussi à me plonger hormis quelques pistes dont la piste éponyme, j’admire beaucoup la démarche et la mise en opposition (la délivrance par la violence) des deux facettes d’Opeth.


Summer is miles and miles away
And no one would ask me to stay
And I should contemplate this change, to ease the pain
And I should step out of the rain, and turn away

Avec du recul, et ça se ressentira sans doute malgré moi dans ma sélection, j’ai conscience que j’ai toujours été attiré par leur côté le plus calme, pour au final être happé par leur autre côté et rester à écouter tout. C’est un groupe qui de toute manière au cours de ces dernières années s’est de plus en plus éloigné de ses origines, de manière complètement ouverte sur des albums comme Watershed ou au final le compte de pistes vraiment fidèles à leurs début se compte sur les doigts d’une main atrophiée. C’est un groupe qui est devenu de plus en plus complexe à définir au point qu’eux-mêmes en interviews se refusent à s’apparenter à un genre. D’une certaine manière ils étaient à un endroit précis, et c’est comme s’ils avaient décidé d’aller s’aventurer toujours plus loin au point que les frontières de ce qui était vraiment leur maison en deviennent troubles.

Alors certes et je tiens à le rappeler à la fin de l’article, ça reste un groupe de metal progressif dans ses grandes lignes et après tant de mots versés je ne veux pas induire en erreur ceux qui ne connaissent pas : oui il y a du death metal dedans, il n’y a pas que ça, mais ça reste une partie intégrante et importante d’Opeth. Mais s’ils ont réussi à me convaincre et me faire passer outre mon aversion, c’est qu’il y a véritablement quelque chose de particulier dans leur musique, d’unifiant et d’indescriptible. Je pense que plutôt que de continuer il est temps de vous laisser en musique.

Étant donné qu’un article musique ne le serait vraiment sans quelque chose à écouter, je vous propose comme à l’accoutumée une petite playlist découverte d’Opeth. Tout comme pour Nine Inch Nails elle est divisée en sous-parties et tout comme pour NIN, tentez au moins d’écouter une ou deux sections en entier avant de réellement vous forger un avis. J’ai quand même tenté de mêler un peu de toute la discographie du groupe — une vingtaine de pistes pour un tour d’horizon de douze ans d’histoire.
J’espère en toute franchise que les fans de la première heure ne me tomberont pas sur le dos pour avoir omis leurs deux premiers albums, et espère avoir été fidèle dans ma retranscription du groupe malgré les blancs laissés.

Prologue : Prologue (de My Arms, Your Hearse)

— This Day Fell —
The Face of Melinda (de Still Life)
Burden (de Watershed)
Porcelain Heart (de Watershed)
Patterns in the Ivy II (de Blackwater Park)
Hours of Wealth (de Ghost Reveries)
Epilogue (de My Arms, Your Hearse)

— The Darkness Nigh —
The Moor (de Still Life)
Bleak (de Blackwater Park)
Dirge for November (de Blackwater Park)
Interlude : Madrigal (de My Arms, Your Hearse)
When (de My Arms, Your Hearse)
Reverie / Harlequin Forest (de Ghost Reveries)
Blackwater Park (de Blackwater Park)

— Into the Night —
Benighted (de Still Life)
Harvest (de Blackwater Park)
Windowpane (de Damnation)
In My Time of Need (de Damnation)
A Fair Judgement (de Deliverance)
Coil (de Watershed)

— When Days Are Done —
Hessian Peel (de Watershed)
The Baying of the Hounds (de Ghost Reveries)
Serenity Painted Death (de Still Life)
Beneath the Mire (de Ghost Reveries)
Deliverance (de Deliverance)

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À L’Ombre ; d’un Chêne

Samedi 15 mars 2008

Résumé : On a beau éviter d’y penser, la mort reste l’inéluctable étape de toute vie humaine. Seulement, là où tout s’arrête pour le défunt, pour ses proches c’est au contraire un tournant décisif ; un équilibre à trouver entre colère et tristesse, entre deuil et déni. Un équilibre, sur un fin fil au-dessus du vide, où le moindre faux pas entraîne une chute sans pareil vers les abysses les plus noires de la déchéance humaine. Une descente vertigineuse et incomparable, vers les enfers.

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Bonsoir,
J’avais commencé à parler de ce projet sur le site où je publie mes écrits, mais après mûre réflexion, j’ai réalisé que la vraie place de tout cela est ici même, sur « C’est tout vert ». Comme évoqué dans la définition citée par NoFrag, l’une des utilités d’un weblog est de servir de journal, alors plutôt que de parler de mon travail entre les murs confinés d’un petit site, j’étale ça sur place publique et accepte d’affronter les critiques acerbes, fondées ou infondées, des aigris qui arpente ces lieux. Entendez bien, et ce dès le départ, que je ne viens pas réellement chercher de commentaires, même si ceux-ci seront toujours les bienvenus. J’ai parmi ceux qui me suivent, presque autant d’encenseurs que de détracteurs, et mon temps passé ici m’a démontré que la majorité des personnes ici n’apprécient pas mes textes (même si certains prennent la peine d’expliquer avec précision pourquoi, et je les en remercie).
Mille mots pour un, ce blog n’est à mes yeux qu’un support, un outil pour ma propre personne, et même si tout cela est ouvert à vos avis, le but premier n’est pas de bâtir un quelque pont entre auteur et lecteur. C’est un théâtre aux portes grandes ouvertes, et si par hasard la curiosité vous saisit, passez-en les portes et venez prendre place auprès de moi, en tant que simples spectateurs.

————— 001 : RÉTROSPECTION —————

Bien, maintenant que les choses sont éclaircies, je pense que je peux commencer. De la même manière que certains développeurs font part de leur jeux et programmes, que certains artistes publient leurs musiques et compositions, je propose de partager avec vous mon avancement dans la complexe et longue tâche que constitue l’écriture d’un recueil de nouvelles. Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec moi, je propose une brève rétrospective.
Mon pseudonyme est Anahkiasen (de ciahse anactaën — ange intérieur), français, heureux de vivre; entre autres passes-temps, l’écriture me passionne. Mon rapport avec l’acte d’écrire en soi a toujours été excellent, et je garde un parfait souvenir de ma première et seconde machine à écrire, de ma première machine électronique ; de ces fameux cahiers de brouillons quatre-vingt-seize pages que j’ai par maintes reprises inondés d’encre.
La première fois que j’ai réellement écrit de manière sérieuse c’était suite à un puissant cauchemar qui m’avait assailli, un soir d’août. Mon premier « croque-mitaine » symbolisé alors par cet homme en gris qui avait troublé ma nuit. Je ne détaille pas la chose, mais c’est en voulant faire fuir ce cauchemar que j’ai décidé d’écrire ma première histoire. S’ensuivirent de nombreux autres sombres songes, les premières terreurs de mon enfance, chacune m’obligeant à les apposer sur papier. Le principe était on ne peut plus simple : en mettant sous forme d’écrits ces cauchemars, je me les appropriais et en passais maître. J’avais alors plein contrôle sur leurs dénouement, et passais du statut de victime à celui de marionnettiste.
C’est par le biais de ces très nombreuses nuits mouvementées que j’ai fait mes premiers pas dans la littérature, et même si pour rien au monde je ne montrerais ces vieux textes à l’heure actuelle, ils m’ont servi de base. En un sens, je suis reconnaissant envers ces mauvais rêves.

