out through the winter throat

out through the winter throat le blog de Anahkiasen.

Depuis quelques temps j’ai envie d’écrire une mince série de billets sur ce que je fais plus concrètement au travail. Histoire de partager, recueillir quelques avis et puis pouvoir discuter un peu de sujets qui me passionnent avec des gens qui traversent la même chose. Comme je l’avais mentionné dans un précédent article, j’ai commencé à travailler il y a deux ans et demi de cela. Quand je suis arrivé, j’avais quelques vagues et lointaines connaissances de PHP, des connaissances un peu plus récentes en CSS3 et xHTML, et puis c’était environ tout.
Projection aujourd’hui, où j’ai peu à peu monté et amélioré mon propre framework PHP avec tout le confort et la simplicité dont j’ai besoin; où j’ai la tête plongée dans le CSS3 et le HTML5, ses normes et avancées quotidiennes en termes d’interface et d’ergonomie. Je tâte un peu de Javascript et d’AJAX. Je suis quelques blogs, me tiens au courant des dernières modes et nouveautés, participe activement au développement des projets qui me sont chers sur Github, etc. Sans jamais vraiment arriver à m’appeler webdevelopper, j’ai parcouru bien du chemin et tiens beaucoup mieux le rythme face au flux perpétuel de changements d’un web qui se renouvelle en permanence.

Je comptais diviser ces articles en quelques points, un peu au hasard. Aujourd’hui, et parce que c’est ce qui me passionne le plus en ce moment, je voulais aborder un peu le monde des préprocesseurs qui ont le vent en poupe depuis quelques mois*. Ils existent depuis plus longtemps certes, mais j’ai l’impression que c’est vraiment depuis peu qu’ils ont explosé et se sont démocratisés.
Qu’est-ce qu’un préprocesseur ? C’est comme son nom l’indique une sorte de langage supplémentaire dans lequel on va coder, et qui va ensuite être processé (compilé quoi) vers un autre langage. L’intérêt d’employer des préprocesseurs CSS, JS ou HTML ? C’est qu’ils rajoutent des couches assez exceptionnelles de fonctionnalités, d’améliorations de syntaxe et de possibilités, à des langages vieillissants. Ils simplifient des tâches répétitives, sont plus souples, et l’intérêt comme ils sont ensuite compilés et non calculés en direct, c’est que le client ne voit aucune différence.

* Ma copine me précisant que cette expression lui fait penser à « PD comme un foc », à cause du vent en croupe.

LESS, SASS et Compass

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Petite note préambule : je n’aborde pas les autres préprocesseurs car moins connus et ou plus mis à jours (Stylus etc).
LESS et SASS sont tous les deux des préprocesseurs CSS, qui à mes yeux de tous les langages était celui le plus vieillissant. Comme l’abordait Chris Eppstein, le créateur de Compass, le CSS est devenu un langage qui ne répond plus aux attentes et besoins du web moderne. Beaucoup de choses ont contribué à l’alourdissement de ce langage : son interprétation variable selon les navigateurs, sa syntaxe trop simpliste, les différents moteurs qui l’empoisonnent de propriétés propriétaires et contribuent à sa non-uniformisation. Entrent en jeu les préprocesseurs, ici LESS, SASS. Tous différents mais se rejoignant sur un ensemble de grands thèmes : la création de fonctions (ou mixins), des bouts de CSS dynamiques qu’on peut pré-créer et réemployer, l’ajout de variables au CSS, de fonctions permettant le calcul de mesures et de couleurs, et le nesting de classes. Ce n’est pas tout bien sûr mais c’est l’essentiel. De là découlent énormément de possibilités.


À gauche du SASS, à droite le résultat en CSS

À l’idée d’aborder ce paragraphe j’étais teinté d’une légère honte en ayant l’impression de retourner ma veste. Deux articles plus bas j’encensais LESS par sa simplicité d’intégration et ses possibilités, et à contrario descendait le SASS par sa difficulté pour le premier venu. LESS pouvant être compilé à la volée via du Javascript, et SASS devant être compilé via Ruby, à l’ancienne dans la ligne de commande (sauf si votre projet est lui aussi en Ruby, par exemple via Ruby on Rails).
Mon changement d’opinion s’est fait alors que je tentais de transposer un fichier SASS en LESS; alors que tout se passait plus ou moins bien, je ne cessais de buter sur des fonctions et choses diverses complètement irréalisables en LESS. Pour une raison simple : SASS possède des syntaxes de boucles et de conditions (if, for, while, else etc) que le développeur de LESS refuse d’intégrer par principe. J’ai alors peu à peu entamé ma migration vers le SASS et quand j’ai mis la pointe du pied dans l’océan de possibilités qu’offrait Compass, je n’ai plus regardé derrière moi.
Compass est une librairie de fonctions pré-créées en SASS, une sorte de toolkit prévoyant tout ce qu’on peut imaginer avoir besoin pour faire du CSS de nos jours. Création de sprites à la volée, gestion dynamique des dossiers, myriades de fonctions et mixins, grille CSS, et j’en passe. Je me suis peu à peu rendu compte en codant en SASS des limitations du LESS et ai compris que le seul vrai point noir de ce langage était sa documentation déroutante et peu aguichante pour le nouveau venu alors que LESS propose un site simple en une page. Un point que le développeur assure être en train de corriger via une équipe dédiée à la refonte du site et de la documentation de SASS.

Le poids le plus important à mon goût c’est que Twitter lors de la création de Bootstrap, son framework CSS, a décidé de le coder en LESS. J’ai mis un peu de temps à faire la transition, moi qui suit le projet aux derniers commits, mais après création d’un petit script de conversion LESS->SASS ça ne me pose plus de problèmes.

CoffeScript

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Au niveau du Javascript je passe désormais toujours par du CoffeeScript. D’une parce qu’il m’évite des erreurs de débutants, moi qui n’emploie pas autant le Javascript que d’autres langages, et de deux parce qu’il simplifie sa syntaxe à un point que je n’imaginais possible. Les exemples en page d’accueil sont à mes yeux les plus probants donc je vous laisse y jeter un oeil.
De paire avec des bibliothèques comme jQuery c’est désormais un plaisir d’apporter interactivité et dynamisme à des pages plates, et je n’ai à ce jour rien trouvé que sans grandes connaissances en JS je ne puisse faire à l’aide de ces deux outils.

