out through the winter throat

out through the winter throat le blog de Anahkiasen.

Archive pour septembre 2010

À partir de cet article je tente un nouveau format : désormais le principal de l’article est affiché, et le reste n’est présent que pour ceux qui veulent en savoir plus. Pour afficher les parties secondaires, passez la souris sur les bandeau titres.

You ever read any Nietzsche? Nietzsche says there are two kinds of people in the world : people who are destined for greatness, like Walt Disney and Hitler. And then there’s the rest of us. He called us “the bungled and the botched” — we get teased, we sometimes get close to greatness… but we never get there.
We’re the expendable masses. We get pushed in front of trains, take poison aspirin, get gunned down in Dairy Queens. […]

You’re a good kid, you say no to drugs… But you ever get the feeling sometimes, you’re being punished for your sins?

C’est amusant comme les groupes qui s’ancrent assez pour finir en article, ne font au final que rarement partie du lot des « groupes que X ou Y m’ont vivement recommandés ». Plus couramment ce sont même au contraire ceux sur lesquels je tombe par hasard et qui m’accrochent au détour d’un passage furtif ; ces noms lâchés dans le recoin d’une phrase qui simplement m’intriguent tant par leur pochette ou concept que je me dois de leur prêter attention.
Nadja est un groupe entre tout cela : on me l’avait certes conseillé à quelques reprises il y a longtemps de cela mais depuis le nom s’était évanoui dans le flou de nouvelles découvertes musicales. Puis en période de pleine sécheresse – les oreilles brûlantes d’un désir d’écouter quelque chose de nouveau – je me suis aventuré sur Spotify et ai lancé au hasard un album de ce Nadja qui tapi dans sa zone d’ombre dans un angle mort de ma mémoire, me hantait passivement.

Parce que je me dois de décrire cela d’une quelque manière : Nadja est un groupe aux inspirations diverses dont la classification tombe dans le drone. Sans d’aucune façon vouloir me prétendre connaisseur du genre dans son ensemble, de ce que j’en sais et comprends, le drone est une musique souvent instrumentale qui se caractérise par la création et le maniement de couches et murs de sons semblables à ceux du post-rock, du shoegaze ou encore du noise. Il tient son nom de ces notes longues, répétées ou prolongées dont il est originellement conçu, communément appelées « drones » — la note drone en soi n’étant pas propre au genre puisqu’étant vastement utilisée à travers le monde et les cultures (le Didgeridoo par exemple est une musique usant de drones).
Dans le cas de Nadja et de sans doute de nombre d’autres groupes du genre, les drones sont des notes qui en quelque sorte vivent indépendamment de la mélodie et des partitions puisqu’ici désignant les différentes couches de sons. Elles naissent, prennent de l’ampleur, absorbent l’auditeur et enveloppe la musique, mais ne sont ni réellement contrôlables ni complètement indomptables. Ce sont des plaines de son ; de pleines plages qui ni composées ou écrites, font partie intégrante de la musique. La plupart des travaux du groupe se veulent ainsi relativement peu rapides en rythme, ce en partie dû à ce son laminant qui de sa présence monolithique résonne et requiert des temps de battement après chaque impact de guitare.
Les pistes qu’on rattache au drone sont très souvent conséquentes en longueur, parfois extrêmement complexes ou parfois juste ambiantes. Empruntes de variations d’atmosphères, thèmes et styles qui peuvent changer d’un album à un artiste à un autre. L’un des sous-genres les plus proéminents du drone étant le drone metal (ou drone doom), genre auquel Nadja entre autres choses se rattache.

Nadja derrière son nom lancinant est un duo canadien composé d’Aidan Baker et de Leah Buckareff. Dans la manière dont il a été originellement conçu, il ne devait être qu’un projet solo d’Aidan censé lui permettre d’explorer de nouvelles facettes de sa musique alors ancrée dans l’acoustique, l’expérimental et l’ambiant. C’était un moyen d’intensifier son style, de lui donner une dimension plus sombre voire plus féroce, teintée de références aux artistes l’ayant bercé. Bref, Nadja était un projet de studio qui n’était implicitement destiné qu’à étendre le champ musical de son seul membre, le nom étant même à l’origine une simple inversion d’Aidan (Nadia), orthographié Nadja « in order to reference the Nadja character from Breton’s book and Elena Lowenstein’s character from the vampire movie ».

Les premiers albums sortis de la gorge ardente du groupe sont en marge dans son historique puisque datés d’avant l’arrivée de Leah. Il est difficile de faire la part de ce qu’elle a apporté à Nadja — outre sa basse. Toujours est-il qu’il est impossible de ne pas remarquer à quel point les albums datant d’avant son arrivée sont sombres, et que plus le temps a passé après cela et plus les thèmes se sont fait neutres et complexes, jusqu’à aujourd’hui avec Autopergamene que personnellement je considère comme l’histoire d’une relation, bien que tragique, certes.
À vrai dire en parlant de relation, même celle d’Aidan et Leah n’est pas réellement claire. Certains disent qu’ils sont fiancés, d’autres non certes, mais s’ils l’étaient ce serait bien la preuve que l’arrivée de cette petite bassiste canadienne relieuse de livres fut l’un des points clés de l’histoire du groupe.

Après trois mois la tête enfoncée dans les différents tableaux que chaque album dans toute son individualité, décrit, mon avis sur Nadja est on ne peut plus positif. C’est assurément non seulement une de mes meilleures découvertes de cette année, mais aussi désormais un de mes groupes les plus écoutés toutes périodes confondues. De par son style imposant et ses pistes qui absorbent et se jouent de l’imagination de l’auditeur, Nadja a su dès les premières écoutes se révéler magistral à mes yeux. Tout n’est pas à garder, ce serait faux que de prétendre le contraire, mais les albums qui m’ont happés l’ont fait avec tant de brio que l’enthousiasme dont j’ai fait preuve à les redécouvrir m’a moi-même surpris.
Je disais dans un article précédent, « j’écoute ma musique presque autant pour son concept que pour ce qu’elle m’apporte » et Nadja est définitivement un groupe qui dans tout l’expérimental de sa classification a su m’abreuver de paysages à imager, d’histoires à composer et sur lesquelles réfléchir. Le drone est définitivement une musique dans laquelle il faut s’impliquer et qui laisse l’auditeur compléter les silences par ce qu’il retire des multiples couches de mélodies entremêlées. La contrepartie de cela est que non, ce n’est pas un groupe qui plaira forcément à énormément de gens. Je ne dis pas ça d’une quelque manière supérieure « Ne pas l’écouter c’est ne pas avoir de goût », je dis simplement que Nadja ne trouvera pas son public chez tout le monde. Cela ravira les rares prêts à être envoutés par les décors musicaux de pistes sur lesquelles laisser l’esprit planer – les autres tout au plus souriront de ce qu’ils jugeront monotone.