Lorsque les cauchemars cessèrent, je fus laissé seul, abandonné mais accompagné de ma plume aiguisée, et c’est dès lors que je dû parcourir mon environnement à la recherche d’une nouvelle muse à épouser. Après d’infructueuses recherches, celle-ci vint à moi : Mère la Nuit ou « ma noire tisseuse de cauchemars ». J’ai commencé à sortir au-dehors tard dans les méandres des prémices au matin, à l’heure où chacun sommeille. De ces balades nocturnes sous les regards des lampadaires, me furent insufflées mes meilleures idées. Ma muse étant trouvée, je n’ai cessé d’écrire depuis ce jour.
Conséquence logique, les feuilles s’accumulèrent et érigèrent des tours de papiers sur mon bureau ; envahirent mes tiroirs et s’infiltrèrent dans mes classeurs, comme pour attirer mon attention. C’est de ce constat que m’est venue l’idée de toutes les saisir, et d’en faire un recueil. N’allez toutefois pas vous méprendre sur mes prétentions, je ne cherche pas à publier tout cela dans les étalages pour me faire des couilles en or ; ma volonté est juste de rassembler mes écrits en un seul et même endroit. Créer une sorte de continuité entre celles-ci, de telle sorte que par mes textes, transparaîtrait ma propre personne et ce que j’ai voulu dire. Chaque nouvelle est pareille à une facette d’un scintillant diamant, et il n’y a qu’en juxtaposant ces faces et en reconstituant l’objet, que toute sa majesté est enfin révélée. Entendez, élever et achever ce recueil, serait pour moi le parachèvement de tout mon travail, et une manière d’exister de manière concrète en tant qu’écrivain.
Par ces lignes maladroites je ne clame pas être le meilleur des auteurs amateurs, mon style s’est affiné au style des années, et moi-même je sais que j’ai écrit de bons comme de mauvais textes. Reste qu’en l’état actuel des choses j’aime la manière dont j’écris, d’autres l’aiment, et je pense que ce sont les deux facteurs essentiels — s’aimer et être aimé. On peut écrire de manière restreinte, juste pour sa propre personne, mais sans avis extérieur on s’enferme, et ce n’est jamais une chose bénéfique, je pense que tout le monde sera amplement d’accord sur ce point.

————— 002 : PARER SON OUVRAGE DES PLUS BELLES ROBES —————

La genèse de cette entreprise littéraire fut assez chaotique, je l’avoue. De même que tout le monde ici, je n’avais aucune expérience dans le domaine de la publication et il m’a fallu avancer en aveugle sur chaque étape. Histoire de commencer par les détails et les choses simples, je me suis dans un premier temps attaqué à tout ce qui constitue « l’enrobage » même du recueil — autrement dit, titre et couverture. Préfaces et autres textes qui préparent au cœur même de l’ouvrage.
Le titre a de prime abord été la chose la plus longue à construire; il est crucial, ce sont les premiers mots d’un auteur à son lecteur. Au début j’ai naïvement voulu constituer mon titre par de nouveaux mots n’ayant que peu de rapport avec le contenu de l’ouvrage, c’était comme vouloir intituler l’entité qu’était « le recueil », plutôt qu’en nommer le contenu. Ce n’est qu’après de longs débats avec moi-même que j’ai compris pourquoi la plupart des auteurs intitulent leur recueil suivant le nom d’une de leurs nouvelles : de cette manière le recueil lui-même ne peut qu’être reflet de ce qu’il contient. Par suite, il m’a fallu me demander quelle nouvelle donnerait son nom au livre, et autant le dire, les tergiversations furent brèves. Je connais mes travaux, et même si j’aime aborder de très divers sujets, je sais que certains thèmes ou certaines idées sont récurrentes. Par exemple, j’aime beaucoup présenter le monde comme un théâtre, dans lequel la nature serait un savant metteur en scène qui agencerait ses acteurs avec minutie. Autre thème qui m’est cher parmi d’autres, le recommencement, que ce soit par le retour concret en arrière, ou juste la manière dont mes personnages reviennent parfois à l’endroit qui initie l’histoire, et constatent à quel points ils ont évolué. Ainsi, « Jack », « Le Huitième Jour », « Au Soupir d’une Encre Noire » ou encore « À l’Ombre ; d’un Chêne » — sont des exemples de nouvelles abordant le recommencement de près ou de loin. Cependant, il s’agit là uniquement du titre, et la seule nouvelle traduisant implicitement le renouveau et la renaissance dans son titre, est ma chère « Les Fleurs d’Avril ».
Elle fut intitulée telle qu’elle à cause d’une des lointaines étymologies du mot « avril », le mot latin « aperire » (ouvrir) ; référence à la manière qu’ont les fleurs de renaître en avril après avoir été passées sous silence tout le long durant de l’hiver. Une métaphore toute trouvée pour évoquer le coma : vivre, baigner dans la mort pendant un certain temps, puis ensuite renaître. En choisissant « Les Fleurs d’Avril » en guise de titre, j’étais sûr d’être honnête vis-à-vis du contenu du recueil, et de surcroît j’apprécie beaucoup l’esthétique même de ces trois mots côte-à-côte. Cette phonétique proche de ces fleurs qu’on « effleure », tout un sentiment de douceur et de quiétude, main dans la main avec ce mois d’avril qui initie le printemps et tout ce que cela sous-entend.