HAML

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HAML est un préprocesseur HTML. J’en parlerai moins parce que de tous c’est celui que j’emploie le moins, la plupart de ce dont j’ai besoin pouvant déjà être fait en PHP. Il reste cependant utile lors de la création de longues pages HTML complexes (emailing etc), car il simplifie énormément la syntaxe HTML, un peu à la manière de ZenCode.
Il est aussi assez peu mis à jour, le créateur étant celui de SASS et étant du coup assez accaparé par ce dernier. On retrouve une syntaxe justement proche du SASS, avec des { } qui sont omis au profit de l’indentation, et une intégration du Ruby assez soutenue. La possibilité d’y dédier des zones “filtres” où l’on peut par exemple employer du Markdown ou autre, rend la mis en page de contenu très simple et ça reste un bon gain de temps par rapport au fait de taper le HTML à la main. C’est aussi beaucoup plus facile de revenir dessus pour corriger des choses.

Conclusion

Cet article était plus dédié à ceux qui ne connaissent pas la chose qu’aux autres. En tout cas dans mon travail à l’heure actuelle ce sont désormais des outils dont je pourrais pas me passer. Revenir au simple CSS maintenant, avec toutes ses contraintes et ses lourdeurs, me serait impossible.
Pour ceux qui ont du mal ou manquent de courage quant à se lancer dans Node.js, compiler à la console et autres, je suis prêt à vous guider si vous le voulez. Ce ne sont pas les tutoriaux qui manquent mais étant moi-même passé par là je sais à quel point il est dur d’entrer dans le monde du Ruby, des gems et compagnie quand on n’a jamais touché à autre que du PHP.

Les Choses Mortes VIII - La Page Blanche

Dimanche 26 février 2012 à 19:54

Il y a quelques temps on m’a envoyé deux lieux à visiter par email, et comme j’ai trouvé l’initiative vraiment exceptionnelle je me devais d’aller voir sur place. Même si en ce moment j’ai encore deux autres endroits sous le coude à visiter, j’ai souvent de longues périodes de vide donc n’hésitez pas à m’envoyer par email si vous connaissez des lieux dans le sud qui pourraient me plaire.
Celui-ci en particulier est une maison dont la construction a été interrompue, perdue dans les hauteurs de Villefranche (et quand je dis perdue c’est véritablement perdue). C’était une série plus dure que les autres, et je doute un peu du résultat final. Une maison en construction c’est toujours cette certaine omniprésence de gris ciment drapant des poignées de pièces en devenir. Ni meuble, ni papier-peint; ni rien. Un canvas qui pouvait devenir ce que je voulais — c’était un défi au sens où si je voulais faire ce que je fais d’habitude il fallait être très imaginatif pour trouver des choses à montrer ou à raconter.
Ce monochrome de gris qui m’a été imposé je l’ai détourné - peut-être à tort - en jouant beaucoup plus sur les variations de couleurs que sur d’autres séries. Parfois par jeu esthétique et souvent pour mieux faire ressortir ce que je voyais à ce moment-là. Ma hantise en fait en photographie c’est toujours l’incompris : étant donné qu’il m’arrive tout le temps de voir des choses qui ne me semblent évidentes qu’à moi, j’ai toujours peur de ne pas arriver à les cerner. Je suis le genre de personnes qui voit des peintures épiques dans les arabesques du marbre, et faire transparaître ce genre de visions par simples cadrage et réglages, c’est toujours un challenge en soi.

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04 - La Vénus d'Ille
La Vénus d’Ille
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06 - Natalités
Natalités
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Iconic et Entypo

Samedi 18 février 2012 à 4:33

Petit historique

En terme de web les modes vont et viennent, tant au niveau du fond que de la forme. C’est à la fois dû à l’évolution des langages eux-mêmes et l’évolution des navigateurs qui lisent et déchiffrent ces langages. Sans doute est-ce le fait que je suis plus informé qu’avant mais j’ai l’impression que les choses s’accélèrent de plus en plus - et dans le bon sens. Quand je vois les efforts monstrueux de certains sites pour atteindre la perfection en terme d’interface, de design et d’intuitivité, je me dis que le web que nous côtoyons aujourd’hui revient de bien loin comparé aux premières pages perso qui ont vu le jour à son ouverture.
Pour travailler dans l’envers du décor, je pense qu’énormément de gens ne réalisent pas la masse de technologie et de puissance qui se cache derrière leurs sites préférés. La quantité de gens qui par exemple utilisent Facebook au quotidien sans jamais se poser et réfléchir au travail et à la complexité de ce qui fait tourner un des plus gros sites du web.

Je divague un peu. Je comptais me pencher sur un cas en particulier puisque c’est ma dernière découverte en date : une technologie qui n’est pas forcément neuve puisqu’il s’agit d’une propriété CSS.
La propriété en question, c’est @font-face. Font-face je pense fait partie de ces changements qui s’est insinué dans les standards du web discrètement jusqu’à ce que plus personne ne réalise la prouesse de la chose.
Je me souviens quand j’ai fait mon tout premier site, à l’époque je tenais à ce que mes titres et corps soient dans une police en particulier. J’avais donc demandé à tous mes (deux) visiteurs de télécharger un pack de huit polices pour voir correctement mon site. Oui j’étais pas forcément futé.

Ce texte est écrit en Raleway

Avançons de quelques années. De nos jours rares sont les sites à la pointe du design qui n’y vont pas de leur police à eux - tantôt esthétique, tantôt créative, tantôt subtilement inédite. Cette capacité d’apporter à l’utilisateur des polices dont il ne dispose pas, le temps d’un site, c’est la magie de @font-face. Plusieurs personnes ont fait leur business de répertoires de polices prêtes à être utilisées sur le web, parmi les plus grands : Google Fonts et Typekit. Dans répertories dans lesquels on n’a désormais plus qu’à naviguer et faire son petit shopping.

Image hosted by uppix.net
Image hosted by uppix.net

Du détournement de @font-face

Un autre des points communs à une partie des sites d’aujourd’hui - en particulier ceux qui proposent une certaine interactivité - c’est la récurrence de certains pictogrammes. Lorsque l’on veut créer une gamme de pictogrammes il n’y a pas trente-six moyens : il faut les créer sur Illustrator, puis les exporter et décliner en tout autant de tailles et de couleurs qu’il sera nécessaire. Ce qui résulte souvent à des centaines de petits PNG de 8 à 32px qui encombrent et qui sont une misère à gérer et à charger.
Beaucoup de ces problèmes sont résolus par l’utilisation de nos jours de sprite mais rien qui ne compense les avantages de ce qui va suivre.

