out through the winter throat

out through the winter throat le blog de Anahkiasen.

Archive pour août 2007

Attention, personnes sensibles et femmes enceintes, cet article parle de rap français !

Bien, maintenant que plus personne n’écoute je peux tranquillement déblatérer des conneries.
Comme certains le savent, j’aime énormément le rap français; j’en écoute des heures et des heures chaque jour, je pourrais en écrire des paragraphes interminables, j’en ai visité les prémices et les classiques, et je vous transmets de temps à autres des compositions comme En Noirs et Blancs, Le Futur qu’ils veulent pour Nous (Assassin) ou très bientôt la très longue Vallée Rouge (IAM).

Seulement voilà, il est inutile de se voiler, depuis des années le genre se meurt et rare sont les fois où l’on voit fleurir de bon vieux rappeurs; ces moments où on se prend à acheter un album en se demandant quelle était la dernière fois qu’on avait mis les pieds au rayon “albums” de carrefour. Et en tant que genre plus ou moins mort, il se peut que parfois on aie l’impression d’en avoir fait le tour. À l’heure actuelle, je pense connaître la plupart des noms essentiels du vieux rap, ce qui fait que parfois j’ai cette impression, même si on sait tous que c’est un ressentiment erroné (c’est toujours quand on croit avoir tout écouté qu’on découvre un album). Du coup, pour continuer d’abreuver d’albums ma grande discographie, je me rabats sur cette sorte de nouvelle mouvance qui se saisit discrètement du genre, et qui prend le direct contre-pied de cette pseudo-musique difforme et superficielle que l’on entend à la radio (K-Maro, si tu nous entends, brûle en enfer).
Parmi ces rappeurs français qui apportent un peu de nouveau dans le rap français actuel, on peut en citer deux trois pour définir ce dont je parle.

Premièrement, 20Syl et son groupe Hocus Pocus fondé vers ‘97. Avec des sonorités tranquilles et sympathiques, des paroles un peu fouillées sans tout autant être “prise de tête”. Et surtout des instrumentales très Jazz non sans évoquer les plus grands Jazzy du genre que l’on regrette de ne plus entendre aujourd’hui. Il est difficile de définir ce qui fait qu’on aime Hocus Pocus, mais mon avis personnel et que c’est un groupe qui a toujours su partir dans des délires sympathiques qui font sourire l’auditeur. Que ce soit par les paroles parfois louches de Seconde Formule, ou des pistes comme Malade sur Acoustic Hip-Hop Quintet.
Et bien sûr arriva l’album 73 Touches qui fit connaître le groupe à beaucoup de personnes, et ce n’est évidemment pas un mal, loin de là. Dans le même genre de rap un peu “Jazz”, on peut tout autant citer Kohndo qui apparaît sur 73 Touches. Mais j’hésite à le citer, parce que aussi original que soit son album Tout est Écrit, ça reste, dans le fond, peu différent de ce qu’a toujours fait La Cliqua.

Autre caractère majeur de cette nouvelle vague, l’indétrônable Oxmo Puccino et sa voix grave d’opéra. Reconnu notamment pour son album Opéra Puccino en 1998 (<3), je pense qu’il a beaucoup participé à renouveler le rap à travers des albums comme l’étrange L’Amour est Mort ou Le Cactus de Sibérie.
Et bien évidemment, comment ne pas citer Lipopette Bar et ses instrumentales composées par les Jazzbastards. Ils l’ont eux-même dit, c’était vraiment quelque chose à part que de travailler en collaboration avec un rappeur. Et le résultat, même si certains ne l’apprécient pas vraiment, ne peut être critiqué sur le fond.
L’idée d’apporter des sonorités nouvelles au rap; l’idée de conter des vies d’une manière toute nouvelle et de sortir des éternelles histoires racontées par les rappeurs depuis des décennies… comment ne pas rattacher Oxmo Puccino à ce “rap moderne” qui attaque doucement le rap actuel d’en bas, en sciant lentement les fondations ? Je ne vais pas être trop optimiste et m’imaginer que des albums comme ceux-ci pourront détrôner ce qu’est devenu le genre, mais le fait qu’ils se vendent prouve qu’il existe bel et bien un public qui attend impatiemment que des artistes comme lui prennent le devant de la scène.