Et pourtant, malgré un titre des plus doux, la couverture vient trancher nette avec ces divagations lyriques. Une image peut exprimer bien plus qu’une pincée de mots, et il fallait être très prudent avec ce qui constituerait la mienne. Via la même démarche que pour le titre, j’ai cherché ce qui représenterait visuellement le recueil. Non pas quelque chose en rapport avec le titre, mais simplement un ensemble d’idées, de contrastes et de couleurs, qui à lui seul saurait évoquer des ambiances et des tons propres à mes textes.
Premier pas, faire une image qui proposerait un fort contraste noir/blanc assez classique en soi, mais qui sous-entendrait l’hétérogénéité de mes textes. Certains très sombres, d’autres heureux. Jusque là, rien d’original.
Je ne voulais pas mettre l’image en noir et blanc pour appuyer ce contraste, alors il m’a fallu sélectionner une teinte dominante qui épouserait l’image. Je me suis tout de suite dirigé vers divers tons et dégradés de bleu, pour plusieurs raisons. D’une, il évoque nombre de choses avec lesquelles je suis familier, entre autres le bleu évoque la nuit, mais aussi et avant tout, le froid. Un choix qui ne relève pas du hasard, et que vous allez mieux comprendre en voyant l’image.
Peu d’hésitation survinrent dans le choix de cette dernière, pour la simple raison que j’ai toujours su ce que représenterait ma couverture si un jour un recueil devait être fait : un loup perdu dans une vaste pleine enneigée. Dans mes textes, le loup a toujours été posé tel l’allégorie de l’hiver. Le loup, à l’instar du froid glacial, fond sur les faibles et les malades et donne la mort sans remords. L’hiver est craint parce qu’il est meurtrier, de même que le loup ; on a fait beaucoup couler d’encre sur cette saison, et de nos jours plus que jamais elle est au devant de la scène. Des sans-abris sont fait victimes chaque soir, et tous les ans la bête s’endurcit du sang de ses proies. Et pourtant, de même que loup reste une créature sublime, l’hiver persiste à nous émerveiller, métamorphosant le monde en un infini désert glacé, parant les paysages d’immaculées robes blanches, faisant chuter sur nous d’indénombrables flocons — bribes de magnificences déchues de somptueux cieux gris.
Gris comme un pelage. Me voilà donc à la place de Baudelaire intitulant son ouvrage « Les Fleurs du Mal », la seule différence étant que mon oxymore serait posée en image en non en mots. Vaille que vaille, j’ai ainsi tenté de traduire cette « horrifiante beauté », le résultat est l’image qui suit. La photographie est de Stephen Krasemann (que je crédite bien sûr par respect), et après quelques temps sous un éditeur, j’en suis ressorti avec la couverture qui suit. J’ai beaucoup vieilli l’image par divers effets pour justement altérer la beauté primaire se dégageant d’un tel paysage. C’est une image imparfaite, certes, mais faite d’angoissantes zones d’ombres, auxquelles vient tenir tête la grâce de cette plaine immaculée. De là, qu’importe les défauts, les bases sont posées et les idées essentielles sont toutes présentes. L’emplacement et l’apparence du titre ne me conviennent pas, mais je reverrai tout cela plus tard, encore une fois, il reste des choses à changer, mais c’est mineur. Cliquez pour agrandir.

————— 003 : INTRODUIRE AVEC LES MOTS JUSTES —————

Une fois le lecteur aguiché, il faut bien se décider à entrer dans le vif du sujet, et c’est là que les premières grandes difficultés entrent en jeu. Cherchant à repousser encore un peu le calvaire que serait le sommaire, j’ai décidé d’entamer mon travail par la préface (oui, entamer, comme si je le mangeais — l’accusé se reconnaîtra). Je suis parti de l’idée naïve que tout le monde lit les préfaces et les introductions, et de là je me suis posé la question « Que faut-il écrire dans la préface ? ». C’est quelque chose d’assez délicat, en ce sens que ce premier contact sera décisif. J’ai pris un petit bout de papier, et y ai annoté les grands axes qu’il faudrait aborder. J’en suis arrivé à ceci :
- Déjà, accepter que je ne suis qu’un amateur face à de grandes figures, et qu’il m’arrive comme à tous de faire des erreurs. Je ne suis pas le meilleur, et si je persiste dans mon domaine c’est parce que j’aime ça par-delà tout le reste. Un peu d’humilité ne fait pas de mal.
- Ensuite, dire en quelques mots quels grands thèmes seront abordés, parler un peu de ma manière d’écrire et de ma vision des choses. C’est en général là que je glisse quelques phrases bien placées, des figures que j’aime beaucoup, pour amadouer un peu le lecteur et lui donner quelques miettes de mon style et de ce qui l’attend. Ça fixe tout de suite les choses, et si la personne est déjà rebutée par la préface, elle aura moins de temps à passer à lire des textes qui ne lui plairont pas. Je n’ai jamais été « trop » offensif envers ceux qui n’aiment pas mes textes, parce que moi aussi il y a des auteurs que je n’aime pas et parfois sans arriver à expliquer pourquoi. Que quelqu’un me lise et n’aime pas, ce n’est pas vexant, c’est naturel. On ne peut pas être aimé de tous, à chacun son public, et forcer les gens à s’acharner sur mes textes pour leur prouver que « mais si, c’est bien » serait puéril et vain. D’autant plus que sûrement rien n’en ressortirait de bon.
- Troisième étape après avoir parlé de mon style, de mes idées, de ma manière de voir les choses ; j’aborde quelques auteurs parmi mes favoris. Parle un peu de ma manière de leur rendre hommage… Puis ensuite, quelque chose qui me tenait à cœur, expliciter de manière courte mon choix de support (nouvelles plutôt que roman). Les gens extérieurs à l’écriture s’imaginent souvent qu’un bon auteur est celui qui écrit des romans, et je ne compte plus les fois où un proche m’a dit « Pourquoi t’écris pas un bon gros roman » ? « Parce que, connard, c’est pas pareil ».
- Quatrième étape, obligatoire, parler un peu de mon style et en finir avec ceux qu’il insupporte. J’aime les belles phrases, j’aime jouer avec les phonétiques, j’aime rechercher mes images, j’aime parler du monde avec toute la finesse de vocabulaire qui m’est offerte. C’est comme ça depuis des années, et je changerai pas pour les beaux yeux de ceux qui recherchent autre chose. Comme expliqué avant, si vous voulez des textes écrits de manière plus simple, lisez-en, moi je me sens parfaitement bien là où je suis.
- Dernière escale, un petit mot d’encouragement à ceux qui disent toujours « J’aurais bien aimé être auteur ». Il ne s’agit pas de talent ou rien, si vous voulez écrire, prenez un stylo et écrivez. Le reste viendra. De là, en arriver à dire que moi aussi je suis un lecteur avant tout, et que c’est pour ça que j’aime les annotations : elles instaurent une sorte de dialogue entre lecteurs, je partage mon point de vue, mon vécu, et j’ai toujours trouvé ça intéressant que l’auteur d’un recueil me parle. Voilà pourquoi j’en fait de même.