Jusqu’à ce que naissent s’élèvent des voix en arrière-plan. Des voix qui avaient alors une idée : utiliser @font-face pour faire une police d’icônes. Des icônes qu’ont pourrait alors étendre à l’infini et dans la couleur de notre choix, comme n’importe quel texte sur une page.
Au début ce fut difficile, parce qu’il y a avait un monde de problèmes d’accessibilité et de contraintes à surmonter. Maintenant, les choses sont arrivées à un point où c’est non seulement fonctionnel, mais très puissant. Beaucoup d’acteurs se sont lancés dans cette idée, si je n’en retiens que deux c’est parce que pas tous n’ont pris en compte l’accessibilité (aveugles/liseuses etc) et pas tous n’ont eu la décence de ne pas faire payer. J’ai donc retenu Iconic et Entypo. Ceux-ci ont mappés leurs icônes sur les caractères Unicode correspondant, ou sur des emplacements vides, plutôt que sur des lettre. Comme ceci :

Concrètement dans mon travail je les emplois comme ceci : pour Iconic par exemple j’ai une feuille de LESS iconic.less contenant ceci :

	[class^="iconic-"],
	[class*=" iconic-"]
	{
		&:before
		{
			#font #family .custom-sans-serif('IconicFill');
			vertical-align: middle;
			display: inline-block;
			content: "";
			width: 1em;
			line-height: 100%;
		}
	}
	.iconic-stroke:before { #font #family .custom-sans-serif('IconicStroke') }

	.iconic-aperture:before                 { content: "\e026" }
	.iconic-aperture_alt:before             { content: "\e00c" }
	.iconic-arrow_down:before               { content: "\2193" }
	[…]

De là pour utiliser une icône, soit j’applique directement la classe à l’élément auquel je veux joindre une icône :

Envoyer une image

Soit je crée une balise selon le modèle que Twitter utilise dans l’exceptionnel Bootstrap.

Les avantages

- Les icônes sont à la taille à laquelle vous les désirez, sans pixeliser ni quoi que ce soit, la magie du vectoriel
- Autant de couleurs que vous le désirez
- La possibilité d’appliquer du CSS3 dessus par-dessus comme sur n’importe quel texte : ombres, transitions, bordures, animations, et j’en passe.
- Moins de requête HTTP : seule une police est chargée et cachée plutôt qu’un éventail d’image (ceci n’est pas valable bien sûr dans le cas d’utilisation de sprintes).

Application ci-dessous dans un petit test vite fait pour mettre en oeuvre. Ça rame et tout mais c’est plus pour montrer le principe qu’autre chose.

Allez sur ce, je reviens quand j’aurai trouvé un nouveau truc à vous montrer.

Lost and found

Lundi 13 février 2012 à 23:21

En ce moment je traverse un peu une période de disette en terme de lieux à visiter. On m’en a bien envoyé deux (et je remercie la personne soit dit en passant) mais rien de l’envergure d’un complexe à la Terre d’Asile ou du faux village de The Wasp. Du coup en attendant dans ma sécheresse visuelle je rumine; tourne et retourne mes vieux clichés, et de temps à autres j’en trouve que je ne vous ai jamais montrés parfois par manque de qualité par rapport au reste de la série, parfois par simple envie de ne pas trop en mettre d’un coup.
Du coup voici quelques photos qui jusqu’à présent étaient perdues au fond de mes tiroirs virtuels, pas tout d’exception qu’on s’entende, mais de quoi occuper un peu ce blog en attendant ma prochaine série. Gardez ça en tête et soyez indulgents.

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13 - La gorge du brasier
La gorge du Brasier
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05 - New York City
New York City
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LessCSS : mon coup de cœur du moment

Mercredi 21 décembre 2011 à 15:06

Je ne parle pas beaucoup de webdesign et de programmation sur mon blog. Pendant longtemps la raison a été que je ne me sentais pas forcément à l’aise avec ce que je faisais - pas assez au point par rapport aux nombreux standarts du web et à la qualité de ce qui se faisait ailleurs. Depuis le travail en agence m’a fait énormément progresser : moi qui n’avait à l’origine que quelques lointaines connaissances en PHP, ai désormais codé mon propre framework pour les sites qu’on me demande de faire. Avec gestion des templates, mise en cache des pages, code orienté SEO avec URL Rewriting et consorts, gestion du multilingue, admin intégrée etc. Le tout en OOP et conforme aux standars actuels du web (xHTML/HTML5/CSS3 et des touches de jQuery).

Le tout est plus formaté à mes propres besoins qu’à un usage public mais reste que depuis mon entrée dans le monde du travail, j’ai énormément progressé, principalement parce que je suis curieux et que j’adore apprendre sans cesse de nouvelles choses. Ma découverte du moment ? LessCSS.
Il n’est pas rare que dès que quelqu’un découvre ou redécouvre quelque chose de nouveau en webdesign, tout le monde s’emballe du jour au lendemain (voir le cas des CSS Media Queries). LessCss est à l’origine une extension Ruby qui propose d’enrichir le langage CSS via un panel de fonctions qui jusque là manquaient cruellement - le but étant de rendre le langage CSS plus flexible et lisible. Malgré son énorme potentiel (tout comme SASS, une extension CSS du même genre), la contrainte du langage Ruby a fait que le tout est jusqu’à peu resté dans l’ombre. Ce qui a changé il y a peu justement ? C’est que LessCSS est désormais proposé comme une script Javascript. Ça veut dire que concrètement tout ce qu’il y a à modifier dans son code c’est ça :

<link rel=”stylesheet/less” type=”text/css” href=”styles.less”>
<script src=”less.js” type=”text/javascript”></script>

Il suffit de changer l’extension de sa feuille de style par .less et de joindre le fichier en ligne LessCSS, et c’est tout. On a une extension CSS portative, facile à intégrer, et universelle. Mais qu’apporte concrètement LESS pour ceux qui ne connaissent pas ? Pour peu que vous ayez un peu de connaissances en CSS, voici un exemple de code LESS que vous devriez comprendre et qui vous donnera un aperçu de ce qu’on peut faire :

// Fonctions
.box-shadow (@x: 0, @y: 0, @blur: 1px, @alpha)
{
	@val: @x @y @blur rgba(0, 0, 0, @alpha);

	box-shadow:         @val;
	-webkit-box-shadow: @val;
	-moz-box-shadow:    @val;
}