Passons ensuite aux Chiens de Paille, le petit groupe favori de notre copain Akhenaton. Ce qui saute aux oreilles de prime abord, c’est surtout la voix grave de Sako et sa manière de jouer sans cesse avec les phonétiques pour au final nous livrer une sorte de démêlé des mots. Et sur certaines pistes, comme Le Chant des Sirènes, on peine parfois même à établir clairement des rimes tant l’ensemble semble enchevêtré et lié.
Après plusieurs apparitions avant 2000, par exemple sur Into the Groove (avec l’excellent et très vif Qu’est-ce que j’apporte au rap ?, en featuring avec Akhenaton et Coloquinte), le premier album sortit enfin en 2001 sous le nom Mille et un Fantômes — un album que j’avais personellement beaucoup apprécié. Très cool dans son ambiance générale, pas énervant pour un sou; relaxant en somme.
Cependant, je ne m’attarderai pas trop à encenser ce groupe. Il faut le reconnaître, malgré d’excellentes pistes sur les deux albums suivants (Tribute et Sincèrement), j’ai vraiment l’impression que le niveau a baissé, ce qui est regrettable tant tout semblait bien parti. Peut-être n’est-ce qu’une impression, c’est vrai, mais voir surgir en plein milieu de l’album des sous-rappeurs comme Bakar (dont l’intérêt de sa seule bonne piste repose sur la nostalgie de gens comme moi), ça remet grandement en doute la confiance que l’auditeur accorde aux Chiens de Paille, et peu à peu on se prend à supprimer des pistes.
Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas écouter ce groupe, non loin de là, et globalement j’en garde d’excellents souvenirs et continue à relancer mes playlists de temps à autres. Ça veut seulement dire que le niveau n’est pas globalement celui qu’on attendrait pour quelqu’un qui sait si bien se défendre, parler de rap et dire des choses un tant soit peu réfléchies.
Après tout, “Il faut faire des concessions” dit-on toujours.

Bien, passons à Rocé. Préparez-vous, car nous attaquons là un morceau résistant et clairement singulier. Des instrumentales au saxophone ou au piano comme jamais vous n’en avez entendu dans le rap, des paroles très fouillées, des chansons sans structure qui se contente d’aller en crescendo et dont la puissance prend l’auditeur à la gorge; oui, “clairement singulier”.
Je me souviens encore de la première piste que j’avais entendu de Rocé, en 1997 sur l’album de Different Teep (Rime Urbaine), avec la piste Respect. Une piste qui déjà à l’époque ne proposait ni couplet ni refrain, mais se contentait de monter de ton chaque seconde un peu plus jusqu’à l’apothéose finale. Un style très cher à Rocé comme il le dit lui-même dans ses interviews (dont celle-ci, très intéressante); parce que c’est avant tout un personnage qui n’a pas peur de parler de tout, avec des images parfois plus difficiles à saisir qu’on le penserait. On le voit ainsi arborer des principes “d’un et de multiple”, on l’observe longuement jongler avec la notion de groupe et d’individualisme (pour finir seul ?).
Difficile à décrire… Je pense que le meilleur moyen de se faire un avis, c’est de juger par vous-mêmes, et pour cela deux albums sont à votre disposition.
Top Départ, un album qui reste relativement classique ; et surtout, point d’orgue de l’artiste, Identité en Crescendo qui est un album tellement à part que même Rocé peine parfois à le décrire.
- Bonjour, je fais un projet de rap avec du jazz.
- Ah oui, comme Common ?
- Non.
- Comme The Roots ?
- Non, du free jazz.
- Ah, le free jazz, c’est quoi ça ? Nu Soul, Eryka Badu ?
- Non, encore autre chose. C’est du jazz, mais en plus énervé, ça pourrait plus correspondre à du rock progressif, c’est pas “cool”…
- On voit pas, si c’est pas The Roots ou Jazzmatazz…”.

J’aurais pu citer nombre d’autres rappeurs qui par le passé ont fait du rap cool et jazzy, comme Ménélik, EJM, Mellowman ; je pourrais m’attarder sur Les Sages Poètes de la Rue, Sleo ou autres Soul Swing. Mais ça reviendrait à parler du rap dans son ensemble ce qui n’est pas mon but, je ne cherche ici qu’à mettre en exergue quelques rappeurs parfois méconnus qui continuent d’oeuvrer à l’heure actuelle et qui persistent à lutter contre le rap décérébré que l’on nous assène malgré nous.