Au final je me retrouve avec six ou sept paragraphes, étendus sur deux pages et demi, ce qui en terme de longueur, me parait suffisant pour ne pas trop rebuter le lecteur et l’inciter à lire. À la base, une fois la préface achevée, je comptais entamer directement le recueil, cependant ça me dérangeait. La coupure était trop nette entre les derniers mots de la préface, et le début de la première nouvelle. Voilà la raison pour laquelle j’ai préféré écrire une introduction, qui servirait de point de jonction. Cette introduction part du lecteur qui lit à son bureau, puis se lève et regarde par le fenêtre, pour vers la fin, poser son attention sur cet homme dans le bâtiment d’en face : premier personnage de la première nouvelle.
C’est un procédé que j’avais déjà exploité par le passé, dans une ancienne et morte-née ébauche de recueil. La différence était que mes textes en ce temps-là, ne présentaient pas toute cette image du théâtre, et la jonction était assez maladroite. Là, avec ce thème qui s’est incrusté dans mes travaux, j’ai pu présenter une idée simple et bouger la caméra de manière aisée : le lecteur est acteur et spectateur, tout comme mes personnages sont eux aussi des acteurs. Tous sont sur la même « scène », et passer de l’un à l’autre rend beaucoup mieux une fois mis en mots.

————— 004 : AGENCER LES ÉLÉMENTS AVEC ATTENTION —————

Étape majeure de tout recueil, celle que quiconque appréhende avec méfiance : le sommaire. Il n’est pas simplement question d’inscrire des titres au hasard et de marquer « Sommaire » ; il s’agit de construire et agencer les nouvelles dans un ordre précis qui créera une évolution et saura garder le lecteur jusqu’aux derniers mots. Ça a mis du temps, mais j’en suis arrivé à ceci. Je pense que vous comprendrez mieux avec la chose sous les yeux et les commentaires à côté.
Pour ceux qui ne voient pas l’image en entier, cliquez ici : sommaire de « Les Fleurs d’Avril ».

Ne vous fiez pas à certains titres qui pourraient vous paraître connus : la plupart des nouvelles présentées dans mon menu de droite ont été réécrîtes de pied en cap pour le recueil. J’ai fait le choix de placer « Jack » au centre parfait du recueil, pas forcément parce que c’est ma meilleure nouvelle (bien que j’en ai eu beaucoup de bons retours) mais parce que c’est ma préférée. Il y a beaucoup de choses que je regrette, mais dans l’ensemble cela reste un texte sur lequel j’ai beaucoup travaillé, sujet à diverses interprétations, etc.
Autre détail qui peut sauter aux yeux, les sous-parties sont organisées de manière strictement symétrique. J’ai disséminé mes annotations à des endroits stratégiques, et chacune d’elle a son rôle à jouer dans la sous-partie qu’elle occupe. Il ne s’agit pas que de raconter ma vie et de parler littérature ; je fais la lumière sur le fondement des choses, développe des idées, et éclaire le lecteur sur des points restés troubles. Ces notes sont essentielles, voilà pourquoi elles sont présentes à quatre reprises. Ce n’est pas un délire égocentrique que de revenir parler à intervalles réguliers, ça fait partie du recueil et de l’idée que développent les nouvelles.

Comme on peut le lire sur l’image ci-avant, j’ai organisé mon livre de manière telle que les premiers textes, bons ou mauvais, donneraient un échantillon plus ou moins représentatif de ce qui suivrait. Bien sûr si le lecteur lit les nouvelles dans le désordre, tant pis pour sa gueule, mais dans l’absolu, si une personne un tant soit peu censée se lance dans la lecture du recueil, je suis assuré qu’il ne s’ennuiera pas au moins dans la ma première partie. Parce que le décor, les tons et les thèmes, ne cessent de changer durant ces huit premières nouvelles, et ça me permet de « l’accrocher » sans forcément savoir ses goûts à l’avance.
De même, ça évite qu’un lecteur se dise « il n’écrit vraiment que des trucs tristes » juste parce que les textes heureux auraient été placés à la fin (ça aurait été intéressant, mais l’objectif n’était pas de mettre en mots « Des Lumières sous la Pluie »).
Les noms des sous-parties n’apparaissent pas dans le recueil, et ne sont qu’un petit détail amusant que seul moi comprendra. Pour faire bref, avant de passer sur ordinateur, j’écrivais dans des cahiers de brouillons. Les trois noms de sous-parties sont les trois titres des trois cahiers que j’ai écrit avant de changer de support. « Décalage Nocturne » en référence au recueil de nouvelles de Stephen King ; « Le Chant de Mars » le nom d’une nouvelle ; « L’Aube du Crépuscule » ou l’ancien nom du « Huitième Jour ».

Mais trêve de digressions, maintenant que la machine est en marche, ne reste qu’à écrire les nouvelles restantes, fignoler celles qui sont terminées, et continuer jusqu’au point final. Je suis assez maniaque et repasse énormément sur mes propres textes, ce qui fait que la relecture et la recorrection sont souvent des étapes qui s’éternisent. Je rature et refond mes phrases parfois tant de fois, qu’au final je me rends compte que la phrase originelle était meilleure que tout ce que j’ai pu trouver pour la remplacer. Je fais toujours des brouillons papiers avant chaque nouvelle, notamment parce que comme je l’ai dit, j’ai un rapport spécial avec l’acte d’écrire en lui-même — parfois je m’arrête et contemple ma plume former les boucles arrondies des lettres. Mais outre ce simple aspect, cela me permet de ne commencer à recopier qu’une fois que l’histoire et belle et bien achevée et que je sais où je vais. Et effectivement, cela passe par la rature de paragraphes entiers voire de pages complètes ; réécrire des centaines de mots dans l’exigu espace d’une marge ou de quelques interlignes.
Je crois qu’en fait j’aime tellement écrire, que je barre mes propres mots pour pouvoir les réinscrire.