// Mixins
.gras
{
	font-weight: 900;
	text-decoration: underline;
}

// Blocs principaux
div
{
	@base: #f938ab;

  	.gras;
  	color:        saturate(@base, 5%);
  	border-color: lighten(@base, 30%);

	a
	{
		text-decoration: none;

		&:hover { color: red; }
		&:active { color: blue; }
	}
	p.introduction
	{
		background-color: @base - #333;
		.box-shadow(0, 0, 5px, 0.4);

		strong { .gras }
	}
}

#header        { color: black;
  .navigation  { font-size: 12px }
  .logo        { width: 300px;
    &:hover    { text-decoration: none }
  }
}

Création de fonctions, de variables, de mixins (des propriétés que l’on pré-créer et ensuite réattribuer), mathématiques des couleurs, nesting des propriétés, et j’en passe. Le joli petit site officiel détaille mieux la chose que moi (et avec de la coloration de code surtout), toujours est-il qu’une fois qu’on y a goûté il est dur de s’en passer. Les possibilités sont vraiment nombreuses, comme par exemple cette grille dynamique en LESS.

La cerise sur le gâteau c’est - pour les soucieux de l’infime temps de calcul de LESS - les nombreux compileurs gratuits et multiplateformes qu’il existe, comme LESS.app qui vous demande un dossier de projet et qui ensuite compile des fichiers .css propres et valides en réel à mesure que vous travaillez sur vos .less. On a donc là une extension de langage qui peut-être à la fois vu comme une aide au code ou/et comme une extension matérialisant vos rêves les plus fous de design dynamique.
Je ne sais pas ce que vous allez en penser, peut-être des gens plus experimentés se prononceront-ils sur des défauts majeurs m’ayant échappés, mais pour l’instant LESS c’est mon petit coup de cœur et je ne suis pas seul.

Quatre ans en images

Vendredi 16 septembre 2011 à 21:14

Avec mon agence on a décidé – pour alimenter un peu notre blog – de chacun chaque mois y poster un petit article au thème libre. C’était mon tour pour la première fois et ne sachant trop quoi écrire je me suis dit que je parlerais photo. Bien sûr je devais présenter ce que j’avais fait depuis zéro et ça m’a poussé à faire un bilan de mon travail. Notez que deux ou trois phrases de cet article sont des phrases qui viennent de précédents articles de ce blog mais que je voulais vraiment voir figurer dans celui-ci. Si vous avez un sentiment de déjà vu, ça vient de là.
J’aurais bien mis le lien vers l’article sur le blog de l’entreprise mais il n’est pas encore en ligne. Et de toute façon tant que j’ai pas fini le redesign du site de l’agence j’ose pas vous le montrer.

—–

Le champ des thèmes que j’aurais pu aborder pour ce premier article était vaste : il y a nombre de domaines que je côtoie ou pratique et qui auraient pu figurer sur notre blog. Puis après réflexion je me suis dit que quitte à parler image et à faire le pont avec la communication, le choix le plus judicieux serait de parler photographie. Pourquoi ? Parce que la photo - de mon point de vue tout du moins - c’est à moitié de l’instinct et à moitié de la connaissance. Deux choses qui sont essentielles pour faire du bon travail de manière générale qu’il s’agisse de print ou de webdesign ; savoir composer quelque chose, allier les couleurs ou les formes. Faire de l’image et la capturer, c’est aussi étroitement lié que composer et décomposer une musique.

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Dissension

Premiers pas

Il y aura sûrement d’autres articles photo sur ce blog parce que dans l’équipe c’est une passion qui revient souvent – ce qui est intéressant c’est que des bagages différents de chacun découlent des approches différentes. Quand j’ai personnellement commencé à faire de la photo, en mars 2007, c’était plus par principe, me dire « Ce serait intéressant de faire de la photo » plutôt qu’une envie réelle de tâter l’objectif. Puis j’ai été accroché, et j’ai continué à faire mes escapades avec pour but de chaque fois me rendre dans une ville différente et de faire des séries comme ça. Ma démarche de l’époque était simple : mettre en image les détails, textures et autres teintes que les gens croisent tous les jours sans pour autant que leurs yeux ne voient réellement. Un peu comme du Christo sauf qu’au lieu d’emballer, je voulais déballer au grand jour.
De nombreuses fois je me suis amusé aux jeux d’abstractions, d’oppositions ou de symétries. Jouer sur le détail, sur la couleur, prendre d’infimes pans de murs et ressortir de vastes murailles monochromes — c’est important parce qu’au fur et à mesure de ma démarche c’est un goût que j’ai conservé et c’est une volonté qui se lit aujourd’hui encore dans mes séries.

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Diagonales

Les choses mortes

J’ai continué comme ça à aller de ville en ville autour de moi jusqu’à inéluctablement être à court d’endroits à visiter. Et après un premier jet d’une grosse poignée de séries allant du paysage au portrait sur fond de vagabondage urbain, je suis revenu à une série en particulier que j’avais pris un plaisir malsain à faire : Les choses mortes. C’était une série que j’avais faite durant l’automne 2009 et qui consistait pour moi en une sorte d’exorcisation d’une de mes vieilles peurs. Durant toute mon enfance j’avais vécu près d’une grande bâtisse abandonnée, encagée par un abstrait chaos d’arbres et d’herbes, et c’est une maison que longtemps j’avais cru, disons, « hantée ». Plus tard j’ai grandi au-delà de cette idée, mais j’avais gardé en moi une curiosité quant à ce que les murs meurtris de la demeure recelaient vraiment.
Alors un jour j’ai pris mon courage à deux mains – mon appareil photo dans la troisième – et j’ai escaladé ce qui restait du mur d’enceinte. J’avais passé quelques heures dans la maison à y photographier chaque parcelle dépérie de pièces laissées sans vie. Tout m’avait fasciné à l’intérieur. De l’aléatoire qui, par couches et surcouches d’objets, avait inondé les couloirs, en passant par les vestiges figés d’une époque passée. Mais surtout, j’avais trouvé là un terrain de jeu magistral à mes essais visuels. Il y a une complexité, une richesse visuelle dans des dégradations telles la rouille ou le papier-peint calciné que je n’ai jamais retrouvé ailleurs. Si j’avais eu un objectif macro j’aurais passé des heures à recadrer bosselures jusqu’à ce qu’elles n’aient plus l’air que de collines maladroites enlacées par des terres de feu.

