out through the winter throat

out through the winter throat le blog de Anahkiasen.

Archive pour décembre 2009

Choses Mortes II : Les murs des visages

Mardi 29 décembre 2009

Cela faisait environ trois mois que je n’étais réellement parti faire des photos, et à défaut d’avoir en tête une véritable expédition, j’ai pris ma voiture et ai suivi la route jusqu’à ce que quelque chose me frappe à travers la vitre. Aux environs de cinq heures et demi, sur la route qu’on avait suivi pour monter au réveillon de noël, je suis repassé devant cette gare abandonnée qui m’était sortie de l’esprit. Je suis descendu pour en faire vite fait le tour et estimer les lieux, mais la nuit grandissant n’aidant pas, j’ai dû revenir le lendemain.

À la lumière d’un jour nuageux, je suis donc retourné avec mon appareil prêt et chargé à cette petite gare que l’œil ne caresse plus, encagée par des masses de hautes herbes, ses fenêtres et portes en partie scellées par des murs de briques. Je ne sais pas depuis combien de temps l’endroit est en ruines, assez déjà pour avoir été retourné par les squatteurs et clochards… je n’ai d’ailleurs jamais vraiment compris pourquoi tous les endroits abandonnés voient leur sol couverts de milliers d’objets comme si c’était un impératif. À croire que dès qu’un lieu ferme on envoie une équipe de dévastation qui s’occupe de faire en sorte qu’il soit aussi détruit à l’intérieur qu’il l’est à l’extérieur.

Il y a une maison couplée à la gare, je ne sais pas si elle fait partie d’un quelque commerce qui se trouvait à côté (je crois qu’il y avait une boulangerie, ou une crêperie ou dans le genre) ou alors si elle était là pour les employés de la gare. Je ne sais pas non plus si ce sont uniquement des trains de marchandises qui passaient par là, il y a un accueil pour les passagers mais il est emmuré.
C’est toujours assez angoissant de se promener dans des lieux comme ceux-ci, la plupart du temps je coupe ma musique parce que le moindre bruit me fait l’arrêter pour regarder autour de moi. En fait le plus dur à supporter ce sont les premiers moments, quand on n’a encore qu’une idée très vague de l’endroit. Au fur et à mesure qu’un plan des lieux se dessine mentalement tout va mieux. C’est aussi une histoire de s’assurer que l’endroit est bel et bien vide, quand on sait que toute les pièces sont inoffensives on a plus d’aisance à arpenter l’endroit qu’au début où la crainte de quelqu’un vivant encore là est présente. Globalement c’est un vaste ressentiment d’être en permanence observé.






































J’avais oublié de prendre ma lampe de poche donc à défaut d’autre chose j’ai principalement découvert les pièces à coups de flash — vous imaginez d’ailleurs mon sursaut en tombant sur cette pièce dont les murs sont recouverts de projections de peinture rouge. Sur le coup je me suis affolé sur mon appareil pour refaire une photo et confirmer ce que j’avais vu… pendant une fraction d’instant j’ai imaginé le pire avant de voir d’autres projections, bleues et jaunes.
Le tout était vraiment sombre, ce sont des conditions difficiles pour prendre des photos. D’ailleurs dans la majeure partie des cas je passe devant des images, des éclairages ou des illusions que seraient magnifiques à capturer mais que même de bons réglages ne parviennent à retranscrire. La plupart des images gardées sont d’ailleurs un brin troubles ou granulées par les hauts ISOs, ce qui ajoute une touche non négligeable tout en étant horriblement chiant. Désolé si en agrandissant certaines images vous vous retrouvez devant un truc flou.

