out through the winter throat

out through the winter throat le blog de Anahkiasen.

Les Choses Mortes III - Le Serpent et l’Arc-en-ciel

J’aime assez la manière dont les choses qui ont mené à cette série se sont enchaînées. Dans mon précédent article j’abordais la manière dont entre autres je manquais de friches à visiter pour continuer mon thème des « Choses mortes ». Le vendredi à la question de mon patron « Et sinon tu fais quoi ce week-end ? » j’ai ainsi brièvement expliqué comment je cherchais un endroit cool à visiter, je lui ai parlé de la gare abandonnée et des photos que j’avais prises. Immédiatement son associé me parla d’une clinique fermée il y a peu qu’il connaissait de son fils.
C’était au détour d’une phrase mais le temps de recherches pénibles sur internet j’ai mis le doigt sur celle dont il parlait. Le samedi en début d’après-midi j’ai chargé mon appareil, ai embarqué une lampe de poche et mon trépied, et suis parti en direction de la clinique de la Villa Madeleine.

Contrairement à beaucoup de lieux abandonnés que j’ai visités, celui-ci n’est fermé que depuis trois/quatre ans ce qui en fait un lieu encore « frais » si je puis dire. Évidement sans surprise, tout est pourtant déjà ravagé à l’intérieur.
L’entrée fut plus difficile que prévu, en partie parce que depuis Street View j’avais repéré un muret par-dessus lequel je comptais passer. Sauf que les photos de Street View, mine de rien, elles sont prises de haut. Du coup je me suis retrouvé face à un muret légèrement plus grand que ce à quoi je m’attendais. Après quelques minutes d’escalade, j’ai trouvé une faille dans les grillages placés en enceinte autour de la clinique, et suis passé par l’entrée secondaire.






Le Serpent et l’Arc-en-ciel




No Mercy

Ghosts IV



Poltergeist
















Globalement, non pas que ce soit décevant, mais le lieu était trop neutre pour que j’en tire vraiment des photos correctes. Neutre au sens où quasiment tout avait été vidé avant fermeture, et ne restait que d’innombrables pièces vides. Alors que ce que je cherche dans un lieu abandonné ce sont des objets laissés en plan, des témoignages de bouts de vie, des traces du passage de quelqu’un. Ça mais pas de longs couloirs débouchant sur des chambres vides.
Heureusement, sur l’assez grande superficie de la chose (j’ai passé un bout de temps à tout visiter), il y avait pas mal de tags sympa et de petites choses qui valaient quand même le voyage. Et puis merde, rien que pouvoir voir ce qu’il y a derrière toutes les portes « Accès réservé au personnel », ça n’a pas de prix.

Le moment le plus intense de toute ma visite, a sans doute été à la fin. En fait il faut comprendre que le trépied que j’utilise, j’ai une fâcheuse tendance à des fois le poser, prendre une photo, et repartir en oubliant de le reprendre. Et au moment d’enfin sortir de la clinique à six heures, quelqu’un qui passait devant m’a dit de me méfier étant donné qu’il habite juste à côté et qu’à six heures et quart systématiquement des mecs s’arrêtent juste devant et vont dans la clinique pour faire leur deal. Il me dit que la police a déjà fait une intervention – pointant du doigt la grande bande Police Nationale qui entoure l’entrée et que je n’avais pas vue – mais que les mecs après un temps de battement ont continué à utiliser l’endroit.
Bref il me stresse un peu, ce après quoi je continue à marcher vers ma voiture et, vous l’avez deviné, en reposant l’appareil dans mon sac-à-dos j’y constate bien évidement que le trépied n’y est pas.

Je me retourne et comprends donc qu’il est dans la clinique. Plus précisément, quelque part dans la clinique et ses cinq étages, quelque part au milieu du bordel et de la cinquantaine de chambres et pièces et blocs. Je crois que jamais en un quart d’heure je n’ai autant speedé à monter et descendre des escaliers, à ouvrir chaque porte et à retourner chaque pièce de plafond. Vous allez me dire, « Il suffisait de se rappeler de ta dernière photo prise et voilà ». Sauf qu’avant ça j’avais déjà passé une bonne demi-heure à retrouver LE PUTAIN DE CACHE de l’appareil tombé de ma poche, demi-heure pendant laquelle j’avais donc déjà retourné la clinique et où j’aurais pu poser le trépied n’importe où.
Au final je l’ai retrouvé, au dernier endroit où je l’y aurait cherché : sur le toit. Je me suis dépêché de sortir comme si le Tank arrivait derrière moi (parce que oui, l’ambiance était très No Mercy) et je me suis enfoncé dans ma voiture. Je suis rentré chez moi, j’ai pris une douche, j’ai récupéré mes photos.

Un samedi comme les autres.