08b - Corrasion30

Exemples de richesse dans les palettes et textures de la dégradation

J’ai réfléchi longtemps au plaisir que j’avais pris à pénétrer l’inconnu pour en ressortir avec ce que nul œil n’avait vu, et de là j’ai réorienté mon style et ai fait de mon devoir de collecter autour de moi les lieux morts qui me venaient. Comme des papillons sur un mur, je m’étais mis en tête de visiter chacune de ces visions d’abandon devant lesquelles les gens passent en voiture ou à pied en se murmurant tout bas « Des fois je me demande ce qu’il peut y avoir dedans ».
Moi, je savais. J’avais foulé du pas ces lieux esseulés et m’était laissé absorber par leur atmosphère aliénante. Les complexes arabesques rousses de métal décrépi, les murs arrachés, et l’eau croupie qui par vastes traînées venait assombrir le papier peint et gorger le plancher. Il y en a qui aiment prendre des centaines d’images d’infinis paysages, moi je m’étais épris des recoins enténébrés qui les choses mortes accueillent.

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The Life and Death of a Wasp - Sans titre

Forteresses techniques

Mon parcours a de longs mois durant continué comme ça. Je repérais un endroit que j’estimais futur théâtre de mes errances, je m’armais de mon appareil, et avec la retenue d’un courant d’air passant dans l’embrasure d’une porte, je m’insufflais par la première fenêtre cassée que je trouvais. Photographier dans des lieux abandonnés m’offrait un tout nouveau challenge technique, parce que cela revenait à prendre des images dans les pires conditions imaginables — et à aimer ça. Nombre des séries que j’ai faites se sont déroulées dans les lieux ou peu voire pas de lumière ne filtre, où l’exiguïté de chaque pièce me faisait sans cesse chercher des angles nouveaux. J’ai essayé un, puis deux, puis trois trépieds avant d’en trouver un capable de se positionner de manière stable entre des piles de décombres, tout en me permettant de l’emmener par Dieu sait quelle ouverture s’étant percé dans le béton des murs.

Ce manque de luminosité a très vite donné du fil à retordre à mon appareil — depuis le début de ma démarche des « Choses Mortes » à aujourd’hui j’ai travaillé avec un Canon EOS 350D. Un appareil qui s’il a des qualités indéniables, souffre de son ancienneté et a tendance à très vite voiler les images de grain, même en réglant l’ISO au plus bas. Pour les non initiés, je laisse Wikipedia expliquer à ma place :

Plus la valeur de la sensibilité est élevée, plus la pellicule (ou le capteur) est sensible à la lumière, et donc plus la quantité de lumière nécessaire à une exposition correcte est faible. Si l’on peut être tenté de prendre systématiquement une pellicule de forte sensibilité (de type ISO 400/27° par exemple), il faut savoir que cela a une influence sur l’image finale - par exemple, un film rapide montre un grain plus prononcé et une définition plus faible qu’un film lent.

Dans les lieux sans lumière comme ceux-ci, ce temps devient vite le rival de vos clichés réussis : la moindre microseconde en trop peut rendre l’image floue, et sur le petit écran de l’appareil c’est quelque chose qui ne se remarque pas forcément. J’ai raté de nombreuses images comme ça, et aujourd’hui encore j’appuie une bonne dizaine de fois sur le déclencheur – par paranoïa – juste pour être sûr d’avoir la photo que j’avais en tête.
Maintenant que je me suis fait à l’idée que mes images ne seront jamais parfaites j’ai plus ou moins appris à faire avec ce grain et quelque part j’en ai fait un sceau d’authenticité. À la manière de vieux films que l’on reconnaît aux cicatrices de leur pellicule, j’ai mêlé ce bruit visuel à ce qui faisait que mes photos étaient de réels témoignages des endroits que j’ai visités.

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Sans titre - Out through the winter throat

La frontière noire

Il est à savoir que – en France ou ailleurs – je suis loin d’être le seul à m’être mis en tête de revisiter les vestiges encore chauds du passage de l’homme. Le terme officiel englobant la chose étant « l’urbex » (pour Urban Exploration). Et si je m’y adonne pour le principal intérêt photographique de la chose, beaucoup le font par simple désir d’aller au-delà des limites imposées. Et j’avoue que c’est un aspect qui m’a toujours plu également — le nom de l’activité paraît exagéré mais il y a bel et bien un côté exploration à la chose. Un lieu abandonné étant quasi tout le temps condamné, une bonne partie du travail consiste à trouver le point d’entrée et ce, malgré les nombreux panneaux, cadenas et issues murées qui se dressent usuellement sur ma route. Tenir tête à l’interdit de telle manière, c’est quelque part à la fois excitant et gratifiant ; quelque chose de puissant dans l’acte de marcher tête haute devant les mille et une chaînes malhabilement jetées en travers du chemin, pour enfin écarter un bout de grillage et se faufiler telle une ombre. Par-delà les frontières imposées et les interdits restés non-dits.
L’exploration urbaine c’est accepter de plonger dans le plus absolu des inconnu, là où même les yeux des abysses ne portent, et affronter les risques qu’on pourrait rencontrer.

Risques oui car il y a tout d’abord le facteur humain qui, s’il reste rare, n’est pas à négliger. De tous les lieux que j’ai arpentés, pas un n’avait été traversé des vagues destructrices des divers squatteurs et sans abris. C’est une constante, un peu comme si à la fermeture d’un lieu, on y envoyait une équipe chargée de renverser les meubles, déchirer le papier-peint et disperser quelque menues bouteilles vides pour le côté « authentique » de la chose. Peu importe que l’endroit ait été fermé récemment ou pas, tous portent ces mêmes stigmates caractéristiques qu’inconsciemment on a appris à reconnaître : le verre cassé, les tags sur les murs… Mais surtout ces objets modernes et propres qu’on repère à des kilomètres de distance, jetés entre les dunes de débris et poussière comme des oasis égarées.

Risque aussi car un lieu délabré et condamné l’est souvent à raison : infrastructures fébriles pour les maisons, dangers biologiques pour les friches industrielles, et accessoirement, l’éternel risque de ne jamais retrouver son chemin vers la sortie. L’exploration urbaine ça englobe tant les friches que les catacombes et nombre sont ceux s’étant aventurés dans les dédales sous-terrains d’une quelconque usine sans que jamais on ne les voit en remonter. C’est toujours quelque chose que j’ai trouvé glacial : la simple pensée que l’homme ait un jour pu percer dans la terre des couloirs infinis au cœur desquels il se perdrait lui-même.
Je ne pense pas un jour pouvoir faire de photos dans de tels lieux : l’oppression seule de ne pas voir la lumière du jour élèverait de véritables couleuvres d’angoisses le long de ma colonne vertébrale. Je reconnais toutefois le mérite et le courage de ceux qui osent s’enfoncer toujours plus loin dans un labyrinthe, par pur goût de l’exploration ou de la photographie.