————— 005 : PREMIER APERÇU ————

Pour vous donner un début d’idée de ce que ça donnera, j’ai hébergé un fichier PDF qui s’arrête après l’introduction, le reste ayant été volontairement effacé pour éviter de garder en ligne une version présentant des textes qui ne sont pas à jour. Entendez encore une fois que tout cela reste un travail en cours, et c’est ce qui en fait l’intérêt. Tout ça changera, les textes seront encore affinés, la couverture sera améliorée, et j’en passe. Si j’héberge cet aperçu des dix premières pages du recueil, c’est pour donner une éphémère idée de l’aspect final de la chose : LES FLEURS D’AVRIL (pages 1 à 11 ; PDF)
Pour conclure, quelques petites images faites assez rapidement pour illustrer quelques nouvelles. À terme toutes les nouvelles seront illustrées et ces images apparaîtront sur le site où je publie mes textes. Je ne pense pas les inclure dans le recueil lui-même, mais en soi c’est quelque chose d’amusant à faire, même si soyons francs, mes compétences sont limitées.

Sur ce, je me vois contraint de vous quitter, il est tard et je suis fatigué. Prière d’ailleurs de m’excuser si l’épuisement m’a fait laisser des fautes çà et là, comprenez bien que c’est indépendant de ma volonté.
Bonne soirée, on se retrouve dans de prochaines aventures.



EDIT : Ouais la faute dans le titre ; je vous emmerde il est quatre heures du matin.

C’est un peu de la tricherie, oui, mais il est trois heures du matin et demain tout le monde aura déjà oublié.
J’ai écrit Jack il y a un an. Elle a été publiée ici.
Pour je ne sais plus quelle raison j’ai dû la publier sur un site sérieux et j’ai fait un truc que je fais jamais : je l’ai retouchée. Beaucoup sur la forme, même si dans le fond je n’ai ajouté que quelques scènes.

Cependant, à l’époque seul handsome avait pris la peine de poser ses yeux sur mon texte et de le commenter.
Alors… bon, sans aucunement vouloir me faire passer pour quelqu’un avide de commentaires ou d’attention, j’aurais aimé qu’au moins une seconde personne s’acquitte de cette tâche ; oui toi qui se fait chier devant ton écran, qui vient de lire le texte de Poulpos et ne sait pas par quoi enchaîner.
Et bien j’ai de quoi faire.

Pour une seule et unique fois dans votre vie, ne vous laissez pas dissuader par la longueur du texte bordel. Vos tl;dr j’en ai rien à branler, de même que votre flemme légendaire. Je demande juste un quelque regard extérieur sur mon travail laissé trop longtemps injugé.
J’avais fait mes débuts sous vos yeux à vous, à l’ouverture de ce blog, et c’est WtiA qui en premier s’était penché sur mon cas. Maintenant qu’il n’est plus là je reste à ruminer mes écrits en me demandant dans quelle direction je vais.

Je sais que c’est un vieux texte, mais je l’aime bien.
C’est Jack, et Jack dans son amour pour le matin, c’est un peu moi.
Vous comprendrez.

LIEN VERS LA NOUVELLE (vu que NoFrag me casse les burnes à tronquer mes textes)

Je l’avais tué.

Samedi 10 février 2007

EDIT : À LIRE AVANT TOUT.

—–

J’avais promis de vous tenir au courant. Je tiens mes promesses.
Autant le dire, j’ai eu un peu de mal à dormir après tout ce que vous m’aviez dit, tant du côté qui me disait « Vas-y, cache-toi et attends de voir si ça tasse », que de celui qui clamait « Livre-toi à la police, ai pas peur bichon (c’est une p’tite biche), la loi est là pour toi ». Au final j’ai simplement écouté ma conscience, selon ce que j’avais lu sur les risques encourus. :/
Je n’ai pas fait de cauchemars, non. J’ai juste passé la nuit à réfléchir. À des tas de choses auxquelles j’avais même pas pensé une seule fois de ma vie. Ma vie en taule, ce genre de choses. Puis sans se mentir, si on y pense jamais, c’est simplement qu’on se dit tous que c’est comme le loto : ça arrive qu’aux autres.

J’y suis finalement allé. Devant les portes du commissariat. Ouais, mon cœur battait super fort, et le votre aussi l’aurait fait, croyez-moi. Je me suis approché de la femme derrière son comptoir, et j’ai parlé tout bas ; carrément terrifié de ce qu’elle allait répondre. Le pire c’est qu’avec le putain de bruit qu’il y avait, elle m’a demandé de répéter. Alors je l’ai fait, mes couilles entre les mains : « Je crois que j’ai tué quelqu’un, je voudrais voir quelqu’un de plus haut placé. ».
Sa réaction ne fut bizarrement pas à la hauteur de ce que j’espérais. Elle a un peu craché, « Euh, je, oui, euh, attendez » ; et elle a pris son téléphone en disant « Ne bougez surtout pas, j’appelle quelqu’un ».
En même temps maintenant que je suis venu jusque ici, je vais pas me barrer en courant, connasse.
Alors j’ai attendu. Et quelqu’un est venu me voir, m’emmener dans un petit bureau à cent lieues des salles d’interrogatoires des films. Très petit bureau même.
« Alors. Expliquez-moi tout dans le détail, je vous écoute »
Il ne me regardait même plus – remarque ça m’arrangeait – et restait collé derrière son gros écran, prêt à taper tout ce que j’allais dire.

J’ai un peu hésité à commencer, mais j’ai tenu à y mettre le plus de sentiment et ressentiment possible. J’ai même, je dois l’avouer, un peu atténué ma faute sur certains points non prouvables (oh, hein, vous l’auriez tous fait). Comme sur ce à quoi j’ai pensé, ce que je comptais faire en lui saisissant la main, ou autre. Le flic a pas semblé broncher, alors je suis allé jusqu’au bout.
Il m’a arrêté que sur un seul point, qui vous a aussi arrêté, c’était pour me demander si j’étais sûr que la personne était belle et bien morte. Honnêtement j’avoue avoir bafouillé une fraction de seconde. Mais les choses sont ce qu’elles sont, j’ai préféré dire franco « Oui, je suis presque sûr que je l’ai tué. ». C’est d’ailleurs terrible comme dire « Je l’ai tué » m’arrachait la gueule. C’était sorti tout seul, plutôt que « Je crois qu’il en est mort » ou « Je ne crois pas qu’il s’est sorti du coup que je lui ai asséné involontairement », ou je sais pas quoi.
Bon, en même temps, ça l’a pas choqué plus que ça le flic. On a juste continué à parler longuement et concrètement. De ce qui allait se passer après, de ce que je risquais, de ce qu’ils avaient en main. Tout ce genre de choses…