21 commentaires pour “Les Choses Mortes III - Le Serpent et l’Arc-en-ciel”

  1. Anahkiasen dit :

    Je suis vraiment désolé pour la qualité des photos — tant pour le grain que pour mes visible et pathétiques tentatives de le masquer.

  2. Sir_carma dit :

    Très chouette série encore une fois, et récit sympa :)
    C’est bien que tu prennes un modèle pour tes photos (bon là c’est toi-même mais bon…).
    Tu devrais garder l’idée.
    Ca rajoute vraiment quelque chose d’avoir une personne dans ce genre de lieux.

  3. Thermostat dit :

    J’aime bien tes photos en general. C’est pas du grand art, mais comme tu le dis ce sont des tranches de vies passées, et ca a toujours un certain charme. Pis l’histoire à la fin est bien marrante.

    Contrairement à Sir_Carma, je n’aime pas trop quand quelqu’un est sur la photo.

  4. Anahkiasen dit :

    Les « auto-portraits » partaient à la base d’une volonté d’avoir plus de sujets considérant le peu de gens qui passent dans les coins paumés où je vais. J’aime énormément travailler avec un sujet et personnellement je trouve aussi que ça ajoute beaucoup. Et puis je pense que c’est important de passer devant l’objectif parfois.
    Après dans l’ensemble j’ai eu beaucoup de mal avec cette série, les photos que j’en ai tirées pour la plupart ne m’ont pas vraiment frappé par leur qualité, j’ai construit cette série mais au final – et comme beaucoup de fois – passé les 10/15 premières photos je n’en retiendrai pas forcément plus. Je ne dis pas qu’elle est mauvaise, je suis quand même content du tout, mais j’aurais aimé mieux.

  5. Caroline dit :

    Ouais le récit rattrape le côté trop clean (mais un peu “fear”, ou est alma ?) du lieu. Pour la première, j’avais pas compris que tu avais un trépied et j’ai cru que c’était une infirmière à blouse ( … euh, c’est complètement débile, surtout que tu n’as pas l’air d’une infirmière mais bon, voilà) ce qui rajoutait à l’ambiance.

    Conclusion, la prochaine fois, trouve une belle nana avec une blouse d’infirmière.

  6. PopHip dit :

    Tu y retournerais en pleine nuit ?

  7. Anahkiasen dit :

    Si je devais oui, cela dit même si de jour ce n’est pas réellement terrifiant, le nombre de chambres, couloirs, coins et recoins font que le tout est un vrai labyrinthe. Ça ajouté au fait que ça a quand même une aura un peu flippante (ça reste une clinique), fait que— non en fait tu sais quoi j’y retournerais pas en pleine nuit.
    J’essaye de m’imaginer ces couloirs dans le noir et je pense que ça serait vraiment horrible, l’endroit est trop grand, t’as toujours l’impression que sur les cinq étages et deux ailes il y a quelqu’un quelque part, et les innombrables chambres font que j’aurais personnellement trop les boules rien qu’à l’idée qu’il puisse y avoir quelqu’un derrière l’une des portes. Puis merde c’est trop facile de s’y perdre, ou d’y perdre un truc.

  8. Waldeck dit :

    On a dû te le demander 500 fois mais quel est ton appareil et quels sont tes objectifs?

    Decors parfait pour un remaque de Fear. On s’y croirait.

  9. Sabrovitch dit :

    Jolie série, j’aime bien tes photos en général.

    Y perdre un truc, une partie de toi même… ou un trépied ? :)
    Et en pleine nuit tout seul ça serait sans doute flippant, mais à deux tu pourrais ?

  10. Douceur dit :

    Toujours aussi bons, tes articles.
    Si je cherche un coin abandonné pour mon prochain truc louche, je sais à qui faire appel.

  11. Mister Bricolage dit :
  12. Jul' dit :

    En tant que photographe très amateur, je trouve tes photos vraiment sympa :-)

    J’adorerais faire comme toi, aller dans des lieux aussi sinistres… mais je suis trop froussard pour me lancer :(

    J’ai hâte de voir ta prochaine escapade !

  13. Supdub dit :

    La vache ! Chacune des tofs pourrait servir de cover d’album d’un groupe un tant soit peu indé/bizarre. Ca rendrait impec’ sur un bon vinyle !

  14. Razalghel dit :

    J’adore ce que tu fais, les endroits abandonnés c’est carrement un truc a faire, avec les cata de paris, c’est vraiment un truc que j’aimerais faire

    est ce que tu connais ce site?

    http://glauqueland.free.fr/index/index.htm

    j’y vais depuis quelques années, a chaque fois je reste pantois sur les photos de ces endroits abandonnés!

  15. Enema dit :

    Je me disais aussi, une clinique c’est flippant vu l’énormité du bâtiment, par contre quand tu pars comme ca, çà t’arrive de ramener des “trophées” ?