09 (No Mercy)

No Mercy - Sans titre

Altérations partielles

C’est sans doute quelque chose qui va se voir en regardant mes photos, mais je fais partie des gens qui pensent qu’une image n’est pas tant faite pour refléter la réalité, mais plus refléter la vision du photographe — montrer ce qu’il y a derrière plutôt que devant l’objectif. De fait je n’ai jamais réellement trouvé culpabilité dans le fait de retoucher mes photos, bien que cela soit en partie dû au fait que ma manière de les retoucher a grandement évolué.
Quand j’ai commencé la photo, venant de milieux où il m’arrivait souvent d’avoir à créer une ambiance sur Photoshop en partant de zéro, j’ai eu tendance à avoir la main lourde sur mes premiers clichés. J’isolais certaines couleurs, je modifiais vastement la luminosité et la profondeur d’éléments… en un mot comme en cent je traitais mes images comme j’aurais traité n’importe quoi d’autre : sans forcément de respect pour le travail photographique en lui-même. C’est aussi dû au fait qu’à l’époque j’apportais beaucoup (trop) d’importance au concept de “photo”, je ne les publiais qu’une par une, les titrais toutes, leur mettait un cadre, et au final les posais à tort sur un piédestal. Et plus j’avançais, et plus les critiques négatives se faisaient grandissantes. Me voyant accusé de « maquiller la réalité », j’ai lentement perdu confiance en moi jusqu’à arrêter de sortir pour prendre des photos. J’ai posé mon appareil de l’époque – un petit compact – et ai attendu.

L'Aîné

Exemple d'une des photos de l'époque : L'Aîné (2008)

Puis au noël suivant j’ai eu mon premier reflex, celui que j’ai encore aujourd’hui. Et lors d’une randonnée que je devais faire avec mon père j’ai décidé de prendre des photos tout du long. Je suis revenu chez moi avec une série d’une vingtaine d’images, maladroites certes, mais que je n’avais pas touchées. Je les avais montrées telles qu’elles, sans titre ni cadre, à la suite les unes des autres. Unies seulement par le sentiment de cohérence qui se dégageait des couleurs et de l’ambiance de l’ensemble. C’était ma toute première série et le début d’un long parcours. De là j’ai commencé à ne plus retoucher si ce n’est les réglages habituels de chaque photographe : pousser un peu les contrastes par-ci, rehausser la lumière d’appoint par là…
Il n’a pas fallu quelques mois avant que je retombe dans l’excès et sorte des photos surcontrastées et visuellement violentes. Toujours en modifiant les mêmes paramètres – je n’étais pas revenu complètement en arrière – mais telle de l’eau qui trouve toujours passage, mon naturel avait trouvé moyen de revenir à ses envolées artificielles. En résultait des photos sombres, beaucoup trop de pseudo noir et blancs, et j’en passe. Les critiques ont a nouveau grondé et la main tremblante sur mon appareil, j’ai courbé l’échine et me suis rangé une seconde fois.

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Exemple d'une des photos de l'époque : Lame de fond (2009)

Le temps passa, et de la même manière que c’est une randonnée qui m’avait ramené à la raison la première fois, ma seconde remontée vers l’air libre se fit happé dans les mailles omniprésentes de la nature. Durant l’été 2009 je suis parti en sortie photo avec ma cousine dans un village de montagne où j’avais été durant mon enfance. Quand je suis rentré chez moi je n’ai pas eu l’envie de faire quoi que ce soit à ces images tombées dans mes mains presque par hasard. Je me suis juré de ne plus jamais tromper la réalité comme je l’avais fait dans le passé, ai attendu six mois, et en plein coeur de l’hiver j’ai pour la première fois fait succession à ma série des choses mortes en allant visiter une gare abandonnée.
Ma volonté à l’époque et aujourd’hui encore fut de rompre visuellement avec mes séries précédentes en me focalisant sur une technique nommée le virage partiel, plus particulièrement le split toning. Le toning en soi consiste à faire virer la teinte dominante d’une image vers une autre : rendre la photo légèrement plus verte, plus bleue, plus jaune. Comme dans un film où les scènes glaciales sont voilées de ce sombre masque cobalt. Le split toning c’est la même chose mais en mêlant deux couleurs : pour moi du brun et du vert.

Ça a donné des photos légèrement orangées par moment, légèrement vertes de l’autre, parfois bleues. Mais surtout cela donnait au tout une ambiance reconnaissable immédiatement, celle de vieilles photos aux couleurs hésitantes. Et dans ma démarche des choses mortes ça a toujours été quelque chose que j’ai recherché : faire passer en une image le sentiment d’être transporté à une autre époque, un autre lieu. Capturer un bâtiment en ruines dévoré par le temps, et l’espace de quelques instants, pouvoir montrer au monde une image qu’on aurait pu prendre dans les fonds de l’union soviétique il y a trente ans.

0104 - Tunguska
051

Mai 1965 (dominante verte) - Tunguska (mélange brun/vert) - Sans titre (dominante brun) - Sans titre (dominante bleue)

C’est entre autre cet aspect qui m’avait capturé lors de ma visite de la maison abandonné. Ces hordes de magazines des années 50, 60, ces vieux vinyles, ces objets dont le but s’est estompé dans les années. Visiter un lieu défunt c’est se mettre soudainement à s’imaginer qui a vécu là et comment ils y ont vécu ; c’est se plonger dans le quotidien de bâtiments redevenus poussière. Je me suis toujours demandé comment était la vie dans les décennies passées — comment vivaient, respiraient et s’amusaient les gens par-delà les filtres sépias et le trouble des noirs et blancs. Et c’est une question qui frustre parce que la réponse est si proche qu’elle en est terrifiante. Nous sommes entourés de gens ayant vécus en des temps qu’on n’arrive même plus à concevoir autre que par grandes dates, pendant que l’intérêt tout comme les souvenirs restants de ces époques, se calcinent graduellement dans les flammes véloces de la modernité.
C’est ça que j’ai voulu montrer et c’est ça que par moments je pense accomplir. Alors même si j’ai sans doute tendance à encore trop toucher mes photos, leur aspect convient à ma vision actuelle des choses. Évoluer c’est se réinventer perpétuellement, s’améliorer, changer sa perception du monde.
Moi par touches de brun et de vert, je couche sur image ce que mon esprit voit. Plutôt que ce que l’appareil, dans toute sa duperie et son incapacité à ne pas copier la réalité, veut me montrer. Ça ne veut pas dire que ma petite vérité vaut plus que celle du voisin, ça veut simplement dire qu’elle a le mérite d’être réellement mienne et de surcroît, d’être sincère.