Quand on en eût fini, j’avais vraiment l’impression d’éprouver de la sympathie pour le flic en face de moi. Ce sentiment qui murmure « J’ai bien fait ».
On m’a passé des menottes gentiment et m’a conduit dans une cellule de garde-à-vue. Dans l’attente d’une confirmation de mon histoire, de ce que j’avais dit ; et surtout du fait que la personne soit morte. Je suis resté quoi, plus d’une dizaine d’heure à tourner en rond et à m’assoire et me lever du banc en bois. C’était bizarrement complètement différent de l’image que je m’en faisais dans mes nouvelles. Pas pire que les endroits que je dénichais pour me reposer et réfléchir longuement. Il faisait juste un peu froid.
Ce n’est qu’après tout ça que quelqu’un est venu m’ouvrir. On avait effectivement trouvé un corps au fond d’une rame de la ligne 4. Personne ne l’avait vu, personne ne l’avait signalé. Il était resté là jusqu’à tôt dans la matinée, lors de l’afflux des travailleurs. Mais comme les preuves étaient minces et qu’aucune caméra n’avait filmé, le dossier avait un peu (comprenez « beaucoup ») descendu dans la pile. Pour être franc, quand j’ai appris que je l’avais tué pour de vrai, j’ai eu soudainement un petit coup de chaud. Ça m’a même un peu rappelé les premiers rendez-vous amoureux. Merde quoi, je l’avais tué, pour de vrai. Moi : mec sans histoires. =|

La seule chose qui m’a été clairement expliquée ensuite, c’est que je suis pas un cas isolé et que des trucs comme ça c’est pas la première fois qu’ils en voient. La plupart du temps à des mecs qui avaient rien demandé. On m’a alors dit que malheureusement, ils y pouvaient pas grand-chose.
Paraît-il que mon cas sera aisé à plaider, et que quoi qu’il arrive quand bien même j’irais en prison ce serait de courte durée. Surtout compte tenu du fait que je suis venu de moi-même les voir. « Mais on garantit rien, ça dépend du juge et des jurés après, hein. En tout cas nous des gars comme toi on en voit plein et personnellement je sais ce que c’est ».

J’ai pas trop voulu savoir ce qu’il avait voulu dire.
Lui non plus ; à mon avis il avait dit ça par compassion. Et j’vais pas m’en plaindre non plus, remarquez.
Sur ce, bonne soirée à tous. o/

.

P.S. : C’était effectivement un ignoble fake.
Pardon à tous. /o\
Pour la peine vous m’avez tous bouffé de remords à vouloir m’aider; quand la machine fut lancée, j’ai plus trouvé moyen de l’arrêter. Moi je ne m’attendais pas à plus de trois ou quatre commentaires – je m’imaginais que vous oublierez tout ça la seconde d’après. Puis au final, certains auront gardé ça en mémoire plus longtemps que prévu. Eh, j’pouvais pas prévoir hein.
Ça n’empêche que ça m’a fait un brin réfléchir sur l’éventualité qu’un jour ça arrive, et j’espère que vous aussi. Pensez qu’avant d’en faire une note comme « J’ai tué. », c’était avant tout une peur profonde et une interrogation qui me trottait depuis déjà longtemps en tête, depuis « Un cri court dans la nuit » et « Vos dieux ont les mains sales », d’IAM. Comprendront ceux qui pourront. /o/
Allez, maintenant vous pouvez me taper et me brûler, les commentaires sont à nouveau verts.

Et j’emmerde toujours le Journal du Management. \o/

J’ai tué.

Vendredi 9 février 2007

EDIT : Tout ceci était un fake, merci de ne plus prendre au sérieux le texte ci-dessous

Ou pas ? Putain, je crois que j’ai jamais autant flippé de ma vie. Et pourtant j’en ai vu des trucs hein, c’est pas ça le problème. Mais ça c’est venu alors que je m’y attendais pas, mais alors pas du tout du tout. =|
Je sais pas si c’est une bonne idée de venir dire ça là. Je suis sûr qu’il y aura un connard pour le répéter ou même pire, vouloir me balancer ou autre… Sauf qu’honnêtement je crois que ça me ferait plus de bien qu’autre chose. J’ai actuellement sur ma conscience un poids plus gros que tout ce qu’elle a pu soutenir avant. En un claquement de doigts là tous mes petits soucis et choses à faire, comme écrire mes nouvelles, dessiner de temps en temps, ou autre ; là j’en ai plus rien à branler.

Petit retour en arrière. Je crois qu’il vaut mieux que je dise tout depuis le début, ça aura sûrement un quelconque effet thérapeutique (c’est incroyable comme j’ai soudainement plus envie de prendre la peine d’utiliser des mots aussi lourds) sur moi. J’étais dans le métro, rentrant de mon boulot (où peu avant je glandais sur ces mêmes blogs, bonne fin de semaine quoi) et je rentrais chez-moi, comme chaque soir. Ça doit être ça le pire : pour une fois il se passe un truc ça tombe sur moi.
Bref, bref, j’écoutais du Fabe tranquillement en regardant les murs des sous terrains qui défilaient, et en cherchant d’y voir des formes ou je sais pas quelle connerie qui passe le temps. On est pas beaucoup dans la rame, en même temps il est tard. Peut-être juste six ou sept (oui, c’est pas beaucoup, croyez-moi).

Et c’est là qu’il est arrivé, un jeune genre doudoune noire et casquette. Me demandez pas sa nationalité parce que ça a vraiment rien à voir. J’ai compris le truc quand la plupart des gens ont changé de rame. Tous sauf moi et un autre gars en costar’, qui mattait ses chaussures l’air de dire « Je l’ai pas vu ». Par chance habituelle, le jeune s’est assis juste à côté de moi. Sans doute attiré par les écouteurs qui dépassaient des poches de ma veste.
Au début il y va doucement, un peu « T’écoutes quoi », en hochant la tête. On est pas con hein, on sait tous ce que ça veut dire. Bon, sur le coup, je monte un peu ma musique pour faire semblant de pas pouvoir entendre, mais je vois bien qu’il me fixe. Et c’est encore plus flippant que je sais pas où poser mes yeux. J’ai l’air d’une statue de glace, mais intérieurement je flippe plus que je l’ai jamais fait. Traitez-moi de flipette ou autre, je m’en fous carrément. Primo j’ai pas envie de me battre, deusio c’est carrément pas mon truc et j’étais quasiment sûr de me retrouver au sol sans mon MP3 pendant qu’il s’en allait tranquillement.
Discrètement, je tourne un peu la tête à gauche. Et là il s’énerve un peu, enlève mon écouteur droit et répète « Oh, qu’est-ce que t’écoutes ? C’est quoi, fait entendre un peu ? ».
Pendant que je cherche en une fraction de secondes quoi dire, le mec en face de moi détourne le regard. Et là j’ai dit un mot de trop : un « Oh ! » sur le ton d’un « Qu’est-ce que tu fais là ? ». Le jeune a pas aimé, mais alors pas du tout. « Quoi oh ? Qu’es’ t’as ? Ça va fais partager un peu. ».