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Ce qui nous emmène à Jamendo. Il est faux de croire que seuls ceux qui arrivent à sortir un disque dans le commerce ont leur mot à dire. Et sous-estimer ce site serait se priver soi-même de rappeurs qui valent eux aussi quelque chose. Alors certes, il y a énormément d’artistes médiocres, mais en cherchant bien il arrive que l’on tombe sur “la perle”; ou du moins ces rappeurs qui par leurs mots nous charment et que l’on apprécie même sans trop savoir pourquoi.
Alors à défaut qu’un bon album sorte dans le commerce, il m’arrive souvent d’aller flâner sur ce site pour y gratter quelques sons à écouter l’espace d’un soir. Et bizarrement, c’est souvent par le fruit du hasard que j’ai fait de bonnes découvertes.
Les artistes que je vais poster ci-dessous, seront peut-être largement contestés. Parce qu’ils appartiennent tous à cette frange du rap dite “consciente” qui en ennuie beaucoup; dans le rap, même si les paroles sont le plus important, il reste que beaucoup de personnes écoutant ce genre le font pour écouter des sons qui bougent un peu. Et malheureusement, le rap conscient à tendance à être un peu plus doux, à employer des pianos là où certains privilégient la puissance d’un beat.
Enfin bref, il en impute à chacun de se forger son avis sur ces artistes. On aime ou pas.

Commençons par ma première découverte qu’a été Kaiser IK. Là, avec sa paire de lunettes, il est difficile de croire qu’il pourrait nous recracher des mots si cruels, et à vrai dire il l’avoue lui-même. Il est d’ailleurs assez amusant de l’entendre parler des réactions de ses proches, et on s’imagine sans problème ses amis se demander comment un homme en apparence si calme puisse autant fourmiller de tourments.
Des tourments qu’il retranscrit pour nous; après avoir posé ses premiers mots en 1998, ce n’est que des années plus tard qu’il nous livre Et la Lumière Fut en 2004. Un album très égal, plutôt calme, ce qui ne l’empêche pas d’aborder des thèmes sérieux avec parfois de légères touches de poésie. Toutefois l’album ne s’engouffre jamais trop dans la mélancolie et de nombreux morceaux relancent le rythme. De même que certains sons prêtent à sourire comme L’Enfer au Paradis et Inversement ou il raconte le périple d’un homme décédé qui échoue en enfer par erreur avant d’être transféré au paradis… oui, tout un univers à décrire.
Notez que son second et court album (sept pistes, dont des reprises du premier album) laisse deviner une hypothétique sortie dans le commerce. Reste à savoir ce qu’il adviendra de Kaiser IK, et reste à savoir s’il sortira un album solo, ou s’il le fera avec son ami Shex qui apparaît sur le second album.
Shex, avec qui Kaiser IK a formé le groupe SM3.

Fiche Jamendo : Kaiser IK

Parlons de SM3 (notez ce don de l’enchaînement et ma monstrueuse maîtrise de Photoshop), dont le seul album à leur actif nous fait pourtant une bonne démonstration de ce que peuvent faire les deux compères. Car s’il est indiscutable que Kaiser IK apporte de son côté une ambiance calme et douce, Shex ne peut quant à lui pas s’empêcher de vivifier les pistes et de faire jouer les guitares sur des pistes comme L’Hérétique. Et ce n’est pas qu’une illusion, il suffit de regarder les trois albums solos de Shex (tous plus ou moins mauvais, à mon goût) pour voir que ce-dernier brûle d’une envie de faire coller SM3 aux standards, à travers des sons classiques et des sonorités parfois agaçantes. Ce qui est d’autant plus frustrant, car à bien regarder certaines de ses pistes, et son travail sur certains couplets de SM3, il a tout à fait les capacités de son ami (cf. Attendre la Pluie ou Un Pion sur l’Échiquier sur le premier album, et pas mal d’autres sur les suivants).
Revenons donc au court, premier et seul album de SM3 : Reste avec les Vrais (tout un programme). Au menu, des critiques de la religion, du rap actuel; des courtes odes à l’automne qu’ils comparent à leurs sentiments, et surtout une piste nommée Mal Perçu qui m’est chère parce qu’elle correspond parfaitement à ce que les gens disent de mes nouvelles. Enfin bref, c’est assez varié, et ça s’écoute très bien. Honnêtement, et même si certains cracheront sans vergogne sur ces groupes juste parce qu’ils ont choisi le gratuit, je souhaite à ce groupe et à ses membres de réussir.
Pour vous faire votre avis, rien de tel que d’aller sur Jamendo, après tout, ce sont des albums gratuits bordel ! Alors, au pire, ça sera une heure de votre vie que vous aurez perdu à écouter cet album.