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Sans titres

Excroissance

Je parlais peu avant de se réinventer et il y a un point sur lequel j’ai beaucoup évolué au fil du temps. À mesure que j’avançais dans ma reconquête des fantômes de l’urbanisme, mon ambition vis-à-vis d’eux grandissait. Moi qui avais commencé mon parcours par la menue porte d’une maison, j’avais bien vite projeté mes excursions dans des fantasmes de toute autre envergure. Des gares, des hôpitaux, jusqu’à mon accomplissement personnel de la visite d’un projet de lotissement et ses sept bâtiments de quatre étages. Mais toute comme l’ennui peut naître des choses dont on se délecte le plus, il me manquait un sentiment de progression et cette envie de mettre en scène comme je l’avais fait avec les passants lors de mes envolées en ville. Alors un jour j’ai posé mon trépied, et ai plongé de l’autre côté de l’objectif — une première fois, puis une seconde, puis encore et encore jusqu’à ce que mes autoportraits cannibalisent les autres types de photos que j’avais pris l’habitude d’employer.

Mes postures furent dans un premier temps lâches, au mieux. J’avais peur de la caméra et de ce qu’elle pouvait montrer de moi, je me dissimulais sous les ombres, baissait la tête ou ne laissait entrevoir que de minces parcelles d’expressions neutres. Se prendre en photo pour la première fois quand on a la volonté de montrer son travail au reste du monde, c’est un exercice au combien difficile. Il est aisé de prendre n’importe qui en photo et de laisser l’image parler, parce qu’importe ce qu’elle semblera dire ce sera un message qui nous conviendra. Si la personne laisse échapper un sourire complice, et bien tant mieux, cela montrera à quel point elle est malicieuse ! Qu’elle le soit ou pas n’importe pas réellement, le résultat est là. C’est un tout autre enjeu de s’autocapturer, parce qu’on a conscience de qui on est et de ce qu’on veut faire transparaître dans le visuel. Et arriver à une émotion précise plutôt que la première venue, c’est un combat perpétuel entre l’objectif et soi-même.

05 (Le Serpent et l'Arc-en-ciel)06 (Terre d'Asile)

Le Serpent et l'Arc-en-ciel - Terre d'Asile

Avec les séries j’ai pris de l’assurance, ai accepté ce que les gens verraient de moi en image. De là j’ai pu me mettre en scène — je n’étais plus moi-même couché sur papier, j’étais une silhouette inconnue sur fond de statique. Plus que visiter les lieux, je voulais les habiter ; j’avais trouvé fascination dans le contraste crée par l’insertion artificielle d’une notion de vie en des décors qui, s’ils avaient un jour respiré le même air que nous, ne s’animaient désormais plus qu’au rythme du feu d’ombres qu’était le passage du jour à la nuit.
C’était un peu comme replacer un poisson dans un aquarium vide.

Je continue aujourd’hui encore à faire de la photo même si mes séries se sont faites rares. N’étant pas dans une région où abondent les bâtiments abandonnés, je me nourris des quelques occasions qui se présentent à moi, tout en cultivant dans un coin la crainte de ne plus jamais retrouver d’endroit comme ceux que j’ai déjà visités. Plus qu’une phobie de la page blanche, il y a plutôt à imaginer une pénurie mondiale de papier, ne me laissant plus que moi seul avec mon appareil.
Bien sûr un bon photographe ne trouve pas le sujet, il le conçoit à partir des maigres éléments que son environnement daigne lui tendre. De mon côté, je ne fais qu’attendre que le sujet se pose sur ma main comme un insecte curieux.
Ce ne sont pas des photographies, ce sont des papillons.

2007

Sans titre - L'Ouragan

Il y aurait sûrement d’autres choses à dire, mais cet article est déjà plus long que de raison. En espérant vous retrouver sur ce blog avec le reste de l’équipe pour partager cette étincelle créative en chacun qui fait que plus qu’une agence de communication, nous sommes des personnes prenant à cœur la création et l’originalité en elle-même.

Les Choses Mortes VII - Enclaves

Dimanche 17 juillet 2011 à 14:06

Autant il y a des endroits dans lesquels je vais et qui dès les premiers pas me font savoir qu’ils auront beaucoup à m’apporter, autant après avoir fait le tour des deux étages de ce bâtiment j’ai hésité à rebrousser chemin pour attendre un meilleur sujet de série. À force de se balader dans des lieux abandonnés il y a des choses qui – si elles forçaient l’admiration fut un temps – en finissent par devenir banales. Les vestiges des divers squat en font partie ; au début on est surpris et admiratif devant toutes les petites traces de vie, les matelas, les vêtements, laissés en plan comme après une catastrophe. Puis au bout d’un moment on n’y fait plus attention.
J’ai vraiment voulu rebrousser chemin, puis j’ai dévié et suis tombé sur un petit bâtiment minuscule encagé dans les ronces et les arbres, et j’y ai vu une porte entrouverte. De là ma curiosité a fait le reste.

Je ne sais pas ce qui a fait que je me suis soudain senti la motivation de faire deux trois clichés. Je mise sur le fait que les murs de chaque pièce étaient entièrement recouverts de la même affiche comme si un maniaque avait voulu cacher chaque pan de mur : ça a piqué mon intérêt.
J’ai fait chacune des pièces en navigant entre elles via des trous fait dans les murs, ce qui faisait très Silent Hill 4 pour le coup mais les portes avaient été bloquées de l’extérieur. J’ai trouvé peu de choses… on aurait un peu dit un bâtiment dans lequel on aurait laissé cinq personnes à survivre pendant cinq mois jusqu’à ce qu’elles deviennent folles et s’entretuent.