J’ai même pas bronché. Ouais, j’aurais dû, je sais. Trop tard t’façon. Toujours est-il, qu’au bout d’un moment il déclare tout simplement « Ouais, j’connais pas. Mais il fait un bon son ton MP3, montre un peu ? ».
Parce que tu crois que j’ai vraiment envie de relâcher la pression de ma main pleine de sueur qui serre à mort le MP3 dans ma poche, juste pour l’exhiber devant tes yeux trois secondes avant qu’il parte dans ta poche à toi ?
« Non, c’est mon MP3. ».
Je crois qu’il a compris que je jouais pas son jeu gentillet de « Montre-le-moi et je te le rends après ». Parce que devant moi et le mec en costar’ d’en face, il a murmuré de manière super pas discrète « Allez montre ou j’te plante, sérieux. ». Et j’ai même pas su quoi ajouter bordel. Franchement, j’avais plus rien en tête. C’était à peine si j’entendais les paroles de ce que j’écoutais ; par contre me revenaient très bien en tête le couplet 1 de « Un cri court dans la nuit », ou un mec se fait planter injustement dans le métro. Très nettement même.
C’est con, mais j’ai pensé à Scrubs. À chaque fois que JD se met à penser dans son petit monde, le temps semble s’arrêter, et personne se rend compte qu’il passe trois plombes dans ses délires (sauf Kox, of course). Bah là c’était pareil, le mec restait en suspens à ma droite, et moi je m’imaginais agoniser dans le sang, tous les trucs que je laissais inachevés parce que j’ai la flemme de faire la moindre merde inscrite sur mon ToDo, ce que penserait les gens – et même, plus con, qui dirait aux gens sur le web que je suis mort ? Oh ça va hein. On y a tous pensé une fois.

Puis là il l’a sorti de sa poche de jean et l’a ouvert furtivement ; piquant mon bras droit avec la pointe de la lame. Je vais être honnête, des couteaux, à part cuisine, opinels et suisse, j’en avais jamais vu de ma vie. Et ma première rencontre me faisait horriblement peur. Presque j’entendais même plus le bruit du métro.
« Vas-y, fait ce que je dis, t’es sourd ou quoi ? »
J’ai le droit de dire « ou quoi. » ?
Et là, réflexe de merde. Me demandez _même pas_ comment ou pourquoi j’ai décidé de faire ça, même moi je sais pas. J’ai fais mine de sortir mon MP3 de ma poche lentement et de le rapprocher de lui. Et pendant qu’il avait les yeux rivés dessus avec son petit sourire de merde, avec ma main gauche j’ai choppé la sienne qui tenait le couteau, et je l’ai retourné au premier endroit où il m’a semblé que ça se planterait. Presque les yeux fermés tant je flippais de voir une réaction rapide, voire la lame s’enfonçant dans mon bide à moi.
Sans rire, quand j’ai ouvert les yeux et que j’ai vu le mec tâtonner son torse en essayant de retirer la lame, ma mâchoire est tombée à terre. Ouais, comme dans les dessins animés. Sa casquette est tombée au sol et j’ai vu son regard bourré de colère et de haine.
J’ai instinctivement reculé tout au fond de la rame, sous les yeux de l’autre mec en costar’ qui restait à faire mine de rien voir. S’t’espèce d’enculé qui avait pas fait un pas pour m’aider. Le jeune blessé a tenté de venir me chopper, mais il a glissé (ou est tombé dans les pommes ?). Pire, il s’est _pas_ relevé. J’avais aucune idée d’où j’avais planté la lame ; voire même si elle s’était encore plus enfoncé quand il était tombé sur le sol. À vrai dire, ça avait plus aucune importance. Rien, le vide.

Le mec en costar’ est resté à regarder sans rien faire, comme il l’avait si bien fait jusque là. Le seul truc que j’ai trouvé à faire c’est lui jeter un regard méprisant. J’avais bien envie de lui foutre un coup de poing, sans raison, mais honnêtement j’avais plus en tête le mec à terre qui bougeait plus du tout.
Pendant un instant je me suis dit « Il fait semblant d’être mort pour pas perdre la face ». Mais quand j’ai vu le sang qui dépassait de sous son corps j’ai quand même difficilement avalé ça.
Après ça je me suis rassit, j’ai foutu ma capuche et je l’ai serrée à mort. Plus que jamais, pire que Kenny dans South Park. Je suis resté là au moins cinq bonnes minutes à regarder le corps inerte se balader dans la rame, pendant que moi j’attendais plus que tout que le métro s’arrête et que je puisse en descendre.

Le bruit des roues qui freinent s’est enfin fait entendre, et je me suis levé en jetant un dernier regard au mec en costar, l’air de dire « Putain, répète jamais ça. ». Je suis sorti en laissant le corps en plan et j’ai remonté les escaliers qui mènent à la surface. En sortant j’ai quand même tout fait pour avoir l’air discret, mais croyez-moi c’est pas facile quand on tremble à mort.
Et tout le long du chemin j’y ai pensé et repensé. Genre Les Experts, chaque empreinte que j’avais laissé, chaque détail qui pouvait remonter jusqu’à moi, ou autre. Jusqu’à ce qu’une petite voix me murmure « Sans déconner, personne se souciera de ce mec ! ». Et c’était _bon_ de l’écouter, parce que ça dédramatisait un peu. Mais franchement il reste une bonne part de moi qui a vraiment du mal à y croire.
Parce que quelque part j’ai toujours cette petite voix catastrophée qui répète « Putain, j’l’ai tué ! » ; premiers mots auxquels j’ai pensé en voyant pas le mec se relever… :/

Bon.
Keep cool.
“OMG FFS§§ FAKE§§”.
“FALLAIT L’ENCULER§§”.
“KILL YOURSELF”.

Ça, c’est fait.

Medley.