En repartant j’ai un peu continué sur la route de la Tinée et suis tombé sur une centrale électrique fermée. J’ai voulu y aller mais tout était grillagé, alors je suis passé par la droite et ai découvert un chemin. À mi-hauteur de montagne quand j’ai compris que c’était une piste de randonnée je suis redescendu. Sur le chemin j’ai vu énormément de choses fascinantes à prendre, le problème c’est que sur ces routes il n’y a nul endroit où s’arrêter, seuls quelques refuges mais placés aux mauvais endroits. Quand je pars faire des photos j’ai toujours l’impression d’en avoir énormément qui me passe entre les doigts et c’est frustrant, mais en général au retour avec du recul je suis toujours content d’être parti ce jour-là et d’avoir eu le cran d’aller à tel ou tel endroit.
Je ne sais pas si cette fascination pour les lieux esseulés ne touche que moi – que ce soit par leur atmosphère pesante et noire, ou leurs complexes arabesques rousses de métal décrépi. Les murs arrachés, et l’eau croupie qui par vastes traînées vient assombrir le papier peint et gorger le plancher. Il y en a qui aiment prendre des centaines d’images d’infinis paysages, moi j’aime les recoins enténébrés de ces lieux défunts qui les choses mortes accueillent.

Bonus : un pont de merde comme je les déteste, et du McDo jusque dans ta gare abandonnée


Une certaine idée de la funk

Vendredi 25 décembre 2009

Hier soir nous sommes allés à la maison de ma grand-mère, celle du côté de mon père, qui habite quelque part dans la montagne où j’avais été cet été faire des photos avec ma cousine. Le chemin n’est praticable qu’à pied, et nous sommes ainsi partis dans la pleine pénombre alors que sur nos têtes baissées le ciel hachuré d’averses pleurait d’humides lances.
Comme beaucoup de maisons construites à cette époque c’est un endroit qui s’est laisser dépasser par la vie moderne, et au fond rien n’a vraiment changé depuis la dernière fois que j’y étais allé quand j’étais gosse. Les mêmes plats dans les mêmes assiettes, le même jus de raisin dans les mêmes verres, les mêmes meubles, le même énorme plancher brossé de brun. Tout est comme figé dans le temps et à part la télé en toile de fond diffusant Attention à la marche, rien n’a changé depuis cette photo de moi à six ans qui veille au mur.












Ma grand-mère depuis quelques années a vu sa mémoire s’estomper du fait d’alzheimer. Son mari tout comme ses deux fils reviennent la voir régulièrement pour s’occuper d’elle, mais elle n’a à ce stade plus de notion du temps qui passe, de quand elle doit manger – de qui sont les personnes assises autour d’elle à table, l’âge qu’ils ont, leurs noms.
On a partagé quelques plats habituels de noël – du gratin, un rôti de chevreuil, du fois gras. C’était vraiment agréable de revoir tout le monde, à vivre loin dans les teintes azures de Nice j’en oublie ces temps d’enfance passés là à jouer dans la grange de ma grand-mère ou à dévaler les plaines voilées de neige sur ma petite luge rouge. J’ai vraiment du mal à décrire mon enfance parce que j’ai toujours l’impression qu’il y a tant de détails à citer que si j’en oublie un le reste paraîtra hors contexte, alors je préfère m’arrêter là plutôt que de développer.

Quand je suis arrivé en haut ma batterie d’appareil était morte, j’ai grappillé quelques images de ci de là quand, après un certain temps éteint, mon Canon me laissait prendre une ou deux photos. J’ai eu énormément de mal à capturer quelque chose sous le faible éclairage du seul plafonnier, mais avec du recul je pense que ce sont ce flou et grain qui retranscrivent le mieux mon état d’esprit ce soir-là. Ça n’avait plus d’importance qui j’étais des kilomètres plus bas, ici dans cet endroit précis avec ces personnes précises j’avais simplement l’impression d’être un gosse à nouveau, perdu dans la brume de ma propre mémoire. Qu’importe le nombre de fois dans la soirée où fut répété « C’est Maxime, il a vingt ans maintenant, tu te souviens de lui ? ».

Ce matin

Samedi 19 décembre 2009

Aujourd’hui la Côte d’Azur a viré ses teintes au blanc.
Non pas de photos de Nice, je me suis levé à huit heures faire des photos, ma voiture est sous dix centimètres de neige, je reste au chaud §
Désolé pour la qualité assez crade des photos, j’avais monté l’iso à fond afin de faire une couverture pour un texte et j’ai oublié de le rechanger en me levant du lit.