Pour être franc les photos que j’en ai tirées sont vraiment mineures — toute cette série est mineure, j’ai même hésité à la titrer.
On ne peut pas toujours tomber sur d’immenses projets immobiliers ou des vestiges de villages abandonnés, alors disons que par respect pour les plus petites découvertes, soyez indulgents. J’ai moi-même peu de photos dans cette série dont je me souviendrai vraiment, mais avec du recul ne pas la publier ce serait ne pas être totalement honnête.

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03 - Canyons of Static
Canyons of Static
04 - Tunguska
Tunguska
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09 - Illusion d'unicité
Illusion d’unicité
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Note que les deux clichés principaux du grand bâtiment induisent en erreur : la plupart des clichés ont été fait dans le petit bâtiment engouffré dans les ronces situé dans les arbres derrières.

Les Choses Mortes VI — The Wasp

Dimanche 19 juin 2011 à 13:32

Un peu plus déçu de cette série que de la précédente mais cela dit le lieu avait beaucoup moins de grandeur et de puissance que les huits immeubles de Terre d’Asile, donc c’est un peu logique quelque part. J’ai quand même réussi à en tirer une poignée de clichés qui me plaisent, et d’autres qui me plaisent moins mais qui font partie de ma démarche de description visuelle des lieux morts. Démarche de laquelle j’avoue j’ai de plus en plus tendance à m’éloigner. En fait j’aime bien mettre en scène dans mes photos, créer de petites histoires en plus des habituels jeux de textures et de teintes, ce qui explique la part de plus en plus importante des « portraits ». Et je mets ce terme entre guillemets car toutes les photos où j’apparais ne sont pas des portraits pour autant.

Le lieu de cette série était un peu particulier. C’était un village qui avait été construit pour je ne sais plus quelle raison, puis le projet avait été abandonné en cours de route et le village fut laissé là abandonné. L’architécture est clairement particulière et n’a rien à voir avec ce qui se fait de manière locale. Beaucoup des faux bâtiments sont en fait en bois et polystyrène, c’est vraiment tout un mirage de village qui évoque plus un décor de film que personne n’aurait défait que quelque chose qui visait à accueillir des gens ou des magasins.
Le tout est couplé à de longs hangars, comme toujours maquillés de tags et de fresques en tout genre. Des fresques dont une que j’ai trouvé assez imposante, sur le thème d’Alice in Wonderland. J’ai une photo à part au bout de ce lien.

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05 - The Life and Death of a Wasp
The Life and Death of a Wasp
06 - Jacob's Ladder
Jacob’s Ladder
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Corrasion
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Autopergamene (video encre)

Dimanche 12 juin 2011 à 13:53

Pour l’examen j’avais promis de faire une vidéo sur des tests de jets d’encre.
Quelques jours avant l’examen je me suis rendu compte qu’il était peut-être temps de faire ladite vidéo. Le tout illustre une version raccourcie de Christ Send Light de Nadja et Black Boned Angel et est donc purement dans l’esprit contemplatif du drone.

Comme ça a été fait un peu vite c’est assez maladroit, il y a des problèmes de mise au point (vu que je devais la faire manuellement sur les projections et que c’est super galère) et de vieux zooms au caméscope que je n’ai pas eu le courage d’éditer ou de refaire. Mais dans l’ensemble je reste assez content du résultat.

Ah et au final j’ai pas eu le temps de montrer la vidéo au jury. WOO HOO.

YouTube Preview Image

Les Choses Mortes V - Terre d’asile

Lundi 4 avril 2011 à 19:56

S’il y a quelque chose d’à la fois fascinant et frustrant dans les lieux abandonnés c’est leur tendance à progressivement s’anonymiser au fil du temps. Il y a de ceux qui même après des millénaires restent évidents — une église même terrassée restera facile à reconnaître — et puis il y a des lieux comme celui-ci. Des lieux qui par leur architecture neutre, leur absence de mots ou leurs armées de salles vides, ne semblent ne plus correspondre qu’à un vague concept de « bâtiment » dénué de but précis.

Quand on m’a en premier parlé de cet endroit on me l’a d’abord décrit comme un hôpital, mais le manque de pièces un tant soit peu spacieuses (pour des opérations par exemple) m’a fait oublier cette hypothèse. Pendant ce temps sur internet beaucoup en parlent aussi comme une maison de retraite. Enfin reste l’explication donné par un collègue au travail, et que me paraît la plus vraisemblable compte tenu de la configuration de la chose.
Six bâtiments de cinq étages pour un ensemble d’environ 300/400 studios. Le tout serait le vestige d’un vaste projet de logement d’ouvriers lancé lors de l’explosion démographique de Saint-Cézaire, et qui pour de vastes raisons s’est peu à peu déserté jusqu’à être fermé.

C’est un peu pour cet aspect archéologique que j’adore l’exploration urbaine – déceler dans les maigres restes d’un lieu, l’enchaînement d’évènements qui a mené au moment précis de son décès.

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06 (In the Mouth of Madness)
In the Mouth of Madness
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Red Riding Hood
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Cosmos
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Je réalise progressivement que d’une approche relativement globale de la photo je me suis petit à petit dirigé puis ancré dans ma série des Choses Mortes pour en faire la pierre de voute de ma démarche. J’y ai certes pris goût à mesure que je me suis débarrassé de mon appréhension de tels lieux, en rôdant ma méthode – au niveau du matériel d’abord mais surtout dans ma manière de découvrir et vérifier la sureté des lieux. Mais plus que ça je suis tombé amoureux des vestiges de la modernité qu’on laisse çà et là et très honnêtement même si j’aime encore me frotter au portrait ou au paysage, je ne respire pas autant que lorsque mes photos sont teintées de prise de risque et d’exploration, de ma volonté de prendre ce qu’absolument tout le monde a délaissé et de le réinterpréter par ma petite vérité, qui si elle ne va pas bien loin a le mérite de me satisfaire avant tout.

J’ai pris plus d’assurance à mesure de mes séries, dans ma manière de me placer vis à vis de ceux qui regarderont les images. Longtemps j’ai été effrayé de me montrer en image, préférant rester dans le confort du viseur. Puis Les Choses Mortes m’ont apporté des lieux dans lesquels par volonté de contraste je me devais de placer des sujets, dans lesquels toutes les nuances du déclin ne brilleraient jamais autant qu’en enlaçant une quelque silhouette humaine perdue dans les lieux.
Depuis je fais plus de portraits, mieux je joue avec les lieux, les mets en scène. Et même si j’ai sans doute perdu en qualité en montant en quantité, j’ai le mérite de ne plus être effrayé de voir mon reflet dans l’objectif.