Jeudi 14 décembre 2006

“Un bref instant, l’indicible silhouette de l’homme s’arrêta. À peine éclairé par la lueur de la lune, il desserra ses mains de la gorge comme marquée au fer rouge. Peut-être le clocher sonnant au loin quatre heures du matin l’avait-il distrait ? Non, jamais ; il émit simplement un bref rictus de sadisme, et enfonça le bout de ses doigts dans les cheveux de la jeune fille. Saisit la tête, et la frappa sur le bitume jusqu’à ce qu’un craquement rompe le silence.
Craquement de plastique ; telle une bouteille que l’on avait compressée à l’extrême, Lisa se vida peu à peu de sa conscience.”
Le Huitième Jour (Es Ciahse Sito)

“Trois détonations résonnantes, marquant le début de cette pièce s’annonçant inoubliable. Icham fit deux pas en arrière, se collant au mur du garage et restant immobile. Il savait que cela devait arriver tôt ou tard, de toute manière. Peut-être simplement aurait-il espéré que cela ne soit pas aujourd’hui.
« Ecarte-toi de ma fille, sale putain d’arabe ! » répéta le vieil homme, remuant le fusil en direction du jeune homme. « Ou je te jure que je tire… » acheva-t-il en s’avançant encore ; sortant de l’ombre pour dévoiler son visage crispé de rage. Un regard noirci par deux sombres yeux se jetant tantôt sur Icham, tantôt sur Solange.
Celle-ci tenta d’avancer brièvement vers lui mais il fronça haineusement les sourcils en retour. Mains tremblantes, elle ravala alors les quelques pas qu’elle venait de faire en avant. Puis essuya sans dire mot les larmes qui se faisaient deviner dans l’obscurité, tombantes sur le sol. Elles, et les deux anneaux qui glissèrent peu à peu de sa main tremblante.”
De la Survie du Bonheur

“Alors que les aiguilles de l’horloge marquaient en chœur onze heures, Rosa reposa son regard sur la fleur.
Sans doute avait-elle peur ? de cette tache rouge sang mise en évidence dans le décor, qui attirait inéluctablement le regard comme un puissant aimant.
Le cœur battant -sans trop qu’elle sache pourquoi- Rose se leva de son fauteuil et prit la rose dans sa main. Bref cri de douleur, elle la retira vivement des épines. « Bon sang ! » s’écria la jeune femme, le regard fixé sur les lancinantes perles vermeilles tombant en marquant une à une le blanc du carrelage. Elles étaient comme un compte à rebours qui réveillait les obscures consciences tapies au fond de son esprit. Telles une mise en garde, une menace, une incitation à détourner le regard vers le téléphone posé à sa gauche et à s’en saisir sans plus tarder.
Rose contempla le combiné avec appréhension, finit par céder, et tapa le numéro du bout des doigts en laissant de petites traces rouges ci et là sur les touches.”
Les Roses sont Rouges

“J’ai posé le journal à ma gauche sur ce banc, et je suis resté là à écouter le silence de la rue. Je n’avais jamais été dans une ville fantôme… lire la une de ce journal a fait vibrer ma colonne vertébrale. L’angoisse sûrement… La photo en noir et blanc du journal est tellement… indescriptible. Quelque chose me dit que ce fut le dernier exemplaire de l’Allenski.
En tout cas par manque de chance, les pages intérieures ont disparues. J’aurais bien aimé vous dire ce qui s’est passé, mais la photo n’en dit en fait pas tant que ça. C’est juste des bâtiments en feu de nuit.
Je crois que je vais rester quelques temps ici. En attendant il me faut un toit pour dormir, je vais farfouiller un peu.

Je suis dans un hôtel, du moins au guichet d’un hôtel. Le « Stars : L’étoile qui illuminera votre nuit ». Tout un programme.
Enfin, il y a un papier et un stylo sur le comptoir. Ce n’est pas tant ce détail qui m’a mit mal à l’aise. Mais quelque chose est écrit dessus, et la dernière phrase s’arrête en plein milieu. Je sais pas vraiment ce qui s’est passé ici… mais ça a été sans doute très rapide. C’est marrant cette soudaine curiosité qui m’envahit, alors que j’ai jamais été curieux.”
Le Coeur des Ténèbres

“Il faisait froid. Non, pas un froid qui venait de l’extérieur et dont on se plaignait en attendant l’été. Un froid qui venait de l’intérieur et gelait lentement les organes de Marc. Rien ne semblait pouvoir le réveiller, si ce n’est cette légère flaque d’eau proche de l’oreiller de Meredith.
Il se releva en sursaut ; elle n’était plus avec lui, dans ce grand lit beige au cœur du Seigneur du Suicide. Le réveil indiquait le lendemain, la nuit allait tomber. Adieu travail chéri, je te trompe avec une autre.

Marc marcha un peu dans l’appartement au carrelage glacial. Nulle trace de la belle Meredith ; sans doute s’était-elle envolée comme un flocon de neige. Qu’avait-ils bien pu faire la nuit dernière ? Oh, certes, ils avaient fait l’amour, mais tout aussi froid que ce carrelage. Meredith ne le faisait que pour dire qu’une fois dans l’année elle n’avait pas pleuré seule dans son grand lit. Dans le fond, elle n’aimait pas vraiment les gens. Mais cela, datait d’une époque déjà bien antérieure.

La main de Marc abaissa la poignée de l’appartement, celle de l’immeuble, celle de sa voiture. Peu importe ce qu’il avait oublié chez la belle Meredith, il reviendrait tôt ou tard chez elle. ”
Nuit Blanche

“« De toute façon, tout a empiré depuis que maman est partie ». Hannah soupira et resserra son manteau; cacher, à tout prix. Sans dire mot, son frère fronça les sourcils et détourna le regard un instant. « Je sais comment tu gagnes ton argent, Hannah. C’est plus la peine. ».
Surprise dans un premier temps, puis gênée et déçue ; elle relâcha la pression et laissa le manteau s’écarter et dévoiler son corps uniquement vêtu de sous-vêtements. Elle faillit même pleurer, mais sans doute trop en bas de l’échelle pour se rabaisser, elle n’y arriva même pas. « Tu sais… je crois qu’au fond je t’ai toujours envié, grand frère. ».
William ne répondit pas. Il passa simplement sa main sur son costume, et se leva du banc de pierre.
- Soeurette, promet-moi un truc. commença-t-il.
- Quoi ? s’étonna-t-elle.
- Veille sur papa, je t’en prie. Je suis mal placé pour le faire, et lui-même n’en est plus capable.
Il s’écarta de quelques pas, et lâcha un « Parfois j’ai l’impression qu’il a vieilli plus vite que nous… » ; presque inaudible dans un silence pourtant intact. Pas par pas, la silhouette de William s’éloigna et s’effaça dans la nuit d’encre.

Seule, assise sur son propre sort, Hannah referma ses paupières sur les larmes recouvrant ses yeux. ‘Trop en bas de l’échelle’, pour rattraper William, et avouer qu’elle avait oublié qui était son père.”
Les Enfers