Fiche Jamendo : SM3

Attention, nous arrivons à quelqu’un qui va sûrement rebuter la plupart de ceux qui ont fait l’effort de me suivre jusque là. En effet, écouter Niconoclaste pour la plupart, ça revient à tenter de suivre un match de foot sur Canal+ crypté. Bien plus que de manier les mots, Niconoclaste les asservit et les sodomise pour en faire une armée; et du haut de son style ampoulé et sur-stylisé, il nous délivre des paroles que la plupart ne comprendront peut-être même pas.
Fort de son riche vocabulaire, son seul et unique album Les Stances Sibyllines fait partie de ces albums qui donnent vraiment envie d’élever le rap à tout autre niveau de poésie; c’est ce genre de traveaux que l’on montre du doigt lorsqu’un détracteur mal informé médit que dans le rap ne se trouvent que des incultes analphabètes.
Et pourtant l’album commence de manière innocente, avec Beauf Family qui en fera sourire plus d’un tant Nico’ tourne ces personnes en dérision du haut de son flow qui n’a rien à envier à certains grands rappeurs. Mais tout cela n’est qu’illusion et dès la piste suivante l’auditeur inaverti comprend pas à pas dans quoi il s’est empêtré. Anathème, de son nom, est une piste qui pose les bases de l’album : adieu rires et sourires, bienvenue dans le monde décrit d’une manière plus noire et poétique qu’aucun rappeur ne l’avait jamais fait.
Et s’en suivent ainsi les pistes, tantôt tristes tantôt bercées par la fureur. On citera par exemple La Sale Race, vive attaque de la manière dont l’homme détruit la planète, avec des samples de je ne sais plus quel film expliquant que l’homme n’est pas un mammifère mais un virus.
Heureusement, Niconoclaste sait entre-couper ses pamphlets d’interludes rassurantes comme Lovely Trip et autres récits amoureux ou érotiques.
On trouve aussi des pistes dédiées à sa mère, des pistes sur le rap actuel, et j’en passe — un album très hétérogène en soi qui mérite vraiment l’écoute, passé l’aspect plutôt original des paroles.
À relever du même artiste, son premier EP nommé Chapitre Premier (dans la colonne de droite) dont les trois titres résument assez bien ce qu’allait être Les Stances Sibyllines.
En tout cas, il y a un je ne sais quoi qui fait que ça donne envie d’écouter; peut-être est-ce moi, mais je pense qu’il est tout simplement impossible de nier que Niconoclaste a des qualités, et lui aussi je lui souhaite de se trouver un public.

Fiche Jamendo : Niconoclaste

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Sur ce je conclut mon article, avec une requête. Si vous connaissez d’autres rappeurs actuels qui changent de ce qu’on entend d’habitude, n’hésitez pas à m’en parler. La plupart se font si discrets face à des mastodontes commerciaux comme M-Pokora, qu’il est souvent difficile de les repérer, et c’est souvent par hasard qu’on découvre.
De même, si sur Jamendo vous avez de petits coups de coeur que vous souhaitez partager, n’hésitez surtout pas !

Je me permets de passer ce lien merveilleux que j’ai depuis très longtemps mais que je ne me lasse de redonner à ceux qui veulent découvrir tous les revers du rap : L’abcdrduson ; des critiques “vraies”, bien foutues, et d’artistes parfois trop méconnus. On y trouve aussi des interviews très intéressantes, et j’en passe, vraiment un site indispensable je pense.

Bonne journée à tous o/

EDIT : Ouais la faute dans le titre ; je vous emmerde il est quatre heures du matin.

C’est un peu de la tricherie, oui, mais il est trois heures du matin et demain tout le monde aura déjà oublié.
J’ai écrit Jack il y a un an. Elle a été publiée ici.
Pour je ne sais plus quelle raison j’ai dû la publier sur un site sérieux et j’ai fait un truc que je fais jamais : je l’ai retouchée. Beaucoup sur la forme, même si dans le fond je n’ai ajouté que quelques scènes.

Cependant, à l’époque seul handsome avait pris la peine de poser ses yeux sur mon texte et de le commenter.
Alors… bon, sans aucunement vouloir me faire passer pour quelqu’un avide de commentaires ou d’attention, j’aurais aimé qu’au moins une seconde personne s’acquitte de cette tâche ; oui toi qui se fait chier devant ton écran, qui vient de lire le texte de Poulpos et ne sait pas par quoi enchaîner.
Et bien j’ai de quoi faire.

Pour une seule et unique fois dans votre vie, ne vous laissez pas dissuader par la longueur du texte bordel. Vos tl;dr j’en ai rien à branler, de même que votre flemme légendaire. Je demande juste un quelque regard extérieur sur mon travail laissé trop longtemps injugé.
J’avais fait mes débuts sous vos yeux à vous, à l’ouverture de ce blog, et c’est WtiA qui en premier s’était penché sur mon cas. Maintenant qu’il n’est plus là je reste à ruminer mes écrits en me demandant dans quelle direction je vais.

Je sais que c’est un vieux texte, mais je l’aime bien.
C’est Jack, et Jack dans son amour pour le matin, c’est un peu moi.
Vous comprendrez.

LIEN VERS LA NOUVELLE (vu que NoFrag me casse les burnes à tronquer mes textes)