Medley.
“Un bref instant, l’indicible silhouette de l’homme s’arrêta. À peine éclairé par la lueur de la lune, il desserra ses mains de la gorge comme marquée au fer rouge. Peut-être le clocher sonnant au loin quatre heures du matin l’avait-il distrait ? Non, jamais ; il émit simplement un bref rictus de sadisme, et enfonça le bout de ses doigts dans les cheveux de la jeune fille. Saisit la tête, et la frappa sur le bitume jusqu’à ce qu’un craquement rompe le silence.
Craquement de plastique ; telle une bouteille que l’on avait compressée à l’extrême, Lisa se vida peu à peu de sa conscience.”
Le Huitième Jour (Es Ciahse Sito)
“Trois détonations résonnantes, marquant le début de cette pièce s’annonçant inoubliable. Icham fit deux pas en arrière, se collant au mur du garage et restant immobile. Il savait que cela devait arriver tôt ou tard, de toute manière. Peut-être simplement aurait-il espéré que cela ne soit pas aujourd’hui.
« Ecarte-toi de ma fille, sale putain d’arabe ! » répéta le vieil homme, remuant le fusil en direction du jeune homme. « Ou je te jure que je tire… » acheva-t-il en s’avançant encore ; sortant de l’ombre pour dévoiler son visage crispé de rage. Un regard noirci par deux sombres yeux se jetant tantôt sur Icham, tantôt sur Solange.
Celle-ci tenta d’avancer brièvement vers lui mais il fronça haineusement les sourcils en retour. Mains tremblantes, elle ravala alors les quelques pas qu’elle venait de faire en avant. Puis essuya sans dire mot les larmes qui se faisaient deviner dans l’obscurité, tombantes sur le sol. Elles, et les deux anneaux qui glissèrent peu à peu de sa main tremblante.”
De la Survie du Bonheur
“Alors que les aiguilles de l’horloge marquaient en chœur onze heures, Rosa reposa son regard sur la fleur.
Sans doute avait-elle peur ? de cette tache rouge sang mise en évidence dans le décor, qui attirait inéluctablement le regard comme un puissant aimant.
Le cœur battant -sans trop qu’elle sache pourquoi- Rose se leva de son fauteuil et prit la rose dans sa main. Bref cri de douleur, elle la retira vivement des épines. « Bon sang ! » s’écria la jeune femme, le regard fixé sur les lancinantes perles vermeilles tombant en marquant une à une le blanc du carrelage. Elles étaient comme un compte à rebours qui réveillait les obscures consciences tapies au fond de son esprit. Telles une mise en garde, une menace, une incitation à détourner le regard vers le téléphone posé à sa gauche et à s’en saisir sans plus tarder.
Rose contempla le combiné avec appréhension, finit par céder, et tapa le numéro du bout des doigts en laissant de petites traces rouges ci et là sur les touches.”
Les Roses sont Rouges
“J’ai posé le journal à ma gauche sur ce banc, et je suis resté là à écouter le silence de la rue. Je n’avais jamais été dans une ville fantôme… lire la une de ce journal a fait vibrer ma colonne vertébrale. L’angoisse sûrement… La photo en noir et blanc du journal est tellement… indescriptible. Quelque chose me dit que ce fut le dernier exemplaire de l’Allenski.
En tout cas par manque de chance, les pages intérieures ont disparues. J’aurais bien aimé vous dire ce qui s’est passé, mais la photo n’en dit en fait pas tant que ça. C’est juste des bâtiments en feu de nuit.
Je crois que je vais rester quelques temps ici. En attendant il me faut un toit pour dormir, je vais farfouiller un peu.
Je suis dans un hôtel, du moins au guichet d’un hôtel. Le « Stars : L’étoile qui illuminera votre nuit ». Tout un programme.
Enfin, il y a un papier et un stylo sur le comptoir. Ce n’est pas tant ce détail qui m’a mit mal à l’aise. Mais quelque chose est écrit dessus, et la dernière phrase s’arrête en plein milieu. Je sais pas vraiment ce qui s’est passé ici… mais ça a été sans doute très rapide. C’est marrant cette soudaine curiosité qui m’envahit, alors que j’ai jamais été curieux.”
Le Coeur des Ténèbres
“Il faisait froid. Non, pas un froid qui venait de l’extérieur et dont on se plaignait en attendant l’été. Un froid qui venait de l’intérieur et gelait lentement les organes de Marc. Rien ne semblait pouvoir le réveiller, si ce n’est cette légère flaque d’eau proche de l’oreiller de Meredith.
Il se releva en sursaut ; elle n’était plus avec lui, dans ce grand lit beige au cœur du Seigneur du Suicide. Le réveil indiquait le lendemain, la nuit allait tomber. Adieu travail chéri, je te trompe avec une autre.
Marc marcha un peu dans l’appartement au carrelage glacial. Nulle trace de la belle Meredith ; sans doute s’était-elle envolée comme un flocon de neige. Qu’avait-ils bien pu faire la nuit dernière ? Oh, certes, ils avaient fait l’amour, mais tout aussi froid que ce carrelage. Meredith ne le faisait que pour dire qu’une fois dans l’année elle n’avait pas pleuré seule dans son grand lit. Dans le fond, elle n’aimait pas vraiment les gens. Mais cela, datait d’une époque déjà bien antérieure.
La main de Marc abaissa la poignée de l’appartement, celle de l’immeuble, celle de sa voiture. Peu importe ce qu’il avait oublié chez la belle Meredith, il reviendrait tôt ou tard chez elle. ”
Nuit Blanche
“« De toute façon, tout a empiré depuis que maman est partie ». Hannah soupira et resserra son manteau; cacher, à tout prix. Sans dire mot, son frère fronça les sourcils et détourna le regard un instant. « Je sais comment tu gagnes ton argent, Hannah. C’est plus la peine. ».
Surprise dans un premier temps, puis gênée et déçue ; elle relâcha la pression et laissa le manteau s’écarter et dévoiler son corps uniquement vêtu de sous-vêtements. Elle faillit même pleurer, mais sans doute trop en bas de l’échelle pour se rabaisser, elle n’y arriva même pas. « Tu sais… je crois qu’au fond je t’ai toujours envié, grand frère. ».
William ne répondit pas. Il passa simplement sa main sur son costume, et se leva du banc de pierre.
- Soeurette, promet-moi un truc. commença-t-il.
- Quoi ? s’étonna-t-elle.
- Veille sur papa, je t’en prie. Je suis mal placé pour le faire, et lui-même n’en est plus capable.
Il s’écarta de quelques pas, et lâcha un « Parfois j’ai l’impression qu’il a vieilli plus vite que nous… » ; presque inaudible dans un silence pourtant intact. Pas par pas, la silhouette de William s’éloigna et s’effaça dans la nuit d’encre.
Seule, assise sur son propre sort, Hannah referma ses paupières sur les larmes recouvrant ses yeux. ‘Trop en bas de l’échelle’, pour rattraper William, et avouer qu’elle avait oublié qui était son père.”
Les Enfers
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