  16. Anahkiasen dit :

    Waldeck : Non en fait c’est quasiment la première fois qu’on me le demande. J’ai un Canon EOS 350D, avec un simple objectif 18-55 tout bête. Je le dois à mon frère et ça fait bientôt deux ans qu’il m’accompagne.
    Je pense pas vraiment que ce soit l’appareil qui aide à faire de bonnes photos, je ne dis pas qu’un meilleur appareil serait négligeable, c’est même toujours appréciable d’avoir plus de marge de manoeuvre et moi-même je ne cracherais pas contre par exemple un grand angle ou autre. Mais quand je vois les mecs sortir leurs gros reflexs et leurs 500 objectifs pour au final faire des photos aussi pourries qu’avec un compact, j’ai envie de me frapper la tête contre un mur.

    Razalghel : Je connaissais pas ce site en particulier, mais j’en connais des tas similaires. L’exploration urbaine (c’est son nom officiel) est une activité qui a eu un gros succès il y a quelques années et qui continue aujourd’hui à vivre. Il suffit de taper ça sur Google et tu seras submergé par les sites du genre, proposant des photos de lieux abandonnés.
    Le plus connu est Forbidden Places, mais comme 90% des sites d’urbex, les lieux en France sont soit dans le nord autour de Paris, soit près de la frontière espagnole.

    Enema : Non j’ai encore jamais rien ramené. Je veux dire, j’y ai pensé bien évidement, mais je sais pas, ça me sort de l’esprit à chaque fois (même si j’ai ramené le dentier de la photo 3). La plupart du temps je prends juste mon trépied, une grosse lampe de poche et puis voilà. En fait je crois que je considère un peu mes photos comme mes trophées, et en me positionnant en sujet sur certaines d’entre elles je m’ancre dans le lieu d’une certaine manière. C’est mon “i wus here” personnel en quelque sorte.

  17. meduz' dit :

    Bon récit, et quelques bonnes photos aussi. Félicitations, ça doit être de chouettes escapades3

  18. Kirannu dit :

    Les photos où tu apparais sont plutôt bien foutues ! C’est assez rare dans les photos d’urbex (si on ne compte pas les filles dénudées ou en latex). J’aime aussi les couleurs et le traitement de la majorité des photos “claires” et d’extérieur.
    Je te conseille si tu as l’occasion un objectif grand-angle, ça peut être très intéressant pour ce genre d’endroits. Le boîtier n’est pas ce qui est le plus important, surtout si tu as déjà un trépied.
    Si tu continues dans cette pratique, il t’arrivera surement de prévoir un départ en pleine nuit pour pouvoir passer plus discrètement les gardes et autres dispositifs de sécurité du lieu ;-)

    Voilà à quoi ça ressemble un hôpital aux Pays Bas, avec chapelle et théâtre : http://blog.echappees-urbaines.fr/2009/11/hopital-ml/

    Assez étonné que tu te balades seul, c’est un truc que je ne ferais jamais. Entre les dingues qu’on croise dans ces endroits et les dangers physiques (coupures, chutes, empoisonnement), jamais bon d’être en solo. Dans le nord de la France, Belgique et Pays-Bas la pratique est très répandue et on rencontre souvent d’autres groupes qui visitent en même temps. Des aventures récentes de mes potes m’ont un peu refroidi : un gars dans la friche où ils étaient est tombé au travers d’une passerelle rouillée, ses potes n’ont pas réussi à le remonter et l’ont lâché à bout de forces, il est tombé 30m plus bas mais s’en est miraculeusement sorti. Ou la fille belge qui n’avait pas de lampe de poche, est tombée dans un trou plein d’huile et que sa copine n’a pas réussi à remonter…

  19. Anahkiasen dit :

    C’est pas que j’aimerais pas faire de l’urbex à deux ou plus, c’est simplement que dans le sud-est c’est assez désertique – tant en friche qu’en personnes ayant envie d’en explorer. Du coup pour l’instant j’ai fait cavalier seul, et j’ai quand même pris des lieux dont j’étais sûr qu’ils soient vides. Premièrement parce que les précédents lieux étaient isolés et puis surtout parce que dans le coin des photographes qui s’y aventurent ça ne court pas les rues.
    La clinique c’est différent, elle n’était pas coupée du reste du monde du tout, mais c’était une exception.

    J’aimerais bien trouver d’autres photographes avec qui crapahuter mais je vois vraiment pas où demander.

  20. Romain dit :

    Merci et bravo pour tes photos, elles me touchent vraiment.

  21. Tydax dit :

    J’aime bien cette série, c’est plus clair qu’avant, plus épuré, ça change. Je te l’ai sans doute déjà demandé, mais tu utilises quoi pour retoucher tes photos ?

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